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Alain Juppé à AEF info : "Le PIA a boosté les universités, introduisant un dynamisme nouveau dans leur gestion"

"Le PIA est sans conteste un modèle d'innovation dans l’action publique et dans l’allocation des fonds publics. Il a subi des critiques car il est hors des règles de l’orthodoxie budgétaire classique", estime Alain Juppé, "père fondateur", avec Michel Rocard, du programme d’investissements d’avenir, dans une interview à AEF info (1). "Le PIA est une opération dont on peut considérer qu’elle a été fructueuse et qu’elle a réussi", résume l’ancien Premier ministre. Il dit "porter un jugement positif sur ce qui a été fait, notamment vis-à-vis du monde universitaire" et estime que le PIA a "boosté" les universités, introduisant un "dynamisme nouveau dans leur gestion". Enfin, Alain Juppé revient sur la transformation du CGI en SGPI, "résultat d’une offensive menée contre cette structure hors norme, qu’on a cherché à banaliser" et qui "n’a plus le prestige d’antan".

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Alain Juppé, l'un des "pères fondateurs" du programme d'investissements d'avenir. MaxPPP - Franck Dubray / PhotoPQR / Ouest France

AEF info : Dans votre rapport "Investir pour l'avenir", co-rédigé avec Michel Rocard, et qui a initié le PIA, vous écriviez : "Il faut en finir avec la litanie des mauvaises nouvelles et l’acceptation du déclin […] Ceux qui se laissent écraser par la tyrannie du court terme sont condamnés à toujours réagir au lieu d’agir, à toujours saupoudrer au lieu de choisir, bref à toujours subir." Le PIA a-t-il tenu ses promesses, 10 ans après son lancement ?

Alain Juppé : Le PIA est une opération dont on peut considérer qu’elle a été fructueuse et qu’elle a réussi. Cependant, avons-nous évité une forme de déclin de la France et de son économie dans la compétition européenne et mondiale ? Je n’en suis pas sûr. Toutefois, ce n’était pas l’ambition du seul PIA que d’arriver à ce résultat et de nombreux défis sont apparus par la suite avec les crises successives (gilets jaunes, retraites, pandémie). Tout ceci crée un contexte profondément bouleversé et il va falloir faire preuve d’imagination et panser les plaies. Le plan de relance porte bien son nom. Il s’agit d’une relance, un sauvetage d’une économie en train de sombrer, différent d’un PIA qui privilégie la recherche, l’innovation et le transfert sur le long terme.

AEF info : Sur quels piliers repose l’originalité du PIA ?

Alain Juppé : Le PIA est sans conteste un modèle d’innovation dans l’action publique et dans l’allocation des fonds publics. Il a subi des critiques car il est hors des règles de l’orthodoxie budgétaire classique de la Lolf. Je tiens à souligner que fin 2014, soit quatre ans après son lancement, 75 % des crédits du PIA 1 avaient été décaissés, ce qui constitue un record. Tout cela est dû à la méthode suivie qui était de parier sur une procédure très originale, extrabudgétaire et extra-ministérielle.

L’originalité du PIA repose également sur la recherche absolue de l’excellence avec la constitution de jurys internationaux indépendants. En outre, nous avons toujours travaillé dans un souci d’évaluation permanent avec la tenue de rendez-vous réguliers pour vérifier que les objectifs étaient bien tenus. Enfin, la distinction des crédits entre les dotations non consomptibles et les dotations consomptibles fait du PIA un objet unique.

 

"Notre obsession a toujours été de ne pas mettre les crédits à disposition des ministères pour qu’ils servent de bouche-trou à leur insuffisance budgétaire."

 

AEF info : L’un des objectifs poursuivis par le PIA était de développer les universités pour créer des établissements internationalement reconnus. Quel bilan dressez-vous sur cet aspect ?

Alain Juppé : Je porte un jugement positif sur ce qu’on a fait vis-à-vis du monde universitaire. Nous avons su éviter le saupoudrage. Cela dit, dès que nous avons labellisé certaines universités, toutes les autres sont venues à la charge ! Nous avons diversifié les produits, si j’ose dire, avec les idex et les isite pour que tous les universitaires puissent bénéficier de ce processus, dans une démarche de sélectivité très forte. 

J’ai constaté les effets du PIA sur le site de Bordeaux, lauréat de plusieurs outils du PIA (idex, IHU, labex, etc.). Cette reconnaissance les a aidés et a accéléré le mouvement de fusion entre les universités de Bordeaux-I, Bordeaux-II et Bordeaux-IV tout en accroissant la visibilité internationale, et je salue le travail du président Manuel Tunon de Lara (lire sur AEF info). Ce qui s’est passé à Bordeaux n’est pas un cas isolé et le PIA a boosté les universités. Globalement, ce grand programme d’investissements a introduit un dynamisme nouveau dans la gestion universitaire.

Les universitaires ont rapidement compris l’enjeu du PIA et se sont mobilisés, notamment sur le rayonnement international qui n’était pas franchement leur tasse de thé. Ce qui m’a frappé, c’est l’évolution de la transformation des mentalités dans le monde universitaire au fil des années. Il y a 20 ans, quand vous suggériez à un patron de laboratoire de conclure un accord avec une entreprise, c’était le diable ! Aujourd’hui, tous les laboratoires nouent des partenariats avec des entreprises.

On dit souvent que la France ne change pas, qu’il est impossible d’y mener des réformes. C’est faux, comme le prouve le monde universitaire qui a évolué. La question de l’autonomie des universités, longtemps taboue, est devenue aujourd’hui une frustration tant ces établissements en voudraient davantage ! Néanmoins, il reste des progrès à faire dans l’ouverture des universités sur le monde extérieur pour être au niveau des puissantes universités américaines ou britanniques.  

