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Big Blue Button, Zoom, Teams : comment 5 universités se sont adaptées à l’afflux du distanciel. Recul sur 180 jours

Depuis 6 mois, quelque 2 millions d’étudiants suivent leurs cours en ligne, traversant reconfinement, "desserrement" de Noël ou couvre-feu. D’après les données confiées par 5 universités, AEF info retrace les stratégies "distancielles" adoptées par leurs VP numériques et DSI durant ces périodes. Alors que l’afflux du distanciel s’est maintenu début 2021, Aix-Marseille, Sorbonne Paris-Nord, Lille, Strasbourg et Nantes se sont appuyées sur différents outils. Désormais rassérénées sur leurs choix respectifs, elles s’attellent aux modalités d’examen et de travaux pratiques ou dirigés.

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SOURCES ET MÉTHODOLOGIE

 

Nous basons nos analyses sur les données quotidiennes que 5 universités ont accepté de confier à AEF concernant le nombre de participants, parfois le nombre de réunions, voire de minutes de connexion cumulées, sur les plateformes de visioconférence Zoom ( AMU, Nantes et Lille), Teams (Sorbonne Paris-Nord) ou Big Blue Button (Strasbourg), sur 180 jours, entre le 1er septembre 2020 et le 28 février 2021. Les données concernant Strasbourg ont été reconstituées concernant les mois de janvier et février, à partir de données tronquées représentant en moyenne 0,35 du total.

"On touche du bois". "Un peu de stabilité fait du bien !" Alors qu’au 3e jour de la nouvelle séquence d’enseignement à distance dans les structures scolaires, le 8 avril, le Cned restait encore "planté" en raison de nouvelles attaques (lire sur AEF info), les établissements de l’enseignement supérieur semblent quelque peu souffler.

À travers l’exemple de 5 universités parmi les 70 françaises, AEF revient sur la manière dont elles tentent de prendre un rythme de croisière à l’orée du printemps, après la subite montée en charge vécue à l’automne sur leurs outils d’enseignement à distance, et en particulier sur les plateformes de visioconférence. Une fois le basculement en ligne de 2 millions d’étudiants réalisé à la rentrée 2020, après la première expérience du printemps 2020, la situation se normalise.

L’affluence aux cours en ligne s’est maintenue après noël

Qu’il s’agisse de Zoom, Teams ou BBB, le nombre de participants aux visioconférences, parmi les étudiants, enseignants-chercheurs et personnels administratifs des universités de Lille, Strasbourg, Aix-Marseille, Nantes et Sorbonne Paris-Nord a peu varié entre l’automne et l’hiver, ne diminuant en moyenne que de 5 %.

L’examen des courbes au fil des jours révèle ainsi qu’une fois la trêve des confiseurs passée, l’affluence aux cours en ligne se maintient. Si le retour aux écrans les deux premières semaines de janvier s’est fait progressivement, le redémarrage a été particulièrement doux à Strasbourg, où la période était essentiellement constituée d’examens. Par ailleurs, les bassins de Sorbonne Paris-Nord et de Lille ont fait partie des 20 départements mis sous surveillance renforcée par le gouvernement dès le 25 février.

Le pic de participation aux visioconférences début 2021 a été observé à Aix-Marseille la troisième semaine de janvier, avec une moyenne dépassant les 64 000 participants par jour, contre 35 000 à Nantes ou 32 000 à Strasbourg. Plus tardifs, les plateaux de plus de 56 000 participants à Lille et de plus de 7 000 à Paris-Nord ont été atteints la première semaine de février. La période du troisième confinement ultérieur, d’abord appliqué le week-end dans certaines villes, puis dans 19 départements où le virus circulait le plus, avant d’entrer en vigueur partout à France le samedi 3 avril, n’est pas visible ici.

Dans la visualisation ci-dessous, afin de lisser les variations de participation dues aux week-ends et de mieux donner à voir la tendance à l’œuvre, nous représentons des moyennes glissantes : le chiffre affiché pour une date donnée correspond à la moyenne des 7 jours précédents. Par exemple, si l’on regarde au 22 janvier pour l’université d’Aix Marseille, il apparaît que l’établissement recense en moyenne 64 267 participants journaliers sur Zoom entre le 16 et le 22 janvier.


