Continuer sans accepter

Bonjour et bienvenue sur le site d’AEF info
Vos préférences en matière de cookies

En plus des cookies strictement nécessaires au fonctionnement du site, le groupe AEF info et ses partenaires utilisent des cookies ou des technologies similaires nécessitant votre consentement.

Avant de continuer votre navigation sur ce site, nous vous proposons de choisir les fonctionnalités dont vous souhaitez bénéficier ou non :

  • Mesurer et améliorer la performance du site
  • Adapter la publicité du site à vos centres d'intérêt
  • Partager sur les réseaux sociaux
En savoir plus sur notre politique de protection des données personnelles

Vous pourrez retirer votre consentement à tout moment dans votre espace « Gérer mes cookies ».
Revenir en haut de la page
Home| Social / RH| Protection sociale| Dépêche n°669043

Retraite : après l’échec de la réforme systémique, le retour des débats sur l’âge et l’équilibre du système

Elle était considérée comme la "mère des réformes". Elle a conduit à des mois de concertations, mais aussi de mobilisations, et restera considérée comme un échec majeur du quinquennat : la réforme des retraites visant à créer un régime unique en points n’a pas eu lieu. Emmanuel Macron avait promis un "système universel de retraite sur la base du principe qu’un euro cotisé ouvre les mêmes droits pour tous". L’opposition au projet et la crise sanitaire auront eu raison de son ambition réformatrice. Et c’est à nouveau sur la classique question de l’âge de départ que se positionnent les candidats.

   Merci de découvrir AEF info !

Cette dépêche est en accès libre.

Retrouvez tous nos contenus sur la même thématique.

Tester AEF info pendant 1 mois
Test gratuit et sans engagement
  • Thématiques
  • Coordonnées
  • Création du compte

Thématiques

Vous demandez à tester la ou les thématiques suivantes*

sur5 thématiques maximum

1 choix minimum obligatoire
  • Social / RH
  • 👁 voir plus
    ✖ voir moins

Fréquence de réception des emails*

Un choix minimum et plusieurs sélections possibles. Vous pourrez modifier ce paramétrage une fois votre compte créé

Un choix minimum obligatoire

* Champs obligatoires

Coordonnées

Renseignez vos coordonnées*

Veuillez remplir tous les champs
Votre numéro de téléphone n'est pas valide

* Champs obligatoires

Création de compte

Tous les champs sont obligatoires
Votre adresse e-mail n'est pas valide
Seulement les adresses e-mails professionnelles sont acceptées

Cette adresse vous servira de login pour vous connecter à votre compte AEF info

Votre mot de passe doit contenir 8 caractères minimum dont au moins 1 chiffre
Ces mots de passe ne correspondent pas. Veuillez réessayer

Votre mot de passe doit contenir 8 caractères minimum dont 1 chiffre

En validant votre inscription, vous confirmez avoir lu et vous acceptez nos Conditions d’utilisation, la Licence utilisateur et notre Politique de confidentialité

* Champs obligatoires

Valider

Merci !

Nous vous remercions pour cette demande de test.

Votre demande a été enregistrée avec l’adresse mail :

Nous allons rapidement revenir vers vous pour vous prévenir de l’activation de votre nouvel accès.

L’équipe AEF info


Une erreur est survenue !

Une erreur est survenue lors de l'envoi du formulaire. Toutes nos excuses. Si le problème persiste, vous pouvez nous contacter par téléphone ou par email :
 service.clients@aefinfo.fr  01 83 97 46 50 Se connecter

Le cortège syndical de la journée de grèves et de manifestations syndicales nationale contre la réforme du régime de retraites du 5 décembre 2019. JBVNews

