Dépêche n°651227

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Par Stéphanie Senet

Publiée le 05/05/2021 à 18h54

"L'adaptation au changement climatique est le fil conducteur de notre projet stratégique" (Pascal Berteaud, Cerema)

Le conseil d’administration du Cerema a adopté, jeudi 15 avril 2021, le projet stratégique de l’établissement pour la période 2021-2023. Un projet qui "formalise la restructuration de l’établissement autour de six domaines d’action", explique son directeur général Pascal Berteaud, le 29 avril, à AEF info. L’adaptation au changement climatique devient "la boussole" de son action, notamment en matière de bâtiments, mobilité et expertise territoriale.

AEF info : Le projet stratégique a été adopté le 15 avril. Est-ce le dernier acte de la restructuration du Cerema ?

Pascal Berteaud : Ce projet stratégique finalise en effet la transformation du Cerema, initiée dès l’automne 2018. La prochaine étape sera la signature du contrat d’objectifs et de performance avec l’État, prévue en juillet prochain. À travers ce projet stratégique, nous recentrons notre activité sur trois missions principales dont la première est la recherche et l’innovation, avec une activité de recherche structurée par UMR comme un établissement de recherche et une activité d’innovation propre ou en partenariat avec des entreprises, dans le cadre de notre labellisation Institut Carnot (lire sur AEF info) ou de notre incubateur CeremaLab, qui est en train de décoller.

Nos autres missions restent la diffusion des connaissances, avec une réflexion sur la mise en place de plateformes, et l’accompagnement de l’État et des collectivités. Sur ce plan, il ne s’agit pas de concurrencer le privé mais d’intervenir lorsque la collectivité a un besoin d’expertise pointue ou indépendante ou encore d’une assistance à maîtrise d’ouvrage.

AEF info : Vous avez aussi recentré les activités de l’établissement autour de six domaines d’action…

Pascal Berteaud : Nous n’avons conservé que les sujets dont les enjeux sont majeurs pour les politiques publiques et pour lesquels on avait vocation à fournir une expertise publique de référence. C’est pourquoi nous avons retenu six domaines prioritaires : l’efficacité énergétique et l’usage des bâtiments, la mobilité sous toutes ses formes, les infrastructures qui sont notre ADN historique, l’environnement et les risques, comme les mouvements de terrain, le bruit ou la nature en ville, la mer et le littoral, c’est-à-dire principalement l’érosion côtière, et l’expertise territoriale intégrée. Le fil conducteur, c’est clairement le climat et singulièrement l’adaptation au changement climatique.

Il faut se battre fortement contre le changement climatique, comme le fait l’Ademe, mais il faut en même temps penser à la façon dont on va s’y adapter et c’est moins entré dans les mœurs. Même si on fait des progrès en matière de transition écologique, nous connaîtrons de toute façon deux degrés de plus dans trente ans. Et ces deux degrés ne sont pas une vue de l’esprit. C’est compliqué mais si on s’y attelle tout de suite, on va y arriver. Si on attend le dernier moment, en revanche, ce sera catastrophique.

AEF info : Comme vous l’expliquiez déjà en janvier dernier (lire sur AEF info), l’adaptation au changement climatique devient "la boussole de votre action" selon votre projet stratégique. Qu’est-ce que cela change concrètement dans vos activités ?

Pascal Berteaud : L’adaptation va évidemment infuser nos six domaines d’action. Sur le littoral, on voit déjà les problèmes d’érosion monter en puissance. Selon une étude que nous avons réalisée, entre 10 000 et 15 000 maisons seront détruites en France en 2100. En matière d’expertise territoriale, on travaille beaucoup sur la résilience actuellement et sur cette question, le Covid a permis de faire prendre conscience aux décideurs que des changements structurels s’imposaient. L’adaptation va bien sûr changer le contenu de nos sujets d’étude mais a contrario, les compétences ne vont pas évoluer mais être renforcées. Cette mutation que nous connaissons rend encore plus indispensable le renforcement de l’expertise.

