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Faut-il revoir l’organisation des cantines scolaires ?

Le rôle de la restauration scolaire dans la transmission de la Covid chez les élèves concentre l’attention des scientifiques, alors que l’exécutif doit annoncer le 14 janvier 2021 de nouvelles mesures sanitaires. "À l’évidence, la cantine est un moment de contamination", estime Dominique Costagliola. "C’est là qu’il faut faire des efforts", abonde Antoine Flahault. Le taux de contamination des enfants étant "extrêmement faible", Olivier Véran juge qu’il n’y a "pas de raison" de les fermer. Sur ce point, les acteurs de l’éducation sont partagés et les maires estiment qu’ils ont fait le maximum.

Le risque sanitaire dans les cantines scolaires dans la transmission du Covid-19 pointé du doigt Droits réservés - DR - © Damien Goret

La progression de l’épidémie de Covid-19, l’apparition du variant anglais mais aussi une hausse du taux de cas positifs chez les enfants obligent les autorités à réexaminer les questions de lutte contre le virus dans le cadre scolaire. Le taux de positivité des enfants de moins de 10 ans est en effet passé de 2,6 % à 10 %, entre le 1er et le 7 janvier, selon des chiffres de Santé Publique France.

Un nouveau conseil de défense sanitaire a lieu mercredi et le gouvernement présentera, jeudi, de nouvelles mesures qui pourraient concerner l’école. Si la fermeture des écoles est présentée comme la solution ultime (lire sur AEF info) et n’est pas préconisée par le conseil scientifique Covid (cf. encadré), le rôle de la restauration scolaire dans la transmission du virus est pointé du doigt par différents scientifiques et acteurs de l’éducation.

Les contaminations se font lors des discussions sans masque

"Les repas jouent un rôle central" dans les contaminations hors foyer, relevait l’Institut Pasteur dans une étude publiée en décembre (lire sur AEF info). Elle montre "le risque très élevé d’infection par le SARS-Cov-2 à l’occasion des repas", insistait Arnaud Fontanet, directeur de l’unité épidémiologique des maladies émergentes à l’Institut et membre du conseil scientifique.

"À l’évidence, la cantine est un moment de contamination", estime Dominique Costagliola, directrice de recherche à l’Inserm, interrogée le 11 janvier par BFMTV. Car, ainsi que l’épidémiologiste l’explique dans un entretien à L’Express publié le même jour, les contaminations "se font dans toutes les circonstances où nous sommes sans masques et où nous parlons : bars, restaurants, familles, mais aussi cantines".

Dans les écoles, il y a "des enfants et des adultes venus d’endroits différents qui se retrouvent durant toute la journée. Et à midi, à la cantine, ils mangent sans masques et se parlent. Puis le soir, ils repartent chez eux", développe-t-elle, à l’appui de son constat selon lequel les enfants sont transmetteurs du virus.

"Même si les enfants sont moins contagieux", poursuit la directrice de recherche, "si on reste des heures auprès d’eux, à la fin, on va avoir plus de cas". Il est important de comprendre, selon elle, que "ce qui compte est le temps qu’on passe à côté d’autres personnes". Ainsi, "passer beaucoup de temps avec une personne moins contaminatrice peut-être plus dangereux que de croiser pendant 10 secondes un grand transmetteur".

Pour Olivier Véran, il n’y a pas de raison, "à ce stade", de fermer les cantines

"Les cantines sont des hauts lieux de transmission", abonde Antoine Flahault, interrogé sur la même chaîne d’information, le 11 janvier. "On ne peut plus aller dans les bars et les restaurants, on réduit les possibilités de transmission chez les adultes" mais, dans la mesure où les cantines sont ouvertes, le risque de transmission persiste chez les jeunes "qui vont contaminer les classes d’âges plus âgées", développe l’épidémiologiste. Favorable à la fermeture des établissements scolaires au terme des vacances de noël, le directeur de l’Institut de santé global de l’Université de Genève juge que, "clairement, l’un des grands bassins de transmission reste les écoles, les collèges et les lycées".

Pour Olivier Véran, en revanche, il n’y a, "à ce stade", "pas de raison de fermer les cantines scolaires". Une position que le ministre de la santé justifiait, en début de semaine sur BFMTV, par "le taux de contamination extrêmement faible" chez les enfants.