Toutefois, pour appréhender les différents rythmes de réponse dans chacune des universités sur le distanciel, l’idéal est de s’extraire de leurs différences de taille. Une façon d’y parvenir est de regarder, pour chaque université, quel a été son pic de participants sur les 6 mois, puis de rapporter la fréquentation journalière sur ses outils de visioconférences à ce pic.

Par exemple, le 8 janvier 2021, Paris-Nord était à 73 % de son pic de participants sur Teams (qui est de 7 764 utilisateurs le 19 novembre 2020) : c’est l’université qui a vu le plus tôt revenir les participants sur les outils en ligne après la pause pédagogique de fin d’année. En comparaison, Lille était le même jour à 33 % de son maximum, et Strasbourg, 21 %.

Le 22 janvier, AMU et Nantes sont toutes les deux à 81 % de leur sommet (respectivement de 78 696 utilisateurs le 16 novembre et 42 723 utilisateurs le 15 novembre). Autre phénomène plus facile à visualiser : la question du relatif décrochage après Noël. Si la "détresse étudiante" fait l’objet d’un constat unanime, les universitaires contactés par AEF soulignent l’endurance des participants, qui n’ont pas abandonné leurs claviers.


À Lille, le décrochage n’est pas plus important que les années précédentes

Pierre Boulet, vice-président transformation numérique de l’université de Lille, retrace les faits marquants pour son établissement début 2021 : "Des examens se sont tenus en janvier en grande partie en présentiel, puis des enseignements pratiques ont repris en présentiel dans la limite de 20 % des étudiants présents sur chaque campus." Cette reprise "n’a presque rien changé, de même que le couvre-feu puis le troisième confinement", jauge-t-il. "L’organisation des enseignements est restée stable depuis janvier… et risque de perdurer sous cette forme jusqu’à la fin de l’année universitaire. Un peu de stabilité fait du bien !"

Selon les données journalières de l’université transmises à AEF, entre le 1er reconfinement (mesuré du 1er novembre au 25 décembre) et début 2021 (du 3 janvier à fin février), le nombre de participants sur Zoom a baissé de 7,3 %, passant d’une moyenne de 46 000 à 42 700.

Ces données remettent-elles en cause l’idée d’un décrochage des étudiants une fois les fêtes passées ? "La période relativement moins chargée début janvier s’explique par la période des examens. Pour le reste, la majeure partie des décrochages se fait plus tôt dans l’année, après les premières évaluations, soit fin octobre-début novembre", explique-t-il. "Je ne vois pas de changement sur ce point avec les années précédentes. Nous avons l’habitude de réduire le nombre de groupes en licence après les congés d’automne et les gros problèmes de saturation de nos salles d’enseignement sont concentrés sur septembre et octobre. En résumé, pas de surprise, le comportement observé est habituel."

Alors qu’il se disait à l’automne "content d’avoir pris une licence Zoom" pour l’établissement, après une expérience malheureuse au printemps 2020 lorsque l’université avait saturé ses serveurs en tentant d’implémenter la solution issue des logiciels libres Big Blue Button, le VP reste satisfait de la solution actuelle. "Les dispositifs techniques mis en place dès la rentrée de septembre 2020 ont été dimensionnés pour un enseignement complètement à distance, donc pas de problème de ce côté-là." Au-delà de la question des capacités d’hébergement, la solution BBB demandait aussi un savoir-faire technique que l’université n’avait pas, et qui n’aurait pas rendu plus aisé l’hébergement en externe, chez des services tels qu’OVH.

Sur le plan du coût, la licence Zoom pour un an "représente 90 k€, ce qui reste mince comparé au surcoût total lié à l’équipement lors de la pandémie : 2 M€ du fait des ordinateurs pour les personnels ou les caméras", explique-t-il à AEF. Désormais et depuis plusieurs mois déjà, son équipe travaille "à renforcer [ses] plateformes pédagogiques pour une période d’examens massivement à distance".

