Politique de cookies
Le groupe AEF info utilise des cookies pour vous offrir une expérience utilisateur de qualité, mesurer l’audience, optimiser les fonctionnalités et vous proposer des contenus personnalisés. Avant de continuer votre navigation sur ce site, vous pouvez également choisir de modifier vos réglages en matière de cookies.
Politique de protection des données personnelles

Revenir en haut de la page

Pour sa labellisation isite définitive, l’université de Lorraine défend un élargissement de son profil au-delà de l’ingénierie

Les acteurs de l’isite lorrain LUE arrivent en fin de période probatoire, l’audition par le jury international étant prévue dans la semaine du 7 au 11 juin 2021. "Si nous voulons continuer de placer au cœur 'l’ingénierie systémique', nous allons revendiquer d’être une université pluridisciplinaire de recherche pleine et entière", indique à AEF info le président de l’université de Lorraine Pierre Mutzenhardt, dans une interview le 22 avril 2021, avec le directeur exécutif de LUE, Karl Tombre. Tous deux relèvent, dans les classements thématiques mondiaux, la présence de "points de force" lorrains sur un spectre disciplinaire allant au-delà des trois labex initiaux. Le programme de recherche Impact "a encouragé le développement de communautés larges, décidant à leur niveau […]", observe Karl Tombre. Une pérennisation de l’isite entraînerait des évolutions dans la gouvernance.

Pierre Mutzenhardt, président de l'université de Lorraine. Droits réservés - DR - UL

AEF info : L'audition de fin de période probatoire de l’isite aura lieu en juin. Quelles sont les principales attentes du jury ? Quels atouts avez-vous mis en exergue, lors de la visite (virtuelle) des 8 et 9 avril ?

Pierre Mutzenhardt : Lors de cette visite, le jury a interrogé la gouvernance et les différentes parties prenantes – et notamment des étudiants ou des bénéficiaires de programmes – sur les effets produits par l’isite. La première chose que nous avons défendue, c’est notre bilan ; le jury a observé que nous avons fait ce que nous avions annoncé. Nous avons aussi indiqué ce que nous n’avons pas pu réaliser, et pourquoi. Par rapport au projet initial, nous n’avions obtenu que 70 % des moyens, alors que nous avions été très bien évalués [avec des A sur 12 items].

Karl Tombre : Nous avons en effet revu le nombre de projets dans certaines catégories. Pour autant, nous n’avons pas raboté beaucoup les programmes phares et structurants, et pu tenir les engagements principaux.

Pierre Mutzenhardt : Surtout, il s’est agi de se projeter. La partie LUE proprement dite n’est plus le sujet. Si l’on fait un retour historique, nous avions construit notre projet isite sur "l’ingénierie systémique" autour des trois labex – qui pré-existaient dans les domaines phares des matériaux, des ressources et de forêt-bois [Damas, Arbre et Ressources21] (1). Or, en quatre ans, l’UL a montré qu’elle avait un positionnement international sur d’autres thématiques, comme la santé, le numérique, l’énergie, etc. C’était en germe dans les six défis socio-économiques identifiés au départ (2). Et, nous avons effectivement réussi à démontrer que notre spectre disciplinaire était large.

AEF info : L’objectif annoncé au lancement était de parvenir "dans le top 100 mondial en ingénierie" (lire sur AEF info)… Qu’en est-il ?

Karl Tombre : Les classements thématiques de Shanghai offrent une granulométrie plus fine aujourd’hui. Il est intéressant de constater qu’en 2020, nous apparaissons dans le top 50 pour trois champs disciplinaires, dans le top 100 pour sept champs et dans le top 200 pour douze champs.

Outre la 11e place décrochée en Mining et Mineral engineerig et la 44e place en Metallurgical engineering – ce qui correspond aux thématiques des labex, nous sommes à la 49e place en Automation & control, et avons de bonnes positions en Public health (93e place) ou Earth sciences (80e). Et d’autres points de force nous situent dans les 200 premiers établissements mondiaux dans des domaines à enjeux sociétaux forts, comme la médecine clinique et l’écologie.


AEF info : Ces résultats vous incitent-ils à revoir votre positionnement stratégique ?

