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La TCFD amène les entreprises à "ausculter les mondes de demain" et envisager "des scénarios de rupture" (Eric Dugelay)

"C’est une excellente nouvelle", réagit mercredi 16 décembre 2020 Eric Dugelay, associé chez Deloitte Développement durable, à l’annonce d’Emmanuel Macron que l’ensemble du CAC 40 s’engage à respecter les recommandations de la TCFD. Membre de cette taskforce depuis sa création il y a cinq ans, il estime à "une cinquantaine" le nombre d’entreprises françaises engagées à ce jour, un chiffre faible qui illustre le fait que cette initiative reste "mal connue" en France. Pour le consultant, "une chose capitale la différencie de la DPEF : c’est l’analyse de scénarios climatiques, visant à évaluer la résilience de l’entreprise". "Plus vous êtes dans des scénarios qui ne font pas plaisir, plus vous êtes dans la TCFD", s’amuse l’expert, qui évoque également la révision de la directive sur le reporting non financier et "l’enjeu considérable" que représente la taxonomie pour les entreprises.

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AEF info : Quelle est votre réaction à l’annonce par Emmanuel Macron que l’ensemble du CAC 40 s’engage dans la TCFD ?

Eric Dugelay : D’après mon décompte au 25 novembre, les PDG de 22 entreprises du CAC 40 avaient signé un "statement of support", c’est-à-dire un soutien officiel à la TCFD. Cela fait donc 18 nouvelles entreprises engagées. En tant que seul Français membre de la TCFD, j’étais un peu frustré que nos recommandations soient si mal connues dans notre pays : sur les 1 500 soutiens de PDG, seule une cinquantaine provient de dirigeants d’entreprises françaises. Cette annonce est donc une excellente nouvelle. J’espère le même mouvement que celui amorcé au Japon en mai 2019 : les pouvoirs publics avaient appelé à soutenir nos recommandations, nous sommes alors passés de moins de 100 entreprises signataires à 310. Comme l’a dit Emmanuel Macron samedi, d’autres entreprises françaises en dehors du CAC 40 pourraient s’engager.

Ma deuxième réaction est que le "statement of support" n’est pas très engageant. Le PDG s’engage à soutenir les onze recommandations, c’est tout. Cela ne signifie pas que son entreprise s’engage à être conforme. La conformité n’est d’ailleurs pas quelque chose qui existe, puisque personne n’est habilité à la vérifier. Il y a donc une ambiguïté dans cette annonce, mais elle est positive. Car une fois qu’un PDG signe un document, généralement ses troupes se mettent en ordre de marche.

Les entreprises françaises du CAC 40 déjà signataires de la TCFD

 

AXA, BNP Paribas, Crédit agricole, Société générale, Air liquide, Engie, Total, Veolia, Michelin, PSA, Renault, LafargeHolcim, Legrand, Saint-Gobain, Schneider Electric, Unibail-Rodamco, Carrefour, Danone, Pernod-Ricard, Atos, Kering et L’Oréal.

AEF info : Pourquoi la France compte aussi peu de signataires ? Est-ce parce que ses entreprises font déjà du reporting environnemental et se sentent donc moins concernées ?

Eric Dugelay : Les entreprises françaises doivent déjà publier leur DPEF (déclaration de performance extrafinancière) et y intégrer des données climatiques. À cet égard, la TCFD peut ne pas être perçue comme intéressante. Mais une chose capitale la différencie de la DPEF : c’est l’analyse de scénarios climatiques, visant à évaluer la résilience de l’entreprise. C’est d’ailleurs sur ce sujet que les entreprises sont les plus en retard selon notre dernier rapport d’avancement daté d’octobre dernier (lire sur AEF info) : seules 7 % publient des informations sur leurs scénarios, contre 5 % en 2019 et 4 % en 2018. Cela stagne.

AEF info : Comment l’expliquez-vous ?

Eric Dugelay : C’est un travail beaucoup plus compliqué que le reporting sur les émissions. Il consiste à ausculter la stratégie d’une entreprise à l’aune du réchauffement climatique, de ses risques physiques et de transition. Si mon usine se trouve sur une zone sensible aux sécheresses, dois-je la déménager ? Mon offre de produits est-elle climatocompatible ? Quel serait l’impact d’une taxe carbone sur mon entreprise ? Il est aussi intéressant de regarder les opportunités. Le déménagement d’une usine est l’occasion de la rendre beaucoup plus performante. Les chiffres disponibles sur les risques et les opportunités montrent que les premiers sont inférieurs aux seconds. Sans être climatosceptique, ce résultat est très intéressant, car il montre un monde qui n’est pas forcément terrifiant.

AEF info : Cinq ans après sa création, la TCFD compte environ 1 500 signataires. Est-ce le signe d’une réelle dynamique ou bien est-ce encore trop peu ?

Eric Dugelay : Le dernier rapport d’avancement fait état d’une hausse des signataires de 87 %, mais ce chiffre est anecdotique. La question est de savoir si les entreprises auscultent plus qu’avant les mondes de demain. Et la réponse est oui. La TCFD ne leur demande pas une prévision à trois ou cinq ans (l’horizon habituel des stratégies), elle ne leur demande même pas de préciser la probabilité des scénarios qu’elles développent. Elle leur demande d’imaginer des mondes possibles. Une compagnie aérienne ou un constructeur aéronautique doit envisager un monde où le secteur revient au même nombre de vols que celui de 2019 dès 2023. Mais aussi un scénario où le bashing contre l’aviation prend de l’importance. Ces scénarios de rupture sont intéressants à analyser même s’ils ne font pas plaisir. Je dirais même que plus vous êtes dans des scénarios qui ne font pas plaisir, plus vous êtes dans la TCFD.

