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"Après une année de crise, tout le monde a réalisé le caractère essentiel du contact interpersonnel" (Jean Chambaz, SU)

Universités fermées pendant le premier confinement, rentrée en présentiel avant un nouveau retour à l'enseignement à distance puis des fermetures à des degrés divers : "Pour les étudiants et les universités, les décisions gouvernementales ont eu lieu à contretemps […], on subit des annonces et des circulaires qui encadrent trop étroitement ce qu’on fait, sans flexibilité. Ce n’est pas simple à gérer pour les équipes", estime Jean Chambaz, président de Sorbonne université. Après une année de crise, il tire pour AEF info les leçons de cette période pour la vie universitaire. Premier enseignement : "Tout le monde a réalisé le caractère essentiel du contact interpersonnel". Il explique aussi comment Sorbonne université prépare la rentrée – en présentiel – avec toutefois "un deuxième plan d’équipement encore plus exhaustif […] de façon à pouvoir basculer en hybride si nécessaire".

Jean Chambaz, président de Sorbonne Université. Sorbonne Université

AEF info : Un peu plus d’un an après le premier confinement, quel bilan tirez-vous de cette période pour Sorbonne université ?

Jean Chambaz : Pour ce qui concerne les étudiants et les universités, les décisions gouvernementales ont eu lieu à contretemps. Le premier confinement a sidéré tout le monde, les gens ont été résilients et ont essayé de maintenir leurs missions. L’université a pu fonctionner avec 150 personnes, l’essentiel de ceux qui pouvaient travailler à distance le faisaient. Nous avons maintenu les laboratoires avec de petites jauges, hors recherche Covid, pour permettre leur maintenance et pour accueillir en priorité les doctorants.

Les enseignements ont dû basculer à distance du jour au lendemain, et pour un bon nombre de nos jeunes collègues, il s’agissait d’enseigner de chez eux tout en faisant la classe à la maison à leurs enfants. Nous avons renforcé les moyens de contact avec une ligne d’écoute et d’orientation des étudiants par les étudiants et grâce à une mobilisation exceptionnelle du Sumpss (Service de médecine préventive et de promotion de la santé des étudiants) de Sorbonne Université et Paris-II. Nous avons développé l’aide d’urgence : nous avons consacré 1,5 M€ à ce poste et n’avons refusé aucune aide.

 

"Pour ce qui concerne les étudiants et les universités, les décisions gouvernementales ont eu lieu à contretemps."

 

Nous sommes sortis de cette période avec la conviction qu’il fallait tout faire pour que la rentrée ait lieu en présentiel. Nous avons pris des dispositions en ce sens en développant un kit numérique, un welcome pack pour les étudiants avec une somme de 350 euros à 400 euros pour que les boursiers échelon 6 et 7 puissent d’équiper en numérique, des aides pour la connexion 4G, des aides alimentaires, des aides au logement. Nous avons accueilli les étudiants en présence à la rentrée.

S’en est suivi une campagne de presse dramatique laissant entendre que les universités étaient les foyers de contamination, comme si une partie de la presse se rendait compte seulement cette année que certains de nos locaux sont vétustes et leurs amphis bondés, alors que cela fait 20 ans que l’on nous demande d’accueillir de plus en plus d’étudiants… Il a été difficile de faire entendre que ce n’était pas sur les campus que l’on se contaminait, mais quand on enlève le masque face à face, dans les événements privés. Il a donc fallu changer les modalités d’enseignement, enseignants et étudiants ont à nouveau été ballottés. Au second semestre, nous avons pris des dispositions avec les responsables de formation pour faire en sorte que tous les étudiants acquièrent les fondamentaux et restent embarqués. Malheureusement, les nouvelles dispositions nous empêchent par exemple de maintenir les bibliothèques ouvertes après 19 heures.

AEF info : Quelle leçon en tirez-vous du point de vue de la gouvernance des universités ?

 

"Les étudiants ne sont pas une génération sacrifiée ! C’est aussi stigmatisant et paternaliste que de dire à l’automne qu’ils étaient les principaux vecteurs de l’épidémie."

 

Jean Chambaz : On subit des annonces et des circulaires qui encadrent trop étroitement ce qu’on fait, sans flexibilité. Ce n’est pas simple à gérer pour les équipes. Les personnels et les étudiants sont fatigués. La campagne médiatique sur la génération sacrifiée est à double tranchant : les étudiants ne sont pas une génération sacrifiée ! C’est aussi stigmatisant et paternaliste que de dire à l’automne qu’ils étaient les principaux vecteurs de l’épidémie car à comportement irresponsable.

Ils sont résilients. Ils vivent une période difficile, s’accrochent pour continuer leurs études, pour survivre dans cette situation mais ils ont de la résistance, il s’agit de jeunes adultes dynamiques, cela les a encore plus sensibilisés à se battre pour des solutions durables pour l’économie, la société et le développement durable. Certains sont en détresse, mais la meilleure réponse à leur faire consiste à reprendre une vie la plus normale possible.