Pierre Mutzenhardt : Le jury nous a demandé quel profil d’université nous visions à horizon de dix ans : voulons-nous rester sur le profil de départ, ou allons-nous vers un profil plus élargi de grande université de recherche pluridisciplinaire ? Si nous voulons continuer de placer au cœur "l’ingénierie systémique", qui va rester une marque forte, nous allons revendiquer d’être une université pluridisciplinaire de recherche pleine et entière. De la même façon que Strasbourg est une grande université pluridisciplinaire avec un cœur fort en chimie, biologie et médecine, nous pouvons être une grande université pluridisciplinaire, avec l’ingénierie systémique et les disciplines sous-jacentes en majeure.

Karl Tombre : L’approche pluridisciplinaire et interdisciplinaire est au cœur de la dynamique d’ingénierie systémique : nous mobilisons des disciplines qui travaillent ensemble sur de grands défis. Dès le départ, notre projet a dépassé la notion d’ingénierie au sens strict. Et lorsqu’on renforce le travail interdisciplinaire sur des défis à un haut niveau, on renforce forcément le disciplinaire.

 

"LUE a été un catalyseur, et est une partie d’un tout."

P. Mutzenhardt, président de l’UL

 

Pierre Mutzenhardt : Ces grands défis sociétaux posés aux universités interrogent à la fois la dimension scientifique et la dimension formation : comment intégrer à l’avenir ces objectifs globaux à des formations très disciplinaires ? Quel profil d’établissement, et de formations, mettre en avant ?

Devant le jury international, nous veillerons à recoller différents morceaux… En effet, nous avons décroché l’an dernier d’autres appel à projets : SFRI avec le projet "Orion", mais aussi Idées avec le projet "Sirius" qui porte sur l’écosystème d’innovation [et nécessite la confirmation de l’isite, lire sur AEF info]. Ces programmes portent sur une durée de neuf ans, et d’autres arrivent comme "Excellences". LUE a été un catalyseur, et est une partie d’un tout. Nous construisons avec des briques cohérentes entre elles.

AEF info : L’UL et ses partenaires (3) avaient notamment annoncé sept grands projets de recherche "Impact" (sur 3-4 ans, et un financement de 2,5 M€ en moyenne). Quel bilan en tirez-vous ?

Karl Tombre : Nous avons fait les sept projets Impact annoncés ; certains sont quasiment terminés, quand d’autres sont encore en cours. Ils ont permis de créer d’autres espaces [par rapport aux labex] d’interdisciplinarité, de pluridisciplinarité, autour des grands défis identifiés. Le programme Impact a créé une dynamique de projet. Il a encouragé le développement de communautés larges, décidant à leur niveau dans quelle direction aller : elles ont été en quelque sorte des labex légers – avec une échéance plus courte – sur le numérique, l’énergie, les nanomatériaux, la santé, etc. Demain, il faudra envisager une durée de vie plus longue, mais conserver l’ADN d’Impact en termes de croisement des disciplines, car il a fait ses preuves.

Pierre Mutzenhardt : Que l’on parle d' "Impact", ou d’Instituts thématiques interdisciplinaires [développés par l’Unistra, lire sur AEF info], il y a aujourd’hui un mouvement favorisant les projets qui désenclavent les structures, pour donner une dynamique collective. Il s’agit de réunir les compétences, de laisser une autonomie, de faire confiance : en termes de partenariats avec l’industrie, de qualité des publications, d’internationalisation, etc. Nous allons évoluer sur leur structuration.

AEF info : Une autre ambition majeure était de former davantage de docteurs. Qu’en est-il, cinq ans plus tard ?

Pierre Mutzenhardt : Sur l’objectif "docteurs" (une centaine de plus formés par an), nous ne l’avons pas encore atteint. Cela doit s’analyser au regard de la situation nationale ; s’il y a eu récemment un affaissement du nombre de doctorants, nous ne l’avons pas constaté sur le site lorrain. La plupart des thèses ont été lancées en 2017 dans le cadre de LUE, donc nous devrions en voir les effets en 2021-2022-2023.

Karl Tombre : Autre indicateur à noter : si au plan national, 5 % des doctorants en moyenne ont un diplôme d’ingénieur, à l’UL, 11 % des doctorants sont ingénieurs.

AEF info : Par rapport aux idex, les isite devaient avoir un ancrage plus marqué dans leur environnement socio-économique et un lien affirmé aux territoires. Quels ont été les résultats, à ce niveau ?

