Politique de cookies
Le groupe AEF info utilise des cookies pour vous offrir une expérience utilisateur de qualité, mesurer l’audience, optimiser les fonctionnalités et vous proposer des contenus personnalisés. Avant de continuer votre navigation sur ce site, vous pouvez également choisir de modifier vos réglages en matière de cookies.
Politique de protection des données personnelles

Service abonnements 01 83 97 46 50

Revenir en haut de la page

"La réflexion menée sur les SSU ne devra pas s’arrêter avec la fin de cet épisode sanitaire" (Laurent Gerbaud, ADSSU)

Si Laurent Gerbaud, médecin directeur du pôle santé handicap de l’université Clermont-Auvergne, professeur de santé publique au CHU de Clermont-Ferrand et président de l’ADSSU, se dit "optimiste" en ce qui concerne la campagne de dépistage "individuel" qui se profile dans les établissements, il émet des réserves sur les moyens dont les services de santé universitaires disposent pour les dépistages massifs. Dans un entretien à AEF info, il revient sur la mise en place de la campagne de testing (lire sur AEF info) et fait le point sur l’état des services, mis à rude épreuve par la crise sanitaire et la hausse de la demande d’accompagnement psychologique. Les 80 ETP de psychologues, promis par le gouvernement, ont été confirmés, à raison d’un ETP par SSU, alors que l’augmentation des consultations de psychologues universitaires si situe globalement entre 25 et 30 % sur la période actuelle.

Laurent Gerbaud, médecin directeur du pôle santé handicap de l’université Clermont-Auvergne, professeur de santé publique au CHU de Clermont-Ferrand et président de l’ADSSU. Droits réservés - DR

AEF info : Le MESRI a diffusé une circulaire concernant la stratégie de testing, à la fois individuel et collectif, que doivent mettre en place les établissements d’ESR (lire sur AEF info). Cela relève-t-il vraiment de leurs prérogatives ?

Laurent Gerbaud : Le plus souvent, s’occuper de la santé n’est pas vécu comme une mission essentielle de l’université, qui est d'enseigner et chercher. Pourtant, comment penser que des étudiants en mauvaise santé peuvent apprendre correctement ? De sorte que la bonne santé des étudiants est une condition nécessaire (et non suffisante) de leur réussite. Et il s’agit bien de santé au sens global, ce qui pose la question générale des modes de vie, de socialisation, d’hébergement, d’alimentation, d’activité physique, de facilité de vie, etc.

La crise sanitaire actuelle impacte les universités comme tous les autres secteurs de la vie sociale et économique et amène à mettre au premier plan la question de la santé et de voir comment organiser un enseignement (qui ne peut être réduit à un "tout à distance") tout en assurant la sécurité des personnels comme des étudiants en évitant une reprise d’épidémie passant par les universités.

AEF info : Les services de santé universitaires sont-ils en capacité d’assurer ces dépistages ?

Laurent Gerbaud : Sur le dépistage "individuel", je suis assez optimiste. Il y a peu de services qui ne sont pas du tout en état de le faire. Beaucoup le font déjà, mais en général par tests RT-PCR parce que les laboratoires publics et privés ne sont, pour le moment, pas débordés.

En ce qui concerne le dépistage massif, les moyens dont nous disposons ne sont pas exponentiels. Si vous avez une UFR où le virus circule beaucoup, on peut être sur des effectifs de 1 500, 2 000 voire 3 000 étudiants à tester très rapidement. Faire 1 000 tests par jour, cela suppose d’avoir une dizaine de filières de dépistage : des personnes qui prélèvent, analysent, enregistrent.

Il y a aussi le problème de l’inscription des cas positifs dans la base du système d’information de dépistage SI-DEP, conçue pour les professionnels libéraux car cela suppose d’avoir une carte de professionnels de santé, ce que n’ont que rarement des infirmières scolaires ou des professionnels de SSU. L’ouverture de ce fichier à des professionnels non-détenteurs de la carte professionnelle a été demandée et sera obtenue, mais cela n’a juste pas été anticipé.

AEF info : Dans quel état d’esprit les personnels des SSU sont-ils actuellement ?