AEF info : On peut comprendre que les entreprises soient réticentes à publier ces informations, non ?

Eric Dugelay : C’est en effet difficile de divulguer ces informations aux marchés. D’ailleurs, les 93 % qui ne publient pas ces informations font des choses. Mais, sans aller jusqu’à publier les résultats, les entreprises ne doivent pas rester silencieuses. Je leur dis : racontez ce que vous pouvez raconter. Par exemple : "J’ai monté un groupe de travail réunissant les directions stratégie, risques, RSE et finance (voire achats, ventes et R&D), il s’est réuni tant de fois, il a été aidé par un consultant et a identifié deux dimensions qui driveront le marché du futur." Prenez l’automobile, ces drivers peuvent être l’électrification du parc et le véhicule comme un service plutôt que comme un objet.

AEF info : Le Royaume-Uni a annoncé vouloir rendre la TCFD obligatoire. Qu’en est-il en France et à l’échelle européenne ?

Eric Dugelay : En 2019, la Commission européenne a intégré les recommandations de la TCFD dans ses lignes directrices (non obligatoires) sur le reporting extrafinancier (lire sur AEF info). Elle avait alors estimé que ces dernières étaient déjà en phase depuis 2013 avec notre travail. Ce n’est pas exact, puisqu’il n’y avait rien sur les scénarios climatiques.

En 2021, la refonte de la directive sur le reporting non financier devrait inclure une certaine mise en conformité des entreprises avec la TCFD. L’enjeu est de savoir ce que signifiera cette conformité, en particulier sur les scénarios. Prendra-t-elle la forme d’une expression qualitative, l’entreprise indiquant qu’elle a réalisé des scénarios de futurs possibles ? Ou s’agira-t-il de donner les résultats des trois à quatre grands scénarios ?

AEF info : Un autre enjeu de la TCFD il y a cinq ans était de faire monter le sujet dans les conseils d’administration et les comités exécutifs. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Eric Dugelay : J’observe que les administrateurs se sont emparés du sujet depuis environ deux ans, au niveau français comme mondial. Ce mouvement existe depuis plus longtemps pour les PDG et les comex.

AEF info : Quels sont les secteurs en avance et ceux en retard ?

Eric Dugelay : Nous avons mis en avant les secteurs "gagnants" dans notre rapport d’avancement : ce sont l’énergie et la construction. J’y ajouterais les banques. Pour les perdants, c’est plus compliqué à dire, mais je citerais les secteurs des produits de grande consommation et de la pharmacie.

AEF info : Les entreprises vont bientôt être obligées de publier des informations sur leur compatibilité avec la taxonomie européenne sur les activités vertes. Comment analysez-vous cette avancée ?

Eric Dugelay : C’est un projet tout aussi considérable que la TCFD, voire davantage. Divulguer la part du capex et de l’opex compatible avec la taxonomie, c’est plus fin que la TCFD. L’enjeu est considérable, les entreprises s’y préparent. Elles commenceront par le climat, mais elles iront plus loin plus tard avec les quatre autres dimensions (1), ce qui rendra l’approche holistique.

AEF info : Une TNFD, qui se présente comme la TCFD de la biodiversité, est en train de se monter. Est-ce une bonne idée ?

Eric Dugelay : C’est une bonne nouvelle. Mais j’observe une différence fondamentale avec la TCFD qui est fait par le monde des affaires pour le monde des affaires. La TNFD est notamment créée par deux ONG, Global Canopy et le WWF. L’objectif du WWF est de faire en sorte que les entreprises aident à préserver la biodiversité. C’est un angle différent de celui que prendrait la TCFD, consistant à examiner la résilience des entreprises face à une dégradation de la biodiversité.

AEF info : Quel bilan global faites-vous de ces cinq dernières années ?

Eric Dugelay : L’année 2020 se termine de manière extrêmement positive ! Cela fait 20 ans que je suis dans le secteur, et pour moi, 2015 et 2020 sont les deux années les plus marquantes. La première a vu l’adoption des ODD, de l’accord de Paris et la naissance de la TCFD. La seconde a vu les lignes bouger de manière incroyable. Les investisseurs ont haussé le ton, demandant aux administrateurs et aux auditeurs que les comptes reflètent le changement climatique. On a vu aussi une consolidation du reporting qui va permettre d’y voir plus clair, avec une déclaration commune publiée en septembre par CDP, CDSB, GRI, IIRC et SASB annonçant qu’ils vont travailler ensemble ; une fusion de SASB et d’IIRC annoncée en novembre ; et des travaux lancés à l’échelle européenne. Sans compter les mouvements en faveur de la TCFD et de la taxonomie.

On peut dire, d’une certaine manière, que la pandémie aide. L’Union européenne a décidé d’un new deal qui ne peut être que vert. La transparence doit permettre de contrôler ce caractère vert.

(1) Ressources aquatiques et marines, économie circulaire et déchets, pollution et biodiversité et écosystèmes.

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