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Home| Social / RH| Fonction publique| Dépêche n°650686

"La feuille de route de notre transformation devrait être achevée à l’été 2021" (Marie-Anne Barbat-Layani, SG de Bercy)

Les travaux "ont pris du retard du fait de la crise sanitaire. […] Mais ils avancent très bien, grâce à la forte implication des agents et la feuille de route devrait être achevée à l’été 202", déclare Marie-Anne Barbat-Layani, secrétaire générale du ministère de l’Économie, des Finances et de la Relance, dans une interview à AEF info, en avril 2021 (1), interrogée sur le projet de transformation du ministère "Ambition SG" qu’elle a lancé à son arrivée en 2019. Alors que le SG de Bercy a fêté ses 20 ans en 2020, Marie-Anne Barbat Layani revient sur ces chantiers qui portent notamment sur l’amélioration de la performance et la QVT. Elle analyse par ailleurs les conséquences de la crise sanitaire sur l’organisation du travail (avec notamment l’irruption du télétravail), et le management, mais aussi les évolutions qu’implique la loi de transformation de la fonction publique de 2019.

Marie-Anne Barbat-Layani, secrétaire générale des ministères économiques et financiers. © MEFR

AEF info : Le secrétariat général des ministères économiques et financiers a fêté ses 20 ans en 2020. Quelles sont les évolutions majeures qui ont marqué ces 20 dernières années ?

Marie-Anne Barbat-Layani : Depuis sa création en 2000, le secrétariat général a profondément évolué ! Il est passé d’une petite administration de mission d’une quinzaine de personnes, à 2 400 agents aujourd’hui. Il s’agit d’une institution jeune au sein du ministère, créée par Laurent Fabius, alors ministre des Finances, avec un rôle d’administration de mission pour piloter les réformes prioritaires. Après l’échec de la fusion entre la DGCP et la DGI, Laurent Fabius avait souhaité créer une structure capable de piloter de telles réformes d’ampleur et de mener le dialogue social, qui reste l’une des missions principales du SG pour le compte des ministres.

2010 a ensuite marqué une importante évolution avec l’absorption par le SG des fonctions support de l’administration centrale du ministère. Cela lui a apporté un profil plus classique, mais le SG a conservé sa fonction stratégique de pilotage, avec tous les défis qu’implique cette dualité de fonctions. À titre d’exemple, c’est au SG qu’est rattachée la mission Gardette sur le regroupement des missions de recouvrement de la Douane et de la DGFIP (lire sur AEF info).

 

"Nous nous appuyons sur notre projet RSE 'Bercy vert' pour améliorer l’attractivité du ministère, qui est un enjeu fondamental pour nous."

 

Le SG pilote aussi des projets stratégiques tels que notre projet RSE "Bercy vert" – construit sur la base des circulaires relatives à l’État exemplaire et l’État écoresponsable – qui fait l’objet d’un suivi très rapproché de la part du gouvernement. Nous nous appuyons sur ce projet pour améliorer l’attractivité du ministère, qui est un enjeu fondamental pour nous. En effet, si le ministère jouit toujours d’une bonne attractivité, on observe un turn-over croissant, ainsi qu’une augmentation des départs de personnels de plus en plus jeunes. Fidéliser et suivre nos agents à différents moments de leur carrière est un enjeu clef de notre politique de l’encadrement supérieur.

Autre grande évolution : le rôle des secrétariats généraux comme relais des politiques interministérielles de transformation de l’action publique tel le projet Services Publics+ ou la qualité du service public numérique piloté par la Dinum. Nous avons également pour mission d’impulser et de coordonner la politique de l’innovation au sein du ministère. Nous sommes le garant de la bonne coordination de ces projets et de la transformation de nos ministères. Ces évolutions ont renforcé le caractère stratégique du SG.

Enfin, nous travaillons à améliorer la transversalité au sein du ministère, notamment en matière d’encadrement supérieur. Pour la première fois cette année, nous avons mené la revue des cadres collectivement avec tous les directeurs de Bercy, avant de la transmettre à la mission des cadres dirigeants de l’État afin d’alimenter son vivier.

AEF info : Quelles conséquences ont eu ces transformations sur les métiers, l’organisation et les méthodes de travail des agents du SG dans un contexte de réduction régulière des effectifs de Bercy ?

Marie-Anne Barbat-Layani : Les effectifs ont été beaucoup réduits, puisqu’ils sont passés de 3 000 il y a une dizaine d’années à 2 400. Cette évolution, qui est appelée à se poursuivre, nous amène – et cela fait partie du projet de transformation que je mène depuis mon arrivée en 2019, "Ambition SG" – à améliorer la performance collective de nos propres fonctions supports mais aussi celles de l’ensemble du ministère.

