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"Il faut dépister toute la population française pour éviter une troisième vague" (P. Amouyel, CHU de Lille)

Comment réussir le déconfinement et éviter une troisième vague ? La question inquiète le gouvernement français, alors que les fêtes de fin d'année risquent de relancer les contaminations. Plusieurs chercheurs lui proposent d'organiser un "dépistage à grande échelle" en testant l'ensemble de la population. "La Slovaquie l'a fait, Liverpool l'a fait, l'Autriche va le faire", relève Philippe Amouyel, professeur d'épidémiologie et de santé publique au CHU de Lille (1), lors d'un entretien avec AEF info mardi 17 novembre 2020. "Pourquoi ne pourrait-on pas arriver à organiser une telle campagne de tests en France ? Après tout, nous sommes bien capables de faire voter toute la population française en un week-end. Utilisons les bureaux de vote comme points de prélèvement !" Sa proposition repose sur l'usage massif des tests antigéniques combinée à une véritable stratégie d'isolement des patients.

Philippe Amouyel, professeur d'épidémiologie et de santé publique au CHU de Lille. Droits réservés - DR

AEF info : Le ministre de la Santé, Olivier Véran, évoque des "signes d’amélioration" de la situation épidémique. La date du déconfinement se rapprocherait-elle ?

Philippe Amouyel : La bonne nouvelle, c’est que les chiffres bougent. Cette semaine sera sans doute une semaine clé pour vérifier la tendance à la baisse du nombre de contaminations. Je reste cependant très prudent. En effet, la seule mesure dont nous connaissons exactement l’impact, c’est le confinement total, une décision qui a un prix humain, psychologique et économique colossal.

Contrairement au printemps, nous avons des masques et du gel pour nous protéger. Nous connaissons aussi mieux le virus. Pour autant, nous ne savons toujours pas comment il circule. Dans les transports en commun ou dans la sphère professionnelle, on peut imaginer que les mesures prises (port du masque, distanciation, lavage des mains, aération, télétravail…) réduisent le risque. Les contaminations se feraient dès lors dans la sphère privée, ce qui a amené le gouvernement à décider d’un couvre-feu puis d’un reconfinement que j’ai appelé "éco-compatible", c’est-à-dire compatible avec la poursuite d’une partie de la vie économique.

AEF info : Est-il trop tôt pour apprécier l’efficacité de ce confinement partiel ?

Philippe Amouyel : Nous observons depuis quelques jours une stabilisation de l’épidémie qui s’explique peut-être par le couvre-feu. Les deux semaines de vacances de la Toussaint ont sans doute joué un rôle en limitant les déplacements au sein des grandes métropoles. Aujourd’hui, le taux de positivité des tests baisse (16,4 % au 16/11) tout comme le nombre de nouveaux cas confirmés. Mais il faut rester prudent parce qu’il y a peut-être eu un transfert de charge entre les tests PCR et les tests antigéniques, comme l’a annoncé Santé Publique France. Les résultats de ces tests devraient être intégrés sous peu. Nous verrons alors si cela change quelque chose.

 

"Les dernières données nous donnent 34 000 cas déclarés par jour. Je rappelle que l’objectif est d’atteindre 5 000 cas"

 

Nous verrons si la tendance à la baisse se poursuit la semaine prochaine, en particulier à l’hôpital. Les dernières données nous donnent 34 000 cas déclarés par jour. Je rappelle que l’objectif fixé par le président de la République est d’atteindre 5 000 cas déclarés par jour. Or dans les projections réalisées avec mon équipe à partir des données de Santé publique France, nous estimions que nous pourrions atteindre 8 000 à 10 000 cas dès la première ou deuxième semaine de décembre, grâce au reconfinement.

AEF info : Que proposez-vous pour que le déconfinement se passe mieux que le précédent et ne se conclue pas par l’arrivée d’une troisième vague ?

Philippe Amouyel : Nous allons réussir à réduire les courbes de contamination et d’hospitalisation. Mais il faut réfléchir à l’après. Le déconfinement se produira dans une période très dense en matière de rencontres : la période sacrée des courses de Noël, si importante pour les commerçants qui sont aujourd’hui dans une grande souffrance, puis la fête de Noël et le Nouvel An. Nous savons que ces deux événements seront à risque. Soit nous partons du principe que les gens respecteront à la lettre les gestes barrière, soit nous essayons de les aider dans cette période. Pour cela, nous devons réduire très fortement la circulation du virus en identifiant dans la population un maximum de porteurs.

Une étude anglaise a montré que sur quatre cas de contaminations, il y a en moyenne un patient symptomatique pour trois asymptomatiques. Aujourd’hui en France, nous identifions essentiellement des cas symptomatiques mais pas les autres. Cela signifie que lorsque nous repérons 50 000 cas, il y a entre 150 000 et 200 000 patients infectés. La seule façon de les repérer, c’est de pratiquer un dépistage à grande échelle et de déployer réellement la stratégie "tester, tracer, isoler".

AEF info : Une stratégie qui s’est soldée par un échec dans notre pays…

Philippe Amouyel : Jusqu’ici, lorsque vous êtes diagnostiqué positif, la plateforme de contact tracing vous appelle, essaie d’identifier vos contacts et vous demande de vous isoler. Mais cela n’est pas immédiat et surtout personne ne peut vérifier que vous pouvez réellement vous isoler. Or s’il est possible d’éviter de se contaminer à deux dans 150 mètres carrés, c’est beaucoup plus compliqué dans une petite colocation de quatre étudiants sur 70 mètres carrés.