"L’EXCELLENCE" DE L’IHU LIRYC EN GIRONDE

 

Alain Juppé salue les travaux menés par l’IHU Liryc (Institut de rythmologie et modélisation cardiaque), créé en 2011 à Pessac en Gironde et qui a pour vocation de "mieux comprendre et traiter les dysfonctions électriques du cœur, à l’origine de nombreuses maladies cardiovasculaires" (fibrillation ventriculaire, fibrillation auriculaire, insuffisance cardiaque).

"J’ai croisé un certain nombre de chercheurs, notamment américains, dans les locaux de l’IHU", se souvient Alain Juppé. "Je voulais savoir pourquoi ils avaient décidé de venir à Bordeaux sachant que leur rémunération mensuelle serait trois à quatre fois supérieure s’ils étaient restés aux États-Unis. Ils ont répondu que l’excellence se trouvait ici."

AEF info : Le PIA n’est pas exempt de critiques et certaines dérives ont pu être soulignées (faible collaboration avec les régions, débudgétisation, outils aux résultats hétérogènes, etc.). Comment analysez-vous la situation ?

Alain Juppé : J’accepte très volontiers la critique de la faible régionalisation du PIA, du moins pour le PIA 1. Ce n’était pas dans l’ordre de mission, le PIA devait être une opération très centralisée dans l’appareil d’État et c’est aussi l’une des raisons de sa réussite. Nous avons peu travaillé avec les régions, oui, et je crois que cela va être corrigé dans le PIA 4.  

Notre obsession, qui fait la force du PIA, a toujours été de ne pas mettre les crédits à disposition des ministères pour qu’ils servent de bouche-trou à leur insuffisance budgétaire. Nous voulions travailler sur le moyen-long terme mais pas sur la discussion budgétaire annuelle. Cela s’est malheureusement atténué avec les PIA 2 et 3, où certains crédits ont servi à combler des trous du ministère de la Défense, notamment… Cet épisode a constitué une première dérive tout à fait regrettable.

Par ailleurs, la lenteur des processus de contractualisation de certains opérateurs, comme l’ANR, a été un problème dont nous nous sommes souvent émus lors des conseils de surveillance. Quand Louis Schweitzer est arrivé à la tête du CGI, il a considérablement accéléré les processus. Enfin, une autre dérive et non des moindres, était la tentation de remettre le PIA sous la houlette de Bercy et d’Arnaud Montebourg, qui n’appréciait pas ce processus lui échappant en partie (voir encadré).

AEF info : Ce changement de tutelle du CGI, de Matignon vers Bercy, a pourtant été acté, provoquant votre démission et celle de Michel Rocard du comité de surveillance du PIA…

Alain Juppé : Oui, nous avons adressé une lettre à Manuel Valls, alors Premier ministre, pour l’avertir de notre démission (lire sur AEF info). Il est finalement revenu sur cette décision et le CGI est revenu dans le giron de Matignon. Périodiquement et par la suite, nous appelions régulièrement son attention sur le risque de dévoiement du programme vers le retour à des arbitrages ministériels et vers le retour à une mainmise de Bercy.

Aussi la transformation du CGI en SGPI est-elle le résultat de cette offensive menée depuis dix ans contre cette structure hors norme, en dehors des circuits traditionnels, qu’on a cherché à banaliser. D’abord, en voulant la rapatrier sous l’autorité de Bercy comme je viens de l’évoquer, puis en lui rognant un peu les ailes. Cette instance n’a plus le prestige d’antan, sans évidemment remettre en question la qualité des hommes qui la dirigent. Avec Michel Rocard, nous avons fait notre travail jusqu’au bout, ce qui conférait une énergie, un mouvement et une lisibilité à l’institution qui a été quelque peu oublié depuis (2).

RETOUR SUR "L’AFFAIRE MONTEBOURG"


Le Journal officiel du 18 avril 2014 a acté le changement de tutelle du CGI, qui passe sous l’autorité d’Arnaud Montebourg, ministre de l’Économie et du Redressement productif, provoquant la démission d’Alain Juppé et Michel Rocard du comité de surveillance du PIA, qu’ils coprésidaient, sur laquelle ils reviendront finalement peu de temps après (lire sur AEF).

"Le CGI est une toute nouvelle institution, compliquée et sans précédent. D’une part, elle a en effet la latitude de prendre des engagements financiers pluriannuels, et d’autre part, c’est une structure interministérielle. Le fait qu’elle soit placée sous l’autorité du Premier ministre est une condition sine qua non à son bon fonctionnement", rappelait Michel Rocard, dans une interview à AEF info, datée de mai 2014 (lire sur AEF info).

"Le vrai danger pour le CGI, c’est la tentation bien compréhensible que peuvent avoir des ministres, en ces périodes de fortes économies, de compenser l’extrême rareté des fonds budgétaires par des crédits issus du grand emprunt. Mais si un ministre peut avoir cette tentation, il n’a pas le pouvoir d’en décider, seul le Premier ministre le peut", faisait-il observer.

(1) Après cette interview d’Alain Juppé, AEF info poursuit sa série de dépêches consacrées au PIA avec deux focus à venir : l’un sur la philosophie du PIA et sa mise en œuvre, l’autre sur les réussites et les échecs du programme d’investissements d’avenir.

(2) Michel Rocard est décédé le 2 juillet 2016.

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Julien Jankowiak, journaliste