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Home| Social / RH| Formation professionnelle| Dépêche n°642307

Trois quarts des CFA ont mis en place des stratégies financières et économiques à la rentrée 2020 (France compétences)

Alors que l’année 2020 a été marquée par la crise sanitaire et la mise en place du nouveau mode de financement de l’apprentissage, France compétences a mené une enquête auprès des CFA pour évaluer l’impact de ce double phénomène sur leurs modèles économiques. Publiée le 21 décembre 2020, cette enquête montre que la situation financière des CFA est plutôt équilibrée, et que trois quarts des répondants ont mis en place des stratégies financières et économiques à la rentrée 2020.

85 % des CFA interrogés ont fait évoluer leurs modalités pédagogiques à la rentrée 2020. Pexels

Dans le cadre de ses missions d’observation des coûts et de régulation, France compétences réalise sa toute première enquête. Menée en deux temps auprès des CFA, elle vise à évaluer l’impact sur leur modèle économique du financement au coût-contrat introduit par la loi "Avenir professionnel", en prenant également en compte les conséquences de la crise sanitaire.

Centrée sur les aspects quantitatifs, la première phase de l’enquête a été présentée aux commissions évaluation et recommandations de France compétences - toutes deux à l’initiative de cette enquête -, avant sa publication le 21 décembre 2020. Une seconde phase, plus qualitative, fera l’objet d’entretiens individuels début 2021 et devrait apporter des éléments d’analyse complémentaires au printemps.

"une photographie d’étape"

Alors que les informations issues de la remontée des comptabilités analytiques des CFA "seront au mieux disponibles au deuxième semestre 2021", cette enquête en deux temps permet d’avoir "une photographie d’étape", explique à AEF info Marc-Antoine Estrade, le directeur de l’observation et de l’évaluation à France compétences. "On verra comment les deux commissions s’approprient l’enquête, poursuit-il. L’objectif n’est pas de l’utiliser dans la révision des coûts-contrats puisque la ministre [du Travail] a annoncé son report, mais de voir s’il est pertinent d’intervenir sur d’autres dimensions auxquelles on n’avait pas pensé et qui nécessiteraient des ajustements, comme la relation aux Opco par exemple."

Dans le cadre de la première phase de son enquête conduite en octobre 2020, France compétences a fait appel à l’institut d’études Cohda pour administrer les questionnaires par téléphone et en ligne. Au total, 600 CFA ont répondu, sur les 1 330 recensés par l’Éducation nationale (1). Face au contexte marqué à la fois par l’entrée en vigueur, au 1er janvier 2020, du nouveau mode de financement de l’apprentissage et par la survenance, au mois de mars, de la crise sanitaire, les enquêteurs ont cherché à savoir quelles stratégies les CFA avaient mises en place à la rentrée de septembre.

stratégie partenariale

"Trois quarts des CFA ont mis en place des stratégies économiques et financières à la rentrée, c’est assez significatif, relève Marc-Antoine Estrade. Peut-être que certains CFA avaient déjà une stratégie. D’autres découvrent cet aspect au fur et à mesure." Parmi les stratégies le plus souvent mobilisées, figurent des ajustements au niveau de l’encadrement administratif et pédagogique, c’est-à-dire du nombre de personnels par jeune.

Les CFA ont également conclu des partenariats avec d’autres structures. "On pense notamment à l’insertion dans un réseau de CFA, avance Marc-Antoine Estrade. Plusieurs raisons peuvent les pousser à se mettre en réseau, dont l’idée de mutualiser les moyens, au niveau administratif, des plateaux techniques. On pense également au fait que tous les CFA doivent obtenir la certification Qualiopi au 1er janvier 2022 et que certains ont tout intérêt à se regrouper pour avoir une taille suffisante et s’épauler."

diversification de l’activité de formation

 

À partir du profil des CFA interrogés, France compétences relève que 44 % travaillent déjà en partenariat avec d’autres structures et que 58 % ont une branche de référence. Par ailleurs, l’enquête dresse un constat que France compétences n’attendait pas : 80 % des CFA proposent une autre activité formative.

hausse du reste à charge des entreprises

Autre stratégie déployée, faute d’alternative, par les CFA à la rentrée : le report de leurs investissements. "Les reports d’investissements sont particulièrement marqués chez les CFA qui sont déficitaires, observe Marc-Antoine Estrade. Il est à noter que les niveaux de prise en charge n’incluent pas l’investissement au-delà de 3 ans, ce qui suppose que les CFA doivent être en capacité de trouver des ressources propres, ou des partenariats à l’extérieur." La phase 2 de l’enquête interrogera d’ailleurs les CFA sur la manière dont ils pensent être en capacité d’investissement.

Enfin, une minorité de CFA a décidé d’augmenter le reste à charge des entreprises. "En échangeant avec quelques réseaux de CFA, on s’était rendu compte que c’était une pratique qui pouvait être amenée à être développée, mais comme ce n’est pas l’esprit d’origine de l’apprentissage, on ne savait pas à quoi s’attendre, explique Marc-Antoine Estrade. La moitié des employeurs d’apprentis étant des entreprises de moins de 10 salariés, ce n’est en effet pas à ce genre d’entreprises qu’il est le plus simple de demander un reste à charge." La seconde phase de l’enquête cherchera à savoir si cette stratégie est amenée à se développer.

évolutions des modalités pédagogiques

 

Outre ces stratégies d’ordre économique et financier, les CFA ont également fait évoluer leurs modalités pédagogiques. Ils sont 85 % des répondants dans ce cas et ont principalement développé les formations à distance, l’utilisation des situations de travail des jeunes en entreprise et l’implication des entreprises dans le parcours des apprentis.

