Politique de cookies
Le groupe AEF info utilise des cookies pour vous offrir une expérience utilisateur de qualité, mesurer l’audience, optimiser les fonctionnalités et vous proposer des contenus personnalisés. Avant de continuer votre navigation sur ce site, vous pouvez également choisir de modifier vos réglages en matière de cookies.
Politique de protection des données personnelles

Paramétrer Tout accepter

Service abonnements 01 83 97 46 50

Revenir en haut de la page
Home| Social / RH| Ressources humaines| Dépêche n°639699

Confinement : un recours au chômage partiel à géométrie variable chez Carrefour, Auchan et Casino

Le nouveau confinement, en vigueur depuis le 30 octobre 2020, vise globalement à favoriser la poursuite de l’activité. Cependant, les grandes surfaces ont été contraintes de fermer leurs rayons de biens "non-essentiels" depuis début novembre. Les groupes Carrefour, Auchan et Casino ont décidé de recourir à l’activité partielle, en jouant chacun leur partition. Ainsi, le périmètre d’application de la mesure change selon l’enseigne. Autre différence, Carrefour et Casino compensent la perte de salaire, pas Auchan. Passage en revue des dispositions retenues.

Les enseignes de la distribution estiment que la fermeture des rayons de biens "non-essentiels" leur impose de recourir à l'activité partielle. Une analyse que contestent les syndicats MaxPPP - PHOTOPQR/LA MONTAGNE

Elles font partie des rares entreprises qui n’ont jamais eu à interrompre leur activité en cette année 2020 perturbée par l’épidémie de coronavirus : les enseignes de la distribution apparaissaient parmi les gagnantes du premier confinement. Le deuxième confinement leur est moins favorable : sous la pression des petits commerçants contraints de fermer boutique, au premier rang desquels les libraires, les grandes surfaces se sont vu imposer la fermeture de leurs rayons de biens "non-essentiels" (livres, jouets, vêtements…). Arguant de la baisse d’activité qui en découle, plusieurs enseignes ont décidé de placer une partie de leurs salariés en activité partielle. Certaines organisations syndicales y voient un moyen de faire pression sur le gouvernement pour obtenir la réouverture des rayons concernés.

Chez Carrefour, tous les salariés sont concernés

Mardi 10 novembre, la direction du groupe Carrefour a annoncé aux salariés et aux représentants du personnel son intention de recourir à l’activité partielle. Une mesure entrée en vigueur dès jeudi 12 novembre, alors que l’information formelle des CSE est en cours. Toutes les entités du groupe, à l’exception de la supply chain, devraient être concernées, y compris les sièges. Dans les magasins (hypermarchés, supermarchés et magasins intégrés, hors franchisés), les salariés des rayons fermés verraient leur temps de travail réduit de moitié ; les autres salariés travailleraient quant à eux à 90 % de leur temps de travail habituel. Les salariés des sièges cesseraient de travailler deux jours par semaine.

Si la direction justifie sa décision par la baisse d’activité dans les magasins, les organisations syndicales semblent perplexes. "On ne nous a pas communiqué de chiffrages pour l’instant" sur la "baisse de fréquentation et de chiffre d’affaires", relève par exemple la CFDT dans un tract daté du 13 novembre. "On a du mal à comprendre", commente Dominique Moualek, délégué national FO de Carrefour Hypermarchés. "L’activité partielle n’a pas de sens dans notre entreprise : notre activité fonctionne et on a des problèmes d’effectifs récurrents dans les magasins… L’activité est supérieure à ce qu’elle était au mois d’avril, et à ce moment-là il n’y a pas eu de chômage partiel !" De même, la CFTC dit "ne pas comprendre" le recours à l’activité partielle "quand on sait que les magasins manquent déjà de bras, et encore plus aujourd’hui avec la crise sanitaire et le nombre croissant d’arrêts de travail pour Covid".

Les syndicats dénoncent une mesure politique

"Pour nous, c’est une mesure purement politique des acteurs de la grande distribution pour mettre la pression sur le gouvernement", estime Dominique Moualek. Un sentiment partagé par Patrick Aït-Aissa, délégué syndical CGT de Carrefour Hypermarchés. "On pense que Carrefour est en train de se lancer dans un bras de fer avec le gouvernement pour obtenir la réouverture des rayons fermés."

La direction s’engage à maintenir la rémunération en prenant en charge le différentiel entre le salaire et l’allocation de chômage partiel, "afin qu’aucun salarié ne subisse de perte de pouvoir d’achat". Une mesure qui fait craindre à la CGT que "certains salariés soient contents de rester à la maison, sans avoir forcément conscience de la surcharge de travail que cela représentera pour les autres". "Mais beaucoup de salariés sont furieux, car depuis des années, les magasins sont en sous-effectif. Cette baisse d’activité, même relative, aurait pu permettre de renforcer les effectifs dans d’autres rayons, au moins temporairement", estime Patrick Aït-Aissa.

Des rayons qui continuent de fonctionner

Surtout, relève Dominique Moualek, les salariés risquent de subir tout de même une baisse de leur rémunération du fait de l’impact des absences sur les primes. La CFDT Carrefour dit également "attendre des précisions sur l’impact du chômage partiel sur les différentes primes", alors que la CFE-CGC croit savoir de son côté que "les périodes d’activité partielle sont prises en compte pour le calcul de la répartition de la participation et des intéressements collectifs ainsi que pour le bénéfice de la rémunération variable annuelle et des autres primes".

