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Home| Social / RH| Fonction publique| Dépêche n°650249

L’égalité femmes-hommes, victime collatérale de la crise sanitaire (Béatrice de Lavalette, VP Île-de-France)

"L’égalité femmes-hommes ne doit pas être la grande perdante de cette crise sanitaire. Bien au contraire, elle peut constituer un instrument de rebond de notre économie", estime dans une tribune publiée par AEF info Béatrice de Lavalette, vice-présidente de la région Île-de-France chargée du dialogue social, adjointe au maire de Suresnes déléguée au dialogue social et aux RH. Or, "la pandémie, loin de n’être qu’un désastre sanitaire, a également eu […] des répercussions terribles pour l’égalité femmes-hommes", pointe-t-elle. "Il faut donc une volonté, incarnée au sommet, de placer l’égalité femmes-hommes comme axe prioritaire d’une politique, au même titre que la croissance, pour une entreprise, ou la qualité du service public, pour une administration, mais également s’en donner les moyens", plaide-t-elle citant en exemple la politique mise en place par l’Île-de-France.

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L'OIT estime à 5 % la perte d’emplois des femmes en 2020, année marquée par la crise sanitaire, contre 3,9 % chez les hommes. MaxPPP - © AltoPress / Maxppp

"La pandémie, loin de n’être qu’un désastre sanitaire, a également eu, parmi tant d’autres conséquences, des répercussions terribles pour l’égalité femmes-hommes. Selon l’étude annuelle publiée le 31 mars dernier par le Forum économique mondial, la crise sanitaire actuelle a retardé de 36 ans le temps nécessaire pour combler les écarts entre femmes et hommes, que ce soit en matière politique, de santé ou encore d’éducation.

Ce constat est partagé par l’Organisation internationale du travail (OIT), l’agence onusienne de référence dans ce domaine, qui estime à 5 % la perte d’emplois des femmes en 2020, contre 3,9 % chez les hommes. Avec les épisodes successifs de confinement et la généralisation contrainte et subie du télétravail dans de larges pans de l’économie, la crise a également contribué à accroître la charge mentale des femmes, auxquelles les tâches ménagères ou la garde des enfants "incombent de manière disproportionnée", mentionne l’étude.

Le constat, déjà terrible, l’est encore davantage en matière de violences faites aux femmes. Après seulement une semaine lors du premier confinement, les violences conjugales ont connu en France une recrudescence de +30 %, notamment du fait de la cohabitation permanente ou de l’isolement accru des femmes.

Il est du devoir du politique d’agir

Face à ce constat insupportable, il est du devoir du politique d’agir. Des collectivités, comme la région Île-de-France, n’ont pas attendu la crise sanitaire pour prendre le sujet à bras-le-corps. Sous l’impulsion de Valérie Pécresse, qui avait fait de la lutte contre les violences faites aux femmes la grande cause régionale 2017, en lien avec la déléguée spéciale à l’égalité femmes-hommes Marie-Pierre Badré, nous avons signé cette même année, dans le cadre d’un dialogue social riche et constructif, un accord fondamental avec cinq syndicats en faveur de l’égalité professionnelle femmes-hommes, qui décline un plan concret, structuré et ambitieux en matière d’égalité salariale, de promotion des femmes dans les postes de direction, de mixité dans les services, de conciliation entre la vie professionnelle et la vie privée, et de lutte contre le harcèlement et toutes les formes de violences faites aux femmes.

Nous sommes par exemple la seule collectivité française, avec la Ville de Suresnes, à former nos cadres et représentants syndicaux aux questions d’égalité professionnelle femmes-hommes et de lutte contre les violences liées au genre au Centre international de formation de l’OIT, un lieu d’excellence où nous sommes par ailleurs régulièrement appelés à intervenir devant des fonctionnaires du monde entier.

Les résultats, à la hauteur de nos ambitions, ont permis à la région Île-de-France d’obtenir, en décembre 2020, le prestigieux et très exigeant label Afnor Égalité professionnelle, un label que seules huit collectivités détiennent aujourd’hui en France. Une vraie marque de reconnaissance pour notre collectivité, dont l’égalité femmes-hommes constitue un axe prioritaire durant cette mandature, qui récompense une démarche sérieuse et exemplaire mais qui nous oblige également à maintenir un niveau d’excellence sur le long terme.

Une reconnaissance au niveau international

Cette politique est également reconnue au niveau international. La région Île-de-France est ainsi l’unique représentante au monde du secteur public local au sein de la plateforme du Global Deal, une initiative conjointe de l’OIT et de l’OCDE, composée d’une vingtaine d’États (dont la France), d’une trentaine de grandes entreprises et d’organisations syndicales, qui a pour vocation de promouvoir le dialogue social comme facteur de croissance, de compétitivité et de progrès social.

Au sein de cette plateforme, la région a piloté en 2019 un groupe qui a présenté des recommandations très innovantes en matière d’égalité femmes-hommes lors du G7 social de juin 2019. En 2020, notre collectivité a poursuivi ses travaux en remettant à la ministre du Travail Élisabeth Borne, ainsi qu’à la ministre Élisabeth Moreno, des recommandations en matière de lutte contre le harcèlement et les violences faites aux femmes, dans le cadre de la future ratification de la Convention 190 de l’OIT, signée par la France en 2019.

Activer tous les leviers nécessaires

 

"Il est de la responsabilité sociale des entreprises et des administrations d’activer tous les leviers nécessaires pour garantir la conciliation vie professionnelle-vie privée des salariés."

 

L’idée directrice de nos recommandations est claire : au regard de l’impact négatif de la crise sanitaire, et notamment avec la montée en puissance du télétravail qui a vocation à se généraliser dans les prochaines années, il est de la responsabilité sociale des entreprises et des administrations d’activer tous les leviers nécessaires pour garantir la conciliation vie professionnelle-vie privée des salariés – et ainsi éviter des situations de burn-out pouvant accroître la charge mentale des femmes – atténuer les écarts salariaux (à Suresnes, l’écart est de 1,5 %, contre 9 % dans la fonction publique territoriale et 25 % dans le privé), prôner une politique "Zéro tolérance" dès le premier agissement sexiste sur le lieu de travail et sensibiliser massivement les salariés à la question de l’égalité professionnelle femmes-hommes.

L’égalité femmes-hommes ne doit pas être la grande perdante de cette crise sanitaire. Bien au contraire, elle peut constituer un instrument de rebond de notre économie. Rappelons qu’en 2016, France Stratégie estimait que si le taux d’emploi des femmes et leur rémunération étaient égaux à ceux des hommes, le PIB de la France bondirait de 6,9 %

Il faut donc une volonté, incarnée au sommet, de placer l’égalité femmes-hommes comme axe prioritaire d’une politique, au même titre que la croissance, pour une entreprise, ou la qualité du service public, pour une administration, mais également s’en donner les moyens. La région Île-de-France, en acteur responsable, peut à cet égard constituer, à l’échelle nationale, un exemple à suivre".

Béatrice de Lavalette, vice-présidente de la région Île-de-France en charge du dialogue social, adjointe au maire de Suresnes déléguée au dialogue social et aux RH

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