AEF info : Quel est l’état d’avancée des chantiers de ce projet de transformation ?

Marie-Anne Barbat-Layani : Ce projet de transformation, pour lequel nous avons été accompagnés par la DITP, comporte plusieurs grands chantiers. Le chantier de la performance tout d’abord, qui concerne la mesure et l’amélioration de la performance du SG lui-même et de celle des fonctions support du ministère. Le chantier de la qualité de service, ensuite, qui passe par la mise en place d’une politique de l’offre et d’une gouvernance rénovée de nos relations avec les directions du ministère. Le chantier de notre organisation, qui doit gagner en lisibilité et en agilité. Le chantier de la qualité de vie au travail des collaborateurs enfin, qui est essentiel.

Ces travaux ont pris du retard du fait de la crise sanitaire, le ministère ayant déclenché son plan de continuité d’activité lors du premier confinement, au printemps 2020, ce qui nous a amenés à nous recentrer sur les missions essentielles. Mais ils avancent très bien, grâce à la forte implication des agents, et la feuille de route devrait être achevée à l’été 2021.

AEF info : Quelles incidences à la crise sanitaire sur votre fonctionnement en matière d’organisation du travail et de télétravail en particulier ?

Marie-Anne Barbat-Layani : Le télétravail s’est imposé à nous de manière brutale du fait de la pandémie, mais cela nous a fait avancer à pas de géant. Dans le cadre du dialogue social, nous nous sommes attachés à améliorer les conditions du "travail en confinement", mais nous avons également décidé de préparer l’avenir en capitalisant sur ce que la contrainte nous imposait. Nous avons donc initié des groupes de travail avec les syndicats, qui ont permis d’élaborer un protocole sur le télétravail, et même de signer un accord pour l’administration centrale qui fixe les bases d’une nouvelle organisation du travail prévoyant davantage de télétravail (lire sur AEF info).

 

"Pour les agents aux fonctions substantiellement télétravaillables, nous devrions passer de 66 % d’agents équipés en février pour l’ensemble du MEFR à 84 % à l’été."

 

Nous avons également amélioré l’équipement des agents. Pour les agents aux fonctions substantiellement télétravaillables, nous en étions à 66 % d’agents équipés en février pour l’ensemble du MEFR, nous continuons à progresser et nous devrions atteindre 84 % à l’été, le taux de 100 % est d’ores et déjà atteint en administration centrale. Nous avons pour cela recyclé des fonds de projets en suspens pour acquérir des ordinateurs. Outre notre capacité à faire face à la crise, cet effort est très prometteur pour l’avenir. Il a été très apprécié des agents, dont l’attente était forte.

À noter que durant cette période, nous avons mené un dialogue social extrêmement fourni avec des audioconférences très fréquentes avec les organisations syndicales. C’est à cette occasion qu’est apparue la nécessité d’avoir une réflexion sur le télétravail à long terme.

AEF info : Comment allez-vous articuler ce protocole avec la négociation télétravail que va lancer au niveau national la ministre de la Transformation et de la Fonction publiques ?

Marie-Anne Barbat-Layani : Si cette négociation implique des évolutions, nous les intégrerons, cela va de soi !

AEF info : Quelle a été votre approche concernant l’accompagnement des managers ?

Marie-Anne Barbat-Layani : Le télétravail massif a déclenché une révolution culturelle en termes de management, qu’il faut accompagner, mais qui répond à des aspirations profondes de beaucoup d’agents qui souhaitent davantage d’autonomie, et de management par la confiance. Cela passe par beaucoup d’écoute et de formation, et notre institut de formation, l’IGPDE, a été au rendez-vous pour accompagner les managers du ministère.

 

"Nous avons besoin de définir davantage les tâches télétravaillables, et d’adapter les évolutions managériales en fonction des spécificités des services."

 

Nous avons eu beaucoup de remontées grâce au dialogue social sur les difficultés des managers et celles des agents. Nous avons recommandé de maintenir un contact direct avec les équipes, par téléphone notamment. Nous avons également besoin de définir davantage les tâches télétravaillables, et d’adapter les évolutions managériales en fonction des spécificités des services. Une direction d’état-major comme celle du Budget affiche par exemple un taux de télétravail proche de 100 %, ce qui ne l’a pas empêchée l’année dernière de préparer cinq lois de finances, ce qui est sans précédent. D’autres directions assurent des missions non télétravaillables, et il convient alors de mettre l’accent sur la prévention des risques sur le lieu de travail et l’équipement des agents.

