Politique de cookies
Le groupe AEF info utilise des cookies pour vous offrir une expérience utilisateur de qualité, mesurer l’audience, optimiser les fonctionnalités et vous proposer des contenus personnalisés. Avant de continuer votre navigation sur ce site, vous pouvez également choisir de modifier vos réglages en matière de cookies.
Politique de protection des données personnelles

Revenir en haut de la page

"Chapter Zero France", l'initiative qui doit transformer les administrateurs en "leaders" de la neutralité carbone

Le Forum économique mondial lance ce jeudi 3 décembre Chapter Zero France, la déclinaison officielle française de la Climate Governance Initiative, qui vise à "mobiliser les administrateurs non exécutifs des entreprises françaises dans la prise en compte des risques et des opportunités liés aux changements climatiques", en les dotant notamment d’une "plateforme d’échanges et de réflexions sur ces enjeux". Si les travaux de l'IFA sur le sujet soulignent une faible mobilisation des conseils d'administration, pour Philippe Joubert, ils sont pourtant des "leaders naturels qui s'ignorent".

Chapter Zero France, lancé jeudi 3 décembre 2020, est la septième déclinaison de la Climate Governance Initiative initiée début 2019 par le Forum économique mondial, après celles de Grande Bretagne, Italie, Malaisie, Russie, Canada et Suisse. L’association a pour but d’accélérer la transition des entreprises vers la neutralité carbone en 2050 en mobilisant les administrateurs non-exécutifs, qu’ils soient "débutants" sur le sujet du climat "ou plus avancés", selon sa présidente Monica de Virgiliis. Elle est elle-même administratrice siégeant dans trois conseils d’administration de groupes industriels : Prysmian, Geodis et ASM.

L’accord de Paris n’est pas "contre" les entreprises

"Il n’y a plus de temps pour la procrastination", juge Silvio Dulinsky, responsable de l’engagement des entreprises du Forum économique mondial, pour qui "le secteur privé a une responsabilité majeure" dans la lutte contre le changement climatique. "Le conseil d’administration doit prendre sa part" et apporter "un soutien fort quand des décisions difficiles devront être prises". Élisabeth Laville, fondatrice d’Utopies et partenaire de l’initiative, appelle également les administrateurs à être davantage "proactifs", alors que des travaux de l’IFA de décembre 2019 montrent leur mobilisation encore faible (lire sur AEF info), et à "interroger les dirigeants sur la résilience des entreprises", sur les "risques de rupture sur les chaînes d’approvisionnement" mais aussi sur "les opportunités" et "les nouvelles attentes des marchés en matière de produits plus durables".

Philippe Joubert, fondateur et PDG de Earth on Board, se félicite de ce lancement, cinq ans après l’accord de Paris qui a été à ses yeux, avec l’adoption des ODD, un moment "charnière" car le texte adopté au Bourget a "reconnu la réalité et le danger existentiel du changement climatique", et obligé les dirigeants d’entreprises à se demander ce que signifiait pour elles d’aller vers zéro émissions nettes. Et l’expert de souligner que l’accord ne contient pas "une phrase contre les entreprises", les voyant non pas comme "un problème" mais comme "une solution".

Le board, "un leader naturel"

"La bonne nouvelle, c’est qu’on a un leader naturel qui s’ignore : c’est le board", s’enthousiasme Philippe Joubert. Face aux trois risques principaux que le changement climatique fait peser sur les entreprises — les risques physiques, les risques de transition et les risques juridiques et de réputation —, il doit être "capable d’arbitrer les divergences entre parties prenantes, de régler les contradictions". "Vous pouvez être président des États-Unis et climatosceptique ; mais vous n’avez pas ce droit si vous siégez dans un conseil d’administration. Sinon, vous mettez l’entreprise en danger." Par exemple, un CA qui validerait un investissement à long terme sans un prix interne du carbone serait "négligeant" car il créerait un futur actif échoué.

Au lieu de "passer son temps à régler des choses non essentielles", les CA doivent donc prendre à bras-le-corps le changement climatique, en assurant davantage de diversité en son sein et en liant le sujet à celui de la rémunération, appelle le PDG d’Earth Board.

Devenir "plus exigeant"

Alyssa Auberger, chief sustainability officer au sein du cabinet Baker McKenzie, insiste pour sa part sur le risque judiciaire de ne rien faire, évoquant "plus de 1 000 contentieux ouverts dans le monde" sur le climat, contre les gouvernements mais aussi contre les entreprises. L’un des derniers marquants s’est produit en Australie début novembre : Rest, un fonds de pension de 41 Md$, était poursuivi par un de ses membres, Mark McVeigh, qui l’accusait de ne pas en faire assez pour protéger son épargne-retraite contre l’impact de la hausse des températures mondiales. Le fonds de pension a préféré transiger "le matin même" du premier jour du procès, en s’engageant à ce que son portefeuille atteigne la neutralité climatique d’ici à 2050. "Qu’est-ce que cela veut dire pour les administrateurs ? Pas qu’ils vont devoir devenir des experts de la RSE et du climat, mais qu’ils devront être plus exigeants, davantage surveiller la qualité et la véracité de ce qui est divulgué, ne pas tomber dans le greenwashing."

Au-delà du reporting, les entreprises, et donc les administrateurs, doivent réaliser qu' "il n’y a pas de scénario business as usual qui mène à zéro émissions nettes", insiste Olivier Jan, pour le cabinet Deloitte (l’un des soutiens de l’initiative avec l’Insead Corporate Governance Center). "On est dans la rupture. Je peux avoir le meilleur bilan carbone de ma filière, si elle disparaît dans un monde zéro émissions nettes, je serais emporté." Il illustre son propos par l’exemple de la chimie qui, en utilisant les énergies fossiles à la fois comme source d’énergie et comme matières premières, fait face à une "double transformation". Quand aux entreprises du secteur automobile qui prennent le virage de la mobilité électrique, elles devront trouver leur place dans le "nouvel écosystème" qui va se mettre en place, intégrant de nouveaux acteurs comme Tesla et Google et rassemblant trois "chaînes de valeur" qui n’ont pas l’habitude de travailler entre elles : l’énergie, l’automobile et les services et le financement.

Karina Litvack, membre de la déclinaison britannique de Chapter Zero, renchérit au vu de son expérience, notamment comme administratrice du pétrolier italien ENI (qui l’est l’un des moins mauvais élèves de son secteur selon l’ONG Oil Change International, lire sur AEF info) : "Comment savoir si un projet de 15 milliards pour développer un champ gazier, qui engage les capitaux de la société sur 40 ans, portera ses fruits alors que le monde change rapidement ?" Selon elle, il faut notamment "modifier les outils pour modifier la façon dont nous voyons les données qui nous sont présentées". Elle alerte sur le risque d’avoir "un expert du climat" dans chaque CA : "C’est la chose à ne pas faire, il risque d’être isolé, marginalisé. Tous les administrateurs doivent maîtriser le sujet."

à découvrir
Fermer
Bonjour

Vous souhaitez contacter

Claire Avignon, journaliste