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Le Conseil scientifique de l'éducation nationale formule 12 propositions sur l'éducation à "l'esprit critique"

"L’esprit critique, c’est la mission centrale de l’école", estime Jean-Michel Blanquer à l’occasion de la publication, le 24 mars, d’un rapport du CSEN relatif aux "bases théoriques et indications pratiques" afin d'"éduquer" à cet esprit. Appréhendée distinctement de l’EMI, cette éducation doit être "intégrée aux différentes disciplines et opérer de façon méthodique, systématique et régulière tout au long de la scolarité", préconisent les auteurs, qui formulent 12 conseils pour les enseignants. Ils insistent sur "la transférabilité des acquis" et leur application "dans la réalité quotidienne".

Jean-Michel Blanquer souligne le rôle central de l'école dans l'acquisition de l'esprit critique, sur lequel le CSEN publie un rapport le 24 mars 2021. Droits réservés - DR

Si le "bon sens" est nécessaire, il n’est toutefois "pas suffisant" pour caractériser un "esprit critique", estime Jean-Michel Blanquer le 24 mars 2021, à l’occasion de la publication d’un rapport du CSEN sur l’enseignement de l’esprit critique. "L’esprit critique, c’est la mission centrale de l’école" dans la mesure où elle permet d’acquérir "les fondamentaux", comme le calcul et la lecture, "qu’il convient d’avoir pour développer" un tel esprit, juge le ministre de l’Éducation nationale. Aujourd’hui, poursuit-il, "parce que nous sommes une société de l’information et une société technologique, il est indispensable d’avoir un esprit critique".

Estimer la confiance d’une information

Pour éduquer à cet esprit et cette démarche de rationalité, l’Éducation nationale doit être "nourrie" par la recherche, défend Jean-Michel Blanquer.

Dans son rapport "Éduquer l’esprit critique. Bases théoriques et indications pratiques pour l’enseignement et la formation", le CSEN appréhende cette notion d"esprit critique" dans une conception plus large que celle qui en ferait un synonyme de l’EMI, expliquent les auteurs du rapport (1).

Elle est ainsi entendue "comme la capacité de calibrer correctement la confiance que l’on a dans certaines informations, grâce à un processus d’évaluation de la qualité épistémique de ces mêmes informations, en vue de prendre une décision", énonce Elena Pasquinelli, chercheur en philosophie et sciences cognitives associée à l’ENS-Paris et la Fondation de la Main à la pâte. Une définition dont elle souhaite qu’elle soit "opérationnelle".

Partant de là, le rapport précise les capacités qui constituent les "cibles de l’éducation à l’esprit critique" lesquelles doivent conduire l’élève à disposer de la "capacité d’estimer correctement la confiance" de contenus d’information ou des décisions qui y sont associées. Ces capacités, présentes chez tout individu, doivent néanmoins "être développées pour devenir plus performantes dans une variété de contextes complexes".

Mettre les élèves en capacité d’appliquer cet esprit

Le document regroupe une série d’indications (cf encadré) afin de permettre aux professeurs d’enseigner à leurs élèves cet "esprit critique". Il ne s’agit pas d’en faire un enseignement "à part" mais d’inclure "systématiquement l’objectif de favoriser le développement de l’esprit critique", quels que soient les enseignements disciplinaires.

Une recommandation est liée à "la problématique du transfert". Autrement dit de la capacité qu’auront les élèves à appliquer cet esprit critique "dans la réalité quotidienne". "Les principes de l’éducation pour le transfert sont plus facilement applicables si l’esprit critique fait l’objet d’un traitement diffus, continu dans le temps, de répétitions et reprises dans différents cours", développe le rapport.

Les enseignants doivent "assumer explicitement de travailler sur certains critères" de l’esprit public et "susciter des exemples concrets de la vie de tous les jours", poursuit Elena Pasquinelli. Une telle posture doit permettre de faciliter la "transférabilité" des acquis à d’autres contenus et contextes, y compris dans la vie quotidienne. Par ailleurs, il convient de répéter cet exercice "avec variations" de sorte que les élèves pourront "construire des concepts plus abstraits et généraux".

Cet enseignement à l’esprit critique doit être insufflé dans toutes les matières, à commencer par les mathématiques, souligne Stanislas Dehaene, président du CSEN. En l’occurrence, il s’agirait de les amener à mobiliser concrètement leurs connaissances en algèbre et calcul, par exemple, de façon à lire un graphe ou les exploiter dans un contexte de la "réalité quotidienne". L’acquisition de cet esprit doit, en substance, permettre aux élèves de "gagner en confiance, savoir qu’ils savent". Et assurer qu’ils distinguent la croyance de la connaissance.

"12 conseils" pour l’éducation à l’esprit critique

 

Le rapport comporte "12 conseils concrets pour démarrer dans l’éducation à l’esprit critique" :

  1. Ne pas réduire l’éducation à l’esprit critique à une éducation aux médias et à l’information ;
  2. Ne pas faire de l’éducation à l’esprit critique une éducation à la méfiance ;
  3. Inclure systématiquement l’objectif de favoriser le développement de l’esprit critique dans ses cours et se doter des méthodes appropriées ;
  4. Faire de l’éducation à l’esprit critique un enseignement assumé ;
  5. Faire de l’éducation à l’esprit critique un objectif transdisciplinaire grâce à des enseignements pluridisciplinaires ;
  6. Faire de l’éducation à l’esprit critique un objectif durable et évolutif, une progression ;
  7. Accepter que l’objectif soit celui de faire mieux, non celui de ne jamais se tromper ;
  8. Entraîner les capacités métacognitives ;
  9. Ne pas renoncer aux connaissances ;
  10. Inviter à débattre et à argumenter, mais en prenant des précautions ;
  11. Ne pas se limiter à des thèmes "chauds" ;
  12. Ne pas limiter l’enseignement de l’esprit critique à la connaissance des biais cognitifs et éviter les listes de biais.

(1) Ce rapport a été rédigé dans le cadre des travaux du groupe de travail "Eduquer à l’esprit critique" du Conseil scientifique du MEN, sous la direction d’Elena Pasquinelli, philosophe associée à l’Institut Jean Nicod, et Gérald Bronner, sociologue à l’université de Paris. Il rassemble les contributions de Christophe Adourian, Audrey Bedel, Denis Carot, Stanislas Dehaene, Mathieu Farina, Isabelle Féroc-Dumez, Laurence Labardens-Corroy, Dominique Larrouy, Mireille Lamouroux, Paul Mathias, Florent Meyniel, Joëlle Proust et Eric Trehiou, ainsi que tous les membres du groupe de travail précité.

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Luce Burnod, journaliste