Politique de cookies
Le groupe AEF info utilise des cookies pour vous offrir une expérience utilisateur de qualité, mesurer l’audience, optimiser les fonctionnalités et vous proposer des contenus personnalisés. Avant de continuer votre navigation sur ce site, vous pouvez également choisir de modifier vos réglages en matière de cookies.
Politique de protection des données personnelles

Revenir en haut de la page
Home| Social / RH| Fonction publique| Dépêche n°647797

Après la réforme de sa formation et de sa scolarité, l’ENA entame la réflexion sur l’évolution de ses concours

Alors que la rénovation de la scolarité et des de l’ENA entre en vigueur cette année et que les épreuves de classement vont être revues en 2022, l’école compte poursuivre sa mue, indépendamment de la réforme de la formation de la haute fonction publique que prépare le gouvernement. Comme prévu par son plan d'action d’octobre 2018, son directeur Patrick Gérard va mettre en débat lors du conseil d’administration du 17 mars 2021 des pistes pour réformer les concours. Le ministère de la Fonction publique précise qu'il ne s'agit que de propositions qui seront examinées par le gouvernement.

L'ENA, à Strasbourg. L'école proposera au CA de juin 2021 "une modification des arrêtés d’organisation" de ses concours d’entrée. © Flickr / S&AA

Le gouvernement a beau avancer sur sa réforme de la formation de la haute fonction publique, avec la création de nouvelles prépas Talents et l’annonce, d’ici à juin, de la réforme des cursus avec la mise en place d’un tronc commun inspiré du rapport Thiriez, le directeur de l’ENA poursuit l’application de sa propre feuille de route.

Comme le prévoit le plan d’action qu’il a présenté en octobre 2018 (lire sur AEF info), après la réforme de la scolarité (avec notamment une approche par compétences) inaugurée cette année et celle des épreuves de classement prévue pour l’année prochaine (lire sur AEF info), il compte engager prochainement celle de ses concours. Lors du point sur la mise en œuvre du plan de transformation de l’école inscrit à l’ordre du jour du conseil d’administration du 17 mars prochain, vont être ainsi présentées les "premières orientations relatives à une réforme des concours d’entrée" (excepté celui réservé aux docteurs).

Inscrire la réforme dans un continuum

Pour mémoire, le plan d’action d’octobre 2018 prévoyait d’engager une "réforme des concours" pour "améliorer leur attractivité et permettre une diversification des profils". L’objectif visé étant "une simplification" des concours interne (candidats déjà agents publics) et du troisième concours (candidats ayant une expérience activité professionnelle ou associative) "dans l’optique d’épreuves davantage professionnalisées" en diminuant notamment le nombre d’épreuves (de 10 actuellement). Sans surprise, les pistes proposées par le directeur de l’ENA vont dans ce sens.

Pour l’ENA, il s’agit d’inscrire la réforme de la scolarité et des épreuves de sortie dans un "continuum". "Celui-ci prendra sa source en amont, dans le souci de garantir une plus grande diversité sociale dans l’accès à la fonction publique et dans l’adaptation des concours d’entrée à cette exigence, mais également en aval par la formation nécessaire tout au long de la carrière", explique le document transmis le 5 mars aux membres du CA et qui sera présenté le 17 mars. Outre les prépas et concours Talents mis en place par le gouvernement, "une profonde évolution des concours d’entrée est ainsi nécessaire", estime l’école.

Le concours interne et le 3e concours en perte de vitesse

Celle-ci doit corriger deux tendances observées depuis plusieurs années. D’une part, une baisse d’attractivité que masquent les chiffres. En effet, "si le niveau des inscriptions du concours externe parvient à se maintenir autour du millier de candidats" et que la création du concours externe réservé aux docteurs créé en 2019 a engendré un "engouement" (pour 3 à 5 places offertes chaque année), "le concours interne et le troisième concours souffrent d’une désaffection accentuée par un important absentéisme, particulièrement marqué le premier jour des épreuves écrites", constate l’école.

Ainsi, l’année dernière, seuls 220 des 344 candidats au concours interne se sont présentés aux épreuves d’admissibilité et seulement 64 (sur 130 inscrits) candidats relevant du troisième concours étaient présents. L’ENA attribue cette tendance à la lourdeur des épreuves mais aussi aux "conditions financières défavorables pour les agents publics". Elle souligne au passage la création cette année, pour y remédier, d’une indemnité de maintien de rémunération pour les stagiaires ou élèves issus du concours interne (lire sur AEF info).