"Un euro cotisé ouvre les mêmes droits pour tous" : pour le candidat Macron de 2017, le slogan est idéal. Il colle à son discours de campagne - sortir des corporatismes, être "en même temps" progressiste et crédible économiquement - et peut séduire tant le centre gauche que ceux qui réclament la fin des régimes spéciaux, tandis que l’ampleur du chantier lui permet d’afficher son ambition réformatrice. La réforme des retraites visant à créer un régime universel en points est au cœur du programme d’Emmanuel Macron (lire sur AEF info). Ni Sarkozy ni Hollande n’en avaient voulu : trop risqué, trop compliqué. Comme leurs prédécesseurs, ils se sont contentés de toucher à l’âge de départ en retraite et à la durée de cotisation. Pourtant, au terme d’un accouchement difficile du contenu de la réforme, de mobilisations d’ampleur et d’une crise sanitaire épuisante pour le pays, le président de la République a fini lui aussi par y renoncer. Et le candidat Macron de 2022 prône désormais à son tour un recul de l’âge de départ en retraite, la question "paramétrique" étant globalement revenue au centre des débats.

2017-2022 : les enjeux sociaux du quinquennat…
et de la présidentielle

 

Le premier tour de l’élection présidentielle 2022 se tiendra dimanche 10 avril. Durant les deux semaines qui précèdent, la rédaction Social-RH d’AEF info fait le point sur les grands dossiers sociaux en cours : ceux qui ont occupé l’exécutif au cours des cinq années écoulées, ceux qui restent à traiter par la prochaine équipe au pouvoir. Après un retour en 50 dates sur les principaux événements sociaux de la période 2017-2022 (lire sur AEF info), une vingtaine de dépêches passeront au crible les sujets du moment : retraites, droit du travail, formation professionnelle, missions des agents publics, protection sociale complémentaire, lutte contre la pauvreté… Pour compléter ces analyses, vous pouvez également consulter les comparateurs de programme réalisés par AEF info.

UN projet déjà contrarié par les questions financières

L’idée d’un régime unifié n’était pas nouvelle. Elle était déjà en germe dans la loi Fillon de 2010 réformant les retraites : l’article 16 stipulait ainsi "qu’à compter du premier semestre 2013, le comité de pilotage des retraites organise une réflexion nationale sur les objectifs et les caractéristiques d’une réforme systémique de la prise en charge du risque vieillesse. Parmi les thèmes de cette réflexion, figurent […] les conditions de mise en place d’un régime universel par points ou en comptes notionnels, dans le respect du principe de répartition". L’idée d’une réforme systémique des retraites avait aussi déjà été portée de longue date par la CFDT lors du Congrès de Tours en juin 2010 puis en 2013 dans la perspective du débat sur les retraites, avec un numéro spécial de La Revue intitulée "Retraites, vers une réforme systémique" (lire sur AEF info). Ces thèses étaient largement inspirées de celles d’Antoine Bozio, directeur de l’Institut des politiques publiques et chercheur associé à l’École d’économie de Paris, qui a publié, en 2008 avec l’économiste Thomas Piketty, un opuscule suggérant la remise à plat du système de retraite et son unification sous la forme d’un unique système public, obligatoire en répartition (lire sur AEF info). Autant de productions qui ont directement inspiré la réforme, jugée plus lisible et équitable, car favorisant notamment les carrières hachées et planes, au détriment des carrières ascendantes, plus fréquentes chez les cadres. Pour le président de la République, passer de 42 régimes à un seul est un enjeu de justice sociale, et d’adaptation du système au monde professionnel qui vient - plus mobile.

Reste que ni une idée ni un slogan ne font un plan de travail. Tout reste à construire, et une fois élu, le nouveau président n’a pas tranché sur le rythme et les priorités de cette réforme pourtant emblématique. Les exemples étrangers - Italie, Suède - le dissuadent d'agir rapidement dès le début du quinquennat - priorité est donnée à la réforme du code du Travail. Par ailleurs, les perspectives financières s’assombrissent : "Le problème des retraites n’est plus un problème financier", assurait Emmanuel Macron lors de la. Un argument fragilisé par l’édition 2017 du rapport du Conseil d’orientation des retraites, selon lequel tous régimes confondus, l’équilibre ne devrait pas être atteint avant le début des années 2040 (lire sur AEF info). Et ce alors qu’en 2016, il prévoyait un retour dans le vert pour le milieu des années 2020 (lire sur AEF info)… De quoi donner des arguments au sein du gouvernement aux transfuges de la droite - à commencer par le locataire de Matignon, Édouard Philippe, déjà persuadé qu’une mesure d’âge sera nécessaire.