Laurent Gerbaud : Les SSU sont épuisés, mais disons combatifs. À Clermont, j’ai pu déplacer un poste d’interne vers le SSU et obtenir le recrutement d’une chargée de prévention consacrée au suivi du coronavirus. On peut cependant noter qu’il y a une extraordinaire hétérogénéité des situations sur le territoire : on a des ARS très en lien avec les SSU, très présentes, qui discutent beaucoup – comme c’est le cas pour les Pays-de-la-Loire –, mais ce n’est pas la majorité des ARS. En Île-de-France par exemple, les contacts avec l’ARS pour la partie traçage-dépistage sont très compliqués, alors qu’ils fonctionnent bien sur la santé mentale.

AEF info : Quel est le problème avec les ARS ?

Laurent Gerbaud : Ce sont souvent des problèmes d’organisation, on retombe toujours sur ces systèmes lourds, cloisonnés, et le fait que les informations n’arrivent pas à remonter de manière ascendante parce qu’il n’y a pas les outils. Nous travaillons cependant avec le MESRI pour améliorer les remontées du terrain.

AEF info : L’heure est-elle encore à mettre en place une stratégie de testing massive et généralisée quand tous les regards sont aujourd’hui tournés vers la vaccination ?

Laurent Gerbaud : L’enjeu central, c’est d’aller le plus vite possible sur la vaccination des personnes les plus fragiles. En effet, les tests permettent de voir s’il y a une présence du virus ou une partie du virus, mais ils ne permettent pas de dire si la personne a déjà eu la maladie. Quand il n’y a pas de signes cliniques, on a quand même beaucoup de faux-négatifs avec les tests antigéniques et cela contribue à la circulation du virus, même s’ils ne vont pas être très fortement transmetteurs et déclencher des situations graves.

Les principales situations de risque, ce sont les situations où l’on tombe le masque, notamment lors des repas dans des espaces confinés. Selon l’étude que nous avons menée sur les cas positifs recensés à l’université, moins de 3 % ont été contaminés en cours (voir encadré). Quand vous avez un foyer dans une université, on se rend compte qu'il est lié au fait que, quand les étudiants sont dans la même composante, la probabilité qu’ils mangent ensemble, révisent ensemble ou vivent ensemble est très élevée.

Seuls 3 % des étudiants testés positifs ont été contaminés en cours

 

Selon l’étude menée par l’université Clermont-Auvergne sur 346 des 946 cas positifs signalés chez les étudiants de septembre à décembre, seuls 3 % des cas de contaminations sont survenus en cours ou pendant les pauses en présentiel. Les contaminations sont liées majoritairement à la famille (28 %) et aux colocations (26 %), aux moments "festifs" (12 %) et aux activités professionnelles (11 %). L’université dénombre également 8 % de cas survenus lors d’activités sportives et 7 % aux cours de repas (hors domicile). Les auteurs de l’étude précisent que les contaminations liées à la famille et à la colocation se sont maintenues sur toute la période, alors que celles liées à l’activité sportive et aux fêtes se sont stoppées avec le second confinement.

Chez les personnels, où l’on dénombre 105 signalements de cas positifs entre le 24 août et le 31 décembre, 92 % des contaminations identifiées ont eu lieu avec des personnes extérieures au travail, presque toujours en famille. Seuls 4 cas de contamination par des collègues ont été relevés.

AEF info : Que faire sur la restauration ? Pour l’instant, le MESRI recommande simplement d’organiser la venue des étudiants sur des demi-journées, et les RU restent fermés…

Laurent Gerbaud : Nous sommes dans une logique de réduction des risques. Les espaces de cours servent pour l’instant d’accueil pour le tutorat et on a de la vente à emporter par les RU. Mais est-ce qu’il vaut mieux qu’ils mangent les uns sur les autres dans les couloirs ou est-ce qu’il vaut mieux leur ouvrir des salles en leur mettant à disposition une chaise sur trois ? C’est le type de discussion qui est à mener au sein des universités. La même question se pose pour les étudiants qui sortent pour fumer. Le message, c’est de garder le masque et quand on le tombe, on s’écarte de deux mètres et même de trois mètres quand on mange.

AEF info : Mesurez-vous une augmentation des besoins d’accompagnement psychologique sur la période actuelle ?

Laurent Gerbaud : Les situations sont hétérogènes, on a le sentiment qu’il y a une augmentation plus forte de la demande dans les grandes métropoles que dans les villes de taille moyenne. D’après les discussions que nous avons au sein du réseau, nous sommes à 25-30 % d’augmentation des consultations de psychologues, sachant qu’on était déjà saturé sur ces consultations, donc il y a peut-être aussi eu un écrasement de la capacité à répondre.