Pierre Mutzenhardt : Cela a bien fonctionné, par rapport aux entreprises du territoire ayant des besoins de R&D. J’évoquerais une difficulté, toutefois : le nombre de ces entreprises en région est un peu faible. Notre pari est donc à la fois d’attirer de la R&D, et de la générer en créant des entreprises.

À titre d’exemple récent, la start-up 45-8 Energy [centrée sur l’hélium et l’hydrogène] vient de s’installer à Metz, notamment pour être proche de compétences reconnues situées à l’UL. Dans cette installation, les collectivités territoriales ont été motrices, mais aussi les acteurs consulaires, les réseaux, etc. Nous pouvons ainsi amener des porteurs de projets innovants jusqu’à la création. Il faut ce tuilage. C’est ce rapport au territoire que nous devons avoir. Nous sommes un acteur du développement économique incontournable. Il s’agit de continuer à créer de la valeur sociale et économique, à partir de l’entrepreneuriat et de la recherche.

AEF info : D’après le rapport d’activité 2016-2020 de LUE (4), plus de 35,94 M€ ont été engagés. Comment envisagez-vous la pérennisation, sur le plan financier ?

Pierre Mutzenhardt : L’ensemble de la contractualisation s’élevait à 51 M€, en comprenant environ 12 M€ pour les labex et les frais de gestion [avec 42 M€ prévus pour les actions "isite", soit 10,5 M€ par an]. Mais, en raison du décalage de l’évaluation dû à la crise, nous avons bénéficié d’une rallonge de 5 M€, ce qui nous a portés à 56 M€. Le jury international n’a pas à aborder ces aspects, mais se concentre sur la trajectoire.

AEF info : Enfin, pour être cette grande université de recherche pluridisciplinaire, quel chemin reste-t-il à parcourir aux acteurs lorrains ?

Pierre Mutzenhardt : Nous sommes cette grande université, mais avons encore à mieux articuler recherche - formation - innovation. C’est le travail à moyen terme qui est en cours. Il est également essentiel d’installer durablement les meilleures pratiques, les meilleurs standards dans toutes les dimensions : pédagogique, ressources humaines comme avec le référentiel européen HRS4R, efficience en interne et vis-à-vis des partenaires.

AEF info : Comment la gouvernance des actions "LUE" pourrait-elle évoluer ?

Karl Tombre : À l’avenir, il y aura probablement de grandes communautés qui s’organisent elles-mêmes, avec les bons réflexes. Pour la mise en œuvre des projets Impact, il y avait une confiance a priori, et un contrôle a posteriori. Au bout d’un moment, les décisions en Comex étaient devenues une validation de pure forme… Si nous sommes pérennisés, il n’y aura plus besoin de gouvernance de projet, sous la forme d’un Comex. C’est un moteur qui passe sous le capot !

Pierre Mutzenhardt : En mode projet, nous avions un pilotage avec les organismes de recherche qui était à la fois stratégique et opérationnel. Par la suite, je pense que l’université doit garder un pilotage stratégique recherche avec les EPST, mais sans doute accompagné par une vision extérieure sur un prisme plus large que la seule recherche. Nous avons fait évoluer les pratiques notamment en termes de prise de conscience des collectifs. Dans le futur, ce seront aux structures existantes de l’université ou à la gouvernance des futurs projets de prendre leurs responsabilités, sous le contrôle des conseils de l’université. Un comité de pilotage permettra de garantir la cohérence des programmes PIA et d’exiger les meilleurs pratiques.

(1) Ces labex ayant été intégrés à l’initiative d’excellence en 2016. Ils ont été prolongés pour cinq ans en 2019.

(2) Les six grands défis économiques et sociaux : chaîne de valeur des matériaux ; gestion durable des ressources naturelles et de l’environnement ; énergies du futur et transition énergétique ; confiance dans le numérique ; ingénierie pour la santé et contre le vieillissement ; ingénierie des langues et des connaissances.

(3) Les EPST (CNRS, Inserm, Inrae, Inra), le CHRU de Nancy, AgroParisTech et GeorgiaTech Lorraine.

(4) Consultable ici.

Fermer
Bonjour

Vous souhaitez contacter

Pascaline Marion, journaliste