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Harcèlement : parents, police, associations sur le terrain pour combattre un phénomène qui dépasse le monde de l’éducation

Alors que 4 jeunes sur 10 déclarent avoir déjà subi du harcèlement entre pairs, dans un cadre scolaire ou périscolaire, et que les faits divers dramatiques se multiplient (lire sur AEF ici et ici), quelles solutions sont proposées ? Cellules "harcèlement" dans les inspections d'académie, interventions de policiers dans les établissements, témoignages de parents, numéros verts ou encore le récent "comité des parents" lancé par Marlène Schiappa… Les dispositifs sont nombreux, mais souvent jugés insuffisants, inefficaces ou méconnus. Parents et associations plaident pour une action "sur le terrain, H24". "Le harcèlement n’est pas une fatalité", estime Nora Fraisse, fondatrice de l’association "Marion, la main tendue". "Mais personne n’a jamais combattu quoi que ce soit derrière un bureau ou un écran. Il faut intervenir dans les établissements scolaires, monter des ateliers, accompagner !".

54% des personnes qui disent avoir vécu une forme de harcèlement dans le cadre scolaire l’ont été au collège (contre 23% à l’école primaire, 13% au lycée, et 8% à plusieurs moments de la scolarité). Pixabay - Image par Pexels

Dans un baromètre Ifop réalisé pour l’association "Marion, la main tendue" et la région Île-de-France, publié le 18 mars 2021, 41 % des jeunes de 15 ans et plus déclarent avoir subi du harcèlement entre pairs dans un cadre scolaire ou périscolaire. La majorité d’entre eux a subi ce harcèlement au collège. Mise à part cette spécificité du collège, le harcèlement touche de la même façon les garçons et les filles, les milieux urbains ou ruraux, les différentes CSP.

Pour Nora Fraisse, dont la fille s’est suicidée en 2013, victime de harcèlement à l’école, et qui a fondé l’association "Marion, la main tendue", "il ne faut pas parler de harcèlement scolaire, mais de harcèlement entre pairs". "Ce harcèlement peut avoir pour cadre l’école, mais aussi les réseaux sociaux… Et les enfants ont un téléphone de plus en plus tôt (1) !".

L’étude Ifop observe également que le cyber-harcèlement "prolonge les brimades au-delà même de l’établissement scolaire" et que "l’anonymat conféré par les réseaux sociaux offre aux agresseurs un sentiment d’impunité". Par ailleurs, il est probable que les conséquences pour les victimes soient encore plus lourdes, sur le plan psychologique notamment.

Des enseignants démunis

Face à ce phénomène complexe, qui inquiète 85 % des parents ayant un enfant scolarisé, selon l’étude Ifop, les enseignants se sentent "démunis". 66 % d’entre eux déclarent ne pas se sentir armés pour prévenir ou gérer une situation de cas de harcèlement entre élèves, et 83 % disent n’avoir jamais reçu de formation dédiée à ce phénomène. Par ailleurs, 93 % des parents interrogés considèrent que le harcèlement entre pairs en milieu scolaire ou extra-scolaire "est un phénomène qui n’est pas appréhendé à sa juste mesure par les pouvoirs publics".


Du côté de l’Éducation nationale, on s’en défend. "Il existe une cellule harcèlement à l’inspection académique de Loire-Atlantique, mais aussi des correspondants 'police-gendarmerie sécurité école', qui sont les interlocuteurs privilégiés du chef d’établissement et de l’inspecteur de l’Éducation nationale", avance ainsi Philippe Carrière, le Dasen de Loire-Atlantique, qui a signé le 23 mars dernier, avec le procureur de la République de Nantes, un protocole "relatif à la prévention de la délinquance et à la lutte contre les violences en milieu scolaire".

Un document "pratique", qui rappelle la conduite à tenir en cas d’infractions commises en milieu scolaire : signalement, dépôt de plainte, articulation entre la sanction disciplinaire et la réponse pénale… Philippe Carrière reconnaît cependant que la gestion de la délinquance et de la violence à l’école est délicate, évoquant "l’angle mort des faits qui relèvent du champ disciplinaire, mais pas du pénal, et qui sont très néfastes pour le fonctionnement des établissements scolaires".

Diversité des faits : cyber-harcèlement, violences familiales, bagarres…

Autre difficulté rencontrée par les équipes éducatives : la diversité des faits rencontrés, comme les bagarres aux abords des établissements, inceste ou violences familiales révélées à l’infirmière scolaire, revenge porn… "Ce qui est positif, c’est que le gouvernement se préoccupe de ces phénomènes", estime Cyril di Palma, délégué général de l’association Génération numérique, qui informe et sensibilise sur les enjeux et les risques du numérique. "Adrien Taquet, secrétaire d’État en charge de l’enfance et des familles, s’en empare sous l’angle de la parentalité à l’ère du numérique, Marlène Schiappa, ministre déléguée chargée de la Citoyenneté, sous l’angle de la parentalité et de la citoyenneté, et l’Éducation nationale s’en préoccupe depuis plusieurs années… Le problème est pris sous tous les scopes : scolaire, hors scolaire, cyber harcèlement. C’est vrai qu’il y a beaucoup d’outils, de dispositifs, et que certains sont encore méconnus. Mais les choses avancent, petit à petit".

