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Numérique : "pas d’effet générique, mais des logiciels font leurs preuves" (Stanislas Dehaene, président du CSEN)

Il n’existe "pas d’effet générique du numérique, mais des logiciels font leurs preuves" pour aider à améliorer l’apprentissage des élèves, indique le président du CSEN Stanislas Dehaene lors des "états généraux du numérique" organisés les 4 et 5 novembre 2020. Pour lui, "chaque logiciel doit faire l’objet d’expérimentation" scientifique pour en valider l’intérêt. Côté entreprises, plusieurs intervenants plaident pour un soutien de la filière edtech au risque sinon de laisser le champ libre à des acteurs américains ou chinois peu scrupuleux de l’intégrité des données personnelles.

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Stanislas Dehaene, président du Conseil scientifique de l’Éducation nationale Collège de France

Lorsqu’est analysé globalement l’impact des outils numériques sur l’apprentissage, il apparaît que leur usage "est corrélé à une baisse de performance" comme le montrent les derniers résultats de l’étude Pisa de l’OCDE (lire sur AEF info), remarque Stanislas Dehaene, président du CSEN, lors des "états généraux du numérique pour l’éducation" organisés les 4 et 5 novembre 2020. Ainsi, l’Uruguay a par exemple lancé "un grand plan d’équipement individuel des enfants, et là-bas les résultats stagnent". Même s’il convient de pondérer, "ce n’est pas la révolution attendue".

Pour le président du conseil scientifique, le constat montre surtout que "l’idée de plonger les enfants" dans le numérique n’apporte pas les résultats escomptés, car "il n’est pas vrai qu’ils ont des connaissances intuitives des nouveaux médias" ou un "style d’apprentissage qui nécessiterait de nouvelles pédagogies". Les élèves d’aujourd’hui, comme hier, ont "besoin d’un apprentissage structuré, cohérent et progressif". Sur cette base, des logiciels peuvent avoir des effets bénéfiques par exemple pour "aider à capter l’attention", "susciter la curiosité" ou inciter à participer, mais il n’existe pas "d’effet générique du numérique".

Reste que les outils numériques apportent quantité d’atouts éducatifs, comme le fait de favoriser l’interaction, de permettre aux élèves de se tester ou encore de rendre disponibles les contenus d’apprentissage en permanence. Dès lors, si les ressources sont "en accord avec les sciences cognitives" elles peuvent effectivement "faire leurs preuves". Plusieurs logiciels ont ainsi été passés au crible de l’équipe de Stanislas Dehaene qui en a vérifié "les effets positifs dans des études". C’est le cas par exemple de Grapho game, de "course aux nombres" et "attrape-nombres" ou encore de Mathador.

Accompagner les enseignants

Dans tous les cas, il faut pour tirer un avantage éducatif de ces outils "un accompagnement très fort par des enseignants formés", poursuit Stanislas Dehaene. "Il n’y a pas d’effet global du numérique, chaque logiciel doit faire l’objet d’expérimentations avec des recherches translationnelles, on ne trouve pas immédiatement la manière d’utiliser ces technologies", prévient-il.

"Stabiliser les logiciels qui ont fait leur preuve" nécessiterait d’imaginer "une économie pour les mettre à jour et les diffuser", par exemple au travers d’un site institutionnel de l’Éducation nationale pour les mettre à disposition des parents et des enseignants.

Plus tôt, le DNE du ministère Jean-Marc Merriaux a rappelé qu’un "enjeu" est de "construire des outils collaboratifs pour mieux partager, mieux échanger, mieux piloter". Cela passe par des services comme la suite logicielle apps.education.fr proposée lors du confinement (lire sur AEF info), et plus généralement le développement d’outils dans une optique de "communs éducatifs" (lire sur AEF info). La DG de Canopé Marie-Caroline Missir note à cet égard que la politique ministérielle et en particulier les ENT financés par les collectivités a permis d’éviter de confier, "comme dans certains pays", les données de l’éducation aux Gafam.

Structurer la filière industrielle nationale

Reste que, signale Nicolas Turcat, directeur du programme éducation inclusion et services au public de la Banque des Territoires (CDC), "70 % des enseignants utilisent quotidiennement ces outils, en particulier pour préparer les cours". Pour les représentants des entreprises du secteur des edtechs intervenants à ces états généraux, le danger est réel de voir arriver dans les prochaines années des acteurs américains ou chinois qui ne respectent pas ou peu l’intégrité des données personnelles. Ils plaident donc pour un soutien de la filière française en particulier par un système d’achat direct de leurs produits et services par les enseignants eux-mêmes (lire sur AEF info).

Pour Célia Rosentraub, présidente de l’association Les éditeurs d’éducation, Pascal Bringer, président de l’Afinef, Rémy Challe, directeur général d’EdTech France et pour Jean-Philippe Couturier, membre du conseil d’administration de Syntec numérique il faut consolider cet écosystème français soucieux d’un "numérique responsable" grâce à un circuit de financement direct entre les usagers et les entreprises.

Celles-ci s’engageraient au travers d’un "code de bonne conduite" sur l’utilisation des données, tel que préconisé en septembre dernier par le comité d’éthique pour les données d’éducation. Cette structuration semble d’autant plus nécessaire que, souligne Jean-Philippe Couturier, "le numérique est un mouvement qui ne s’arrêtera pas".

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