La suppression des régimes complémentaires, graine de discorde

Il faudra attendre septembre 2017 pour que le gouvernement nomme un haut commissaire aux retraites en la personne de Jean-Paul Delevoye (lire sur AEF info). En janvier 2018, le président Macron demande que l’ensemble des textes de la réforme des retraites soit finalisé d’ici l’été 2019 (lire sur AEF info). L’ancien président du CESE, qui avait été chargé de la sélection des candidats LREM pour les élections législatives de juin, est apprécié par les partenaires sociaux pour son sens de l’écoute et sa connaissance du dialogue social. Persuadé qu’il est nécessaire de dégager du consensus pour mener à bien "un projet de société" à renforcer la cohésion nationale (lire sur AEF info), il prend son bâton de pèlerin et reçoit organisations syndicales et patronales dans près de 130 réunions… Sur la base d’une note intitulée "Vers un système universel de retraite, principaux constats sur le système actuel, enjeux du système cible" (lire sur AEF info), la première phase de concertation est lancée. Des consultations citoyennes sont organisées. Les syndicats CFDT, CFTC et Unsa sont initialement favorables, sous certaines conditions, à l’instauration du système universel, contrairement à la CGT, FO, Sud et la CFE-CGC. Pour rassurer, l’ancien président du CESE ne cesse de rappeler la promesse d’Emmanuel Macron de conserver la retraite à 62 ans.

Une ébauche du nouveau système est présentée aux partenaires sociaux le 10 octobre 2018 (lire sur AEF info). En prévoyant la suppression des régimes complémentaires et leur encadrement dans la limite de 3 fois le plafond de la sécurité sociale, elle porte déjà les germes de la contestation, des professions libérales notamment, avocats en tête (lire sur AEF info). Un taux de cotisation unique - à l’exception des indépendants - doit être mis en place à 28,12 % jusqu’à 120 000 euros de revenus annuels, puis une cotisation non-créatrice de droits à 2,81 %. Enfin, l’intégralité de la carrière est prise en compte, et non plus les six derniers mois pour les fonctionnaires et les 25 meilleures années pour les salariés. Deux valeurs doivent coexister, la valeur d’achat (le montant que vous devez cotiser pour acquérir un point de retraite) et la valeur de service (le montant par lequel vous devez multiplier le nombre de points acquis durant votre carrière pour obtenir le montant de votre pension de retraite).

La méthode en apparence bien rôdée de Jean-Paul Delevoye déraille avec la crise des Gilets jaunes. La concertation avec les partenaires sociaux est suspendue, et ne reprendra qu’au cours du premier semestre 2019. Face à la fronde sociale, le gouvernement annonce avant Noël 2018 des mesures d’urgence, parmi lesquelles l’annulation de la hausse de la CSG pour les retraites inférieures à 2 000 euros (lire sur AEF info). Des mesures qui ont un coût… L’horizon d’équilibre de la sécurité sociale est repoussé (lire sur AEF info). Et le ton change : Agnès Buzyn évoque publiquement un allongement du temps de travail (lire sur AEF info) et Édouard Phillippe embraye (lire sur AEF info). Entre-temps, le sujet de la dépendance a fait irruption dans le quinquennat, et réclame des financements. Chez Jean-Paul Delevoye, on peste dans "Le Canard Enchaîné" contre "les cons de Matignon", mais il perd le contrôle du dossier. Résultat : quand il présente enfin son rapport le 18 juillet 2019 (lire sur AEF info), l’ancien président du CESE doit se résoudre à y introduire une "mesure paramétrique" assortie d’une règle d’or. Il préconise la fixation d’un nouvel âge de référence, dit "âge d’équilibre" du système pour partir à la retraite à 64 ans "à taux plein" (lire sur AEF info). Partir à 62 ans est encore possible, mais avec une décote de 5 % par année manquante.