Aux deux tiers de l’année universitaire, "les équipes pédagogiques apprécient la stabilité de l’organisation et adaptent leurs pratiques au distanciel", se félicite le VP. "Les problèmes techniques étant résolus, l’université fait porter son effort sur l’accompagnement pédagogique des collègues pour les aider dans cette adaptation. Elles ont cependant hâte de retrouver leurs étudiants en présentiel au plus tôt", relève-t-il.

À Paris-Nord, "on a sauvé les meubles"

À Sorbonne Paris-Nord, le système choisi est Teams (Microsoft). "Nous souhaitions que les étudiants puissent créer des salons entre eux", expliquait Pierre Boudes à l’automne, précédent VP des systèmes d’information de l’université. Depuis, le nouveau CA élu le 29 septembre (lire sur AEF info) est dépourvu de VP SI. Le sujet du distanciel reste toutefois une priorité pour la nouvelle équipe dirigeante : "Je suis en réunion chaque semaine avec la présidence", souligne Dominique Bascle, DSI de l’établissement. De fait, les données journalières de l’université transmises à AEF font montre d’une particularité : alors que dans les autres universités la fréquentation chute drastiquement le week-end ou autour de Noël, elle reste plutôt élevée dans l’université nord-parisienne, avec un plancher équivalent au tiers du volume de connexions observé lors des périodes de grosse affluence.

"Pour Teams, je pense que la métrique nombre d’utilisateurs n’est pas comparable avec celle de Zoom ou BBB, car Teams est une application qui permet également de faire du partage de documents ou de tchater", analyse Pierre Boudes. Cela explique sans doute ce matelas qui disparaît lorsqu’on regarde les durées de visio ou d’audio (entre 212 heures et 17 805 heures par jour selon les jours). Qui plus est, Teams s’installe par défaut de façon à être lancé au démarrage. Il reste par contre vrai que le fait que l’outil soit en libre service, y compris pour la visio, débouche sur son utilisation par des groupes d’étudiantes et étudiants pour leur travail en commun. J’en fais le constat régulièrement en tant qu’enseignant. Même lorsque le cours utilise un autre outil tel que BBB." Dominique Bascle corrobore l’investissement de la plateforme en dehors du cadre strict des cours : "Les étudiants l’utilisent vraiment tout le temps !"

Selon les données journalières de l’université transmises à AEF, entre le 1er reconfinement (mesuré du 1er novembre au 25 décembre) et début 2021 (du 3 janvier à fin février), le nombre de participants sur Zoom a baissé de 5,7 %, passant d’une moyenne de 6 800 à 6 400.


Au sein de cette université "pluridisciplinaire et très facultaire", "l’usage est très fragmenté", souligne Dominique Bascle. Big Blue Button, Zoom, Go-to-meeting, Google meet… si chaque faculté y va de sa solution propre, "à plus de 60 %, c’est la solution de l’établissement qui est utilisée." Pour la mettre en œuvre, l’université a souscrit un "contrat Azur" auprès de Microsoft : "Ce sont nos ingénieurs qui ont installé la solution et la managent, mais elle est hébergée sur les infrastructures de Microsoft en France", la localisation des serveurs dans l’Hexagone étant garantie par contrat. Un choix d’externalisation toute relative qui évite à l’université le risque de dépendre d’accords commerciaux d’échanges de données sous-dimensionnés au début de la pandémie, comme cela aurait pu être le cas si elle s’était basée sur ses propres serveurs connectés à Renater.

Judith Mayer, chargée de mission "innovation pédagogique et pédagogie numérique", fait par ailleurs valoir une double évolution : "On a eu un retard à l’allumage sur Teams, lié à des délais dépassés d’authentification du fait du recours massif au distanciel." Plusieurs enseignants-chercheurs se détournent alors de l’outil, optant pour d’autres solutions telles que la version gratuite de Zoom. "Ces problèmes ont été résolus depuis, occasionnant de plus en plus d’utilisations de la part du corps enseignant. Dans les données, les décrochages ont donc été compensés par le rodage de l’outil."

