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Dans quasi tous les secteurs, les progrès sont bien trop lents pour respecter la trajectoire 1,5 °C (WRI, ClimateWorks)

S’ils se sont engagés voilà cinq ans à contenir la hausse des températures "nettement en dessous" de 2 °C d'ici à 2100 voire à la limiter à 1,5 °C, les États réalisent pour le moment des progrès à un rythme "beaucoup trop lent" pour respecter cette trajectoire ambitieuse. Selon le bilan de l’action climatique publié ce jeudi par le WRI et la fondation ClimateWorks, sur 21 indicateurs répertoriés, seuls deux avancent au rythme requis, concernant les rendements agricoles et la consommation de viande de ruminants. En revanche, le compte n’y est pas en matière de lutte contre la déforestation.

Pour contenir la hausse des températures en dessous de 1,5 °C, il faudra "réduire la déforestation totale de 70 % d'ici 2030 et de 95 % d'ici 2050", alertent WRI et ClimateWorks Foundation Unsplash - Dan Smedley

Pour garder la fenêtre de tir ouverte et limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C, les pays doivent mener la transformation vers la neutralité des émissions dans tous les secteurs et à un rythme bien plus rapide que jusqu’à présent. C’est ce qu’affirment le WRI et la fondation ClimateWorks dans le bilan de l’action climat qu’ils publient jeudi 19 novembre 2020.

progression "beaucoup trop lente"

Publié à quelques semaines des cinq ans de l’accord de Paris, le document évalue les progrès réalisés (tant aux niveaux international que national) dans six secteurs : transports, bâtiments, électricité, industrie, agriculture et forêts.

WRI et ClimateWorks y constatent que si des progrès sont réalisés dans certains secteurs, pour la majorité d’entre eux, le rythme de progrès est "beaucoup trop lent" pour que le monde parvienne à réduire de moitié les émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2030 et atteindre un niveau d’émissions nul au milieu du siècle :


Face à ce constat, le rapport estime qu’il sera nécessaire de :

  • multiplier par cinq l’accroissement de la part des énergies renouvelables dans la production d’électricité;
  • d’agir cinq fois plus rapidement en matière de suppression du charbon dans la production d’électricité;
  • de réduire trois fois plus vite l’intensité carbone de la production d’électricité;
  • de multiplier par 22 voire 28 le taux d’adoption des véhicules électriques;
  • d’augmenter huit fois plus vite la part des carburants à faible teneur en carbone;
  • ou encore d’augmenter cinq fois plus rapidement chaque année la surface de couvert végétal.

Agriculture et déforestation dans le rouge

Parmi les deux domaines qui enregistrent les plus piteux résultats figure la suppression de la déforestation. "Malgré l’engagement général des gouvernements, de la société civile et des entreprises en faveur de la protection des forêts, celles-ci continuent d’être coupées ou dégradées dans presque tous les pays évalués", note le rapport. En effet, le document rappelle qu’en 2014, plus de 150 partenaires, dont 28 gouvernements, 8 administrations locales, 35 entreprises, 16 groupes de communautés indigènes et 45 ONG et groupes de la société civile ont signé la déclaration de New York sur les forêts. Si cette dernière appelait à réduire la déforestation de moitié d'ici à 2020 et à l’enrayer d'ici à 2030 (lire sur AEF info), en réalité la perte de couvert forestier n’a pas décliné mais plutôt augmenté. Or, pour contenir la hausse des températures en dessous de 1,5 °C, il faudra "réduire la déforestation totale de 70 % d'ici à 2030 et de 95 % d'ici à 2050".

Il conviendra par ailleurs de restaurer le couvert forestier sur 350 millions d’hectares d'ici à 2030 et 678 millions d'ici à 2050. Par comparaison, depuis 2000, "seuls 26,7 millions d’hectares ont été effectivement restaurés (sur la base des données disponibles)". Chaque année, les efforts à fournir devraient ainsi être multipliés par cinq pour y parvenir.

