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"Le nucléaire, comme le gaz, pourrait devenir un moyen de chantage" (Anastasiya Shapochkina)

Au niveau mondial, le groupe russe Rosatom "contrôle 36 % de l'enrichissement d’uranium", explique Anastasiya Shapochkina. La chercheuse à Sciences Po Paris et présidente du think tank Eastern Circles détaille au cours d’une interview à AEF info le rôle de l’entreprise et les multiples liens qui la lie au secteur nucléaire européen — "interdépendance [qui] permet aujourd’hui au nucléaire d’échapper aux sanctions internationales prononcées à l’encontre de la Russie". Selon elle, l’invasion de l’Ukraine et les différentes actions de la Russie contre des sites nucléaires ukrainiens pourraient remettre en question le rôle de Rosatom en Europe, mais pas à court terme. En France, "des contrats de service ont été signés [avec] Rosatom, notamment pour fournir des services d’enrichissement d’uranium et pour réaliser des tests du combustible", pointe la chercheuse.

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Anastasiya Shapochkina, maitresse de conférence à Science Po Paris et co-fondatrice et présidente du think tank Eastern Circles Droits réservés - DR

AEF info : A l’heure de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, on parle beaucoup de la dépendance de l’Europe au gaz russe, tandis que l’énergie nucléaire est souvent présentée comme l’assurance de la souveraineté énergétique. Pourtant l’entreprise russe Rosatom est très présente en Europe. Pourriez-vous expliquer dans quelle mesure ?

Anastasiya Shapochkina : Historiquement, la technologie russe bénéficie d’une présence liée à la guerre froide, soit en Europe de l’Est, en Europe centrale et jusqu’en Allemagne de l’Est. Cette historicité permet à Rosatom de gagner de nouveaux contrats de construction de centrales – projets accompagnés de contrats d’équipements avec des entreprises occidentales. En Hongrie, les quatre réacteurs de conception soviétique de la centrale de Paks devraient être complétés par deux nouveaux réacteurs confiés à Rosatom, et pour lesquels des accords ont été signés avec Framatome et Siemens. En Finlande, où la centrale de Loviisa est aussi de conception soviétique mais adaptée aux normes occidentales, la connexion historique s’est poursuivie à travers le projet de construction de la centrale d’Hanhikivi. Ce programme, confié à Rosatom, incluait des partenariats d’équipement avec Alstom, Schneider, Framatome et l’entreprise finlandaise Voimaosakeyhtiö SF.

Rosatom signe également des contrats de coopération pour de la fourniture de services, soit des partenariats de long terme — parce que les durées de vie des centrales sont longues, jusqu’à 80 ans. Ces services peuvent inclure la fourniture d’uranium, des services d’enrichissement et de conversion d’uranium, les tests de combustible, la maintenance des réacteurs, les services d’ingénierie, le retraitement de combustible usé… Sur le volet enrichissement, le groupe contrôle 36 % du marché. Il a donc des partenariats y compris avec des pays autonomes en la matière, comme la France ou les États-Unis, parce que les pays en question peuvent avoir besoin de volumes importants ou souhaiter diversifier leurs fournisseurs.

Rosatom est donc aujourd’hui en Europe, mais aussi dans le monde, un acteur clé du nucléaire, incontournable ou en tout cas difficilement contournable. C’est cette interdépendance qui permet aujourd’hui au nucléaire d’échapper aux sanctions internationales prononcées à l’encontre de la Russie.

AEF info : Pourriez-vous nous en dire plus sur Rosatom ?

Anastasiya Shapochkina : Après la fin de l’Union soviétique, il existait en Russie une myriade d’entités nucléaires indépendantes les unes des autres. En 2007, Moscou a décidé de créer Rosatom, une société étatique mère consolidant tout le secteur. Elle rassemble aujourd’hui l’exploitation de l’uranium, l’enrichissement, la conversion, la production de combustible, l’ingénierie et la maintenance, la construction de centrales, et le traitement du combustible. Soit plus de 300 entreprises nucléaires tout le long de la chaîne de valeur.

Au-delà de sa place en Russie, Rosatom dispose d’un important rôle stratégique à l’international. L’entreprise est responsable des nombreuses implantations de centrales à l’étranger. Elle contrôle le programme nucléaire militaire de Moscou. Enfin, le groupe supervise l’exploitation de la flotte russe de brise-glace nucléaires et gère le développement de la route maritime du Nord, qui comprend des infrastructures émergentes dans l’Arctique.