 

"Il faut discuter avec le patient de ses possibilités concrètes d’isolement"

 

L’idée serait donc de réaliser une campagne nationale de dépistage grâce aux tests antigéniques, qui ont un taux de sensibilité de 70 %, ce qui signifie que sur trois cas, vous détectez deux personnes. L’avantage majeur de ce type de test est qu’il permet de donner le résultat immédiatement au patient (en moins de 30 minutes) et, avant de le laisser repartir, de l’inscrire sur la plateforme Tous AntiCovid, de réaliser le traçage de ses contacts et de discuter avec lui de ses possibilités concrètes d’isolement. Voire de lui proposer une solution, par exemple un séjour dans un hôtel dédié comme cela se fait dans certains pays asiatiques. En faisant tout cela, il serait possible de minimiser le coefficient de réplication, le fameux Re, d’apporter plus de sérénité pendant les fêtes de Noël (même si nous ne vivrons pas un Noël normal) et surtout d’éviter un redémarrage de l’épidémie juste après.

AEF info : Cette stratégie a-t-elle été mise en œuvre ailleurs dans le monde ?

Philippe Amouyel : La Slovaquie l’a fait, Liverpool l’a fait, l’Autriche va le faire. La Slovaquie a testé toute sa population. Certains me disent que c’est plus facile parce que ce pays est dix fois plus petit que la France. Mais il a aussi un PIB beaucoup moins élevé que le nôtre. Pourquoi ne pourrait-on pas arriver à organiser une telle campagne de tests en France ? Après tout, nous sommes bien capables de faire voter toute la population française en un week-end. Utilisons les bureaux de vote comme points de prélèvement, en faisant appel à des professionnels de santé et à des étudiants en santé pour réaliser les tests !

Cette stratégie devra évidemment s’accompagner de mesures complémentaires. Il faudra mobiliser le réseau Obépine (Observatoire épidémiologique dans les eaux usées), créé au printemps en France. Des virologues et des spécialistes de l’environnement suivent l’évolution de l’épidémie en temps réel en surveillant 150 stations d’épuration. Ils sont capables de détecter le virus dans 5 ml d’eaux usées. L’intérêt, c’est que cet indicateur est très peu biaisé : contrairement aux tests, ces relevés portent sur l’ensemble de la population. Nous avons là un moyen de repérer très tôt une reprise de l’épidémie et d’agir bien avant d’engorger les hôpitaux.

 

"Chacun doit pouvoir construire son propre protocole sanitaire"

 

L’autre point sur lequel je voudrais insister, c’est la nécessité de faire participer les gens, de leur demander leur adhésion. D’abord, il faut mettre en place des règles logiques : aujourd’hui, personne ne comprend pourquoi il est interdit d’aller se promener en forêt alors qu’il est permis de chasser ou pourquoi il faut porter un masque dans certaines villes même quand les rues sont désertes. Je crois qu’il faut mettre en scène des situations concrètes : par exemple, expliquons ce que doit faire, pour recevoir ses parents dans de bonnes conditions, une personne de 45 ans qui habite avec un ado et un enfant de cinq ans. Chacun doit pouvoir construire son propre protocole sanitaire. S’approprier les mesures permet de mieux les comprendre et de les accepter.

Aujourd’hui, les annonces sur les vaccins semblent augurer d’une sortie de crise. Mais il faudra du temps pour qu’ils soient efficaces et qu’ils garantissent une immunité collective. En attendant, nous devons nous donner les moyens d’éviter une troisième vague.

Tests salivaires, pooling, expérimentation à Lille : Les propositions de dix chercheurs à Emmanuel Macron

 

Philippe Amouyel n’est pas le seul à réclamer une campagne massive de dépistage. L’épidémiologiste Catherine Hill (connue pour son rôle dans le scandale du Mediator) le demande aussi depuis plusieurs semaines, par exemple dans cet entretien à France Info. Elle a envoyé le 10 novembre 2020 une note à Emmanuel Macron pour lui proposer un plan de dépistage massif. Cette note, consultée par AEF info mardi 17 novembre, a été rédigée avec neuf chercheurs, parmi lesquels Philippe Froguel (Université de Lille/Imperial College de Londres) et Marie-Claude Potier (CNRS/Institut du Cerveau).

Ce groupe informel propose de faire feu de tous bois "en utilisant l’ensemble des capacités de tests disponibles" (tests nasopharyngés mais aussi salivaires) et la technique du pooling (regroupement des tests). Il s’agit de décréter une mobilisation générale pour que les résultats puissent être rendus en 24 heures chrono. Les laboratoires d’analyses médicales, les pharmacies, les cabinets médicaux et de kinésithérapie, les plateformes nationales, les laboratoires , les laboratoires académiques et les entreprises seraient ainsi sollicités.

La note insiste sur la nécessité d’isoler ensuite les cas positifs, à domicile ou dans des hôtels. "Sans isolement des cas, le dépistage massif est inutile", insistent ses auteurs.

Les chercheurs proposent au gouvernement de tester cette stratégie sur le territoire de la métropole européenne de Lille (1 million d’habitants), en prenant appui sur les collectivités territoriales. Ils se sont entretenus ce mardi après-midi sur Zoom avec le ministre de la Santé, Olivier Véran, et espèrent un "go / no go" d’ici la fin de la semaine.

(1) Philippe Amouyel est professeur des universités et praticien hospitalier à l'université de Lille et au CHU de Lille. Cet épidémiologiste, spécialiste des maladies du vieillissement, travaille depuis plusieurs mois sur l'épidémie de coronavirus. Il est directeur général de la Fondation Alzheimer et a dirigé l'Institut Pasteur de Lille de 2002 à 2011.

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Sylvain Marcelli, journaliste