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Home| Social / RH| Formation professionnelle| Dépêche n°642852

"Le déploiement du FNE a aussi été un prétexte pour promouvoir l’alternance" (Thierry Teboul, DG de l'Afdas)

"Les conventions FNE étaient auparavant signées avec chaque Direccte. Pour la fin de l’année 2020 et l’année 2021, nous avons passé une convention nationale avec l’État dans la logique de simplification souhaitée par les pouvoirs publics", déclare à AEF info Thierry Teboul, le DG de l’Afdas. Une enveloppe de 54,6 M€ prévoit des dispositifs dérogatoires pour permettre l’accès aux publics non éligibles au FNE comme les intermittents ou artistes-auteurs, dans un contexte de baisse drastique des contributions. "Le déploiement du FNE a aussi été un prétexte pour maintenir un lien étroit. Il nous a permis de promouvoir l’alternance, y compris dans des champs très touchés par la crise", souligne-t-il en précisant : "Nous avions tablé sur 21 000 apprentis, nous en sommes déjà à 23 000. Les entreprises ont donc quand même joué le jeu, sauf évidemment celles qui étaient totalement à l’arrêt."

"La valeur ajoutée d’un Opco c’est de remettre la formation et l’appui-conseil dans sa dimension de moyen et non de fin, ce qu’elle aurait dû d’ailleurs toujours être", souligne Thierry Teboul.

AEF info : Vous avez annoncé la signature d’une convention nationale sur le FNE pour un montant de 54,6 M€ mardi 29 décembre 2020. Dans quel but ?

Thierry Teboul : Les conventions FNE étaient auparavant signées avec chaque Direccte. Pour la fin de l’année 2020 et l’année 2021, nous avons passé une convention nationale avec l’État, et, ce, dans la logique de simplification souhaitée par les pouvoirs publics. Tout au long de l’année 2020, nous avons notamment beaucoup fonctionné par avenants, au gré de l’évolution de la crise sanitaire et de ses contraintes. Une convention nationale permet aussi d’être plus réactif dans l’allocation des fonds, au moment et sur le territoire où on en a besoin, pour les secteurs concernés.

AEF info : Dans quel contexte l’Opco que vous dirigez a été amené à négocier cette convention ?

Thierry Teboul : Nous avions un problème majeur lié à la baisse des contributions pour les intermittents et des artistes-auteurs. Pour 2020 nous avions avant la crise prévu respectivement un budget de 38 M€ et de 9 M€ pour ces deux catégories. La crise a obligé à les redimensionner à hauteur de 19 M€ et 7 M€. Sans qu’il y ait eu une baisse proportionnelle des engagements, notamment car ces publics spécifiques ont aussi voulu continuer à se former dans cette période à activité très réduite. Cette situation a créé un effet ciseau et nous avons dû arrêter les demandes de prise en charge de formation pour les intermittents. Les publics spécifiques n’ayant pas accès au FNE-Formation, nous avons donc interpellé l’État. Plusieurs hypothèses ont été évoquées pour maintenir l’investissement formation.

AEF info : Laquelle a été retenue ?

Thierry Teboul : Au final, nous avons pu négocier un budget complémentaire de 6 M€ pour soutenir le PDC (Plan de développement des compétences) des intermittents du spectacle, et de 1,1 M€ pour soutenir le fonds de formation des artistes-auteurs. Il s’agit de dispositifs dérogatoires car un intermittent, dans les faits, ne peut pas être déclaré en activité partielle par un employeur, puisque multi-employeurs. Quant aux artistes-auteurs il y avait une difficulté supplémentaire car il ne s’agit pas de salariés mais de professions non-salariés donc a priori non éligibles au FNE-Formation. Cet effort de l’État pour compenser une baisse importante des contributions et prendre en compte la spécificité des publics et les conditions d’exercice de leurs activités a été largement salué par le conseil d’administration de l’Afdas du 16 décembre 2020.

AEF info : Est-ce dans le cadre de cette discussion que vous avez négocié également le budget FNE pour 2021 ?

Thierry Teboul : Oui, autour de deux axes : un axe dérogatoire pour les publics spécifiques dans la continuité de 2020, qui prévoit une enveloppe de 27,5 M€, pour permettre une prise en charge à 100 % du coût pédagogique pour les intermittents et artistes-auteurs. Cette somme nous permet de maintenir un budget pour ces deux populations respectives de 38 M€ et de 9 M€. Le deuxième axe est non dérogatoire et prévoit donc, pour les salariés des entreprises en activité partielle, une subvention de 20 M€ nous permettant de faire face à une crise qui se poursuit début 2021 sans échéance précise de reprise, crise qu’il nous faut donc continuer à accompagner.

