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Home| Social / RH| Fonction publique| Dépêche n°651322

Le centre de gestion du Nord s’attaque au tabou de la santé mentale des agents

Les problèmes de santé mentale sont, après les maladies cardiovasculaires et les cancers, la troisième cause d’arrêt maladie de longue durée au sein des collectivités territoriales du Nord. "Nous devons prendre en compte cette problématique pour prévenir la désinsertion professionnelle des agents, affirme Mathilde Icard, directrice du CDG 59. L’enjeu est que les personnes puissent reprendre le travail et ne tombent pas dans la spirale de l’isolement." Le centre de gestion a lancé une recherche-action sur le sujet en partenariat avec le Cnam, une démarche "percutée" par le Covid-19.

La santé mentale, qui reste un tabou dans le monde du travail, est au cœur d’une recherche-action lancée en janvier 2020 par le CDG59. Flickr - ryan melaugh

Depuis le premier confinement, la santé mentale est au cœur des préoccupations des employeurs. "Avant, elle était assimilée aux cas psychiatriques les plus graves", estime Mathilde Icard, directrice du centre de gestion du Nord, lors d’un entretien accordé à AEF info, jeudi 29 avril 2021. "Nous savons désormais que cela nous concerne tous", souligne-t-elle. La peur de la contagion, les règles de distanciation sociale et le télétravail à haute dose ont en effet permis à chacun de faire l’expérience de la vulnérabilité et des risques d’isolement.

Ce sujet tabou est au cœur d’une recherche-action lancée en janvier 2020 par le CDG59. "Le confinement du printemps 2020 a percuté ce projet mais, après un stade de sidération, nous nous sommes dit qu’il fallait en faire une opportunité", reprend Mathilde Icard, qui s’est interrogée dès juin 2020 sur le risque de désinsertion professionnelle des "confinés au long cours" (lire sur AEF info).

Croiser les regards

Le centre de gestion du Nord s’est associé au Cnam, à l’EPSM Lille métropole, à l’université de Lille et au cabinet Intervalles pour croiser les regards. Plusieurs groupes de travail ont été constitués : le premier avec les organisations syndicales présentes au CHSCT du CDG, le deuxième avec des employeurs exerçant dans des collectivités de toute taille, le troisième avec des professionnels de la santé (médecins traitants, psychiatres, ergonomes, médecins du travail…)

Ces groupes de travail se réunissent en présentiel, lorsque les conditions sanitaires le permettent, ou en visioconférence. Ils avancent pour le moment en parallèle mais se rencontreront tous au second semestre 2021 pour croiser leurs points de vue et s’accorder sur des propositions.

"Nous avons mis autour de la table des personnes qui ne se parlaient pas et que l’agent voit séparément lorsqu’il est en arrêt", souligne Mathilde Icard. "Cet échange de pratiques produit déjà ses effets : nous avons par exemple décidé de travailler sur un guide d’orientation pour les professionnels de santé, en constatant que les médecins généralistes n’ont pas forcément connaissance des dispositifs de la fonction publique", illustre-t-elle.

La parole aux agents

Une autre originalité de cette recherche-action consiste à donner la parole aux usagers eux-mêmes. Douze agents en arrêt maladie, issus de collectivités différentes, s’expriment ainsi sur leur expérience au sein de deux groupes de travail spécifiques. "Nous avons eu des difficultés à raccrocher des personnes avec le vocable de santé mentale, confie Mathilde Icard. Nous avons hésité à le garder. Mais maintenant, avec la crise, nous pouvons peut-être garder le concept…"

Près de 40 % des saisies du comité médical du centre de gestion (1) sont en lien avec la santé mentale. Ce qui en fait la deuxième cause d’arrêt après les maladies cardiovasculaires et les cancers. Et pourtant, l’employeur n’en a pas toujours conscience. "Les agents disent que c’est plus facile de parler de cancer avec son employeur que de dépression, même si cette dépression est liée au cancer", relève Mathilde Icard.

Utile pour faire tomber les non-dits, le partage d’expérience avec les usagers devrait s’amplifier : à l’initiative des agents, un courrier a été envoyé à plus de 600 personnes en arrêt de travail dans le Nord pour leur proposer de participer à un temps d’échange collectif sur les moyens de "mieux prévenir les risques de santé et d’isolement".

être présent malgré l’arrêt de travail

"Tous les groupes de travail essaient de comprendre les causes du passage en longue maladie et de clarifier les différentes étapes pour en sortir", résume Mathilde Icard. Ils partent de cas de figure très concrets comme la difficulté à maintenir le lien avec un agent en situation de burn-out ou en dépression. "Cet agent peut avoir besoin de couper avec son travail… mais savoir qu’il est soutenu par son employeur est également important pour lui", souligne la directrice du CG59.

Des préconisations devraient être formulées pour aider les DRH à trouver le ton juste dans toutes les situations. Cinq collectivités expérimentent déjà des entretiens de préreprise ou l’organisation de groupes de parole pendant l’arrêt. L’objectif est de construire un parcours d’accompagnement complet, de l’arrêt maladie à la reprise d’activité. Un guide et une plateforme numérique sont aussi en réflexion. "Ces outils devront s’adapter au nouveau cadre créé par la réforme à venir des instances médicales dans la fonction publique territoriale", relève Mathilde Icard, qui est aussi présidente de l’association des DRH de grandes collectivités.

Pour engager cette recherche-action, le centre de gestion du Nord a reçu une subvention du FIPHFP (fonds d’insertion pour les personnes handicapées dans la fonction publique). Il va déposer des demandes auprès d’autres financeurs afin de produire, partager et transférer les résultats de ses travaux.

(1) Cette instance analyse les demandes des agents pour passer en longue maladie.

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Sylvain Marcelli, journaliste