Âge pivot, gagnants et perdants : la confusion s’installe

Public, privé, pensions de réversion, avantages familiaux, gouvernance du système, etc. : tout l'édifice est revu de fond en comble. Le système universel s’appliquera au plus tôt aux personnes nées en 1963. Toutefois, le volet financier est prévu pour s’appliquer dès 2022. Les droits acquis au 1er janvier 2025, date de mise en oeuvre du régime universel, seront garantis à 100 % et comptabilisés selon les règles des anciens régimes et transformés en points à l’euro près, promet l’exécutif. Mais les syndicats demandent des simulations détaillées, pour voir quels seront les gagnants et les perdants de la réforme. Le ton monte, les opposants à la réforme commencent à faire tourner les calculettes (lire sur AEF info). Des polémiques autour des fortes baisses de droits pour les mères de famille en novembre 2019 commencent à discréditer un projet jugé peu abouti. .Une nouvelle phase de concertation est annoncée. Et le 27 août, le chef de l’État lui-même ajoute à la confusion en semblant revenir sur l’âge pivot à 64 ans. "Je préfère qu’on trouve un accord sur la durée de cotisation plutôt que sur l’âge", déclare Emmanuel Macron sur France 2 (lire sur AEF info).

La période qui suit est confuse. Le Haut-commissaire peine à obtenir des arbitrages, ce qui rend impossible des exercices de simulation. Le discours sur les ambitions de la réforme tourne en boucle. Matignon a clairement repris la main, avec aux manettes Thomas Fatome, directeur adjoint du cabinet d’Édouard Philippe, et Marguerite Cazeneuve, conseillère technique partagée en l’Élysée et Matignon. Le rapport Delevoye préconisant que les comptes du régime de retraite soient à l’équilibre en 2025 au démarrage du nouveau système, le Premier ministre demande début septembre 2019 au COR de mesurer l’évolution des comptes entre cette date et 2030 (lire sur AEF info). Selon ce rapport, les comptes qui sont proches de l’équilibre en 2018 devraient progressivement se dégrader jusqu’à un montant  compris entre 7,9 et 17,2 Md€ en 2030 (lire sur AEF info).

Et le 5 décembre 2019, la grève à la RATP et à la SNCF démarre, entraînant une forte mobilisation. Dans les manifestations qui se succèdent, sont présentes aux côtés des organisations syndicales de salariés et de fonctionnaires des représentants des professions libérales. Elles défendent notamment les réserves de leurs régimes - Édouard Philippe s’engagera à ce qu’elles soient utilisées pour accompagner la transition vers le nouveau système des professions concernées, et non pas versées au régime commun directement. Générations concernées - la réforme ne s’appliquera finalement que pour les cotisants nés en 1975 et après -, âge d’équilibre, droits familiaux, gouvernance, régimes spéciaux, etc. : le Premier ministre précise les contours du régime universel dans un discours au CESE (lire sur AEF info). Et confirme la création d’un "âge pivot", d’abord fixé à 64 ans, et qui sera ensuite décalé selon l’accroissement de l’espérance de vie. Cette intervention pousse les syndicats réformistes à rejoindre les manifestations. Cheminots, agents RATP, avocats, infirmières, pilotes de lignes, etc., la mobilisation prend de l’ampleur. Sans compter qu’une semaine plus tard, empêtré dans une polémique sur sa déclaration d’intérêts, Jean-Paul Delevoye est contraint à la démission (lire sur AEF info) et remplacé quelques jours plus tard par le député du Nord, Laurent Pietraszewski (lire sur AEF info).

