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Pédagogie, RH, gouvernance, relations avec la tutelle : trois chercheurs analysent les premiers effets de la crise

Des solidarités renforcées – mais électives – entre établissements, une réinterrogation des pratiques pédagogiques individuelles et collectives, une volonté de "trouver localement les solutions les plus adaptées"… Si la crise sanitaire bouleverse l’ESR avec le passage à distance et creuse les inégalités tant entre étudiants qu’entre établissements, elle entraîne aussi des effets "bénéfiques". Trois chercheurs, avec qui AEF info a conclu une convention de recherche – Pierre Mathieu (Clermont Auvergne), Christine Musselin (CNRS/Sciences Po Paris) et Stéphanie Mignot-Gérard (Upec) – ont partagé leurs premiers éléments de réflexion sur la manière dont les établissements gèrent la crise depuis mars dernier, au cours d’un webinaire organisé le 29 janvier 2021. Ils reviennent ainsi sur les "tendances" repérées par la rédaction d’AEF info dans l’édition 2021 du Cahier de tendances de l’ESRI.

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Quelles prises de conscience et quels changements de pratiques la crise entraine-t-elle en matière de pédagogie, de gouvernance, de politiques RH dans l’ESR ? C’est pour discuter des évolutions à venir que Christine Musselin, directrice de recherche au CSO à Sciences Po Paris, Stéphanie Mignot-Gérard, MCF en gestion à l’Upec, et Pierre Mathieu, MCF de sciences de gestion à l’université Clermont Auvergne, étaient invités à participer au webinaire d’AEF info, le 29 janvier 2021, à l’occasion de la sortie du Cahier de tendances 2021 de l’ESRI.

Tous trois ont fait de l’impact de la crise leur sujet d’étude et travaillent, dans le cadre d’une convention de recherche, sur les notes – anonymisées – d’entretiens réalisés par la rédaction d’AEF info auprès d’une trentaine de responsables d’établissement depuis mars 2020.

Découvrez l’édition 2021 du Cahier de tendances de l’ESRI

Impact de la crise Covid sur l'ESR : ce qu'elle révèle, ce qu'elle transforme from AEF info on Vimeo.


Les étudiants au cœur des préoccupations des établissements dès le départ

Premier enjeu mis en avant par le Cahier de tendances de l’ESRI, la question de la santé mentale des étudiants. Si le sujet de la vie étudiante (détresse psychologique, précarité économique et sociale…) ne fait la Une des médias – et a l’attention des politiques – que depuis quelques semaines, Christine Musselin se dit "frappée" de constater à tel point les étudiants sont "au centre des préoccupations" des responsables d’établissements "depuis le début de la crise".

"Les médias ne les voyaient pas mais les établissements, eux, avaient bien repéré les problèmes qui se posaient", constate-t-elle, citant les opérations de rapatriement des étudiants en mobilité, puis les mesures de lutte contre la précarité numérique, le repérage, très tôt, des étudiants isolés, mais aussi la prise en charge des problèmes sociaux, médicaux et psychologiques (mobilisation de la CVEC ou du FDSIE, travail avec les régions les Crous ou les réseaux d’anciens).

L’ampleur de ces problématiques et les réponses apportées ont cependant été "assez différentes" entre les universités – qui ont "peut-être été frappées plus brutalement par cette crise" – et grandes écoles, pointe Stéphanie Mignot-Gérard. Du fait de la "nature des publics" (nombre et profil socio-économique différent des étudiants), mais aussi en raison des moyens : "Avec leurs ressources propres et leurs fondations, les écoles ont pu être plus agiles à débloquer des fonds que les universités qui ont dû bricoler avec la CVEC en essayant de contourner les règles pour pouvoir utiliser ces financements."