AEF info : Et concernant les modalités d’enseignement ?

 

"Nous avons une vingtaine de projets d’enseignement hybride pour l’année prochaine : soit des cours transversaux sur de grands enjeux, soit des mineures, soit des classes partagées avec nos partenaires stratégiques."

 

Jean Chambaz : Après une année de crise, tout le monde a réalisé le caractère essentiel du contact interpersonnel : le cœur de l’enseignement reste la relation personne à personne, le travail de groupe entre étudiants. Notre effort consiste à mettre à nouveau l’accent sur cette dimension indispensable et nous nous concentrons sur la fin du second semestre et sur la préparation d’une rentrée en présentiel.

Ce qui n’a pas empêché les collègues qui ont une expérience d’enseignement à distance de la mettre à profit cette année. Nous avons financé avec le PIA des projets pilote d’enseignement hybrides transversaux sur les grands enjeux du monde, en réunissant des étudiants de différentes disciplines. Nous avons ainsi une vingtaine de projets hybrides avec, dans chaque faculté, un centre d’appui à l’innovation pédagogique. En tout, nous avons une vingtaine de projets d’enseignement hybride pour l’année prochaine : soit des cours transversaux sur de grands enjeux, soit des mineures, soit des classes partagées avec nos partenaires stratégiques : NTU à Singapour ; Indiana university aux États-Unis ; l’université Laval au Canada ; l’Unam au Mexique ; University of Sydney en Australie ; Renmin et l’UCAS (l’université de l’Académie des sciences) en Chine ; et Trinity college Dublin en Irlande.

AEF info : Comment préparez-vous la rentrée prochaine ?

Jean Chambaz : Nous avons des réunions régulières toutes les 4 à 6 semaines avec les équipes de formation – nous les avions réunies de la même façon pour préparer le second semestre. Un des avantages de Zoom, c’est qu’il permet une forte assiduité à ce genre de réunion. Nous avons de bons échanges et nous avons commencé à préparer la rentrée prochaine. Nous espérons pouvoir la tenir en présence et nous préparons un plan B en partie à distance si nécessaire.

 

"Il faut réfléchir au bon rythme, proposer des remédiations, veiller à ce que tous les étudiants partent d’un bon pied. Ce n’est pas parce que des étudiants sont sur leur portable toute la journée qu’ils maîtrisent les outils numériques qu’on met à leur disposition."

 

Un groupe avec les responsables de composante et la VP formation, les doyens de formation/vie étudiante travaille à la façon de les accueillir, de leur donner les informations nécessaires, de leur redonner l’habitude de la méthodologie de travail : certains auront été éloignés depuis un an d’habitudes régulières à l’université, d’autres auront passé une année de terminale décousue. Il faut réfléchir au bon rythme, proposer des remédiations, veiller à ce que tous les étudiants partent d’un bon pied. Ce n’est pas parce que des étudiants sont sur leur portable toute la journée qu’ils maîtrisent les outils numériques qu’on met à leur disposition.

Nous prévoyons aussi un deuxième plan d’équipement encore plus exhaustif de tous nos campus en couverture wifi et équipement de nos différentes salles, de façon à pouvoir basculer en hybride si nécessaire. Les responsables de formation parlent tout autant des conditions d’accueil pour la vie étudiante que des formations elles-mêmes : ils ont vécu de plus près cette année à quel point des conditions de vie décentes sont nécessaires à la réussite étudiante. Enfin, nous prévoyons également des événements festifs très contrôlés, pour que la rentrée soit un moment joyeux.

AEF info : Est-ce que vous vous concertez avec vos homologues en France ou en Europe pour répondre aux défis de la période ?

 

"Sur le plan européen, il est intéressant de noter que la crise nous a fait accélérer les projets de classes partagées avec nos partenaires de l’alliance 4EU +."

 

Jean Chambaz : Nous le faisons en France. Au niveau européen, c’est compliqué parce que nous ne sommes pas tous soumis au même régime. La Leru doit tenir le 20 mai prochain son assemblée des recteurs encore à distance, et non pas à Sorbonne université comme prévu. Nous échangerons à cette occasion. Mais c’est plus particulièrement entre universités françaises que nous pouvons nous inspirer des bonnes pratiques des uns et des autres. Le réseau des VP formation fonctionne bien, celui des DGS aussi : beaucoup d’informations passent par ces canaux.

Sur le plan européen, il est intéressant de noter que la crise nous a fait accélérer les projets de classes partagées avec nos partenaires de l’alliance 4EU +. Nous avons eu pas mal de cours hybrides partagés, de cours mis en ligne et d’événements impliquant les étudiants ou les enseignants-chercheurs. 300 étudiants ont assisté à des cours partagés à distance. Nous avons su réinventer une vie académique et de coopération, pour l’instant sans déplacement, mais dès que ce sera à nouveau possible, on favorisera la mobilité de nos étudiants entre campus.

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Anne Roy, journaliste