"Les étudiants ont persisté à se connecter"

 

"On aurait pu s’attendre à davantage de décrochage, mais les étudiants ont persisté à se connecter", souligne Judith Mayer. "Le constat est unanime chez les collègues, le fait de passer par la visio, c’est de l’enseignement dégradé. Les cours à distance nécessitent davantage de suivi individuel, ce qui n’est pas possible dans ces conditions, faute d’anticipation, de formation et de budget. Nombre d’étudiants viennent micros et caméras coupés : on ne sait pas comment ils reçoivent ce qu’on leur transmet." Toute l’interaction du cours est contrariée.

"Certains étudiants ont tendance à ne pas participer à l’intégralité d’un cours en visio, un peu comme si les étudiants entraient dans la salle pour signer la feuille d’appel et repartaient ensuite", renchérit Pierre Boudes. "Un des effets notables du couvre-feu a d’ailleurs été qu’une partie des étudiants quittaient les cours plus tôt car l’activité salariée pour laquelle ils et elles s’engageaient sur un nombre d’heures ne pouvait plus être exercée aussi bien en soirée. Mais ceci est peut-être propre à la sociologie de mon université." La population étudiante de l’établissement est notamment celle de la Seine-Saint-Denis, dont sept communes figurent parmi les 20 villes les plus pauvres de France.

Alors que les cours ont repris sur site en avril, le campus est désert. "Les étudiants doivent reprendre le RER et ça les inquiète", souligne Judith Mayer. "À cela s’ajoutent les familles qui les sollicitent pour garder les plus petits, alors que les écoles et crèches ont fermé. Les cours sont suivis depuis les transports, ou depuis le lieu de travail étudiant. Ce ne sont pas de bonnes conditions même si cela a permis d’éviter un décrochage plus massif. On a aussi dû adapter les sujets d’examen. On a sauvé les meubles."


À Strasbourg, fief du souverain big blue button, des résultats académiques qui ne déparent pas

Le choix de l’université de Strasbourg a fait l’objet de tous les regards à l’automne : quand d’autres s’y étaient cassé les dents, lors du premier ou du second confinement (lire sur AEF info), l’établissement a maintenu le cap sur Big Blue Button. "L’utilisation de BBB, inférieure à celle du premier confinement reste forte", constate aujourd’hui François Gauer, vice-président "politique numérique et démarche qualité" dans une équipe présidentielle renouvelée (lire sur AEF info). "Le besoin reste le même et il est donc très élevé mais les chiffres sont inférieurs à la période de novembre du fait de deux phénomènes entre autres : l’usage de Zoom a augmenté puisque des composantes ont commandé des licences pour des amphis à très gros effectifs ; le streaming a continué à être utilisé et même plus qu’avant."

Selon les données journalières de l’université transmises à AEF, entre le 1er reconfinement (mesuré du 1er novembre au 25 décembre) et début 2021 (du 3 janvier à fin février), le nombre de participants sur Zoom a baissé de 17,5 %, passant d’une moyenne de 30 000 à 25 000.

"Les deux premières semaines de janvier ont été des semaines d’examen où il y a eu moins d’enseignements, tandis que la fin décembre à correspondu à la fin du semestre dans certaines matières" contextualise François Gauer.

"De fait, les étudiants mettent très peu les caméras mais cela correspond à une recommandation de notre part, pour sauvegarder la bande passante" témoigne le VP, par ailleurs professeur de biologie. "Certains préfèrent garder l’anonymat. Je le vois dans mes cours : dans les petits groupes de M2 que je connais de puis longtemps, j’ai beau les voir une semaine sur deux en présentiel, lorsqu’ils sont en distanciel, ils n’allument pas la caméra."

Le décrochage ne se traduit pas à l’issue du 1er semestre dans les résultats académiques. Selon les statistiques agrégées qui lui ont été transmises, 3 971 étudiants avaient validé le premier semestre en 2019-2020, ils sont 4 672 en 2020-2021. En taux de réussite cette fois-ci, la part était de 42 % des inscrits en L1 validant le premier semestre en 2019-2020, elle passe à 44 % en 2020-2021. Et ce phénomène se confirme dans les niveaux ultérieurs d’études. En L2, le taux tourne autour de 60 % les deux années. Il passe de 72 % à 71 % en L3, et de 71 % à 74 % en M1.