Santé mentale des étudiants : Participez au Webinaire du 12 février

 

 

Le 12 février à 11h, AEF info vous propose de revenir sur la première "tendance" de son Cahier de tendances de l’ESRI lors d’un webinaire spécial intitulé : "Santé mentale des étudiants : comment la France peut-elle rattraper son retard ?". Les invités seront :

  • Laurence Canteri, vice-présidente du conseil de la vie universitaire à l’université de Lorraine,
  • Patrick Skehan, délégué général, fondateur de l’association étudiante Nightline,
  • Mohammed Benlahsen, président de l’université de Picardie Jules-Verne,
  • Laurent Gerbaud, médecin directeur du pôle santé handicap de l’UCA, président de l’ADSSU.
Pour s’inscrire, cliquez ici

Un renforcement des inégalités entre établissements ?

Le passage aux enseignements à distance a aussi pu être moins difficile pour les écoles, en raison de la "maturité numérique" dont disposaient déjà certaines, qui ont consenti à des investissements massifs dans les équipements, estime Stéphanie Mignot-Gérard. Il s’agit, pour les écoles, d’une "nécessité économique qui tient à leur business model : elles recrutent beaucoup d’étudiants internationaux qu’elles souhaitent conserver en leur offrant un service décent à distance", poursuit-elle.

Or, cette part importante d’étudiants étrangers pourrait aussi se révéler être une fragilité, selon la chercheuse : si la crise perdure et se transforme en grave crise économique, les écoles risqueraient d’attirer moins de publics internationaux. Et par conséquent, de devoir diversifier davantage leur public français avec plus d’étudiants boursiers, qui pourraient avoir un moindre consentement à payer des frais de scolarité très élevés. Un "scénario pas du tout fantaisiste" selon la chercheuse qui cite le cas de l’université de Leicester (Royaume-Uni) qui vient d’annoncer le licenciement de 60 de ses professeurs, dont 15 dans sa business school.

Mais le creusement de la "différenciation" pourrait également être interne à chaque type d’établissement, ajoute la chercheuse, notamment entre les universités labellisées idex ou isite par le PIA – qui pourraient bénéficier de davantage de ressources, notamment pour développer l’enseignement à distance – et les autres : une "hypothèse à vérifier". Pour Pierre Mathieu, qui exerce dans l’isite clermontoise, l’effet isite n’a pas joué dans le premier temps qui est celui de l’urgence. Il pourra en revanche jouer "dans un second temps, à moyen ou long terme", comme "relais de stabilisation".

" Les PIA peuvent avoir deux effets positifs au sortir de la crise : un effet d’amortisseur pour tout ce qui touche au doctoral ou post-doctoral, avec une stabilisation des financements, des contrats et des projets, poursuit-il. Ces programmes sont également porteurs de projets structurants en matière de formation. Ils sont de nature à être des fils conducteurs au sein des établissements et des écoles pour se projeter dans le post-crise."

UNE MONTÉE en compétences sur le volet pédagogique

Sur le volet "métier" des enseignants-chercheurs, la crise semble avoir eu des effets "positifs", estime Pierre Mathieu, en faisant émerger des questionnements sur les pratiques professionnelles, tant individuelles que collectives, bouleversées par le distanciel. "On a vu apparaître des questionnements collectifs dans les équipes pédagogiques, de coordination de diplôme, les collègues se sont mis à discuter entre eux et le voile est un peu tombé sur la question taboue de la pédagogie dans le supérieur. On a vu émerger de nouvelles solidarités professionnelles, des partages de pratiques, de conseils et de l’auto-formation. Je fais l’hypothèse qu’un certain nombre de ces éléments pourront perdurer, avec une amélioration des pratiques."

La crise a également permis la montée en compétences techniques des équipes sur le numérique, même si cet apprentissage a pu se faire "sur le tas", de manière plus ou moins brutale. Côté positif : "Nous avons tissé des liens un peu différents avec nos étudiants, par la contrainte, et eux nous voient également différemment, comme des repères dans cette période", estime-t-il. Côté négatif : "le surgissement d’inégalités dans la prise en main des outils par les enseignants".

