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Home| Social / RH| Formation professionnelle| Dépêche n°642446

Apprentissage : "La région Hauts-de-France va au-delà de ses responsabilités" (Christophe Coulon, VP)

"Je souhaite que nous soyons collectivement très vigilants en début d’année 2021 pour accompagner les apprentis qui ont commencé leur formation sans maître d’apprentissage", affirme Christophe Coulon, vice-président (LR) chargé de cette politique au sein de la région Hauts-de-France, joint par AEF info le 17 décembre 2020. "Je redoute des accidents massifs dans certains secteurs qui sont toujours fermés comme la restauration, la brasserie, l’hôtellerie", confie-t-il. Ce point d’alerte mis à part, la crise sanitaire ne semble pas avoir créé de "catastrophe" dans cette région qui comptait près de 40 000 apprentis fin 2019. La réforme produit ses effets : des "acteurs nouveaux se signalent", sans mettre en difficulté "les acteurs historiques". La collectivité territoriale continue à épauler les apprentis et les CFA en allant "au-delà de ses responsabilités", malgré la baisse de son budget.

Christophe Coulon, vice-président des Hauts-de-France en charge de l'apprentissage et de l'artisanat. S. Ma.

AEF info : Quel bilan tirez-vous de la réforme de l’apprentissage ?

Christophe Coulon : La région Hauts-de-France a été dès le début la région plus engagée dans cette réforme, en faisant le pari que la prise en main de la formation par le monde de l’entreprise pouvait être une marche de progrès. Au moment où je vous parle, cela semble bien se passer dans les Hauts-de-France, comme ailleurs puisque le journal Les Échos évoque une hausse globale de 19 % des contrats d’apprentissage cette année. Cependant, je n’ai pas encore de vision consolidée à l’échelle régionale. J’attends d’avoir enfin les chiffres de la Direccte, probablement en janvier, pour faire le bilan. Mais le dialogue avec les branches me laisse déjà entendre qu’il n’y a pas de catastrophe, malgré la crise sanitaire. Il y a même au contraire de sacrées performances, notamment en métallurgie.

Je souhaite cependant que nous soyons collectivement très vigilants en début d’année pour accompagner les apprentis qui ont commencé leur formation sans maître d’apprentissage. Février sera une date butoir puisqu’ils avaient six mois pour trouver une entreprise. J’ai demandé à l’ensemble des partenaires et aux services de la région de travailler sur ce sujet. Je redoute des accidents massifs dans certains secteurs qui sont toujours fermés comme la restauration, la brasserie, l’hôtellerie. Lorsque ces entreprises reprendront leur activité, leur priorité sera leur survie et il est possible qu’elle diffère les embauches d’apprentis.

AEF info : Le budget apprentissage de la région poursuit sa baisse en 2021, avec des crédits de paiement à hauteur de 58,6 M€ contre 86 M€ en 2020. Quelles sont vos marges de manœuvre dans ce contexte plus contraint ?

Christophe Coulon : Nous maintiendrons en 2021 la totalité des crédits dont nous avons la maîtrise. Si le budget de fonctionnement passe de 60 M€ à 32 M€, c’est parce que la réforme nous a amenés à arrêter notre politique de triplement de la prime d’apprentissage : nous avions déjà stoppé la prise de nouveaux contrats en 2019 mais les paiements se sont étalés jusqu’en 2020. En revanche, nous continuons à soutenir les apprentis à hauteur de 16 M€, pour le transport, l’hébergement, la restauration, l’équipement, l’accompagnement social.

La principale nouveauté du budget 2021 est le vote d’une enveloppe de près de 2 M€ pour pousser le développement de l’apprentissage dans le secteur public. Il y a une niche inexploitée dans les collectivités, qui vont avoir des besoins de recrutement très importants dans les métiers du secrétariat, de l’entretien des espaces verts, de la voie publique ou du patrimoine communal. Nous souhaitons contribuer à financer jusqu’à 1 000 parcours en prenant en charge 50 % du coût de la formation qui reste à la charge de la collectivité après l’intervention du CNFPT.

Chiffres clés

 

La région Hauts-de-France a adopté son budget primitif 2021 en séance plénière, le 9 décembre 2020, à hauteur de 3,68 milliards d’euros. Ce budget prévoit pour l’apprentissage :
- un maintien de l’effort d’investissement : 26,3 M€ de crédits de paiement en 2021, la même somme qu’en 2020.
- une baisse des crédits de fonctionnement : 32,3 M€ en 2021 contre 60,07 M€ en 2020.
Dans son avis sur le budget primitif, le Ceser "apprécie la continuité de l’effort d’investissement" ainsi que "la volonté d’équilibre territorial" et "insiste sur la nécessité de bien accompagner les apprentis en cette période extrêmement perturbée". Le conseil redoute une hausse du décrochage et un gel des embauches.