un système de moins en moins universel

En janvier 2020, pour calmer le jeu, Édouard Philippe accepte la proposition de Laurent Berger de mettre en place une "conférence de financement" qui devra proposer avant fin avril des solutions pour atteindre l’équilibre budgétaire (lire sur AEF info). Si une solution est trouvée avant l’échéance fixée, cet accord sera transcrit en loi par ordonnance. Si ce n’est pas le cas, le gouvernement "prendra ses responsabilités". Dans le même temps, si le gouvernement se veut ferme sur l’objectif de bâtir un régime universel, de multiples exceptions semblent se dessiner à travers les négociations menées fin 2019 avec diverses catégories professionnelles (policiers, militaires, pilotes de ligne et personnels navigants, routiers…), . Et elles sont potentiellement très coûteuses.

Quand la réforme - un projet de loi ordinaire (lire sur AEF info, ici, ici, ici, et ) et un projet de loi organique (lire sur AEF info) - est présentée au Conseil des ministres le 24 janvier 2020, l'incertitude règne quant aux mesures d’âge (lire sur AEF info), mais pas seulement. Le Conseil d’État se montre particulièrement critique à l’égard du texte (lire sur AEF info). Et rejette l’engagement à faire voter une revalorisation des salaires pour les enseignants, se plaint du temps très court que lui a laissé le gouvernement pour étudier le projet de loi, et souligne le risque juridique lié à la nécessité de publier 29 ordonnances… Il remarque que l’on ne va pas vers "un régime universel de retraite", mais vers "un système universel par points" comportant cinq régimes différents… Au Parlement, l’obstruction des députés communistes et Insoumis contraint le gouvernement à recourir à l’article 49.3 et à engager sa responsabilité (lire sur AEF info). Mais la procédure parlementaire est brusquement interrompue par la crise sanitaire. Le 16 mars 2020, Emmanuel Macron annonce la suspension de toutes les réformes en cours. La nouvelle est accueillie avec un mélange de sidération et de soulagement. 

la retraite par points, symbole de régression sociale

À maintes reprises, le sujet est de nouveau mis sur la table. Mais la crise s’étire, et le dossier est plombé. La retraite à points est désomais synonyme de régression sociale. Et les défenseurs de la réforme, échaudés par les mesures d’âge, affichent aussi leur défiance. Sans compter qu’au fil du temps la réforme a soulevé une montagne de problèmes à résoudre, à commencer par la période de transition entre les deux systèmes (lire sur AEF info). Par exemple, la couverture de l’ensemble des actifs jusqu’à trois plafonds de la sécurité sociale entraîne une perte de cotisations sur les très hauts revenus, pour un coût estimé à 70 milliards d’euros sur 15 ans… (lire sur AEF info). Autre sujet complexe, les enseignants. Pour la plupart des fonctionnaires, l’impact de la réforme aurait été compensé par l’intégration de leurs primes dans le calcul de la retraite (lire sur AEF info).  Mais les enseignants en ont très peu... L'un des rares éléments d'attractivité du métier est remis en cause. Tout le système de rémunération public est questionné par la réforme. Et sur le plan budgétaire, entre les concessions accordées aux uns et les incertitudes liées au calendrier de la réforme, la réforme ressemble de plus en plus à un coup de poker.

le rapprochement des régimes, une tendance de fond qui s’est Poursuivie


Pendant le quinquennat, le sujet retraite n’est pas resté totalement au point mort. En effet, la perspective d’un grand régime universel a consolidé ou accéléré certains dossiers de mutualisation ou de rapprochement entre les régimes, engagés dans le cadre des réformes précédentes. Des chantiers informatiques communs à tous les régimes très structurants ont également avancé de façon décisive, à commencer par le RGCU (répertoire de gestion des carrières unique) initié en 2010, qui regroupera les données élémentaires de carrière disponibles de tous les régimes, de base et complémentaires. Après la Cnav en juin 2020 (lire sur AEF info) et l’Agirc-Arrco en 2021, les bases carrière de la MSA ont basculé, avant que l’Ircantec et la Cnav-TI, le régime des travailleurs indépendant, prennent leur tour au printemps. Reste maintenant à exploiter toutes les possibilités qu’offre une base carrières unique, à savoir faciliter la mise en œuvre d’évolutions structurelles de la législation retraite et simplifier les échanges, puisque chaque gestionnaire de retraite de n’importe quel régime aura accès à l’ensemble de la carrière de l’assuré pour fiabiliser sa carrière ou traiter sa demande de retraite.