"On est au seuil d’une réinterrogation du sens de nos métiers et de nos pratiques : est-ce la même chose d’être enseignant à distance et en présentiel ?", poursuit Pierre Mathieu. "Sans doute que les technologies 'dures' ne suffiront pas – faire un cours à distance, ce n’est pas juste mettre une caméra –, elles devront être augmentées de technologies 'molles' qu’il va falloir que nous développions par rapport à ces nouvelles pratiques pédagogiques."

Des questionnements sur le modèle pédagogique traditionnel

"Quand bien même on investirait massivement dans les technologies dures, je pense que l’appropriation de ces outils serait extrêmement localisée", réagit Stéphanie Mignot-Gérard. Car "l’enseignement est, par définition, une technologie molle, très différente selon les champs disciplinaires, la taille des groupes d’étudiants, leur niveau", et il sera donc "très difficile de le standardiser".

Elle reste donc très "prudente" à l’égard des scénarios déployés depuis cet été par Scott Galloway, professeur de marketing à NYU, qui prédit que les grandes universités d’élite américaine vont se transformer en cyborg universities en s’associant aux Gafam pour virtualiser entièrement leurs formations. "En France, nous avons été frappées au contraire de voir à quel point la question pédagogique est imbriquée à la question sociale, ce, dès le début du premier confinement. C’est comme si on avait découvert que les étudiants sont des étudiants pauvres". Et la priorité est désormais de "maintenir le lien" : c’est ainsi que le présentiel est devenu la modalité d’enseignement à privilégier, le distanciel renforçant les inégalités dans le temps.

Tous ces mouvements récents vont-ils modifier durablement l’identité professionnelle des enseignants-chercheurs, renforçant par exemple l’importance du volet pédagogique vis-à-vis du volet recherche ? "L’identité professionnelle est quelque chose qui change très lentement et pour que ça dure, il faudrait que les institutions elles-mêmes changent", répond Christine Musselin, citant "les procédures et critères qui entourent le travail et la carrière des enseignants-chercheurs". Pas sûr non plus que les dynamiques de solidarité, repérées par Pierre Mathieu, perdurent. "Pendant les crises, on se comporte souvent différemment, avant de revenir à la normalité", dit Christine Musselin.

des effets genrés sur l’activité de recherche

Elle insiste aussi sur le fait que ces dynamiques de changement "ne touchent pas de la même manière toute la communauté universitaire", selon qu’ils ont beaucoup d’enseignement ou pas, selon les disciplines (pression estudiantine), selon qu’on a ou pas des enfants en âge scolaire ou encore selon qu’on a des responsabilités pédagogiques. "Avoir la responsabilité d’une licence ces derniers mois a sans doute été une responsabilité très lourde à porter."

On va aussi voir des effets sur l’activité scientifique, poursuit la sociologue. Si la recherche semble un peu "en arrière-plan des préoccupations des établissements ces derniers mois", on voit quand même des différences dans la manière dont les uns et les autres ont pu poursuivre leur activité scientifique, selon les disciplines (travaux expérimentaux, déplacements sur le terrain). "Sans compter les effets genrés qu’on voit déjà apparaître", rappelle Christine Musselin. "Les hommes ont réussi à déposer plus de projets de recherche que les femmes et c’est certainement lié à la situation familiale, mais aussi aux postes occupés : les VP formation – beaucoup plus en tension ces derniers mois – sont plus souvent des femmes, tandis que les VP recherche, plus souvent des hommes (lire sur AEF info), ont été moins sollicités sur la période."

Quid des formations à la pédagogie proposées par les établissements ? Françoise le Fichant, VP CA de l’université de Nantes, fait remarquer, à l’occasion des questions et commentaires des participants, que l’offre a été pléthorique mais peu suivie par les EC. Les trois chercheurs l’expliquent par un manque de temps, les EC ayant dû répondre dans l’urgence à la nécessité de passer en distanciel, tout en étant beaucoup plus sollicités par les étudiants sur des questions en marge du strict enseignement.

