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Home| Social / RH| Formation professionnelle| Dépêche n°644570

"Une direction régionale de la formation se met en place au niveau de chaque chambre de région" (J. Fourny, CMA France)

Alors que CMA France lance, ce vendredi 29 janvier 2021, la semaine nationale de l’apprentissage dans l’artisanat, son président, Joël Fourny, se félicite dans une interview à AEF info des bons chiffres enregistrés en 2020 malgré la crise, avec +4 % d’apprentis sur un an. Sur le plan de la formation, un changement de taille est à l’œuvre au sein du réseau : "Tous les centres de formation ne sont plus rattachés à une chambre départementale, mais à la chambre de région qui devient l’organisme gestionnaire". Le 1er janvier 2021 marquait en effet la date limite fixée au réseau des CMA par la loi Pacte pour se régionaliser. Une transformation qui impliquait à neuf régions métropolitaines de se doter d’une CMA de région. "Les AG constitutives ont toutes procédé à cette mise en place - les dernières AG devant se tenir cette semaine", explique Joël Fourny.

Joël Fourny, président de CMA France. Droits réservés - DR - CMA France

AEF info : La régionalisation du réseau des CMA prévue au 1er janvier 2021 par la loi Pacte est-elle achevée ?

Joël Fourny : On constate aujourd'hui que l'ensemble des régions a installé une chambre de métiers et de l'artisanat de région et que chaque établissement départemental est rattaché à cet établissement unique. Les AG constitutives ont toutes procédé à cette mise en place - les dernières AG devant se tenir cette semaine. Tout sera opérationnel fin janvier. Pour autant, dans la durée, il y aura forcément des réajustements en fonction de besoins spécifiques.

Avant d'arriver à ce résultat, il y a eu un travail conséquent réalisé sur le plan politique, mais aussi administratif. Sur le volet politique, les présidents de chambre régionale sont devenus présidents des chambres de région et les présidents de chambre départementale sont restés en fonction. Sur le volet administratif, il y a eu l'ouverture des différents postes de directeurs régionaux, y compris de secrétaire général de région et de secrétaire général adjoint. Tous les directeurs et secrétaires généraux ont été repositionnés.

AEF info : Quelles sont les conséquences de cette régionalisation en matière de formation professionnelle et d'apprentissage ?

Joël Fourny : Tous les centres de formation ne sont plus rattachés à une chambre départementale, mais à la chambre de région qui devient l'organisme gestionnaire. Elle est chargée de faire le suivi des formations et d'élaborer une politique régionale de formation. Une direction régionale de la formation est en train de se mettre en place au niveau de chaque chambre de région, avec un directeur de la formation. Certaines chambres ont fait le choix de mettre en œuvre ce dispositif sous la forme d'une université régionale des métiers de l'artisanat. D'autres chambres ont fait le choix d'un campus des métiers. Au niveau national, on se pose la question d'harmoniser ces approches et de ne retenir qu'une seule appellation.

AEF info : Que change concrètement la mise en place de cet organisme de formation unique au niveau régional ?

Joël Fourny : Cela ne change pas fondamentalement la façon de mener les opérations. Les actions des CFA auprès des jeunes, des entreprises et des collectivités restent traitées au niveau local. Sur ces sujets, les présidents de chambres départementales et les directeurs de centres de formation restent à la manœuvre. C'est simplement en matière de stratégie et de politique que tout est concentré au niveau régional.

L'intérêt est d'avoir un seul interlocuteur qui soit capable de définir les grandes orientations politiques en matière de formation et de discuter directement avec les Opco, les conseils régionaux et l'ensemble des partenaires. Par exemple, en Pays de la Loire - qui fait partie des chambres régionalisées avant la loi Pacte -, cela nous a permis de négocier un programme d'investissement de l'État pour l'ensemble des établissements. Au niveau de ma région nous avons par ailleurs obtenu la certification Qualiopi en octobre 2020, également pour l'ensemble des établissements. Cela a permis à la fois de simplifier les démarches, puisque nous avons été audités sur quatre de nos six sites, et de fédérer nos équipes dans une approche commune.

AEF info : Quel bilan de l'apprentissage tirez-vous pour l'année 2020 à l'échelle du réseau ?