Au vu de cette importance, ses organes de gouvernance sont contrôlés par des représentants de l’État russe : son directeur Aleksei Likhachev travaillait auparavant pour le ministère russe du Développement économique. C’est aussi lui qui représente la Russie à l’occasion des conférences de l’Agence internationale de l’énergie atomique.

AEF info : Vous pointez que Rosatom est l’un des bras armé de la Russie, et que son rôle dans le nucléaire mondial est difficilement contournable. Mais, depuis le 24 février 2022, l’invasion de l’Ukraine ne pourrait-elle pas changer la donne ?

Anastasiya Shapochkina : Ce qui se passe en Ukraine, c’est du jamais vu dans l’histoire. Les Russes occupent le site de la centrale de Tchernobyl et personne ne peut entrer ou sortir, alors que les conditions de travail constituent l’une des clés de la sécurité nucléaire. Un bâtiment proche d’un réacteur de la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijjia a été frappé par des tirs d’artillerie russe. L’Agence internationale de l’énergie atomique a appelé la Russie à ne plus attaquer de sites nucléaires… Donc effectivement, le rôle de Rosatom pourrait être remis en question.

Mais comment faire ? Pour les futurs projets, le gouvernement finlandais a annoncé suspendre Hanhikivi. Mais en Hongrie au contraire, le gouvernement a pour le moment déclaré poursuivre avec Rosatom son programme d’extension de la centrale de Paks. En outre, les pays qui disposent de centrales de conception russe sont aussi dépendants du combustible russe. Pour s’en affranchir, Kiev avait lancé au début des années 2000 un programme avec Westinghouse : en 2021, 50 % du combustible à destination de l’Ukraine était fourni par l’entreprise américaine. Mais cela implique de la technicité, une prise de risque et beaucoup de temps. Comment va faire la Bulgarie par exemple, dont la centrale Kozlodouy est de conception soviétique et qui est extrêmement liée à Rosatom ? Il est possible que le pays essaie de poursuivre la coopération en restant sous les radars.

En attendant, le nucléaire, comme le gaz, pourrait devenir un moyen de chantage.

AEF info : La France est-elle dépendante du nucléaire russe ? Pensez-vous qu’il puisse y avoir un risque sur les approvisionnements en uranium, qui proviennent notamment du Kazakhstan ? Et quels liens unissent la France et Rosatom ?

Anastasiya Shapochkina : Le Kazakhstan n’est plus si lié avec la Russie, dont le premier partenaire économique est aujourd’hui la Chine. Par ailleurs, le marché de l’uranium n’est pas du tout en situation de pénurie et il existe d’autres fournisseurs comme l’Australie ou le Canada.

En revanche effectivement, des contrats de service ont été signés entre des entreprises françaises et Rosatom, notamment pour fournir des services d’enrichissement d’uranium et pour réaliser des tests du combustible. Ces accords ont été passés dans une logique de diversification des fournisseurs français. Et même si la France n’en est pas dépendante — puisqu’elle maîtrise l’ensemble la chaîne de la technologie nucléaire — les rompre présuppose que le remplacement est prévu.

AEF info : Quid du partenariat entre Rosatom et EDF pour la reprise de GEAST, qui fabrique les turbines équipant les centrales nucléaires françaises, mais aussi russes ? Selon un article du Figaro du 8 mars, le groupe russe devait entrer au capital à hauteur de 20 %.

Anastasiya Shapochkina : Tout ce qui est russe est toxique aujourd’hui. Aussi, au vu du rôle stratégique de ces turbines et du tollé qui avait suivi l’achat d’Alstom par GE, cela ne me surprendrait pas que ce partenariat capote. C’est une question politique avant d’être commerciale.

Les protagonistes peuvent aussi choisir d’attendre. Les salariés de ces entreprises internationales se connaissent et chez Rosatom, tout le monde n’est pas favorable à la guerre en Ukraine. Toutes ces connexions humaines pourraient aussi pousser les entreprises à ne pas stopper complètement leurs projets, mais plutôt à les suspendre, en attendant de voir ce qu’il va se passer.

AEF info : L’association Greenpeace ainsi que la députée européenne EELV Michèle Rivasi ont récemment appelé à un embargo sur les produits et services nucléaires russes. Est-ce possible ?

Anastasiya Shapochkina : Pas à court terme. Il faut du temps pour remplacer les capacités, notamment en matière d’ingénierie. Et en Europe, se pose aussi aujourd’hui un problème de ressources humaines : de nombreux ingénieurs partent à la retraite tandis que les jeunes ne s’intéressent pas au nucléaire.

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