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La neutralité carbone, ce marathon pour lequel moins d'un dirigeant sur deux a pris le départ (Mazars-Ifop)

"52 % des dirigeants considèrent la neutralité carbone comme une priorité et 46 % ont déjà mené des actions bas carbone" mais seulement "25 % se sont déjà engagés ou ont prévu de s’engager dans un projet de neutralité carbone", déclare Mathieu Mougard associé chez Mazars, mardi 16 mars 2021. Le cabinet d’audit présente l’étude menée avec l’Ifop, mesurant l’état d’esprit de 400 patrons français sur la neutralité carbone. La publication montre les freins identifiés par les dirigeants dans cette démarche, ainsi que les possibles leviers qui les aideraient à favoriser un engagement.

Unsplash - Cupcake Media

"Chez Mazars, il y a une analogie que nous aimons bien : la neutralité carbone est un marathon. Cela va durer longtemps, il faudra aller loin et vite quand même. Quand on regarde les chiffres de l’étude, moins d’un dirigeant sur deux en a pris le départ, seulement un quart a prévu d’aller au bout et finalement un sur six a pris une longueur d’avance", détaille Mathieu Mougard associé, responsable de la filière énergie et environnement du cabinet d’audit. Mazars dévoile ce mardi les résultats de sa dernière publication intitulée "Les dirigeants face à la neutralité carbone : au-delà de la volonté, quelle réalité ?".

Construction et agriculture

Pour connaître le niveau de maturité des dirigeants d’entreprise français sur la neutralité carbone, Mazars a commandé à l’Ifop un sondage, mené en décembre 2020 auprès de 403 patrons (136 dirigeants de TPE, 131 dirigeants de PME et 136 dirigeants d’ETI et de grandes entreprises). Si l’on traduit l’analogie avec le marathon, il ressort du sondage que "52 % des dirigeants considèrent la neutralité carbone comme une priorité et 46 % ont déjà mené des actions bas carbone". "25 % se sont déjà engagés ou ont prévu de s’engager dans un projet de neutralité carbone et 16 % ont formalisé une feuille route précise avec des jalons, un calendrier." Mais "dans ces 16 %, une majorité n’a pas chiffré en euros cette feuille de route", relève Mathieu Mougard.

Le consultant note par ailleurs "en fonction de la taille des entreprises un monde à deux vitesses" avec d’un côté les ETI et les grandes entreprises, avancées sur le sujet et de l’autre les petites entreprises. D’un point de vue sectoriel également, certains sont plus avancés que d’autres : en tête viennent ceux de la construction et de l’agriculture, "parfois celui de l’énergie sur certaines thématiques". Les transports sont derrière.

"Les entreprises ont du mal à s’engager volontairement"

"Nous avons identifié deux freins pour la neutralité carbone", poursuit Mathieu Mougard. D’abord, "la nécessité de se connaître, c’est-à-dire être capable de mesurer ses émissions carbone" se heurte au fait que très peu d’entreprises ont réalisé un bilan carbone. Elles sont 16 % parmi les entreprises de moins de 500 salariés, 14 % parmi les TPE et 40 % parmi les grandes entreprises. Or c’est "le point de départ fondamental pour aller vers un projet de neutralité carbone".

Le 16 % n’est pas "surprenant", juge Edwige Rey, associée, responsable RSE & développement durable, "tout simplement parce qu’aujourd’hui les entreprises qui ont l’obligation de réaliser un bilan carbone tous les quatre ans sont celles de plus de 500 salariés", depuis la loi Grenelle II. "Et le panel d’entreprises de l’étude comprend une majorité d’entreprises de moins de 500 salariés, non soumises à la réglementation." "On se rend compte que sans obligation réglementaire, les entreprises ont du mal à s’engager volontairement dans la démarche", analyse la consultante.