"Je n’ai pas suivi de formation, mais beaucoup utilisé les tutos fournis par Sciences Po", témoigne Christine Musselin. Pour Pierre Mathieu, le plus intéressant, à moyen terme, reste "les échanges entre collègues" qui se sont dépannés les uns les autres, montré des choses… "L’urgence a généré de l’appétence et cette auto-formation est une bonne nouvelle." Quant à Stéphanie Mignot-Gérard, elle espère que cela remettra au goût du jour des techniques telles que la classe inversée et la pédagogie par projet, "qu’on pourra réintroduire y compris en présentiel. Car on voit bien que le cours magistral de deux heures sur Zoom ne tient pas, pour personne."

Une Nécessité de poser des cadres pour le télétravail

Autre dimension importance impactée par la crise : les pratiques RH. Voici les principaux constats dressés par Pierre Mathieu, après une enquête par questionnaire, à l’université Clermont Auvergne sur le télétravail pendant le 1er confinement (lire sur AEF info) :

  • Un sentiment de dégradation des conditions de travail, qui, paradoxalement, s’atténue dans le temps. "J’y vois une forme de résilience, on a appris à surmonter les difficultés."

  • Pas de grande différence entre les perceptions des enseignants et celles des Biatss.

  • Un "choc sur l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle". "Si quelques collègues l’ont bien vécu, la plupart ont eu du mal à faire face à l’empilement des contraintes."

  • Une focalisation sur certains types d’activités au détriment d’autres.

  • Une perte de repères pour les Biatss. "Nous avons observé que ceux qui avaient expérimenté le vrai télétravail, cadré depuis 2017, l’ont beaucoup mieux vécu."

  • Une réinterrogation complète du management à distance. "On s’est aperçu que ce sont les managers les moins cadrants naturellement qui ont eu le plus de difficulté à distance, parce que le cadrage implicite fonctionnait moins, voire pas du tout", explique Pierre Mathieu. "La distance va atténuer la capacité du manager à sentir les dysfonctionnements, les microconflits. Il faut être capable de réfléchir différemment sur la manière de se coordonner et de communiquer. La distance nécessite de redonner des cadres." Il préconise aussi de "passer d’un principe d’égalité à un principe d’équité : faire du sur-mesure en fonction des situations individuelles", plutôt que de traiter tout le monde de la même manière.

Des modes de gouvernance bouleversés par la crise

Autre sujet au cœur du projet de recherche de Christine Musselin et Stéphanie Mignot-Gérard : les effets de la crise sur le fonctionnement organisationnel des universités. Elles émettent plusieurs hypothèses :

  • La première est celle d’une "certaine décentralisation – après la très forte centralisation post- LRU et RCE" et d’une redéfinition des rapports centre-périphérie, avec plus de coopération. "Pour gérer les étudiants, pour passer à du présentiel un jour par semaine, il faut savoir comment se répartit l’offre de formation, connaître la taille des salles… Ce sont des niveaux de détails que le centre ne peut pas avoir et qui suppose de la collaboration avec les composantes."
  • Deuxième hypothèse : il y aurait une "modification des rapports de force en interne, et certainement entre universitaires et administratifs, ne serait-ce qu’à travers le rôle des ingénieurs pédagogiques. Cela va supposer des coopérations qui n’existaient pas auparavant et qui peuvent redistribuer les cartes en interne", explique Christine Musselin.
  • Enfin, les deux chercheuses vont se pencher sur la question de la transformation du pilotage stratégique de l’établissement, ayant observé deux situations opposées : un cas où le DGS est hyper mobilisé sur la gestion de crise et se sent écarté du pilotage stratégique, géré par l’équipe présidentielle ; d’autres cas où les DGS ont été au contraire intégrés par leur président à ce pilotage stratégique.

