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COP 15 : "Dans les grandes lignes, le cadre mondial de la biodiversité répond aux alertes de l’IPBES" (Anne Larigauderie)

Au lendemain de l’adoption du cadre mondial pour la biodiversité Kunming-Montréal, la secrétaire exécutive de l’IPBES Anne Larigauderie juge auprès d’AEF info que "le bilan est bon" et que "dans les grandes lignes", le texte répond aux alertes lancées par le Giec de la biodiversité. Surtout, elle espère que ce cadre permettra de lancer "un élan" semblable à celui provoqué par l’adoption de l’accord de Paris en 2015. Interrogée sur la biodiversité en France, elle appelle le pays à davantage de "cohérence", notamment au sujet des dérogations accordées aux néonicotinoïdes. La secrétaire exécutive de l’IPBES détaille également certains éléments de son programme de travail 2025-2030, dont une deuxième évaluation mondiale de la biodiversité, à paraître "certainement" en 2029.

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Anne Larigauderie, secrétaire exécutive de l'IPBES IPBES

AEF info : La COP 15 vient d’adopter le cadre mondial de la biodiversité Kunming-Montréal (lire sur AEF info). Estimez-vous qu’il répond aux alertes lancées par l’IPBES ?

Anne Larigauderie : Dans les grandes lignes oui, il est vraiment très proche du projet de cadre initial. Le bilan est bon, tous les chiffres sont restés et c’est une bonne surprise quand on pense qu’il y a trois jours on se faisait du souci pour la cible sur les pesticides. Âprement discutée jusqu’à la dernière minute, elle est bien là, et en plus elle concerne les risques associés, la toxicité finale, plutôt que la quantité totale utilisée. Ce qui est très important, puisque les pesticides sont de plus en plus toxiques en très petite quantité.

La cible des 30 % d’aires protégées en 2030 repose aussi sur un bon langage. Elle mentionne le respect des droits des peuples autochtones, la connectivité entre les différentes aires protégées et indique que les aires mises sous protection doivent être écologiquement représentatives. Quant à la restauration, la cible est passée de 20 % à 30 %, ce qui est plus ambitieux.

AEF info : L’Union européenne portait cependant un objectif en milliards d’hectares…

Anne Larigauderie : C’est vrai, cela aurait été plus précis, et plus facile à suivre d’un point de vue total. Avec les pourcentages, on ne sait pas trop comment l’objectif sera atteint au niveau global. Car certains pays ne sont clairement pas capables d’allouer 30 % de leurs territoires à la restauration, quand d’autres peuvent en restaurer beaucoup plus. Mais le feront-ils ? C’est une autre question.

AEF info : Avez-vous des regrets sur certaines des cibles du texte ?

Anne Larigauderie : Ils portent principalement sur l’objectif A du cadre. Initialement, il comportait des jalons sur les trois niveaux de biodiversité — diversité génétique, spécifique et écosystémique — à la fois en 2050 et 2030. Mais, maintenant on est un peu en roue libre jusqu’en 2050, un horizon qui est quand même loin ! Et j’ai vu beaucoup de collègues dans la sphère scientifique qui n’étaient pas satisfaits du tout de ce point de vue là.

Il reste par ailleurs encore des éléments à finaliser au niveau du suivi. Le cadre a été approuvé mais seulement avec un ensemble d’indicateurs principaux, puisqu’il était difficile de terminer la discussion sur les indicateurs tant que les cibles n’étaient pas définies. Ce travail est donc repoussé à la COP 16 [dans deux ans, à Antalya, en Turquie]. Mais avec les cibles chiffrées du cadre et des indicateurs principaux, on peut vraiment commencer à travailler. C’est donc beaucoup mieux que pour Aichi où il avait fallu attendre cinq à six ans après l’adoption des objectifs pour adopter leurs indicateurs, ce qui explique aussi pourquoi Aichi n’a pas fonctionné.

AEF info : Concernant les financements, les transferts du Nord vers le Sud vont passer d’environ 10 Md$ actuellement à 20 Md$ en 2025 puis 30 Md$ en 2030. Ces sommes sont-elles à la hauteur des enjeux ?

Anne Larigauderie : Le total des ressources disponibles surtout est censé passer de 100 Md$ à 200 Md$ par an, et la grande question en suspens c’est : est-ce que tous les acteurs, les gouvernements mais aussi le secteur privé, tous ceux qui conservent la biodiversité vont être capables de doubler assez rapidement les financements qu’ils allouent à la conservation et à l’utilisation durable ?

AEF info : En plénière, le cadre a été très rapidement adopté alors que certains pays, la République démocratique du Congo notamment, exprimaient des réticences. Comment avez-vous vécu cela ?

