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La professionnalisation des licences générales "n’est pas encore optimale", estime Virginie Laval, présidente de l’université de Poitiers et VP de la commission formation et insertion professionnelle de la CPU lors d’un atelier intitulé "Pédagogies actives, formation par la recherche et professionnalisation" organisé le 27 mai 2021 dans le cadre du colloque de la conférence. L’approche par compétences peut y aider, mais c’est "un vrai changement culturel pour les universités". Les responsables des NCU Prélude (Poitiers) et Elans (ICP Lille et UPHF) y présentent leurs projets fondés sur l’APC.
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Les universités doivent "changer de paradigme" pour mieux accompagner des étudiants, plus nombreux, avec des profils plus hétérogènes, un rapport au savoir qui a évolué, dans un monde en mutation, déclare Virginie Laval, présidente de l’université de Poitiers et VP de la commission formation et insertion professionnelle de la CPU, le 27 mai 2021 lors d’un atelier organisé dans le cadre du colloque annuel de la CPU (lire sur AEF info ici, ici et ici).
Un enjeu fort est la professionnalisation. Mais, sur ce sujet, Aurélien Brossard, VP étudiant de l’université de Poitiers, pointe une "contradiction", alors que "les formations doivent professionnaliser des étudiants qui ne savent pas de quoi sera fait leur avenir professionnel"… Face à cela, il y a plusieurs solutions, estime-t-il, dont la spécialisation progressive, l’orientation tout au long du cursus trop peu utilisée, la valorisation de l’engagement étudiant "encore sous exploitée", les pédagogies actives, qui sont "de vrais leviers de professionnalisation"…
Les étudiants moteurs de leur formation
En tout cas, les étudiants veulent être "moteurs de leur formation", d’autant plus avec la crise sanitaire et le distanciel, ils doivent être actifs derrière leur écran et ne surtout pas "rester passifs, avec juste des informations descendantes". Les conseils de perfectionnement représentent un outil particulièrement intéressant, estime-t-il. D’autres outils et méthodes pour rendre les étudiants acteurs vont de la simple interaction en cours magistral, aux projets tutorés, en passant par les serious games, les classes inversées…
Les pédagogies actives peuvent en effet aider les étudiants à être acteurs de leurs parcours et à "s’ouvrir sur la ville", ce qui contribue à une logique d’ancrage et à donner envie à certains de rester dans la ville où ils ont étudié ou d’y revenir plus tard, analyse quant à elle Léonore Moncond’huy, maire de Poitiers. L’enjeu est fort pour cette ville moyenne où un quart des quelque 100 000 habitants de la ville sont des étudiants.
Ce qui est nouveau, ce n’est pas l’émergence de pédagogies actives - cela existe déjà par exemple dans le cadre de l’éducation populaire -, mais "c’est qu’on les intègre au milieu universitaire et que cela diffuse jusqu’au doctorat", poursuit-elle. Pour y contribuer, la ville de Poitiers offre des "terrains accueillants" aux étudiants - en stage ou en finançant des structures qui encouragent l’engagement des étudiants dans la ville -, ou travaille "autant que possible en interaction avec les équipes de recherche".
Comment adapter l’offre de formation avec un contrat de 5 ans ?
Mais l’offre de formation des universités est-elle aussi réactive que le voudraient les collectivités territoriales et les employeurs ? Si elle comprend les attentes des territoires en termes de formation, Virginie Laval fait remarquer que l’offre de formation des universités s’inscrit dans le cadre d’un contrat de 5 ans, soit un rythme d’évolution "très lent et lié à notre capacité humaine à porter une offre de plus en plus lourde avec des étudiants de plus en plus nombreux". Elle observe que sur "des formations privées arrivent dans certains territoires car l’université ne peut pas toujours répondre".
Catherine Demarey, vice-rectrice de l’Institut catholique de Lille, rebondit sur la question de l’accréditation tous les 5 ans. Ce qu’il faudrait, dit-elle, c’est arriver à "introduire une forme d’agilité pour mieux répondre aux besoins du territoire et à intégrer, au sein de l’offre de formation, une démarche prospective de la compétence, une forme de perméabilité". Elle poursuit : confronté à "trois tsunamis" - l’écologie, les données, l’information -, l’enseignement supérieur doit s’interroger sur ses pratiques et chercher à "développer un 'agir éthique et responsable'" dans ses formations, dans un contexte où "85 % des emplois en 2030" ne sont pas connus aujourd’hui.
Plusieurs ncu tournés vers L’approche par compétence
Mais comment ? À la rentrée, une trentaine d’étudiants seront accueillis dans une licence pluridisciplinaire par compétences et reposant sur des pédagogies actives, dans le cadre du NCU Prélude (parcours de réussite en licence universitaire à développement expérientel), expérimenté à l’Institut catholique de Lille et à l’UPHF (lire sur AEF info). "Cette licence sera construite selon le projet de l’étudiant", qui en sera le "co-promoteur", explique Catherine Demarey.
Autre projet NCU sur les compétences : à l’université de Poitiers, Elans (Personnaliser les parcours à l’université) prévoit la diversification des parcours, le déploiement de compétences transversales, un accompagnement renforcé des étudiants… (lire sur AEF info). L’idée est de promouvoir "le savoir agir en situation complexe", explique Lydie Ancelot, VP déléguée à la réussite étudiante de l’université de Poitiers. Mais "il faut convaincre les collègues que l’APC est un essentielle".
Des jeunes "agiles" pour les entreprises (F. Bordas, UNPIUT)
De son côté, Charles Torossian, directeur de l’IH2EF, estime que l’université doit s’engager à porter ces compétences professionnalisantes au cœur de ses formations. Reconnaissant que la professionnalisation des licences générales "n’est pas encore optimale", Virginie Laval souligne l’enjeu essentiel des nouveaux référentiels de compétences pour la proximité des formations avec les entreprises.
L’APC est "un vrai changement culturel pour les universités", qui amène en particulier les équipes pédagogiques à "se mettre autour de la table", alors qu’elles n’ont souvent "pas l’habitude de travailler ensemble sur ce qu’est un étudiant diplômé", poursuit-elle, ajoutant qu’il faudra aussi s’interroger sur le service de l’enseignant-chercheur.
"C’est bien parce qu’on mettra en avant des compétences que les entreprises reconnaîtront les jeunes diplômés", témoigne Franck Bordas, président de l’Unpiut et expert-comptable, alors que le bachelor universitaire de technologie construit sur la base d’une APC va ouvrir en septembre dans les IUT (lire sur AEF info). Il poursuit : "Les entreprises ont de moins en moins de temps pour réagir, l’urgence prime sur la précision, le monde évolue. Il faut intégrer cela dans la formation des jeunes", qui doivent sortir "agiles" de leurs formations. Il appelle aussi les universités à "se saisir" de la FTLV, sinon "des solutions seront mises en place ailleurs".
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Catherine Buyck,
journaliste