À défaut de grand régime, le GIP info retraite, qui était amené à disparaître avec la réforme, a également poursuivi ses travaux d’amélioration du service rendu à l’assuré, notamment en matière d’information, afin de simplifier le système notamment pour ceux ayant cotisé à plusieurs systèmes de retraite. En mars 2019, un nouveau service de demande de retraite en ligne commun à tous les régimes est rendu disponible (lire sur AEF info), tandis qu’à compter de novembre 2019, les régimes de retraite simplifient la démarche des résidents à l’étranger qui perçoivent des retraites françaises. Depuis le 22 juillet 2020, un nouveau service interrégimes de demande en ligne des pensions de réversion est accessible aux usagers, tandis que début 2022, les services en ligne "Ma carrière" et "Mon estimation retraite", ont évolué. 

De même, des régimes se sont rapprochés, à des degrés divers. À commencer par la sécurité sociale des indépendants (ex-RSI), désormais intégrée au régime général. En décembre 2020, la Caisse des dépôts et le service des retraites de la DGFiP (direction générale des finances publiques) ont signé une convention de coopération pour mutualiser leurs outils de liquidation et de paiement des retraites, "avec en perspective l’amélioration du service rendu aux agents et employeurs publics" (lire sur AEF info). L’ambition de la caisse est claire : devenir un opérateur de référence en matière de retraite pour toute la sphère publique (lire sur AEF info), régime universel ou pas. L’Agirc-Arrco et la Cnav, qui avaient vocation à fusionner rapidement dans le cadre de la réforme, restent finalement chacun chez soi, mais organisent de plus en plus en plus d’opérations ensemble, comme les Rendez-vous de la retraite ou des accueils communs. Enfin, après les mutualisations en matière d’information retraite et de liquidation - réforme de la "Lura" - l’unification du recouvrement est en marche (lire sur AEF info), malgré les résistances dans les régimes libéraux ou à l’Agirc-Arrco (lire sur AEF info).

Principalement concentré sur les sujets de santé au travail pendant la crise Covid, le secrétaire d’État aux Retraites s'empare de sujets plus modestes. En juillet 2020, le Parlement adopte une proposition de loi communiste revalorisant les pensions de retraite des agriculteurs à 85 % du Smic pour une carrière complète, reprenant ainsi une promesse du projet de réforme du gouvernement suspendu en raison de la crise sanitaire (lire sur AEF info). Mi-juin 2021, est complété le dispositif en permettant la revalorisation les pensions des conjoints collaborateurs (lire sur AEF info). Mais le quinquennat s’achève sans réforme majeure sur les retraites. Après plusieurs tergiversations, le président de la République, désormais candidat, l’admet le 18 mars en déplacement à Pau : "Le système universel, ça changeait trop les règles, c’était trop anxiogène".

La question parametrique de retour

Si les déclarations de proches du président de la République laissent entendre que l’idée de mettre en place un régime universel n’est pas abandonnée (lire sur AEF info), il n’est en tout cas clairement plus une priorité. Même l’idée de mettre en place trois grands régimes - un pour la fonction publique, un pour les travailleurs indépendants et libéraux et un pour les salariés du privé (lire sur AEF info) n’est plus au centre de sa nouvelle proposition. Emmanuel Macron "se contente" pour l’instant de supprimer les régimes spéciaux uniquement pour les nouveaux entrants à partir de 2023 - une "fermeture" des régimes déjà en vigueur à la SNCF depuis la réforme du rail de 2018. Par ailleurs, aucun autre candidat n’a repris dans son programme l’idée d’un système unique en points - et seul Éric Zemmour plaide pour un alignement des régimes publics et privés. Exit le "projet de société" de Jean-Paul Delevoye. Les partisans d’une réforme systémique, soucieux d’adapter un système aux nouveaux parcours à la fois professionnel et personnel des assurés, resteront sur leur faim.

