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Home| Social / RH| Formation professionnelle| Dépêche n°642941

"Les chiffres sur l’alternance sont gonflés artificiellement" (David Margueritte, Régions de France)

"Les chiffres sur l’alternance doivent être pris dans leur globalité et devraient inciter le gouvernement à la modestie car ils sont gonflés artificiellement", déclare à AEF info David Margueritte (LR), le président de la commission "emploi, formation professionnelle et apprentissage" de Régions de France. Si le vice-président de la région Normandie souhaite un prolongement des aides à l’embauche d’apprentis, elles ne doivent pas couvrir la totalité du coût. "Au-delà, je suis en en tant que président de la commission Finances de France Compétences dubitatif sur le modèle économique et financier du financement du coût-contrat dans la durée [pour l’apprentissage]. La priorité des financements des fonds de la formation est mise sur le développement de l’alternance. C’est un système sous perfusion qui se fait au détriment des autres besoins massifs de formation pour les actifs", estime-t-il.

En mettant moins l'accent sur la dimension quantitative, les renégociations dans le cadre des Pric vont permettre d'avoir des budgets pour accompagner les organismes de formation dans la réappropriation de nouvelles pédagogies, note David Margueritte.

AEF info : Quel bilan faites-vous de cette première année de gestion de l’apprentissage par les Opco ?

David Margueritte : Sur l’apprentissage, il y a une complexification du dispositif que la reforme prétendait simplifier. À l’épreuve des faits avec maintenant un an de recul, c’est le contraire qui se produit comme on pouvait le redouter. Aujourd’hui, un CFA a une multitude d’interlocuteurs. De nombreux CFA sont ainsi contraints de consacrer des moyens humains supplémentaires pour répondre à une charge administrative plus importante qu’avant.

Nous avons aussi une difficulté pour obtenir une cohérence sur les aides pour les apprentis, car les conditions sont très différentes en fonction des Opco avec lesquels les CFA travaillent, et c’est particulièrement problématique pour les centres de formation dédiés aux métiers. Je tiens à alerter sur le fait que cette conséquence négative de la réforme est rendue moins perceptible par la situation que nous connaissons. Les chiffres publiés sur le développement de l’apprentissage sont trompeurs, car ils reposent sur des aides exceptionnelles aux entreprises qui permettent un recours presque gratuit à l’apprentissage.

Pour autant, il y a aujourd’hui près de 40 000 apprentis sans contrat, soit près de 9 % des apprentis. Que fait-on s’ils ne trouvent pas d’entreprise d’ici quelques mois ? Il ne s’agit pas uniquement de poursuivre les aides aux CFA pour les former au-delà de février 2021. Tous ces apprentis ne trouveront peut-être pas d’entreprise en 2021. Les régions ont fait des propositions pour développer des passerelles vers la formation professionnelle initiale ou continue, pour que ces apprentis ne soient pas laissés en situation d’échec.

AEF info : C’était indispensable toutefois de soutenir la dynamique autour du développement de l’apprentissage dans ce contexte exceptionnel…

 

"Le message gouvernemental qui consiste à dire "prenez un apprenti c’est presque gratuit" n’est pas un bon signal."

 

David Margueritte : Le message gouvernemental qui consiste à dire "prenez un apprenti c’est presque gratuit" n’est pas un bon signal, et cela contrarie le travail que nous avons mené pendant des années qui était de dire "prendre un apprenti est un effort mais surtout un investissement pour l’entreprise comme le jeune". Nous sommes pour un maintien des aides déployées en 2020, mais il ne faut pas qu’elles couvrent la totalité du coût et surtout que ces contrats viennent en concurrence de l’embauche de jeunes diplômés. Il est indispensable d’avoir une communication raisonnée sur ce point, et les bons résultats de l’apprentissage ne doivent pas masquer l’effondrement des contrats de professionnalisation qui chutent de près de 30 % en 2020 (1) mais également des difficultés sur certaines formations de niveau infrabac.