demande d’autonomie et demande de cadrage

Autre question clé de la gouvernance : la plus ou moins grande autonomie des établissements vis-à-vis de leur tutelle. "Au départ, il y a une tonalité plutôt négative des représentants des établissements envers les tutelles ministérielles, vues comme loin du terrain, avec des textes qui arrivent trop tard au regard de l’urgence des solutions à apporter", relate Stéphanie Mignot-Gérard. "Cela dit, il y a aussi un discours ambigu des représentants des établissements avec à la fois une revendication d’autonomie et une demande de cadrage très importante", ajoute-t-elle. "Certains établissements ont pris les devants, en anticipant leur fermeture avant même l’annonce du confinement national ou en prenant des dispositions par rapport aux congés ou autorisations spéciales d’absence. Il faudra voir pourquoi."

"En ce qui concerne les établissements qui n’ont pas voulu anticiper, je ne pense pas que c’était par frilosité ou manque d’autonomie", complète Christine Musselin. "C’était souvent pour ne pas surcharger leurs équipes en les faisant travailler deux fois sur des choses qui évoluent."

Davantage d’interactions avec le MESRI

Autre constat des chercheuses : il y a eu "beaucoup d’interactions avec le MESRI – et notamment la Dgesip – dans un souci de coopération assez permanent". "Il nous faudra déterminer dans quelle mesure les circulaires n’ont pas été une forme de co-construction", note Stéphanie Mignot-Gérard.

Elle souligne enfin l’existence d' "énormément d’interactions entre les établissements et de solidarité" pour échanger des solutions. "À voir si ces solidarités ont été très ouvertes et transversales, ou électives entre certains établissements qui partagent des mêmes caractéristiques communes", nuance-t-elle.

À une question de Laurent Champaney, DG de l’ Ensam, relayant l’agacement des établissements à faire valider leurs listes de TP en présentiel par les rectorats, Christine Musselin souligne que "les relations avec les rectorats ont effectivement évolué pendant cette crise", faisant l’hypothèse qu’elles se sont "densifiées" (remontées d’information, questionnaires, validations…).

Entre "soft" et "hard law"

Quant aux partenaires sociaux, ils se sont retrouvés confrontés à la difficulté de "reconstruire un discours" autour de la situation de crise sanitaire, avec plusieurs paradoxes, relève Pierre Mathieu : le fait que le travail en présentiel puisse être dangereux en raison du risque de contamination, ou que le télétravail, d’abord vu comme un progrès social en 2017, soit désormais subi par tous. "Il semble que les institutions représentatives du personnel soient encore en phase de maturation sur ces questions-là, ce qui est normal."

"On voit qu’il y a une succession de textes, de directives, qui visent à homogénéiser les comportements sur l’ensemble du territoire et qui viennent constituer une sorte de hard law qui s’applique à tous de manière très verticale, ce qui fait de plus en plus débat dans l’espace public. Mais on voit en même temps se développer dans les établissements une soft law : on s’arrange, on anticipe, on se met d’accord en interne, on s’ajuste", analyse Pierre Mathieu.

"Nous sommes vraiment dans un processus de recherche d’équilibre permanente entre hard law et soft law. On peut faire l’hypothèse que si la crise dure, on va avoir une réinterrogation des équilibres entre les deux, car on voit bien une volonté de trouver localement les solutions les plus adaptées."

quelle est votre "11e tendance" ?

 

Nouvelles formes d’internationalisation des établissements (stratégies européennes, mobilités hybrides) ; évolution de l’usage des campus et impacts de la crise sur le patrimoine immobilier ; place de l’ESR dans les territoires éloignés des métropoles ; ou encore modification des rapports entre MESRI, présidence et personnels après la crise… : Telles sont les propositions des internautes, invités à se prononcer sur une 11e tendance à l’œuvre dans l’ESR depuis la crise sanitaire.

Découvrez l’édition 2021 du Cahier de tendances de l’ESRI

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Sarah Bos, journaliste