AEF info : Comment avez-vous adapté votre offre de service depuis le début de la crise du Covid-19 ?

Thierry Teboul : Premièrement, nous avons essayé de stimuler l’appareil de formation pour développer l’offre en distanciel, ce qui ne va pas de soi dans le monde artistique ou celui du sport, là où la transmission d’un geste professionnel est complexe autrement qu’en présentiel. Mais nous avons également beaucoup accompagné les organismes de formation pour tenter des expérimentations et des initiatives lors du premier confinement. Les fonds du FNE ont été bien utiles dans cette perspective. En 2020, ils ont représenté 20 M€, sans prendre en compte les fonds complémentaires et dérogatoires des intermittents et des artistes auteurs. Nous avons pu ainsi accompagner les secteurs les plus affectés comme le spectacle vivant et enregistré, les loisirs, ou la publicité… Avec des taux d’activité très disparates allant de 0 % pour les prestataires techniques à quasi 100 % pour une branche comme les Télécoms.

AEF info : Comment avez-vous fait évoluer l’adaptation de votre offre entre les deux phases de confinement ?

Thierry Teboul : Le premier a été un confinement "d’urgence" qui s’est traduit plutôt par de l’opportunisme avec une consommation sur une offre de parcours déjà existante, ou qui a été adaptée à un distanciel de "circonstance". Le deuxième confinement s’est inscrit pour nos secteurs dans une autre dynamique : les employeurs ont pris en compte le fait que la crise accélérait des mutations économiques inéluctables. On a alors été sollicités pour prendre en charge d’autres types de formation, de natures différentes, et qui concernent des logiques d’évolution professionnelle plus en phase avec l’évolution des métiers. On est plus en prise ici avec une GPEC d’entreprise ou de branche, même si ces démarches ne sont pas nécessairement formalisées par un accord.

AEF info : Comment s’est mené le dialogue social dans ce contexte dans le périmètre de l’Afdas ?

Thierry Teboul : Les partenaires sociaux ont eu la volonté de maintenir en l’état les accords existants ou, au moins, de ne pas les dénoncer. Nous avons des accords de mise en œuvre de la réforme de 2018 dans quasiment toutes nos branches et quand il y a eu de nouvelles négociations, elles concernaient plus de nouveaux fléchages de fonds, liés à la gestion de la crise.

AEF info : Vos adhérents étaient-ils réceptifs à votre offre de service dans un contexte économique aussi difficile pour ces entreprises ?

Thierry Teboul : Le conseil s’est beaucoup focalisé sur l’accompagnement de la crise bien sûr, étant donné l’impact pour la culture, les industries créatives et récréatives. Mais le déploiement du FNE a été aussi un prétexte pour maintenir un lien étroit avec les adhérents. Il nous a notamment permis de promouvoir l’alternance à la rentrée, y compris dans des champs très touchés par la crise. Nous n’aurions peut-être jamais parlé de certains sujets à nos adhérents s’ils ne nous avaient pas sollicités sur le FNE-Formation. Cela a été un levier fortuit mais un levier tout de même, de développement de nos actions de proximité.

AEF info : Quel a été l’impact sur l’activité Plan de développement des compétences de la crise ?

Thierry Teboul : Nous avons engagé la globalité de notre budget Plan de développement des compétences, soit 23 M€. Nous avons même failli nous retrouver en tension sur ce budget. D’ailleurs on regrettera que cette dotation ne fasse pas l’objet de péréquation par France Compétences qui s’en chargerait. Nous avons 96 % de nos entreprises qui ont moins de 50 salariés, et si un Opco dépense moins qu’un autre ce serait bien d’avoir un système de péréquation.

AEF info : Avec la mise en œuvre de la réforme, l’Afdas a accueilli de nouvelles branches comme le Sport ou les Télécoms, comment s’est passée leur intégration ?

Thierry Teboul : C’est une des vraies réussites en 2020. Chacun a trouvé sa place dans l’équilibre politique entre les anciennes et nouvelles branches. L’ADN de l’Afdas qui était de respecter la particularité de chacune des branches a été perpétué avec l’arrivée des nouvelles. Le problème que nous avons connu c’est plutôt la rencontre de nouveaux adhérents dans une période très compliquée pour assurer un service de proximité. C’est notre grand challenge en 2021 si les choses reviennent enfin à la normale. C’est pourquoi cette convention nationale avec l’État qui sécurise notre capacité d’investissement en formation est si importante.