Nous avons également accompagné les agents qui éprouvaient des difficultés à travailler de chez eux en permanence au bout de quelques mois. Nous avons fait remonter ces difficultés auprès du ministère de la Transformation et de la Fonction publiques, ce qui a permis d’aménager la règle en permettant aux agents de demander à revenir en présentiel un jour par semaine, pour rompre l’isolement. La crise a en effet mis en avant l’importance des collectifs de travail. Enfin, afin de prévenir les situations de détresse, nous avons mis en place, à la demande des organisations syndicales, une cellule d’écoute psychologique.

AEF info : Comptez-vous réaménager vos espaces de travail avec la DIE dans la perspective d’une évolution de l’organisation du travail sur le long terme ?

Marie-Anne Barbat-Layani : Nous devons en effet réfléchir à ce que sera l’organisation du travail de demain, compte tenu notamment du développement du télétravail. Cela va dépendre de plusieurs paramètres. Tout d’abord, le réaménagement des bureaux nécessite des moyens : le rapport coût-bénéfice doit donc être au rendez-vous. Ensuite, la crise a mis en avant l’importance des espaces collectifs et de convivialité par rapport aux espaces individuels, ainsi que des équipements de visioconférence.

Bercy avait déjà lancé un programme de réaménagement des salles de réunion avant la crise : la création du "BercyLab" qui innove complètement et a été conçu pour promouvoir le travail collaboratif et la créativité, et promu le nomadisme au sein de ses locaux, en aménageant des espaces dédiés. Cela sera d’autant plus apprécié demain que les agents viendront davantage pour des temps collectifs et peut-être moins pour travailler individuellement. Mais attention, ce n’est pas la fin du bureau individuel. Les usages et les attentes évoluent, nous sommes à l’écoute, mais et cela doit se faire de manière progressive.

AEF info : À l’occasion de vos 20 ans, vous avez chargé l’anthropologue Marc Abélès (2) de s’immerger au sein du SG et de produire un "rapport d’étonnement". Quel est l’intérêt d’un tel apport ?

Marie-Anne Barbat-Layani : Quand un anthropologue s’immerge ainsi au sein d’une administration, il perçoit des choses que nous ne voyons pas ou plus nous-mêmes, s’agissant des espaces, du lien entre ces espaces et l’organisation du ministère. Cela nous permet de prendre du recul et de réfléchir à notre organisation. Il est utile de le faire régulièrement, a fortiori avec la gestion de la crise. Même si c’est un peu "décoiffant", se soumettre à un œil externe et scientifique, c’est une hygiène de pensée.

Nous en retirerons une meilleure connaissance de nous-mêmes, et cela va nourrir nos projets d’organisation du travail et des lieux avec une approche plus conviviale, sachant que Marc Abélès a relevé un environnement encore relativement "froid". Cela nous incite à poursuivre la transformation de nos espaces de travail !

AEF info : La mise en œuvre de la loi de transformation de la fonction publique du 6 août 2019 se poursuit. Que vous apporte-t-elle concrètement ?

Marie-Anne Barbat-Layani : Cette loi ouvre énormément de possibilités, modernise les modes de gestion et d’évolutions de carrière, dont le ministère s’est saisi. Les lignes directrices de gestion, notamment, constituent des outils très utiles pour la mobilité et les promotions.

 

"La rupture conventionnelle ne doit pas être un substitut à la démission ou à un départ en retraite anticipé."

 

L’ouverture aux contractuels des emplois de direction est aussi une révolution dans la fonction publique, comme la mise en place d’entretiens devant un jury collégial. À titre d’exemple, la numéro deux de la DIE, la nouvelle DRH de la DGFIP et notre déléguée à l’encadrement supérieur ont été recrutées sur contrat. Le recours au contrat n’est pas un objectif en tant que tel mais cela ouvre des perspectives et nous permet d’attirer des compétences spécifiques au sein de l’administration.

Quant à la rupture conventionnelle, pour laquelle nous avons eu des demandes, nous en avons conclu quelques-unes. Nous avons dû décider quelles étaient nos priorités car notre budget n’est pas illimité. C’est un outil intéressant, tant pour les managers que pour les agents, qui peut permettre de dénouer des situations, mais cela ne doit pas être un substitut à la démission ou à un départ en retraite anticipé.

(1) Réalisée le 6 avril 2021.

(2) Marc Abélès est directeur d’études à l’EHESS et directeur du laboratoire d’anthropologie des institutions et des organisations sociales au CNRS.

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