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Après une enquête sur la santé mentale de ses étudiants, l’UPJV s’inquiète du "trauma" provoqué par la crise sanitaire

"L’état psychique de nos étudiants nous inquiète très fortement", confie Mohammed Benlahsen, président de l’université de Picardie, lundi 18 janvier 2021. Une enquête du SSU réalisée auprès de 10 % de l’effectif révèle que 72 % des étudiants vivent un état de détresse psychologique et que 33 % présentent des signes de la dépression. L’université veut les aider à dépasser ce "trauma", né d’un sentiment de "frustration" et "d’injustice". "Mais pour cela, nous devons pouvoir les accueillir à nouveau", souligne Mohammed Benlahsen, qui ne "comprend pas" pourquoi les universités ont fermé.

© Sasha Fremind / Unsplash

Le service de santé universitaire de l'UPJV publie une enquête préoccupante sur la santé psychique des étudiants. Plus de 3 100 étudiants (10 % de l’effectif, un échantillon jugé représentatif) ont rempli un questionnaire entre le 26 novembre et le 5 décembre 2020. L’âge moyen des répondants est de 20,3 ans. Les femmes ont été plus nombreuses (70 %) à répondre que les hommes. Les étudiants de licence ont davantage répondu que ceux de master mais cela reflète leur répartition au sein de l’effectif global.

Voici ce que révèle cette enquête :

  • 72,4 % des étudiants disent avoir été dans une situation de détresse psychologique au cours des quatre dernières semaines. Ils ont pu se sentir par exemple "très nerveux", "triste et abattu" ou "si découragé et triste que rien ne pouvait leur remonter le moral". Cette situation affecte davantage les étudiantes (74,3 %) que les étudiants (59,5 %). Cet indicateur est également utilisé par l’OVE dans son enquête sur la santé des étudiants.

  • 54 % des étudiants vivent dans un état d’anxiété (40,5 % chez les hommes, 59,6 % chez les femmes).

  • 1 040 étudiants interrogés présentent des signes de dépression, soit 33,1 %. Cette fois, le résultat est quasiment identique chez les femmes (33,8 %) et chez les hommes (31,7 %).

  • 603 étudiants disent avoir eu des idées suicidaires au cours des 12 derniers mois, soit 19,2 %, là aussi sans grande différence chez les hommes et chez les femmes. Parmi les étudiants ayant pensé au suicide, 66 % ont scénarisé leur passage à l’acte. Plus de 72 % évoquent les études comme motif. Suivent la vie sentimentale (42 %), la vie familiale (42 %) et la santé (20 %).

"Un trauma collectif"

Ces résultats sont pris très au sérieux par l’université. "Même si nous avions constaté une augmentation du nombre de consultations, nous avons été surpris par les résultats, à tel point que nous les avons recalculés deux fois", explique Delphine Guérin, médecin et directrice du SSU, lors d’une visioconférence avec AEF info lundi 18 janvier 2021.

"Cette enquête demanderait à être affinée pour savoir par exemple si les étudiants isolés vivent plus mal la situation que ceux qui sont chez leurs parents", commente Mohammed Benlahsen. "Mais elle montre l’importance d’aller à l’université, pas seulement pour les études mais aussi pour apprendre à se structurer, à organiser son temps, à entretenir un lien social. La difficulté, c’est que le trauma est collectif mais est vécu différemment selon chaque individu." Pour le président, les étudiants éprouvent un sentiment de "frustration" à l’idée de perdre une année de leur jeunesse mais aussi "d’injustice" quand ils se comparent avec leurs homologues de BTS et de CPGE.

Un mois d’attente pour un RDV avec un psy

L’enquête a aussi montré qu’un étudiant sur deux ne connaissait pas le service de santé universitaire. "Nous avons eu énormément de mails d’étudiants qui avaient des idées noires et qui ont passé le cap de venir nous voir après avoir rempli le questionnaire", relate Delphine Guérin. Le problème, c’est que le SSU n’est pas armé pour répondre rapidement à toutes les demandes : il faut un mois d’attente pour obtenir un rendez-vous avec l’une des deux psychologues (elles sont à mi-temps, ce qui correspond à un ETP). Les trois infirmières assurent un premier accueil et peuvent orienter les étudiants qui vont le plus mal vers l’EPSM de la Somme. Une conseillère conjugale et familiale intervient aussi pour répondre aux problèmes de harcèlement ou de violences domestiques.