"Il s’agit de chiffres très macro à l’échelle de l’établissement, qui cachent sûrement des disparités", met-il en garde. Mais d’un point de vue global, les étudiants semblent particulièrement s’accrocher. "Les étudiants font preuve d’un grand courage. Je ne peux pas dire qu’ils soient dans la même forme que d’habitude, et pourtant leurs résultats restent similaires à l’année dernière. Ce qui montre de leur part une sacrée ténacité. J’oserais même avancer que peut-être se sentent-ils accompagnés par leurs enseignants-chercheurs", sourit-il.

À Aix-Marseille, où Zoom reste hébergé sur les serveurs de l’université, cap sur les examens

Si Aix-Marseille université opte pour la solution Zoom, elle choisit de l’héberger sur son propre datacenter, opéré sur les campus de Saint-Jérôme et du Pharo. Une marge de manœuvre qui permet que "les données ne soient pas sur des réseaux étrangers, sujet plus sensible pour les enseignants-chercheurs", rappelait à l’automne Serge Portella, DSI d' AMU et par ailleurs président de l' ADSI.

Lui non plus ne constate pas de décrochage particulier en termes de fréquentation. "D’un point de vue global, c’est une période dans laquelle il n’y avait pas de baisse d’usage, les mois de janvier et février. Je n’ai pas été surpris. Pour moi, les gens continueraient à utiliser ces plateformes et ça a été le cas. La reprise a été forte en janvier."

Selon les données journalières de l’université transmises à AEF, entre le 1er reconfinement (mesuré du 1er novembre au 25 décembre) et début 2021 (du 3 janvier à fin février), le nombre de participants sur Zoom a baissé de 2,5 %, passant d’une moyenne de 51 200 à 51 000.

"Côté infrastructures, je touche du bois" table Serge Portella. "On n’est pas attaqués comme les rectorats l’ont été. Les serveurs ont tenu. Ce qui est sûr, c’est que l’on attend le retour des étudiants en présentiel pour les examens."

Si des stratégies de mise en place d’examen en ligne sont à l’étude, l’établissement est partisan du retour au présentiel pour les évaluations, "contrairement à ce que l’on avait fait l’année dernière où le distanciel avait été la norme sauf en Paces". Pour le DSI, "la pédagogie n’est pas prête pour les examens en distanciel. Nous avons encore du travail à faire. L’année dernière, on l’a fait parce qu’on était obligés." Les technologies de lutte contre la fraude, permettant de vérifier qu’il s’agit bien de l’étudiant derrière l’écran et qu’il est seul, ne semblent pas non plus au point.

nantes reste pragmatique, l’engouement pour l’outil zoom se confirme

À Nantes, l’université avait souscrit à "50 licences Zoom pour 500 personnes, deux licences Zoom pour 1 000 personnes", décrivait Francky Trichet, vice-président numérique de l’université et adjoint au maire de Nantes, à l’automne. "Évidemment, j’aurais adoré avoir un Zoom souverain, français. Mais Big Blue Button, au-delà de 150 participants, ça commence à être fragile. Alors on est pragmatiques : on observe, on ne s’interdit rien", concluait-il.

Selon les données journalières de l’université transmises à AEF, entre le 1er reconfinement (mesuré du 1er novembre au 25 décembre) et début 2021 (du 3 janvier à fin février), le nombre de participants sur Zoom a ici… augmenté de 9 %, passant d’une moyenne de 25 400 à 27 700.

Un phénomène surtout dû à une particularité lors du reconfinement le 30 octobre : à Nantes, comme à Limoges, Bordeaux et Montpellier, universités et BU ont suspendu une semaine leurs activités et banalisé les cours "le temps de se réorganiser" (lire sur AEF info). C’est ce qui explique que la courbe mette une semaine à atteindre son pic, le 9 novembre 2020, à plus de 65 000 utilisateurs. Et cause une statistique quelque peu différente à celle des 4 autres universités.

Quelles perspectives désormais ?