Financement, fiscalité et chaîne de valeur

Deuxième frein que cite Mathieu Mougard : "Savoir et pouvoir construire une trajectoire nécessite des compétences et des ressources en interne qu’une majorité de chefs d’entreprise estime ne pas avoir." Plus précisément, "58 % des dirigeants estiment ne pas avoir les ressources et les compétences humaines pour atteindre la neutralité carbone et 67 % confient ne pas connaître suffisamment les outils et les méthodologies qui permettraient de définir, de mesurer et donc d’atteindre une stratégie de neutralité carbone pour leur entreprise".

Les dirigeants interrogés s’accordent sur trois leviers communs pour favoriser leur engagement. Le premier, évoqué par 60 % des dirigeants interrogés, est de simplifier et d’alléger les démarches administratives pour pouvoir accéder aux aides et aux financements et ainsi accélérer la mise en œuvre de leurs projets. Ensuite, 48 % de ces mêmes dirigeants mentionnent la mise en place d’une fiscalité plus incitative, notamment via la mise en œuvre d’une taxe carbone aux frontières, afin de rendre leurs produits et services plus compétitifs. Pour 42 % d’entre eux vient ensuite la volonté de mettre en œuvre une démarche sectorielle regroupant tous les acteurs de la chaîne de valeur afin de proposer des solutions efficaces et réalistes.

Lucidité sur le greenwashing

L’étude révèle par ailleurs que les dirigeants "sont très lucides sur la question du greenwashing", souligne Julien Henault, senior manager filière énergie et environnement. "Plus d’un dirigeant sur deux voit dans les annonces de neutralité carbone du greenwashing et ils soulignent à l’unanimité (plus de 80 % d’entre eux) qu’ils ne pourront pas atteindre cette neutralité carbone sans avoir recours — fortement d’ailleurs — à la compensation de leurs émissions résiduelles." 

"Conscients de cela, ils craignent très peu d’être accusés de greenwashing en communiquant leur trajectoire de neutralité." Pour le consultant, "il faut souligner que la profession a beaucoup progressé". "L’étude met en avant que les dirigeants ont dépassé cet effet médiatique et souhaitent s’engager avant tout dans la neutralité carbone en réduisant leurs émissions, avant de s’engager et de communiquer, ce qui est plutôt positif comme résultat." Pour autant, Mathieu Mougard rappelle que la notion de neutralité carbone n’étant "pas claire dans la tête des dirigeants d’entreprise", "il faut être fin sur la lecture des engagements des groupes". "In fine, la neutralité carbone doit être globale donc complète sur l’ensemble des scopes et l’ensemble des activités sur les différentes zones géographiques."

Le rôle de l’État

"Afin de faire avancer ce débat, Mazars retient trois éléments de l’étude", résume Mathieu Mougard. "Il y a un vrai sujet autour de la mesure : il faut franchir une marche significative car c’est indispensable de généraliser les bilans carbone à toutes les entreprises." Sur le périmètre du bilan carbone, "il faut agir sur le scope 3 qui représente la majorité des émissions de CO2 en général, en s’appuyant d’abord sur les grandes entreprises, un maillon essentiel de la chaîne de valeur".

"Le dernier point est évidemment celui de la régulation, de l’État qui doit jouer un rôle très fort pour favoriser les entreprises et les comportements vertueux. C’est indispensable, nous sommes en retard en France." Rappelant que la France a dépassé ses budgets carbone pour la période 2015-2018 et pourrait encore échouer à les respecter pour la période 2019-2023, il demande "que l’État trace clairement la route de ce marathon avec la signalisation qui doit permettre d’orienter les entreprises dans la bonne direction".

  • Consulter la série de décryptages d’AEF info sur les entreprises et le concept de neutralité climatique : "Comment passer d’une communication superficielle à une stratégie crédible" (lire sur AEF info) ; "La réduction des émissions, prioritaire et gage d’une démarche sérieuse" (lire sur AEF info) ; "Utiliser la compensation à bon escient" (lire sur AEF info).
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Ioana Doklean, journaliste