AEF info : La loi "Pour la liberté de choisir son avenir professionnel" laisse aux régions la possibilité de financer les CFA "quand des besoins d’aménagement du territoire et de développement économique le justifient". Allez-vous continuer à investir dans la modernisation et la construction des CFA ?

Christophe Coulon : Le chapitre investissement reste stable (26 M€). Cependant je veux sortir de la logique de guichet pour anticiper les projets. Notre objectif doit être de conforter ou de compléter la carte des formations en nous fixant des priorités métiers et géographiques. Pour cela, nous avons demandé début 2020 aux CFA de nous faire part de leurs projets d’investissement. Une mise à jour a été faite après les deux confinements pour prendre en compte les effets de la crise sanitaire. J’ai demandé aux services de la région de travailler sur des appels à projets lourds pour l’investissement, qui seront sans doute lancés à partir de 2022.

Je tiens absolument à investir dans la transformation numérique parce qu’il est nécessaire d’adapter la pédagogie et d’intégrer de nouveaux outils. Un conducteur de travaux pourra par exemple travailler demain en réalité augmentée pour éviter de creuser aux mauvais endroits. Les conducteurs d’engins agricoles ou logistiques pourront aussi s’exercer sur des simulateurs. Mettre en avant ces outils numériques participera à l’attractivité des métiers et des formations auprès des jeunes.

AEF info : Avez-vous prévu de participer à des projets de construction en 2021 ?

Christophe Coulon : Le CFA d’Arras est en construction. Le chantier du CFA de Douai [projet en discussion depuis 2013] devrait être lancé prochainement, lorsque le projet aura été affiné par la Chambre des métiers. Je souhaite aussi qu’on puisse lancer la construction d’un nouveau CFA agricole à Beauvais (Oise) parce que les conditions actuelles de travail sont inacceptables pour l’équipe pédagogique et les apprentis. D’autres projets sont à l’étude, à Compiègne avec la Chambre des métiers et dans la métropole européenne de Lille avec la CCI.

AEF info : Envisagez-vous d’accompagner les CFA en difficulté en raison de la crise sanitaire ?

Christophe Coulon : Nous avons voté plusieurs millions d’euros de soutien au fonctionnement des CFA pour les aider à faire face aux surcoûts liés à la crise sanitaire. Toutes les régions ne l’ont fait. Certaines se sont désengagées après la réforme de 2018. Nous, nous faisons l’inverse en allant au-delà de nos propres responsabilités. Et je ne m’interdis pas d’apporter un secours à titre exceptionnel aux réseaux les plus fragiles sur le plan financier.

AEF info : La réforme a-t-elle permis l’arrivée de nouveaux acteurs sur le marché de l’apprentissage ?

Christophe Coulon : Oui, le paysage change mais il a plutôt tendance à se compléter. Nous avons connaissance d’acteurs nouveaux qui se signalent et nous approchent. Je ne constate pas une libéralisation du marché qui mettrait en difficulté les acteurs historiques. Nous n’avons pas d’alerte aujourd’hui mais la crise sanitaire a sans doute neutralisé tout cela pour l’année 2020.

J’anticipe néanmoins des conséquences négatives si certains centres ont moins d’apprentis faute de trouver des maîtres d’apprentissage. Cette situation pourrait créer un sacré stress financier dans certains réseaux de formation. Ce sera le rôle de l’État d’assurer le maintien de ces acteurs mais la région en prendra sa part. Je ne suis pas un adepte du gigantisme mais il faut admettre que dans le nouveau système, small n’est pas beautiful. Les organismes ont intérêt à mutualiser et à nouer des partenariats s’ils veulent affronter les périodes de gros temps.

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La région Hauts-de-France prévoit de dépenser 185 M€ pour l’apprentissage en 2019, soit 11 M€ de moins que l’an dernier (lire sur AEF info). Le Ceser déplore un "début de désengagement" alors que le basculement vers les branches professionnelles n’aura lieu qu’en 2020. Une critique balayée par Christophe Coulon, vice-président (LR) en charge de cette politique, lors de la séance plénière du 13 décembre 2018. "Nous avons anticipé la fin du versement de la prime aux employeurs", explique-t-il, rappelant que cette prime est désormais gérée par l’État. La baisse des crédits d’investissement (- 6,6 %) s’explique par la fin d’opérations antérieures. "Nous allons reprogrammer un plan d’investissement en prenant en compte les nouveaux projets et les nouveaux paramètres financiers communiqués par l’État", promet Christophe Coulon. La région compte 38 000 apprentis, soit 5 % de plus qu’en 2018.

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Sylvain Marcelli, journaliste