Pour Nora Fraisse, la meilleure façon de lutter contre le harcèlement, c’est d’être "sur le terrain, H24". "Personne n’a jamais combattu quoi que ce soit derrière un bureau ou un écran. Il faut intervenir dans les établissements scolaires, monter des ateliers, former, accompagner !". Les interventions de parents, d’associations, de policiers ou de gendarmes dans les établissements sont effectivement un outil efficace, et apprécié des élèves. Sandy, l’un des intervenants de Génération numérique, confirme, avec ce point d’attention : "Les enfants ont une demande : qu’on leur parle de manière franche et concrète. Ce qui implique que nous, intervenants, soyons en veille constante, pour être pertinents sur le sujet. Après, ce qui est important, c’est de leur expliquer les conséquences de leur utilisation d’internet et des réseaux sociaux, ce qui peut leur arriver, donner des exemples, mais sans leur faire peur, car ça ne marche pas".

Une parole plus libre

Au fil des années, les intervenants de Génération numérique ont observé des évolutions : les enfants ont une meilleure compréhension de la "e-réputation", et leur parole est plus libre, notamment parce qu’ils sont encouragés à parler par les chefs d’établissement ou les enseignants. "Mais quand on aborde le harcèlement, c’est le moment le plus tendu de notre intervention", reconnaît Sandy. "Les élèves connaissent le sujet, mais ça leur passe un peu au-dessus, sauf quand ils y ont été confrontés… Et ils y sont confrontés de plus en plus tôt : "C’est un phénomène tout nouveau, que j’observe depuis quatre ou cinq mois, rapporte Sandy : le harcèlement de la génération 2010 par des collégiens…"

Alors qu’une proposition de loi demande la création d’un délit de harcèlement scolaire (cf. encadré), et que le baromètre Ifop montre que les Français sont favorables à davantage de sanctions, le procureur de la République de Nantes, Pierre Sennès, rappelle qu’il existe déjà "un panel de mesures très complètes". "Il existe des mesures à caractère éducatif, pédagogique : travail pour les collectivités, stages de responsabilisation, accompagnement par des éducateurs… Et pour les faits graves, on change de catégorie". Nora Fraisse, elle, plaide pour la prévention, la multiplication des "Maisons de Marion" (lire sur AEF info), mais aussi la création d’un haut-commissariat dédié aux questions de violence à l’école et sur les réseaux sociaux. Génération numérique réclame de son côté "la formation d’au moins une classe d’âge tous les ans".

UNE proposition DE LOI PRÉVOIT DE CRÉER UN DÉLIT DE HARCÈLEMENT SCOLAIRE


"Un sujet majeur, qui dépasse l’enfance et qui questionne ce qu’on veut comme modèle de société" : c’est ainsi qu’Erwan Balanant, député (MoDem) du Finistère, définit le harcèlement scolaire (lire sur AEF info). Sa proposition de loi "visant à lutter contre le harcèlement scolaire" prévoit notamment de créer un délit de harcèlement scolaire, avec une peine allant jusqu’à deux ans d’emprisonnement et 30 000 € d’amende. Erwan Balanant explique que le harcèlement scolaire est aujourd’hui traité sous le prisme de l’article 222-33-2-2 du code pénal , "sanctionnant le harcèlement moral général". Il rappelle également que les sanctions, dans le cas de faits commis à l’encontre de mineurs de plus de 15 ans, sont "deux fois moins importantes" que pour des faits concernant des mineurs de moins de 15 ans.

Sa proposition de loi, qui comprend 10 articles, prévoit d’agir sur d’autres leviers : renforcement des missions des professionnels de la santé en milieu scolaire ; amélioration de la prise en charge des victimes ; création d’un groupement d’intérêt public auquel participeraient les différents acteurs de l’enfance, notamment l’Éducation nationale et les associations, ainsi que les représentants des réseaux sociaux. Le texte fait obligation aux écoles et établissements d’enseignement scolaire de définir un "protocole de prise en charge" au sein du projet d’établissement.



(1) L’âge moyen du premier smartphone est désormais de 9 ans et 9 mois selon l’enquête "La parentalité à l'épreuve du numérique" de l’institut Médiamétrie (étude de février 2020).

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Le CAVL de l’académie de Versailles sensibilise les lycéens aux méfaits du harcèlement en ligne

"Et si c’était toi ?" C’est le message que les élèves élus au CAVL de Versailles ont retenu pour leur campagne de sensibilisation au harcèlement sur les réseaux sociaux, lancée le 24 mars 2021. Destinées à l’ensemble des lycéens de l’académie dans le cadre de la semaine de la presse et des médias à l’école, la vidéo et les quatre affiches de cette campagne sont "construites autour de témoignages de différentes situations de cyberharcèlement", détaillent les élèves élus de l’académie. Diffusées en ligne et dans les lycées de l’académie, elles visent à "montrer ce que ressentent vraiment les personnes victimes", poursuivent-ils. Leurs visages apparaissent également "pour porter le message de prévention, de lycéens à lycéens" car cela a "plus d’impact lorsque ça vient de quelqu’un qui a leur âge". Ils envisagent désormais de créer une campagne pour "mettre en évidence des solutions".

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Diane Scherer, journaliste