AEF info : Vous pourrez donc maintenir votre investissement formation en 2021 en dépit de la baisse drastique des contributions…

Thierry Teboul : Le risque majeur de ne pas maintenir l’investissement formation aurait été de perdre les compétences que le champ de l’Afdas a mis longtemps à constituer. Les secteurs couverts par l’Afdas sont traversés par de grandes mutations économiques qui vont jusqu’à la transformation du business model. C’est le cas par exemple de la presse. Nous n’avons pas eu moins besoin d’information pendant la crise, mais nous en avons eu besoin totalement autrement. C’est cet "autrement" qui doit faire l’objet d’une nouvelle professionnalisation et de programmes de formation revisités.

AEF info : En plus des mutations déjà en cours cela signifie-t-il que la crise du Covid-19 a fait émerger de nouveaux besoins en compétences ?

Thierry Teboul : Il y a un enjeu à faire reconnaître des besoins émergents qui ne sont pas forcément liés à ceux que l’on considère comme tel d’habitude. Tout métier émergeant ne relève pas toujours du digital par exemple. Certains métiers se transforment sans avoir une dimension digitale propre comme la vente d’espace publicitaire pour les médias, la promotion des spectacles qui suppose maintenant de prendre en compte une réassurance du public. Quand vous retournerez au cinéma vous n’irez plus dans les mêmes conditions de sécurité sanitaire, et il faut anticiper l’élaboration d’une offre de professionnalisation sur ces questions qui seront cruciales.

AEF info : Le développement de l’alternance a-t-il été entravé en 2020 par la crise dans vos branches ?

Thierry Teboul : Non et c’est plutôt une bonne surprise. Nous avions tablé sur 21 000 apprentis, nous en sommes déjà à 23 000. Les entreprises ont donc quand même joué le jeu, sauf évidemment celles qui étaient totalement à l’arrêt. Le secteur du sport va ainsi représenter 40 % des effectifs de nos apprentis. Le secteur de la publicité qui avait décidé de s’engager de manière importante dans l’alternance avant d’être frappé de plein fouet par la crise a tout de même également joué le jeu. Il faut dire que depuis que nous avons densifié notre service de proximité nous avons été de bons promoteurs de ces dispositifs. Précisons que le maillage territorial de l’Afdas s’est encore renforcé même pendant la crise, avec l’ouverture d’une demi-douzaine de bureaux (Bayonne, Brest, Chambéry, Metz, Fort de France, Pointe-à-Pitre…), en relais des délégations régionales déjà existantes dans les régions administratives.

AEF info : Estimez-vous être en mesure financièrement de faire face aux nouveaux besoins ?

Thierry Teboul : 2020 était une année particulière avec le stock d’apprentis. Nous avons géré au total 550 M€. Notre budget de fonds gérés pour 2021 sera de 440 M€, ce qui correspond aux prévisions de notre COM triennale. Là encore, nous tiendrons cet objectif grâce notamment à la subvention de 47 M€. Sans elle, nous aurions dû revoir nos prévisions budgétaires. Là, nous pourrons maintenir l’investissement formation comme nous l’avions prévu.

AEF info : Quelles sont vos prévisions pour le déploiement de l’alternance en 2021 ?

Thierry Teboul : En 2021, nous avons de bonnes raisons de penser que comme en 2020, nous aurons une nouvelle augmentation d’apprentis, nous avions tablé sur +5 % par an dans la COM au cours des trois prochaines années. Nous avons réalisé une augmentation de 10 % en 2020 et, en 2021, nous devrions faire de même. La seule chose qui pourrait altérer de façon significative le nombre d’apprentis, c’est la fin des aides exceptionnelles de l’État à l’embauche mises en place en 2020. Il faut donc poursuivre de mon point de vue cet effort car c’est un investissement à moyen terme qui donne une visibilité aux acteurs. Ce n’est pas un investissement à perte, c’est un investissement d’avenir, qui permettra de poursuivre l’acculturation de tous les secteurs de l’Afdas à cette modalité qu’est l’alternance.

AEF info : Quels sont les autres axes que vous allez privilégier en 2021 ?