"Renforcer le lien entre l’entreprise et le CFA était l’un des objectifs de la réforme, rappelle Marc-Antoine Estrade à ce propos. On note une plus grande implication de l’entreprise dans le parcours de l’élève, mais derrière ça peut impliquer une stratégie plus commerciale, proactive à destination des entreprises."

une majorité de cfa à l’équilibre ou en excédent

Si le lien entre la mise en place de ces différentes stratégies et la situation financière des CFA sera étudié dans le cadre de la seconde phase de l’enquête, de premiers résultats permettent déjà d’avoir un état des lieux de la trésorerie des CFA. "Une grande majorité des CFA estime être soit à l’équilibre, soit en excédent budgétaire fin 2020, avec quand même 19 % des CFA qui estiment être en déficit, rapporte Marc-Antoine Estrade. Le fait qu’une majorité de CFA soit en situation d’équilibre ou d’excédent est plutôt positif au vu du contexte."

Dans la période, les CFA enregistrent globalement à la fois une hausse de leurs ressources et de leurs dépenses. Dans le détail, 44 % des CFA déclarent que leurs ressources ont augmenté et 65 % estiment que leurs dépenses sont en hausse. La progression des ressources est principalement imputée à la réforme de l’apprentissage. "Plus les effectifs augmentent, plus les ressources des CFA augmentent", relève notamment Marc-Antoine Estrade en référence au mode de financement au contrat. La réforme est également la principale justification à la hausse des dépenses, devant la crise sanitaire.

des dépenses globalement en hausse

Plusieurs hypothèses expliquant la hausse des dépenses sont envisagées par France compétences. "Il faudra préciser les choses en phase 2, mais il semblerait que cela soit lié à la facturation des contrats", note le statisticien. Autre hypothèse : "Beaucoup de CFA ont été amenés à basculer sur du distanciel, ça suppose aussi du personnel capable de mettre en place ces techniques ou pour accompagner les jeunes", ajoute-t-il.

La moitié des CFA (48 %) estime par ailleurs que le coût moyen par apprenti est en hausse, la majorité d’entre eux (71 %) expliquant cette hausse en premier lieu par la mise en œuvre de la réforme.

difficultés liées à la facturation et à l’encaissement

 

La quasi-totalité des CFA interrogés (95 %) a ressenti des difficultés dans la mise en œuvre du financement au contrat, à commencer par le temps consacré à la facturation et à l’encaissement des versements des Opco. De manière générale, la relation à créer avec les Opco pose problème. Les CFA rapportent en outre des difficultés liées à la définition des frais annexes et à la fixation d’un coût contrat trop faible par rapport à la structure des charges.

Parallèlement, la grande majorité (81 %) des répondants perçoit des avantages à la réforme du 5 septembre 2018. "Ce qui ressort, c’est la meilleure prévisibilité des recettes qui est ressentie par près de la moitié des CFA, note Marc-Antoine Estrade. Ce qui est intéressant c’est que ça permet de stabiliser leur modèle économique." Les CFA approuvent également l’harmonisation des financements entre les CFA et l’augmentation des ressources.

progression des effectifs

Les observations relatives à la situation financière des CFA se comprennent au regard de l’évolution des effectifs d’apprentis. "Ces derniers semblent poursuivre leur progression malgré les effets de la crise puisqu’on estime, d’après les données prévisionnelles de l’enquête, que les effectifs seront en hausse de +11 % par rapport à l’année dernière, rapporte Marc-Antoine Estrade. La moitié des CFA concernés par cette hausse l’attribue à la mise en œuvre de la réforme de 2018 et un tiers d’entre eux l’attribue au plan de relance de l’apprentissage." Ce plan comprend en particulier une aide exceptionnelle et temporaire à l’embauche d’apprentis. Seuls 8 % des CFA répondants anticipent une baisse de leurs effectifs.

Alors qu’une autre mesure du plan de relance étend de trois à six mois la période dont dispose un jeune entré en CFA pour signer un contrat d’apprentissage, près de la moitié (48 %) des CFA interrogés déclare un nombre constant de jeunes sans contrat d’apprentissage entre 2019 et 2020. Ils sont un tiers (34 %) à déclarer une évolution à la hausse du nombre de jeunes sans employeur. "L’élargissement à six mois change un peu la donne, estime le statisticien. Auparavant la durée des trois mois était essentiellement pensée pour permettre à un jeune de se retourner en cas de rupture du contrat. Avec les six mois, le CFA peut accueillir quelqu’un qui arrive sans employeur, ce qui n’était pas nécessairement le cas auparavant, ce n’était pas dans la culture du CFA de le faire."

Dans quelle logique un CFA accueille-t-il ces jeunes ? "Est-ce que c’est parce qu’il estime qu’il sera en capacité de les placer un peu plus tard ? Ou parce que ce sont les jeunes eux-mêmes qui se sont déplacés vers le CFA ?" La seconde phase de l’enquête devrait permettre d’en savoir plus.

ouverture de nouvelles sections, principalement dans le supérieur

 

La moitié des CFA interrogés (54 %) ont étoffé leur offre de formation grâce à l’ouverture de nouvelles sections. "Plus de la moitié des ouvertures de nouvelles sections de formation concerne des formations de niveaux 5, 6 et 7 (bac +2 et supérieur)", note l’enquête. À l’inverse, 11 % des CFA ont dû procéder à des suppressions et "les sections de formation les plus touchées par les suppressions en cette rentrée 2020 sont des formations de niveau 3 à 5", est-il précisé.

(1) Les résultats ont fait l'objet d'un redressement statistique pour assurer une représentativité par rapport à l'ensemble des CFA.

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Astrid Gruyelle, journaliste