"Le gouvernement a annoncé le recrutement de 80 psychologues supplémentaires dans les universités", rappelle Christophe Bident, vice-président formation. "C’est un effet d’annonce puisque pour le moment aucune université n’a eu la notification de ce poste supplémentaire. Et de toute façon, même avec deux ETP de psychologues pour 30 000 étudiants, nous serons très en dessous de la norme préconisée au niveau international (lire sur AEF info)." Le VP rappelle au passage que la charge de travail du SSU s’est alourdie depuis mars 2020 puisque le service doit désormais répondre aux besoins de tous les étudiants en résidence universitaire, même lorsqu’ils ne sont pas inscrits à l’université.

"Qu’on nous fasse confiance !"

Pour aider ces étudiants à la dérive, l’UPJV veut d’abord… rouvrir largement ses portes. "Aujourd’hui, on a l’impression que l’université française ne compte pas et qu’elle ne rouvrira qu’après le dernier bar tabac", s’insurge Mohammed Benlahsen. "Nous n’avons pas compris pourquoi nous étions obligés de fermer alors que nous n’avons pas identifié de clusters en dehors des soirées universitaires. Nous avons su à la rentrée accueillir les étudiants dans de bonnes conditions et prévenir les situations à risque en testant et en isolant. Qu’on nous fasse confiance !"

L’UPJV n’a pas encore organisé la reprise des enseignements par groupes de dix. "On nous dit que les étudiants les plus fragiles sont les néoentrants", observe Christophe Bident. "Or on voit que les suicides concernent des étudiants de master (lire sur AEF info). Quant aux L2, ils sont aussi en difficulté : ils ont déjà connu le confinement l’an dernier et n’ont pas bénéficié de l’accompagnement proposé en septembre aux L1 pour se préparer à l’enseignement à distance. En définitive, il est très difficile pour nos enseignants d’identifier les dix étudiants les plus fragiles d’un groupe."

Sas de décompression

"Nous voudrions mettre en place un accompagnement au retour des usagers mais aussi des enseignants et des personnels", reprend Mohammed Benlahsen. "Il faudra un sas de décompression pour se remettre de ces secousses. On s’en donnera les moyens car c’est une priorité."

La vice-présidente à la vie étudiante, Virginie Lemen, va travailler avec les associations pour aider les étudiants les plus en difficulté mais aussi relancer des activités culturelles et sportives "pour aider à recréer du lien, à s’intégrer dans la ville", bref à "avoir des perspectives réjouissantes".

Le SSU a recruté, sans attendre la notification du ministère, une psychologue supplémentaire à mi-temps, qui arrive la semaine prochaine. Il va aussi mettre en place un réseau d’étudiants et d’enseignants "sentinelles", formés aux premiers secours en santé mentale pour identifier les signes d’alerte. Une réflexion est engagée pour créer un observatoire de la santé, afin de suivre l’évolution de l’état mental des étudiants mais aussi de mesurer le niveau des addictions (médicaments, alcool, drogues dures). Les effets de la sédentarité seront aussi scrutés : de nombreux étudiants passent leurs journées dans leurs chambres, n’étant plus sur le campus et n’ayant plus accès aux activités sportives en raison des restrictions sanitaires.

Consciente qu’elle ne pourra pas tout faire seule, l’université multiplie les partenariats : dans le domaine de la santé, avec le CHU d’Amiens, l’ARS, l’EPSM ou les médecins généralistes, mais aussi dans le domaine de la vie étudiante, avec les collectivités territoriales. Des "Assises de la vie étudiante" seront organisées dans les prochaines semaines pour mesurer les effets de la crise sanitaire. "Nous devons prendre date parce que ce que nous vivons est une crise historique", estime Mohammed Benlahsen.

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Sylvain Marcelli, journaliste