La tradtionnelle question paramétrique est désormais de retour : c’est à nouveau l’âge de départ en retraite qui se situe au centre des programmes des candidats, que ce soit pour le maintenir à 62 ans (Anne Hidalgo et Yannick Jadot), l’avancer à 60 ans (Fabien Roussel, Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen), ou le repousser à 64, voire 65 ans (Emmanuel Macron d’ici à 2032, Valérie Pécresse d’ici à 2030). Ce qui motive ces différents positionnements ? Tout d’abord une question de "philosophie" de la place du travail, avec pour les uns la volonté de revenir au "totem" de la retraite à 60 ans instaurée en 1981, et les autres celle de faire rentrer la France dans une sorte de "standard" européen. Et les partisans du report de l’âge de la retraite de rappeler que la France fait figure aujourd’hui de cas particulier, avec un faible taux d’emploi des seniors (54,3 % des 55-64 ans contre 60,7 % pour la moyenne OCDE), un âge moyen de départ à la retraite parmi les plus bas de l’ensemble des pays développés, tandis que la part du PIB consacrée aux retraites dans l’Hexagone y est plus élevée qu’ailleurs. La Cour des comptes pousse en ce sens (lire sur AEF info), tout comme l’OCDE (lire sur AEF info), et le patronat (lire sur AEF info).

pas de consensus sur la situation financière du système

De même, les différents camps ne posent pas le même diagnostic sur la situation actuelle des retraites en France. Plusieurs lectures peuvent notamment être faites du dernier rapport du Conseil d’orientation des retraites, publié le 10 juin dernier (lire sur AEF info). Les plus pessimistes font valoir que les besoins de financement se sont creusés - le déficit du système de retraites a atteint 2 milliards d’euros 2019 et 18 milliards d’euros en 2020 -, et que selon les projections, le système de retraite ne renouera pas avec l’équilibre avant le milieu des années 2030, générant des déficits cumulés préjudiciables. Les plus optimistes considèrent quant à eux que le redressement est plus rapide que prévu - ce que tendent à confirmer les derniers chiffres du gouvernement (lire sur AEF info) et des partenaires sociaux (lire sur AEF info), avec un déficit de la Cnav qui s’établirait finalement à -1,1 milliard d'euros en 2021, tandis que l’Agirc-Arrco renoue avec l’équilibre. Ces derniers font également valoir que la part des dépenses de retraite dans le PIB, qui a atteint 14,7 % de la richesse nationale en 2020, un niveau très élevé, notamment du fait de la crise économique et sanitaire, devrait descendre à 13,7 % en 2022, un niveau similaire à celui de l’avant-crise, puis encore entre 11,3 et 13 % d’ici à 2070… Mais les pessimistes constatent que cette baisse de la part des retraites dans la richesse nationale est obtenue au prix d’une chute du niveau de vie relatif, puisque les futures pensions s’établiraient, selon les projections, entre 31,6 % et 36,5 % du revenu brut moyen en 2070, contre 50,1 % actuellement.

Autre ligne de fracture, la notion de pénibilité au travail, particulièrement mise en avant par les partisans de la retraite à 60 ans. Plusieurs candidats (Anne Hidalgo, Yannick Jadot) veulent également réintroduire les quatre des dix facteurs de risques "pénibilité" pris en compte dans la version initiale du compte de pénibilité, réformé par une ordonnance du 22 septembre 2018. Du côté des partisans d’un recul de l’âge, Éric Zemmour n’évoque pas le sujet tandis que Valérie Pécresse évoque simplement le fait "de la prendre en compte". Quant à Emmanuel Macron, qui en 2019 déclarait ne pas "adorer" le terme pénibilité, "parce que ça donne le sentiment que le travail est pénible", il admet en 2022 que la question des conditions de travail devra être prise en compte dans le cadre d’une future réforme des retraites qui porterait l’âge légal de départ à 65 ans, comme il le propose. "La réalité du travail au quotidien" inclut des contraintes, qu’elles soient physiques ou psychologiques. Des "difficultés" qu’il faudra "prendre en compte […] pour calculer la retraite […] de manière individualisée", estime le candidat (lire sur AEF info). Une gageure, sachant que c’est bien le caractère individuel du compte de pénibilité qui avait suscité une levée de boucliers de la part des employeurs lors de la création du dispositif en 2014.