Anne Larigauderie : À 4 heures du matin lundi, on a bien vu que cette manière de conclure n’était pas pleinement satisfaisante. Même si personne n’a formellement émis d’objection à l’approbation du cadre, quelques pays africains ont communiqué avec des déclarations très chargées au niveau politique et émotionnel, ne se sentant vraiment pas satisfaits par le niveau d’engagement des pays riches. Je dirais qu’il y a une note de regret. Quand une plénière se termine, il est important que toutes les parties prenantes se sentent respectées, que les gens s’entendent, qu’ils soient prêts à travailler ensemble, qu’ils sentent qu’ils ont été écoutés. Comme l’a dit le représentant de la Namibie, c’est bien que tout le monde se sente un petit peu frustré, quand c’est comme ça, on sait que l’on a obtenu un compromis correct. Or là, on avait l’impression que certains étaient beaucoup plus frustrés que d’autres et surtout des pays riches en biodiversité et dont on attend beaucoup, c’est le problème.

AEF info : Fin novembre, nombreux étaient les observateurs à espérer un "moment Paris" de la biodiversité pour cette COP. Est-il là avec cet accord ?

Anne Larigauderie : On pense toujours à Paris comme si c’était le Graal, mais quand les 1,5 °C de Paris ont été approuvés, la communauté scientifique savait déjà que ce n’était pas tenable, qu’on était déjà sur une courbe pour dépasser les 1,5 °C et que ce "moment Paris" était vraiment quelque chose de politique, pour donner beaucoup d’élan.

Il ne faut donc pas toujours penser que le changement climatique c’est l’idéal, que l’accord de Paris était la panacée. Pas du tout, d’ailleurs on voit bien que le climat continue à être dégradé, que les engagements ne sont pas à la hauteur, ce n’est pas mieux du tout que sur la biodiversité. Et je ne dis pas cela pour me consoler, cela m’attriste d’autant plus. Donc, là, est-ce qu’on a un moment Paris ? Je l’espère du point de vue de l’élan que ça a créé, de tous ces pays qui ensemble se sont dit on va vraiment retrousser nos manches et vraiment faire mieux tous ensemble. De ce point de vue là, je suis persuadée que le cadre a le contenu nécessaire pour créer cet élan.

AEF info : À Montréal, la France s’est présentée comme un pays moteur, le premier à avoir rehaussé ses engagements financiers en 2021 pour atteindre 1 Md$ en 2025. Quel est votre regard sur ce sujet ?

Anne Larigauderie : La France a le mérite d’avoir mis de l’argent sur la table, ce qui n’est pas le cas de tous les autres pays européens. Il faut le dire, et s’empresser de noter également que ce n’est pas suffisant, surtout au regard des sommes bien supérieures dépensées et qui vont à l’encontre de la biodiversité. Sur la question des pesticides, je ne pense pas que la France soit parmi les leaders. On a beaucoup parlé ici de suppression des pesticides mais il y a aussi des décisions prises à l’échelle nationale qui ne sont pas forcément cohérentes, notamment les dérogations accordées aux néonicotinoïdes. Sur ce sujet, ce que dit l’IPBES c’est que les pesticides représentent la quatrième cause directe de perte de biodiversité, avec toutes les autres formes de pollutions. Et en 2016, le rapport sur les pollinisateurs a montré les impacts négatifs des néonicotinoïdes.

L’Europe quant à elle continue d’exporter des pesticides nocifs dans les pays comme le Brésil… Là encore, c’est une question de cohérence. On ne peut pas interdire certains pesticides très toxiques dans son propre territoire, mais continuer à les fabriquer et les vendre aux autres, ce n’est plus audible. Il faut parvenir à élever le niveau d’ambition pour tous.

AEF info : En 2019, juste après la publication de la première évaluation mondiale de la biodiversité, vous souhaitiez d’Emmanuel Macron qu’il dise "Make biodiversity great again". Trois ans plus tard, comment voyez-vous les choses ? Est-ce que le Conseil national de la refondation auquel vous avez participé le 12 décembre ouvre une piste en ce sens ?

Anne Larigauderie : J’avoue que je ne connais pas bien le CNR, mais de ce que j’en ai compris, c’est une instance pensée pour que les différents acteurs se parlent entre eux. C’est une bonne chose puisque l’un des grands enjeux pour la biodiversité est d’être intégrée dans les différents domaines de l’économie. Dans la mesure où une initiative est faite pour que les différents ministères parlent de biodiversité, ça va dans la bonne direction.

AEF info : Quelle était la teneur des échanges ?

Anne Larigauderie : J’ai présenté un état des lieux de l’état de la biodiversité et évoqué inévitablement l’agriculture. Une représentante des agriculteurs m’a interpellé, se demandant pourquoi je m’en étais prise à ce secteur alors que selon elle, beaucoup d’autres domaines sont responsables de la perte de biodiversité. J’ai expliqué que les rapports scientifiques ont démontré que l’agriculture est la cause principale de perte de biodiversité terrestre et qu’il est urgent de transformer notre agriculture et nos systèmes alimentaires et d’aller vers une agriculture plus respectueuse de l’environnement, basée sur les principes de l’agroécologie.