Homogénéité des profils

Autre facteur justifiant une réforme, la convergence des profils des candidats et de leur cursus de préparation. Ce constat est largement partagé depuis de nombreuses années et souvent déploré par les présidents du jury ces dernières années. La moitié des élèves sont en effet passés sur les bancs des IEP (ainsi que de l’ENS, Paris-I pour le concours externe et de l’IGPDE pour le concours interne), le concours interne faisant de plus en plus office de "concours de la seconde chance pour de jeunes fonctionnaires ayant récemment échoué au concours externe", le déroutant ainsi de son objectif premier.

Conséquence du poids de ces formations de préparation : une forte concentration parisienne. Aussi, ces dernières années, 60 % des admis au concours interne venaient-ils de la fonction publique de l’État et étaient-ils issus des administrations centrales de Bercy ou des ministères des Armées, de l’Intérieur ou de l’Éducation nationale.

Quant à la troisième voie, les principaux viviers sont l’audit, le conseil, la banque et "plus généralement des cadres du tertiaire", les ingénieurs et les professions médicales restant sous-représentés. Conséquence : "Les élus locaux, cadres associatifs et syndicaux, qui étaient la cible première motivant la création de ce concours en 1990, sont devenus très rares".

Absence de valorisation des acquis professionnels

S’agissant du concours interne et du troisième concours, l’ENA reconnaît que la préparation exigeante nécessaire "peut être dissuasive". Surtout, "plus fondamentalement, les épreuves de ces deux concours reposent sur des connaissances de base acquises pour certains candidats il y a plusieurs années et non sur la valorisation des compétences acquises durant leurs différentes activités professionnelles". Un biais qui fait consensus. Les associations d’anciens élèves de ces deux concours (EN3C et Intern’ENA) proposant la mise en place d’une voie plus professionnalisante et d’épreuves tenant compte des acquis de l’expérience (lire sur AEF info).

De leur côté, les présidents des jurys n’ont de cesse depuis quelques années de préconiser des évolutions. Le président du jury 2020, Michel Cosnard, plaide en ce sens, recommandant un allègement et insistant sur la nécessité de valoriser les acquis et l’expérience professionnelle des candidats du concours interne et du troisième concours (lire sur AEF info). Ce qui suppose "la suppression de l’alignement des épreuves entre les trois concours et l’allègement global de celles-ci", indique l’ENA dans son document.

Les pistes de réflexion

Toutefois, si la réforme des trois concours principaux paraît nécessaire "pour permettre une plus forte ouverture de la haute fonction publique à de nouveaux profils", elle "ne doit pas conduire à baisser le niveau de sélectivité", prévient l’ENA. Partant, il s’agit davantage "d’adapter les modes d’évaluation des savoirs, savoir-faire et savoir-être nécessaires au regard des compétences qui seront développées durant la scolarité et essentielles durant le parcours professionnel de l’élève". C’est dans cette optique que le directeur de l’ENA va demander aux membres du CA, le 17 mars, de retenir certaines orientations au regard de plusieurs pistes, sachant qu’aucune décision ne sera prise avant le CA de juin.

Le concours interne et le troisième concours

Les pistes en vue d’une réforme des concours sont abordées sous forme de questionnement sans, pour l’heure, prise de position. Le directeur de l’ENA interroge notamment les membres du CA sur une éventuelle fusion de ces deux concours et sur la nécessité ou non de réduire le nombre d’épreuves. Autre piste, le regroupement des connaissances techniques (finances publiques, droit public, économie, questions européennes et internationales) dans une "épreuve de type questions à réponses courtes".

Se pose également la question d’y "ajouter des notions obligatoires liées aux questions scientifiques ou/et climatiques ou/et numériques" voire à d’autres sujets. Le maintien de l’épreuve de questions contemporaines pourrait aussi être remis en question (pour être remplacé par exemple par "un dossier de cas pratique ou professionnel") ainsi que celui de l’épreuve de note de dossier juridique ou économique d’analyses. Enfin, sera mise en débat la transformation éventuelle de l’oral en entretien professionnel.

Le concours externe

Le concours externe fait l’objet de questions similaires concernant la réduction du nombre d’épreuves, la mise en place d’une épreuve de questions à réponses courtes pour les connaissances techniques intégrant éventuellement certaines notions obligatoires (questions scientifiques ou/et climatiques ou/et numériques…). Sera aussi questionnée en CA la nécessité de "donner une majeure ou une mineure par le coefficient aux épreuves de droit et d’économie.