La forte augmentation a été observée avant les vacances de la Toussaint, jusqu’au début du confinement, avec beaucoup d’étudiants qui supportaient mal la situation et avaient une anxiété croissante à propos de la manière dont allait évoluer leur vie d’étudiant. À Clermont-Ferrand, on gère en général des listes d’attente de 5 à 10 étudiants, et à un moment donné, nous sommes montés jusqu’à 80 étudiants, ce qui nous a amenés à devoir gérer la liste d’attente en prenant contact avec les étudiants pour éviter d’avoir des situations d’urgence laissées de côté.

AEF info : Le MESRI a annoncé le "doublement" des capacités d’accompagnement psychologique des SSU. Est-ce le cas aujourd'hui ?

Laurent Gerbaud : Les 80 ETP de psychologues ont été confirmés aux universités, à raison d’un ETP par SSU, le solde étant réparti dans les jours qui viennent. Certains SSU ont pu anticiper – quand ils ont eu l’appui de leur président – et commencer à recruter, mais il reste en suspens des questions de qualifications et de statuts. Il a également été annoncé des prises en charge de trois consultations de psychologue par étudiant, hors SSU, mais sous son contrôle, par des psychologues du secteur ambulatoire (BAPU, psychologues libérales, etc.).

AEF info : Quel bilan tirez-vous de cette crise ?

Laurent Gerbaud : Si l’on se rend compte actuellement que les SSU sont essentiels, on mesure aussi à quel point ils sont hétérogènes et fragiles. La réflexion ne devra pas s’arrêter avec la fin de cet épisode sanitaire et je suis confiant car cette volonté est partagée par le ministère. Il faut profiter de cette crise sanitaire pour poser ces premiers jalons et construire un système de santé capable d’encaisser les crises sanitaires prochaines, notamment face à des virus émergents.

C’est une question très globale qui concerne aussi bien les SSU que la santé scolaire ou les hôpitaux. On voit aussi émerger un problème spécifique sur les étudiants de première année qu’on n’avait pas vu par le passé : ces étudiants ont connu le premier confinement sur leur dernière année de lycée, ce qui a déjà fragilisé leurs cercles sociaux, et la nouvelle année ne leur a pas permis de les reconstruire, le deuxième confinement ayant eu lieu peu après leur prise de marques à l’université. Le sentiment d’isolement est beaucoup plus fort.

Le deuxième problème particulier, c’est le problème social lié aux conséquences du Covid sur l’emploi. Beaucoup d’étudiants ont perdu leur job pendant le premier confinement, énormément de secteurs fragilisés en ont ensuite beaucoup moins employé cet été. En parallèle, des parents d’étudiants qui ont pu perdre leurs emplois. Or les bourses sont attribuées avec un an de décalage. On s’est donc retrouvés avec des demandes sociales fortes et des déstabilisations sur le plan moral : l’idée que l’on ne va pas s’en sortir et que, si on va voir l’assistante sociale, c’est qu’on a failli quelque part. Tout cela combiné avec une incertitude au quotidien sur le devenir immédiat, le décalage entre le temps clinique (celui de l’évolution de l’épidémie) et le temps administratif (celui des prises de décisions et de leur application concrète sur le terrain) produit un contexte difficile à vivre pour beaucoup.

Santé mentale des étudiants : Participez au Webinaire du 12 février

Le 12 février à 11h, AEF info vous propose de revenir sur la première "tendance" de l'édition 2021 du Cahier de tendances de l'ESRI, publié en janvier, lors d’un webinaire AEF info Live sur "Santé mentale des étudiants : comment la France peut-elle rattraper son retard ?". Venez échanger avec quatre experts :

  • Laurence Canteri, vice-présidente du conseil de la vie universitaire à l’université de Lorraine, 
  • Patrick Skehan, délégué général, fondateur de l’association étudiante Nightline,
  • Mohammed Benlahsen, président de l’université de Picardie Jules Verne (UPJV),
  • Laurent Gerbaud, médecin directeur du pôle santé handicap de l’UCA, président de l’ADSSU.

Les inscriptions sont ouvertes, cliquez ici

Fermer
Bonjour

Vous souhaitez contacter

Sarah Bos, journaliste