Quasi-unanimité pour les petites retraites

En revanche, de la crise des Gilets jaunes à l’envolée du prix sur les matières premières, le sujet du pouvoir d’achat et du niveau de vie des retraités est revenu en force. Et s’ils sont très divisés sur l’âge légal de départ en retraite pour les actifs, les candidats de tous bords s’accordent sur la nécessité de revaloriser les pensions de retraite, et plus précisément celles des populations précaires. Ainsi, Marine Le Pen propose de réindexer les pensions de retraite sur l’inflation et de porter le minimum vieillesse à 1 000 euros. Jean-Luc Mélenchon plaide, lui, pour porter à 1 400 euros net minimum toutes les pensions pour une carrière complète et revaloriser le minimum vieillesse au niveau du seuil de pauvreté. Valérie Pécresse prévoit, quant à elle, une revalorisation des retraites les plus modestes au niveau du Smic net et une revalorisation du minimum contributif à hauteur de 1 230 euros, tandis qu’Emmanuel Macron vise un minimum contributif à 1 100 euros. Enfin, Anne Hidalgo souhaite porter le montant net du minimum vieillesse à 1 000 euros et du minimum contributif à 1 200 euros. Une sorte de "régime minimum universel" se dessine-t-il ? Toujours est-il que la crise a ravivé les débats sur la pauvreté, comme le montre également la volonté de candidats, à commencer celui de la France Insoumise, de prendre en charge des trimestres au titre du RSA.

Autant de mesures à financer - des sources de revenus plus ou moins crédibles étant avancées, de la lutte contre la fraude sociale à la hausse des salaires. Dans une note récente, l’Institut Montaigne - libéral - chiffre les réformes de candidats (lire sur AEF info). Tandis que le projet de Jean-Luc Mélenchon coûterait 86 milliards d’euros par an une fois monté en charge, celui d’Emmanuel Macron et Valérie Pécresse "rapporterait" plus de 7 milliards d’euros. Âge du taux plein sans décote, carrières longues, modalités de suppression des régimes spéciaux, rythme de la montée en charge des réformes, publics exemptés, etc. : de nombreuses inconnues subsistent dans les programmes de la plupart des candidats. En juin prochain, le Conseil d’orientation des retraites remettra son rapport annuel, bâti sur des hypothèses de long terme moins optimistes qu’auparavant (lire sur AEF info). Une nouvelle édition qui ne manquera pas de nourrir les débats, quand le nouveau locataire de l’Élysée s’attellera à la "mère des réformes" avec tous les risques qu’une telle entreprise comporte.

Selon le dossier mensuel du COR de mars sur les opinions sur les retraites, une majorité de Français se disent préoccupés par ce sujet en raison d’un pessimisme général vis-à-vis des perspectives économiques de la France et de l’anticipation de difficultés personnelles lors de la retraite. Les enquêtes concordent en ce qui concerne le choix des leviers à privilégier pour préserver le système actuel de retraite : le décalage de l’âge de départ à la retraite (par le biais d’une augmentation de la durée d’assurance ou d’un recul de l’âge) est préféré à une augmentation des cotisations, la baisse des pensions n’obtient qu’un très faible soutien. Pour autant, les mesures concrètes de recul de l’âge légal apparaissent toujours assez impopulaires…

Fermer
Bonjour

Vous souhaitez contacter

Bénédicte Foucher, journaliste