Le conseil scientifique recommande une "Ouverture sous surveillance" des écoles

 

"Les données anglaises sur la pénétration du virus dans les écoles ne sont pas suffisamment claires pour nous pousser à fermer les écoles en France", explique le président du conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, sur Franceinfo le 13 janvier. Si l’instance, dont le dernier avis a été remis la veille au gouvernement, recommande de "poursuivre l’ouverture des écoles", c’est toutefois en ayant "un certain nombre de mesures de surveillance beaucoup plus strictes que celles que nous avons eues jusque-là". Autrement dit, le conseil recommande une "ouverture sous surveillance", résume Jean-François Delfraissy.

En premier lieu, le conseil scientifique plaide pour des dépistages plus rapides dans les établissements scolaires, afin d’identifier "très vite" les cas de contaminations au variant britannique. Il appelle également à "la fermeture dès qu’un cas" est recensé, compte tenu du taux de transmission de ce variant.

En outre, le conseil suggère la mise en place d’un "plan de surveillance de type 'dépistage massif'" des élèves et des enseignants afin d’avoir une "idée de ce que représente le mutant anglais".

L’avis "ne rentre pas dans le détail de la cantine", indique Jean-François Delfraissy, laissant sur ce point, comme celui de la jauge dans les lycées, le MEN trancher.

Les acteurs de l’éducation hésitants

Du côté des acteurs de l’éducation, les avis sont partagés. Le SNPDEN-Unsa n’est pas favorable à la fermeture des cantines scolaires. Une telle hypothèse reviendrait à empêcher "quasiment les élèves de venir car beaucoup d’établissements fonctionnent en journées continues, avec des élèves qui ont des transports scolaires" pour se rendre dans leur établissement où ils restent toute la journée, explique Philippe Vincent, le secrétaire général du syndicat, interrogé sur RTL le 13 janvier.

Il n’est pas davantage favorable à la distribution de paniers repas : "Les élèves vont bien aller les manger quelque part" mais "avec quelle surveillance ? Est-ce qu’on n’est pas en train potentiellement de créer plus de risques dans un système ouvert que dans un système contrôlé", interroge-t-il.

Pour une intersyndicale de personnels de l’Éducation nationale, "le non-brassage des élèves, le fonctionnement des cantines", notamment, "doivent faire partie du plan préparé" par l’administration pour lutter contre l’épidémie (lire sur AEF info).

qu’en pensent les maires ?

 

Allongement du temps de service, nettoyage renforcé, multiplication des lieux de restauration, possibilité de repas froids … "Les maires ont fait le maximum pour appliquer le protocole actuel de l’Éducation nationale qui s’avère très contraignant", assure, à AEF info le 12 janvier, un représentant de l’Association des maires de France (AMF), Gilles Pérole, adjoint au maire de Mouans-Sartoux (Alpes-Maritimes).

"Je ne vois pas ce que l’on pourrait faire de plus pour renforcer la lutte contre l’épidémie", déclare Gilles Pérole. Il considère que la fermeture de la cantine n’est "pas une bonne option car elle offre un repas aux enfants et permet aux parents de travailler". "Il faudrait peut-être privilégier l’accueil à l’école par demi-groupes pour alléger les effectifs", mais cela "pose le problème de la continuité des apprentissages pour les jeunes élèves".

De leur côté, les maires des grandes villes assurent que "la cantine est un sujet de préoccupation majeur depuis le début de la crise" et soulignent que "les risques sanitaires existent lors des repas mais aussi pendant tout le temps de la pause méridienne". France urbaine s’oppose ainsi à la prise de repas dans les classes. "Le temps d’aération et de nettoyage des classes ne serait pas optimal entre le temps de la pause du midi et les temps d’enseignement", explique à AEF info Étienne Chaufour, directeur en charge de l’Éducation à France urbaine.

Il souligne aussi que l’allongement du temps de service de restauration, qui permettrait de réduire encore les effectifs à la cantine, pose des problèmes de recrutement et financiers. "Nous avons déjà du mal à recruter des agents vacataires pour encadrer les enfants et le taux d’absentéisme est élevé chez ces personnels", explique Étienne Chaufour.

Les deux représentants des maires assurent qu’ils "appliqueront les nouvelles mesures que pourrait annoncer le gouvernement jeudi pour renforcer la lutte contre l’épidémie" mais regrettent de "ne pas être associés aux décisions" et le "manque d’anticipation". "À chaque fois, l’Éducation nationale nous communique en urgence un texte sur une nouvelle organisation à appliquer dans les 24 heures !", déplore Gilles Pérole de l’AMF.

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Luce Burnod, journaliste