Questions communes aux trois concours

S’agissant des questions communes aux trois concours, le directeur de l’ENA s’interroge sur la pertinence du maintien de l’épreuve collective d’interaction ou de son remplacement par "une formule d’épreuve de type Inet (mise en situation professionnelle de plusieurs candidats) voire un 'Escape game', formule pratiquée dans les processus de recrutement de plusieurs entreprises privées", à moins que d’autres voies soient explorées. Se pose également la question du maintien de l’épreuve obligatoire d’anglais comme épreuve obligatoire et de sa notation (vérification du niveau et non de la performance) et de la possibilité de proposer d’autres langues. Enfin, est évoquée la possibilité d’introduire "des épreuves de spécialité pour attirer des profils plus divers en matière de formation.

Un projet qui se télescope avec la réforme du gouvernement

Le conseil d’administration du 17 mars marquera la première étape de la réforme à venir. C’est sur la base de ces échanges et "sans doute d’autres ultérieurement, et dans le cadre des réflexions engagées par le gouvernement sur l’évolution du contenu des concours" que l’ENA élaborera et proposera au CA de juin "une modification des arrêtés d’organisation" de ses concours d’entrée. Cette modification sera soumise à la ministre de la Transformation et de la Fonction publiques, afin que cette réforme puisse "être applicable à partir de la session 2022 des concours", prévoit le document.

Toutefois, l’école va devoir composer avec les orientations de la réforme de l’accès aux écoles de la haute fonction publique et de leur scolarité à laquelle travaille actuellement le gouvernement et qui devrait notamment reprendre l’idée de tronc commun proposée il y a un an par la mission Thiriez (lire sur AEF info) pour une application à partir de 2022 (lire sur AEF info). De fait, le ministère de la Transformation et de la Fonction publiques précise à AEF info que les pistes de rénovation des concours présentées par le directeur de l’ENA "ne sont que des propositions qui seront examinées avec le Premier ministre et le président de la République qui prend à cœur ce sujet".

Pour l’heure, le ministère vient seulement de commencer la revue des épreuves des concours. Trop tôt donc pour se prononcer. Mais d’ores et déjà, comme prévu depuis l’annonce de cette réforme et par le rapport Thiriez, il est acquis que le périmètre portera sur les principales écoles de la haute fonction publique, y compris l’ENA, qui devra donc, comme les autres écoles, se conformer aux arbitrages du gouvernement.

L’engagement de l’ENA dans le plan du gouvernement

 

Concernant les annonces du président de la République le 11 février à Nantes (lire sur AEF info), dont la création de classes prépas et de concours d’accès Talents à cinq écoles de service public dont l’ENA (ENA, Inet, ENSP, EHESP et Enap) officialisée par une ordonnance et un décret le 4 mars (lire sur AEF info), le directeur de l’ENA indique dans son "point sur la mise en œuvre du plan de transformation de l’école" qui sera présenté en CA le 17 mars, que "l’école s’engagera de manière très active dans la mise en œuvre de ce plan ".

Pour ce faire, l’école va doubler l’effectif de la CPI de Strasbourg (qui sera porté à 24 élèves) et créer "une troisième classe [préparatoire] à Nantes avec le concours de l’université de Nantes", comme précisé par Patrick Gérard à AEF info le 16 février (lire sur AEF info). Elle compte d’ailleurs ouvrir dès cette année un deuxième concours externe pour accueillir les candidats issus des CPI. Par ailleurs, elle va participer à l’appel à manifestation d’intérêt lancé par la DGAFP le 12 février pour les futures classes prépas Talents (lire sur AEF info) en partenariat avec l’Inet et les associations "La Cordée" (lire sur AEF info), "Des territoires aux grandes écoles" et "ENA 50/50" pour que ses CPI de Strasbourg et de Nantes soient labellisées "Talents".

Enfin, l’ENA compte renforcer "son rôle de tête de cordée dans le partenariat mené avec le rectorat Grand Est". "Dès leur retour à Strasbourg, les élèves de la promotion 20-21 seront ainsi amenés à s’engager dans le cadre de leur mission d’intérêt général auprès des élèves des collèges et des lycées à la fois pour leur présenter les principales missions de l’État et les carrières de la fonction publique et les accompagner, en lien avec les enseignants, dans la préparation du 'Grand Oral', nouvelle épreuve du baccalauréat réformé", détaille l’école.

à lire aussi
Fermer
Bonjour

Vous souhaitez contacter

Clarisse Jay, journaliste