Les chiffres sur l’alternance doivent être pris dans leur globalité et devraient inciter le gouvernement à la modestie car ils sont gonflés artificiellement. La réforme ne permet plus d’aide unifiée pour le transport et la restauration, elle complexifie la dimension administrative pour les CFA. Le fait de ne plus avoir un seul pilote et une politique publique unifiée entrave certaines dynamiques, c’est le cas en Normandie par exemple pour le déploiement des badges pour certifier les compétences numériques.

AEF info : Cela signifie-t-il que les stratégies et actions menées avec les Opco fonctionnent difficilement ?

David Margueritte : Nous avons des relations équilibrées avec les Opco avec un travail mené dans les régions, mais il y a logiquement un réflexe de la part des entreprises à se tourner vers nous, les régulateurs historiques. Les Opco n’étaient pas préparés pour récupérer ces compétences, mais il y a un dialogue structuré. Nous avons maintenu notre assemblée des CFA en Normandie qui permet d’harmoniser le dialogue car nous gérons encore les enveloppes Investissements.

Au-delà, je suis en en tant que président de la commission Finances de France Compétences dubitatif sur le modèle économique et financier du financement du coût contrat dans la durée. La priorité des financements des fonds de la formation est mise sur le développement de l’alternance. C’est un système sous perfusion qui se fait au détriment des autres besoins massifs de formation pour les actifs. Ce système pourra-t-il durer dans le moment de crise et de chômage qui s’annonce ?

AEF info : Quel bilan faites-vous des Pric au moment où les régions renégocient avec l’État leurs conditions de mise en œuvre sur 2021 et 2022 ?

 

"Sur les Pric, globalement cela se passe très bien avec le Haut-commissariat aux compétences et le gouvernement."

 

David Margueritte : Globalement cela se passe très bien avec le Haut-commissariat aux compétences et le gouvernement. Nous avons une souplesse satisfaisante pour mener des expériences territorialisées et sortir de l’approche quantitative. Nous avons finalisé la révision de nos Pric dans toutes les régions, notamment les enveloppes financières qui sont liées au plan de relance. Le changement de ministre du Travail ne peut aller que dans le bon sens, cela se passait moins bien avec Muriel Pénicaud qu’aujourd’hui avec Élisabeth Borne, l’écoute dont nous bénéficions va faciliter les relations entre l’État et les régions.

AEF info : jeudi 3 décembre, à l’occasion d’une manifestation organisée par Centre inffo, vous avez affirmé que Pôle emploi "ne jouait pas le jeu" dans certaines régions  sur les prescriptions de formation dans le cadre des Pric. Pourriez-vous préciser votre propos ?

David Margueritte : Sur les prescriptions de Pôle emploi, comme je l’ai dit à la ministre du Travail, il ne s’agit pas d’une tendance générale. En Normandie cela se passe bien, dans certaines régions il y a une tendance naturelle de l’opérateur à orienter plutôt vers ses propres parcours que vers ceux des collectivités dans une logique d’atteinte de ses objectifs. Nous avons eu une commission de Régions de France, au début du mois de décembre, dont il ressort que la situation se tend même dans les territoires où cela se passait bien. C’est donc un problème qui ressurgit, qui est très regrettable mais assez logique. J’ai évoqué cette question avec Jean Bassères, qui est toujours sceptique quand j’aborde cette question. Il faut dialoguer dans les régions sur ces questions et cela permet de corriger la tendance avec les directions régionales de Pôle emploi.

Il faut aussi bien identifier les freins à la prescription en matière de formation au niveau de l’ensemble du service public de l’emploi, freins qui peuvent aussi découler de phénomènes de concurrence entre les dispositifs, notamment avec les contrats aidés ou la Garantie jeunes renforcée dans le plan de relance. Le ministère du Travail semble conscient du problème et souhaite y travailler prochainement avec les Régions.

AEF info : Comment le contexte très particulier que nous avons connu en 2020 impacte le contenu des négociations que vous avez menées sur les Pric ?

