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"Le but n’est pas de dire ce qu’il faut faire" (Y. Algan, co-responsable du colloque "Quels professeurs au XXIe siècle ?")

Le colloque "Quels professeurs au XXIe siècle ?", qui se tiendra le 1er décembre 2020 en distanciel, est l’un des trois pans du "Grenelle de l’éducation", avec l’agenda social et les ateliers thématiques (lire sur AEF info). Quatre grands thèmes sont au programme de cet événement organisé par le CSEN. Dans une interview à AEF info le 23 novembre, le co-responsable (avec Stanislas Dehaene) du colloque, Yann Algan (1), explique qu’il "est nécessaire d’avoir collectivement un temps de réflexion concret" sur le métier d’enseignant, celui-ci ayant "rarement été, dans l’histoire, autant affecté par une profusion de bouleversements". Ce colloque scientifique, qui devra "nourrir" les ateliers du Grenelle, "essaie de promouvoir une pluralité d’approches et de savoirs" et mettra en avant la "comparaison internationale". "Le but n’est pas de dire ce qu’il faut faire", assure Yann Algan.

Yann Algan, co-responsable scientifique du colloque "Quels professeurs au XXIe siècle ?" organisé à l'occasion du Grenelle de l'éducation. Droits réservés - DR

AEF info : Quel est l’objectif du colloque "Quels professeurs au XXIe siècle" ?

Yann Algan : Le but est de participer à une réflexion en profondeur sur l’avenir du métier de professeur, comprendre comment évoluent leurs missions, comment les manières de se former se transforment, comment promouvoir un cadre qui garantisse la reconnaissance, la coopération, l’ouverture et le bien-être au travail.

C’est une réflexion attendue depuis longtemps dans la société : rarement, dans l’histoire, le métier de professeur a été autant affecté par une profusion de bouleversements : numérique, compétences, les questions éthiques, de citoyenneté… Il est nécessaire d’avoir collectivement un temps de réflexion concret.

En parallèle d’échanges sur plusieurs thèmes entre les différents acteurs (professeurs, organisations professionnelles, associations…) au sein des ateliers du Grenelle, le ministère a souhaité un éclairage de la recherche sur l’ensemble de ces questions.


Les 4 thématiques du colloque

 
  • Les professeurs au XXIe siècle, nouvelles pratiques, nouvelles missions ?
  • Quels recrutements, quelles mobilités, quelles formations pour le professeur du XXIe siècle ?
  • Numérique et enseignement, collectifs et apprentissages : vers de nouvelles conditions de travail ?
  • Les gouvernances des systèmes éducatifs à l’épreuve, pour quelles transformations ?
Le programme détaillé est en ligne ici.

AEF info : Pourquoi aucun enseignant de terrain ni leurs représentants ne sont présents parmi les intervenants, alors qu’il s’agit de réfléchir au métier enseignant ?

Yann Algan : Les ateliers et le colloque sont deux initiatives qui se nourrissent. Notre événement reste un colloque scientifique, donc les intervenants sont des chercheurs français ou internationaux et apportent une expertise en termes de recherche. Mais il est nécessaire que cet éclairage puisse aussi nourrir les ateliers et les secrétaires généraux vont pouvoir faire ce lien : en introduisant au colloque les grandes questions des ateliers, puis en puisant dans cet éclairage de la recherche ce qui semble intéressant pour les ateliers.

AEF info : Quelle sera la place des sciences sociales dans ce colloque, alors que des critiques ont émergé, depuis la création du CSEN par Jean-Michel Blanquer, sur la prépondérance des sciences cognitives (lire sur AEF info) ?

Yann Algan : Ce colloque, comme le CSEN, essaie de promouvoir une pluralité d’approches et de savoirs avec une perspective d’humilité, de modestie, où l’on met l’expertise au service de la décision, du débat. Ce colloque n’est pas prescriptif mais tentera de donner un éclairage et de mettre les savoirs au service des acteurs de l’éducation nationale.