Joël Fourny : L'engagement de la part des entreprises artisanales sur la formation par apprentissage a été confirmé en 2020, malgré une année économiquement difficile, en particulier pour certains secteurs sinistrés comme celui de la restauration. Nous avons atteint les 100 000 jeunes en CFA, soit 4 % de plus qu'en 2019 qui marquait déjà une forte progression. Alors qu'en avril-mai on pensait qu'on enregistrerait une baisse significative à la rentrée 2020, c'est plutôt extrêmement encourageant. Cette progression permet d'assurer le renouvellement nécessaire dans un certain nombre de professions et de ne pas créer de trou d'air dans les métiers en tension qui ont des difficultés à trouver de la main-d'œuvre.

AEF info : Vous faites donc mieux en 2020 qu'en 2019 (+4 % d'apprentis, après +3 %), mais les premiers chiffres au niveau national font état d'une croissance du nombre de contrats d'apprentissage dans le secteur privé de près de 30 % (contre +16 % en 2019). Le réseau des CMA se situe donc bien en-deçà, comment l'expliquez-vous ?

Joël Fourny : Il y a en effet une forte progression au niveau national, mais il faut savoir que le secteur de l'artisanat - et en particulier le réseau des chambres de métiers - était déjà très fortement engagé sur la formation par apprentissage. D'autres secteurs, comme celui de l'industrie, sont partis de zéro et enregistrent donc une forte progression. On a, de fait, une progression moindre car on avait déjà une large avance en termes d'engagement sur la formation par apprentissage.

AEF info : Quel regard portez-vous sur la prime à l'embauche d'apprentis introduite dans le cadre du plan de relance ?

Joël Fourny :  Si on arrive à une progression de 4 % aujourd'hui, c'est bien parce que les entreprises ont été aidées à hauteur de 5 000 euros pour l'embauche d'un apprenti mineur et 8 000 euros pour un majeur. C'est un élément qui a favorisé le fait que les entreprises continuent à s'engager dans la formation par apprentissage. Le dispositif a été particulièrement porteur pour les majeurs : on s'est rendu compte qu'il y avait +20% de jeunes au-delà de 18 ans qui ont réussi à signer un contrat d'apprentissage en 2020 comparé à 2019.

L'échéance de ce dispositif a été reportée au 31 mars. J'ai interpelé la ministre, Élisabeth Borne, afin que ce dispositif ne soit pas arrêté brutalement, car cela pourrait mettre un frein à l'engagement des entreprises. On pourrait voir apparaître à la rentrée 2021 des chiffres très nettement inférieurs à ceux de 2020. On demande donc la poursuite du soutien financier au moins jusqu'à l'été, voire jusqu'à la rentrée 2021. La ministre est ouverte à la discussion, mais souhaite un dispositif capable de s'inscrire dans la durée, et donc potentiellement moins élevé concernant le montant de la prime.

AEF info : Qu'en est-il du sas de six mois laissé aux jeunes formés en CFA pour signer un contrat d'apprentissage ?

Joël Fourny : Faire passer de trois à six mois le temps laissé à un jeune pour trouver une entreprise est une bonne chose. Ceci dit, le réseau a été extrêmement prudent et s'est placé dans une logique d'engager seulement des jeunes pour lesquels on aurait une solution dans les six mois. On constate aujourd'hui que tous les jeunes intégrés dans ce dispositif ont trouvé un élément de réponse.

On souhaite que ce dispositif soit pérennisé. L'idée n'est pas de faire entrer un jeune pour obtenir un financement et de le lâcher au bout de six mois, mais bien de permettre à ce jeune de trouver une solution pérenne.

AEF info : Lors de l'assemblée générale de CMA France fin 2020, vous avez évoqué une baisse des financements de la formation continue des artisans de 4 millions d'euros en 2020 et un risque pour 2021. À quoi cette baisse est-elle due et une compensation est-elle prévue ?

Joël Fourny : Par choix du gouvernement, l'Urssaf n'a pas prélevé la contribution formation des artisans au titre de 2021, afin de leur permettre de garder des liquidités. Le Fafcea et les Conseils de la formation doivent pouvoir malgré tout financer la formation des artisans, d'autant plus que nous sommes missionnés pour sensibiliser les entreprises aux enjeux de formation en matière de digital et de montée en compétences dans le cadre de la relance. J'ai alerté la ministre du Travail sur ce point.

Le gouvernement va sûrement prendre la décision de faire des avances sur la collecte - il y a d'ailleurs déjà eu de premiers versements aux deux FAF pour le tout début d'année 2021. Il faudra aussi travailler sur la manière dont on finance la formation des artisans à long terme.

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Astrid Gruyelle, journaliste