AEF info : Vous lancez aussi votre plan climat ?

Pascal Berteaud : On s’est demandé, activité par activité, ce que le changement climatique allait induire. Par exemple, sur la mobilité, on a mis en place les coronapistes. Ce qui est intéressant de noter c’est qu’on est partis à la hussarde et que cela a super bien marché, même s’il y a eu des erreurs. En tout cas nous avons changé notre façon de faire. Avant, en matière d’aménagement, on réfléchissait pendant cinq ans et on essayait tous les scénarios avant de lever le petit doigt. On a fait plus de pistes cyclables en six mois qu’on en avait faites en dix ans. Cela interpelle notre façon d’aménager. Procéder par expérimentation, c’est certainement plus efficace que de réaliser des études pendant dix ans… On travaille aussi sur l’évaluation des pratiques de mobilité, notamment à partir des données des téléphones portables, ce qui ouvre de grandes perspectives sur l’adaptation des politiques de mobilité au sein d’une agglomération par exemple.

AEF info : Vous annoncez une stratégie et un plan d’action sur l’intelligence artificielle. Que recouvrent-ils ?

Pascal Berteaud : Il y a deux idées derrière cela. D’abord, on dispose de très nombreuses données, qu’on est capable de modéliser de façon précise et efficace, à condition toutefois que l’on dispose de grandes capacités de calcul. Ensuite, le numérique permet d’adapter des politiques publiques à une grande diversité de situations et d’usages. Nous avons à la fois des données nationales et des données très locales qui s’alimentent mutuellement. Par la mise en place de plateformes numériques, nous permettons d’ailleurs aux collectivités d’avoir accès à l’expertise et aux experts du Cerema.

AEF info : Quelles activités avez-vous abandonnées lors de cette restructuration ?

Pascal Berteaud : Nous avons laissé de côté quelques activités autour du bâtiment, dont le contrôle de mesures réglementaires comme l’accessibilité, ainsi que des risques industriels parce que l’Ineris s’en occupe très bien. Pour les infrastructures, nous avons abandonné nos interventions sur les routes et les chaussées pour ne garder que les questions d’innovation. Le Cerema d’avant se décrivait autour de 66 pôles de compétences. Le Cerema d’aujourd’hui intervient dans six domaines d’action avec une vingtaine de secteurs d’activité. Nous avons, en résumé, abandonné environ deux sujets sur trois. Des sujets qui n’étaient d’ailleurs pas majeurs.

AEF info : Quel bilan dressez-vous du Cerema Lab ?

Pascal Berteaud : Historiquement, notre expertise n’était effectuée qu’au service de l’État. Ce qui n’a pas de sens, puisque 70 % de nos sujets relèvent de compétences des collectivités. Avec les entreprises privées, nous avons axé notre action sur l’international, pour éviter la concurrence, et sur l’innovation, avec l’institut Carnot Clim’adapt et le CeremaLab pour les start-up. Et les résultats sont là. Notre premier appel à projets sur la résilience, lancé début mars (lire sur AEF info), a déjà généré une centaine de candidatures. Honnêtement, on en attendait environ dix fois moins.

AEF info : D’autres appels à projets vont suivre ?

Pascal Berteaud : Nous devrions en lancer deux par an, sans doute en les ciblant autour des thématiques qui reviennent le plus souvent.

AEF info : Comment le Cerema est-il amené à évoluer d’un point de vue statutaire ?

Pascal Berteaud : Pour nous, c’est une question majeure. Nous sommes appelés à être un établissement d’expertise national et non un établissement d’expertise de l’État. Il faut qu’on parvienne à institutionnaliser notre évolution pour devenir un établissement public de l’État et des collectivités, ce qui n’est pas encore possible au regard du droit. Mais l’article 38 du projet de loi 4D prévoit d’habiliter le gouvernement à prendre une ordonnance pour rapprocher le Cerema des collectivités (lire sur AEF info). Nous attendons encore quelques arbitrages ministériels mais ce projet de loi devrait nous permettre de franchir ce cap.


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