Seront présents des chercheurs en sciences de l’éducation, en sciences sociales, en économie, en philosophie, mais aussi en psychologie et sciences cognitives. Il y a donc une diversité d’approches disciplinaires grâce à laquelle nous allons pouvoir apporter une vision globale.

AEF info : Quelles pistes pouvez-vous déjà évoquer sur les deux premières thématiques du colloque (cf. encadré), qui traitent notamment des missions et de la formation des enseignants ?

Yann Algan : Le but n’est pas de dire ce qu’il faut faire, mais la recherche et la comparaison internationale vont permettre de montrer les expériences qui ont fonctionné ou pas et pourquoi, elles peuvent apporter des éclairages divers. Aucun pays n’a de formules magiques.

Sur les missions des enseignants, il y a de plus en plus de recherches sur les nouvelles pratiques pédagogiques qui permettent d’améliorer les apprentissages académiques mais aussi les compétences socio-comportementales. Les chercheurs invités présenteront de nombreuses expérimentations en France et à l’étranger qui renforcent la concentration, la confiance en soi et la coopération des élèves, avec un impact direct sur leurs résultats scolaires et leur bien-être. Ils partageront également les résultats de la recherche sur l’impact de différentes méthodes d’enseignement, en particulier collaboratives.

Concernant la formation, les chercheurs proposeront des retours d’expérience sur les différents systèmes de formation à l’étranger, avec leurs avantages comme leurs inconvénients. Comment se forme-t-on à Singapour, au Canada, en Suède ou en Australie par rapport à la France ? Quel type de formation continue rencontre le plus de satisfaction de la part des enseignants et s’avère le plus efficace ?

AEF info : Et concernant les deux autres thèmes, numérique et gouvernance ?

Yann Algan : Concernant le numérique, nous partagerons les premiers retours d’expérience sur les pratiques qui fonctionnent et d’autres moins bien, sur les conditions qui permettent leur réussite. Les chercheurs présenteront des expérimentations sur la pédagogie inversée ou l’enseignement hybride en France et à l’étranger.

Pour ce qui est de la gouvernance, il s’agit de réfléchir à l’environnement collectif de la carrière d’un enseignant. La valorisation financière sera bien sûr évoquée mais aussi les thèmes du collectif pédagogique dans l’établissement, de la mobilité tout au long de la carrière, de la formation au service du projet individuel et du projet de l’établissement, du degré de décentralisation de la gouvernance. Nous réfléchirons aussi à comment développer des échelons intermédiaires pour les professeurs, des spécialisations, etc.

AEF info : Comment la crise actuelle, liée à l’épidémie de Covid-19, peut-elle transformer le métier enseignant ?

Yann Algan : Il est encore trop tôt pour tirer tous les enseignements de cette crise. Mais une des questions qui sera abordée est : quel type d’enseignement hybride, à distance, peut être mis en place ? Des travaux de recherche récents montrent que l’enseignement à distance peut accroître les inégalités dans l’accès à l’enseignement et l’acquisition des connaissances. Comment y répondre rapidement, comment ramener les publics les plus fragiles au sein de l’école ? Nous partagerons des retours d’expérience en France et l’international sur les conséquences du Covid sur les performances des élèves et comment améliorer l’enseignement à distance et lutter contre la fracture numérique.

Les chercheurs du colloque

 

Parmi les intervenants au colloque : Élise Huillery, professeure d’économie, université Paris-Dauphine PSL ; Céline Darnon, professeure de psychologie sociale, université de Clermont-Auvergne ; Serge Guimond, professeur de psychologie sociale, université de Clermont-Auvergne ; Elena Pasquinelli, coordinatrice de projets, Fondation la main à la pâte associée à l’Institut Jean Nicod ; Franck Ramus, professeur de sciences cognitives, École normale supérieure ; Andy Hargreaves, professeur de sciences de l’éducation, université d’Ottawa (Canada) ; Richard Elmore, professeur de politique éducative, université d’Harvard (États-Unis).

(1) Yann Algan est professeur d'économie et doyen de l’École d’affaires publiques (EAP) de Sciences Po Paris. Il est également membre du Conseil d’analyse économique et du Conseil national du numérique.

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Erwin Canard, journaliste