Quelles stratégies ces 5 établissements entrevoient-ils à moyen terme ? "Nous allons maintenir Zoom pour l’an prochain afin d’être prêts pour une éventuelle période de reconfinement. Et en même temps, nous travaillons à préparer l’après-crise avec des plateformes plus souveraines et adaptées à des formes pédagogiques hybrides", explique Pierre Boulet (université de Lille). L’université prépare ainsi en ce moment une réponse à l’ AMI "Démonstrateurs de l’enseignement supérieur". Objectif : "accélérer la mise en place de la transformation numérique à tous les niveaux du parcours des étudiants au service de leur réussite conformément à la politique du numérique adoptée en novembre 2020."

"Les trois axes de travail sont l’utilisation des données à grande échelle, l’ouverture (de la démarche, des codes, des ressources éducatives), et le passage à l’échelle du plus grand établissement d’enseignement supérieur de France - 80 000 étudiants - pour accompagner le projet création de l’établissement expérimental Université de Lille en janvier 2022." Avec des solutions techniques qui, peut-être, pèseront davantage face aux Gafam.

Anticiper. "L’outil Teams est utile et si l’on revient à la normale, on l’utilisera ponctuellement", envisage Judith Mayer (Paris-Nord). "Mais c’est douloureux de remplacer intégralement les modalités d’enseignement par cette intermédiation. On ne peut continuellement avoir un écran entre nous et les étudiants." L’élection d’une nouvelle équipe présidentielle à l’automne a également été source d’inertie. "C’est seulement maintenant que l’on peut réfléchir et anticiper. J’espère que l’année prochaine, on pourra mieux préparer la rentrée."

Une problématique différente à Strasbourg, où la ligne directrice reste la même malgré le renouvellement de gouvernance : "Avoir un outil souverain. Les données sont sécurisées et stockées sur nos propres serveurs, en lieu sûr", martèle François Gauer. "Tous les systèmes d’identification sont internes à l’établissement : l’étudiant se connecte à BBB via Moodle, à travers son compte établissement. Notre politique ne relève toutefois pas de l’idéologie : quand on voit que l’on a besoin d’autres outils, on ne s’en prive pas." Pour l’occasion, l’université a investi dans une poignée de licences Zoom pour 1 000 participants.

Nerf de la guerre. "Bien sûr que c’est le nerf de la guerre d’avoir une infrastructure qui tienne le choc. Mais les accidents industriels existent", souligne-t-il, rappelant l’incendie récent de serveurs d’OVH à Strasbourg, dont l’un des effets collatéraux a été la perturbation des services de l’éducation nationale le 10 mars. "Vous pouvez prendre le problème dans tous les sens. Quel coût de la robustesse, quel nombre de redondances va-t-on mettre en place pour quel coût-bénéfice… La réflexion doit être globale. Le fait pour nous d’avoir une solution gérée en interne est un choix dont nous sommes satisfaits. On a pu le faire parce que des équipes pouvaient le lancer très vite et le déployer via Moodle. Dans notre contexte, compte tenu de nos conditions techniques et RH, ça nous a semblé être une bonne solution." Mais chaque établissement applique sa propre recette, souligne-t-il.

"La technologie BBB est particulièrement gourmande en flux réseau. Avec les grosses cohortes de médecine ou de droit, ça ne tenait pas la charge. En revanche, elle s’interface bien avec Moodle et la qualité du tableau blanc est soulignée" concède Dominique Bascle (Paris-Nord). "Nos conseils d’utilisation sont donc de le réserver aux petites cohortes." Dans l’immédiat, son équipe s’attèle à la confection de salles de TP virtuels, auxquelles un étudiant pourrait accéder depuis son ordinateur à tout moment.

Mutualiser. "Les gros établissements ont réussi à trouver des solutions et à s’organiser", résume Serge Portella (AMU). "Pour les plus petits, l’actualité est de voir si des solutions nationales peuvent être trouvées pour leur permettre de dépasser les difficultés auxquelles ils sont confrontés." Le MESRI et un certain nombre d’établissements sont à pied d’œuvre sur le sujet. "Mais même pour un gros établissement, la problématique de la mutualisation est toujours sous-jacente", pose-t-il. "Nous y travaillons dans le cadre de l’université numérique d’Île-de-France", souligne Dominique Bascle. "La fin de la pandémie ne sera pas un retour à zéro : les cours en distanciel resteront importants."

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