Thierry Teboul : Nous sommes très sollicités sur la dimension accompagnement à la certification ou à la création de CFA. Toutefois notre axe prioritaire sera l’appui et le conseil aux entreprises, elles ont besoin d’être soutenues et accompagnées par un service de proximité pour passer du stade de la sidération du confinement à une GPEC plus raisonnée. La situation a accéléré la prise de conscience que l’emploi et les natures d’emploi peuvent faire l’objet d’une prévision. La crise a infléchi les pratiques, impacte les modèles économiques et il va falloir accompagner par la formation. Un autre sujet majeur pour nous en 2021 sera celui du management de structures et d’activités très chahutées sur leur base et des programmes de formation à construire en la matière.

AEF info : Pouvez-vous développer ?

Thierry Teboul : En 2021 nous devrions pouvoir proposer une offre de service un peu rénovée, pour prendre en compte la question de la transition énergétique par exemple dans les festivals quand ils pourront reprendre. Il y a également un sujet aussi sur le management des risques psychosociaux dans l’entreprise. Force est de reconnaître que le télétravail a été hyperfantasmé, et qu’aujourd’hui, avec le recul qui est le nôtre, il y a une réflexion sur le management à distance à conduire. La crise a remis sur le haut de la pile la question du travail, alors que nous étions plutôt sur des problématiques d’emploi. Le sujet aujourd’hui c’est : comment je fais mon travail et aussi comment je fais entreprise ? Cela dépasse et transcende la question du télétravail qui n’est qu’une modalité pratique, il faut raisonner en tant qu’organisation et non en termes de salariés atomisés dans un contexte exceptionnel, pour appréhender les mutations induites sur le long terme.

AEF info : Quel peut être le rôle d’un Opco sur cette mutation de la notion de travail ?

Thierry Teboul : La valeur ajoutée d’un Opco c’est de remettre la formation et l’appui-conseil dans sa dimension de moyen et non de fin, ce qu’elle aurait dû d’ailleurs toujours être. La formation est un outil de transformation pour accompagner des mutations économiques, et il faut s’interroger sur les conditions de travail dont l’évolution impacte forcément la nature même du travail.

AEF info : Ces questions concernent précisément les Observatoires dont le rôle a été renforcé par la réforme de 2018. Quelle est la stratégie de l’Afdas en la matière ?

Thierry Teboul : La réforme de 2018 vise notamment à renforcer le lien entre les travaux des observatoires, sous l’égide des CPNEF, et les politiques formation mises en œuvre par l’Opco. Leur rôle n’est pas seulement de produire de la donnée sur l’emploi à un instant T, même si c’est indispensable et même si nous avons produit beaucoup de diagnostics "flash" sur l’impact de la crise sur les métiers. Leurs travaux servent aussi de support à l’élaboration de politiques de branches. Les branches qui constituent l’Afdas ont une forte culture de l’observation et de la production de données. Dans le contexte actuel, il y a eu une vraie évolution et priorisation de leurs missions, pour en faire des outils d’aide à la prise de décision en situation de crise. Nous avons choisi de partager ces expériences au sein de notre comité inter-CPNE qui permet d’échanger sur les travaux en cours et d’identifier des axes d’investissement communs.

AEF info : Pouvez-vous développer ?

Thierry Teboul : Au-delà de travaux communs entre les CPNEF, on a aussi partagé des questions de méthode. Nous nous apercevons par exemple qu’un des vrais sujets est de mieux connaître l’emploi dans les territoires. Il faut sortir du débat sur le centre de gravité entre les branches et les territoires, c’est la combinaison des deux qui permet d’avoir une photographie précise des besoins, y compris sur des problématiques comme l’alternance. Il faut donc œuvrer avec eux, Régions ou Départements. Ainsi, nous avons signé des conventions en fin d’année avec la région Occitanie ou le département de la Seine-St-Denis pour permettre une coconstruction sur ces questions, avec une instance de dialogue entre les branches et les territoires pour piloter conjointement des études et des actions.

AEF info : Quels seront les premiers travaux menés dans le cadre de ces conventions ?

Thierry Teboul : En 2021 nous mettrons notamment à jour nos portraits de territoires avec un état des lieux de l’emploi dans nos branches. Les régions souhaitent également logiquement que nous investissions le champ de l’orientation et elles sont très demandeuses aussi d’études territorialisées. Nous avons plusieurs Edec en cours qui permettent de financer ces études sectorielles. Nous en avons d’ailleurs signé un nouveau fin décembre sur les grands évènements sportifs et culturels, avec les JO 2024 en point de mire. Dans ce cadre nous financerons par exemple une cartographie des compétences des bénévoles à partager avec les acteurs territoriaux. C’est de cette double approche dont nous aurons besoin pour agir conjointement et manière coordonnée vu le nombre d’acteurs concernés.

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Cédric Morin, journaliste