Autre indicateur aux résultats très insatisfaisants : celui de la production agricole dont les émissions ont progressé de 3 % entre 2012 et 2017. Une hausse qui devrait, si rien n’est fait, progresser de 27 % entre 2017 et 2050. Tandis que pour maintenir les températures mondiales en dessous de 1,5 °C, ces émissions devront diminuer de 22 % d'ici à 2030 et de 39 % d'ici à 2050 (par rapport aux niveaux de 2017).

énergie : des progrès trop lents

Parmi les indicateurs dont le rythme de progression est insuffisant figure l’évolution des parts des énergies renouvelables et du charbon dans la production d’électricité. Ainsi, "la baisse du coût des énergies renouvelables et leurs avantages pour la santé publique ont conduit de nombreux gouvernements à reconnaître que le charbon devient économiquement intenable et socialement défavorable". Mais "malgré ces engagements, les nouvelles capacités de production de charbon n’ont pas suffisamment ralenti ces dernières années" et des capacités de production d’électricité à base de charbon sont même "ajoutées, principalement en Chine et en Inde".

En matière de bâtiments, leur intensité énergétique a diminué de 0,5 à 1 % par an depuis 2010, une diminution qui devra s’amplifier pour atteindre "au moins 2,5 % par an". En matière de rénovation énergétique, le parc immobilier mondial est actuellement rénové à un rythme moyen d’environ 1 à 2 % par an. Ce dernier devra progresser de 2,5 à 3,5 % d'ici à 2030 puis atteindre 3,5 % en 2040 (le rapport estimant qu’en 2050, plus aucune rénovation ne sera à effectuer).

Dans l’industrie, les intensités carbone de la production de ciment et d’acier vont devoir reculer. De 40 % entre 2015 et 2030 puis de 85 à 90 % entre 2015 et 2050 pour la première. De 25 à 30 % entre 2015 et 2030 puis de 100 % d'ici à 2050 pour la seconde.

Dans les transports, la part des véhicules électriques devra atteindre 20 à 40 % du total des véhicules légers en 2030, puis 85 à 100 % en 2050. Soit agir jusqu’à 28 fois plus rapidement que jusqu’à présent. De même, si la part des véhicules électriques dans les ventes de voitures neuves a augmenté dernièrement, passant de 1,5 % en 2017 à 2,6 % en 2019, "ce taux d’augmentation n’est pas encore suffisant". Il devra être multiplié par douze d'ici à 2030.

deux indicateurs satisfaisants

À l’inverse, deux indicateurs progressent au rythme nécessaire pour atteindre les objectifs requis d'ici 2030 (si le rythme de leur progression se maintient). Il s’agit de l’augmentation des rendements des cultures et du maintien d’une consommation stable par habitant de viande de ruminants (bœuf, agneau et chèvre).

Ainsi, entre 2012 et 2017, le rendement des cultures mondiales a augmenté en moyenne de 0,11 tonne par hectare par an. Si ce rythme se maintient, les rendements devraient pouvoir répondre à la demande accrue de cultures à mesure que la population mondiale augmente. Quant à la consommation mondiale de viande de ruminant par habitant, elle a diminué de 3 % entre 2012 et 2017.

Il existe cependant de fortes disparités régionales pour ces deux indicateurs. Par exemple, en Afrique subsaharienne, la croissance du rendement des cultures devra être douze fois plus rapide entre 2017 et 2030 pour répondre à la demande alimentaire croissante — sans pression supplémentaire sur les terres ni dépendance à l’égard des importations. Et en Amérique et en Europe, la consommation de viande de ruminants devra diminuer trois fois plus vite pour permettre à la consommation d’ "augmenter quelque peu dans les pays en développement à mesure que les revenus augmentent".

investir

Les auteurs du rapport ajoutent qu’agir de manière plus rapide nécessitera des "investissements financiers importants", des transferts de technologie et un renforcement des capacités pour les pays en développement. Or, "si le financement de la lutte contre le changement climatique a considérablement augmenté ces dernières années dans les secteurs public, privé et philanthropique, il n’est pas encore à l’échelle pour révolutionner les systèmes énergétiques et de transport, pour accélérer l’efficacité énergétique et protéger les forêts".

Selon les estimations, de 1 600 et 3 800 milliards de dollars seront nécessaires chaque année jusqu’en 2050 pour transformer le seul système énergétique.

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Émilie Legendre, journaliste