David Margueritte : C’est un peu tôt pour voir ce qui change, ce qui semble se dégager c’est la professionnalisation des acteurs et la prise en compte de la digitalisation des formations dans le cadre du Pric. Ce qui va changer sur long terme c’est qu’en prenant moins en compte la dimension quantitative, nous avons des budgets pour accompagner les organismes de formation dans la réappropriation de nouvelles pédagogies. Nous allons pouvoir déployer un accompagnement personnalisé en Normandie et nous changeons nos appels d’offres pour prendre en compte le distanciel. Ces évolutions de fond sont certainement à mettre au crédit du PIC.  

AEF info : Dans certaines collectivités comme en Centre-Val-de-Loire, les entreprises sont associées très en amont dans le cadre des Pric dans la définition de l’offre de formation ou la sélection des candidats, pour bâtir des dispositifs sur mesure. Est-ce une tendance générale ?

David Margueritte : La prise en compte des besoins en amont des entreprises existait avant les Pric et la situation que nous traversons avec la Covid. Nous le faisions avant notamment dans ma région avec même une co-écriture des cahiers des charges pour choisir les prestataires de formation. Peut-être que le Pric accélère le phénomène mais ce n’est pas le déclencheur. Nous pouvions redouter au printemps dernier un effondrement du nombre des stagiaires bénéficiaires du Pric en 2020, mais cela n’a pas été le cas. Nos résultats sont très proches des objectifs fixés.  

AEF info : Dans le champ de l’orientation, avez-vous pu tenir vos objectifs en 2020 ?

 

"Sur l’orientation, cela a été plus compliqué de développer notre nouvelle compétence au vu de la situation sanitaire."

 

David Margueritte : Sur l’orientation, cela a été plus compliqué de développer notre nouvelle compétence au vu de la situation sanitaire et de solliciter par exemple les entreprises pour accueillir des stagiaires, même si nous avons la volonté d’augmenter nos conventions et que nous déployons un réseau d’ambassadeurs en Normandie afin de mobiliser les secteurs économiques, les branches et les filières au titre de la connaissance des métiers pour les publics. Nous poursuivons notre nouvelle politique d’information métier qui est plus importante que jamais. Car même si les entreprises sont aujourd’hui dans des logiques de survie, il ne faudrait pas que nos actions sur les métiers en tension se perdent, et les employeurs ont conscience de ce risque. Nous maintiendrons et amplifierons nos actions car un nombre important de métiers restent en tension.

AEF info : Qu’allez-vous concrètement mettre en œuvre en 2021 ?

David Margueritte : Les Régions sont en train de monter en charge au titre de leur stratégie régionale de l’orientation et proposeront au cours du premier semestre 2021 des publications nouvelles et dynamiques sur les métiers et les formations si nous arrivons à obtenir de la part de l’Onisep les données attendues dans les meilleurs délais comme cela était prévu originellement lors de la mise en place de la nouvelle compétence transférée, aux régions. Pour finir, les Régions prendront toute leur place, au titre de la mise en œuvre de l’obligation de formation des 16-18 ans dans le cadre des gouvernances territoriales qui se mettent en place en lien avec les politiques sur le décrochage scolaire qu’elles co-pilotent sur nos territoires. En Normandie, l’Agence de l’orientation et des métiers est bien en place à titre d’exemple et montre notre souhait de coordonner et rassembler les acteurs sur tous ces sujets de long terme.  

AEF info : Quelle est la situation économique dans votre région ?

David Margueritte : C’est très contrasté entre les territoires mais aussi en fonction des filières. Dans le Cotentin nous résistons pas mal, nous avons mené une enquête pendant le deuxième confinement auprès de mille entreprises de l’Agglomération du Cotentin, la troisième plus importante à l’échelle nationale, et 82 % des chefs d’entreprise disaient ne pas avoir de problèmes de trésorerie. Cela ne signifie pas qu’ils n’en connaîtront pas dans les mois à venir mais nous ne sommes pas dans l’effondrement que nous pouvions redouter l’automne dernier, même si certaines entreprises ne pourront certainement pas rembourser leurs prêts.

(1) Les entrées en contrat de professionnalisation ont baissé de 44,5 % entre août 2019 et août 2020, selon les dernières données de la Dares.

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Cédric Morin, journaliste