Selon plusieurs syndicalistes, le recours à l’activité partielle est d’autant plus contestable que les rayons non-alimentaires continuent de fonctionner, au moins en partie, grâce à un dispositif baptisé "Ask and collect". "Vous venez sur place, vous demandez au comptoir l’article que vous souhaitez, un employé va vous le chercher en rayon et vous l’amène à une caisse distincte des caisses normales", détaille Patrick Aït-Aissa. Une pratique qui n’est en principe pas autorisée, selon le ministère de l’Économie et des Finances.

Chez Casino, une mesure qui touche 800 salariés

De son côté, le groupe Casino a annoncé vouloir recourir à l’activité partielle dès le 5 novembre, lors d’une réunion du CSE central. Le dispositif pourrait concerner jusqu’à 800 personnes environ, essentiellement les salariés des rayons non-alimentaires, mais aussi, à la marge, les fonctions support qui travaillent directement sur ces activités (certains collaborateurs des services achats, par exemple). Les hypermarchés et les magasins Monoprix devraient être les plus touchés, puisque ce sont ceux qui comptent le plus de rayons de biens "non-essentiels".

La mise en place doit se faire magasin par magasin, aussi le nombre exact de salariés concernés et la proportion de réduction du temps de travail ne sont pas connus au niveau groupe. Reste que le dispositif suscite là aussi l’incompréhension des organisations syndicales. "La direction de Distribution Casino France a choisi de ne pas se compliquer et d’utiliser les aides de l’État pour une gestion rapide des conséquences de la fermeture des rayons de produits non essentiels", écrit la CFDT dans un tract du 6 novembre. "Plutôt que de redéployer les salariés à d’autres rayons pour corriger le sous-effectif dénoncé depuis des mois par la CFDT, la direction de Distribution Casino France a fait le choix de placer 800 salariés en activité partielle".

Maintien de la rémunération

Le groupe Casino, qui avait déjà recouru au chômage partiel au printemps dans certains magasins, pour quelque 2 800 salariés, prévoit toutefois de redéployer certains salariés dont l’activité est réduite vers des rayons ou services en manque de personnel, notamment le drive.

Comme chez Carrefour, la direction s’est engagée à maintenir la rémunération des salariés concernés. "La loi prévoit que les salariés placés en activité partielle percevront 84 % de leur salaire net. Mais la direction s’est engagée à maintenir 100 % de la rémunération des salariés concernés", note ainsi FO dans un tract.

chez Auchan, une mesure négociée au cas par cas

La direction d’Auchan France a informé mardi 10 novembre les représentants du personnel de sa volonté de recourir au chômage partiel dans ses hypermarchés. Depuis, cette décision est discutée localement, les CSE étant organisés par "zones de vie" regroupant plusieurs points de vente. "Nous ne savons pas encore combien de salariés seront concernés car cela dépendra de chaque magasin", indique le porte-parole de la direction, joint par AEF info vendredi 13 novembre. Pour limiter l’effet de la mesure, "des redéploiements d’effectifs sont possibles, par exemple sur le drive ou d’autres activités en magasin, mais uniquement sur la base du volontariat", précise-t-il.

Selon plusieurs sources syndicales, Auchan propose d’abord aux salariés concernés par une baisse d’activité de basculer sur une mission temporaire (par exemple le click and collect). Si ce n’est pas possible, un courrier les invite à poser des congés payés, des RTT ou à puiser dans leur compteur temps. Ce n’est que lorsque ces deux solutions sont épuisées que l’activité partielle est déclenchée, la rémunération étant alors limitée à 84 % du salaire net.

"Une initiative précipitée"

Contrairement à ses concurrents, l’enseigne nordiste ne prévoit pas de compenser intégralement cette perte de salaire. Une décision qui alourdit un climat social déjà plombé par la suppression d’un millier d’emplois (lire sur AEF info). Dans un courrier à la direction, la CFTC s’inquiète d’une "réduction conséquente [du] pouvoir d’achat dans cette période si symbolique des fêtes de fin d’année" et demande "l’ouverture de négociations concernant l’indemnisation (partie employeur) du chômage partiel". "Il ne faut pas que les héros du Covid soient punis", réclame de son côté la CFDT. "Nous revendiquons le paiement du salaire à 100 %. Auchan a de la trésorerie : la vente récente des magasins en Chine lui a rapporté 3 milliards d’euros", s’exclame son DSC, Guy Laplatine.

"Les employés passent de héros de la nation à inutiles", déplore aussi Force Ouvrière, après un CSE organisé à Cambrai mardi 10 novembre. La section locale du syndicat dénonce une "initiative précipitée" : "à ce jour, les salariés ne sont pas inactifs", étant occupés par "les nombreuses modifications de rayons", la mise en place du click and collect ou la préparation de l’inventaire. À Auchan Petite-Forêt, près de Valenciennes, FO s’interroge aussi sur le périmètre d’application de l’activité partielle. "Si la mesure est justifiée dans les rayons qui ont été fermés, comme les jouets, la bijouterie ou le jardin, on se demande pourquoi elle concernerait aussi la caisse ou la réception", indique son délégué à AEF info.

Fermer
Bonjour

Vous souhaitez contacter

Sylvain Marcelli, journaliste