De même, l’intervention d’un représentant de la filière bovine a donné lieu à un échange important sur l’évolution du régime alimentaire. Sur ce sujet, la France a une carte à jouer. Car ce que dit l’IPBES, c’est qu’il faut manger moins de viande mais de meilleure qualité et locale. Or, c’est ce que l’on trouve souvent en France : de la viande de bonne qualité, de production française avec des races de terroirs et tout cela est très bien. L’agriculture française de qualité fait partie de la solution, ce qu’il faudrait c’est que le consommateur français se renseigne sur l’origine de la viande qu’il achète, accepte de payer plus en en mangeant moins mais mieux. Cela permettra de maintenir une agriculture locale de qualité, c’est vraiment gagnant-gagnant dans tous les domaines.

Enfin, je dirais que de manière globale, il y a eu beaucoup d’interventions, presque tout le monde a parlé, les gens étaient vraiment très intéressés et avaient des choses à dire, les maires, le monde de l’entreprise, etc. Le représentant des PME s’intéressant notamment à la question de la valorisation de la biodiversité, à la méthode à utiliser pour intégrer le coût de la biodiversité. Ce sont des bonnes questions sur lesquelles les économistes et d’autres sont en train de plancher. L’IPBES va d’ailleurs commencer un rapport sur les entreprises et la biodiversité. Les auteurs seront nommés en janvier, et les travaux dureront deux ans.

AEF info : Sur quoi précisément portera le rapport ?

Anne Larigauderie : Il fera le point sur les méthodes permettant de prendre en compte la biodiversité, de la valoriser dans les différents secteurs de l’économie, de faire des suivis pour diminuer les impacts.

L’une des choses vraiment frappantes de cette COP d’ailleurs, a été la présence du monde de l’entreprise cette année. Par rapport à la COP 14, en 2018, il y a un foisonnement d’idées, de side-events, tous les poids lourds de la finance sont là, des grandes banques. On a l’impression qu’on en est là où on en était pour le climat il y a peut-être une quinzaine d’années ! On peut dire désormais que le monde de l’entreprise est là, depuis cette COP 15, et il demande des lois pour contrôler les actions des différents secteurs industriels par rapport à la biodiversité.

AEF info : Y a-t-il des décisions prises à cette COP qui concernent directement l’IPBES ?

Anne Larigauderie : Oui, et l’approbation du programme de travail de l’IPBES a été une formalité. Quatre nouveaux sujets de travail pour 2025-2030 sont proposés, qui seront approuvés lors de la prochaine plénière de l’IPBES du 28 août au 2 septembre 2023 à Bonn, accueillie par les États-Unis.

La décision prévoit notamment une deuxième évaluation mondiale de la biodiversité, certainement à l’échéance 2029, pour de nouveau informer le succès de ce cadre. Il y aura en plus trois évaluations rapides, produites en deux ans, afin d’informer de manière plus dynamique la mise en œuvre du cadre mondial.

L’une portera sur la planification spatiale et les connectivités. L’idée est de se pencher sur les parties du territoire que l’on décide de protéger, de restaurer, celles que l’on met en culture, qu’on dédie à l’aménagement des villes. Mais aussi sur la manière dont les territoires sont connectés entre eux, ce qui représente un grand enjeu dans le contexte du changement climatique, car il faut pouvoir créer des corridors entre les différentes zones pour permettre le passage des espèces qui peuvent migrer.

AEF info : Quelles seront les deux autres évaluations ?

Anne Larigauderie : Il y aura également une évaluation sur la pollution, et une troisième pour appuyer la mise en œuvre de tout le volet suivi du cadre. Il s’agira de faire le point sur les indicateurs disponibles, leur base scientifique, la capacité de mesurer la biodiversité. À l’heure actuelle, le monitoring est un vaste champ de friche. La situation est complètement différente de celle que connaît le climat où l’on dispose d’un système global d’observation climatique : la terre est quadrillée par des stations, des mesures satellitaires qui permettent d’enregistrer en temps réel les paramètres sur lesquels les pays se sont mis d’accord, les variables climatiques essentielles. Ces observations alimentent des bases de données, cela permet d’agréger, de paramétrer des modèles pour pouvoir prévoir le climat.

Sur la biodiversité, il faudrait parvenir à la même chose, car actuellement les données sont trop fragmentées, et surtout elles viennent pour 90 % des pays développés ! Certaines zones de la carte du monde sont pratiquement sans aucune observation, ce qui est tragique car elles correspondent à des zones souvent riches en biodiversité. On étudie beaucoup les oiseaux au Royaume-Uni, les amphibiens en Europe, aux États-Unis… mais la biodiversité est ailleurs, dans les pays tropicaux, en Afrique, en Asie. In fine, il faudrait parvenir à faire que tous les gouvernements se dotent d’agences dédiées, à l’image de l’Office français de la biodiversité, avec des agents sur le terrain chargés de faire des suivis de biodiversité, d’établir des bases de données. Des agences qui se parlent entre elles au niveau européen mais aussi au niveau international, c’est vraiment cela la grande vision. On n’y est pas encore mais la COP 15 pourrait aussi donner l’élan pour que dans les dix prochaines années on arrive à un tel mécanisme.

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Émilie Legendre, journaliste