Politique de cookies
Le groupe AEF info utilise des cookies pour vous offrir une expérience utilisateur de qualité, mesurer l’audience, optimiser les fonctionnalités et vous proposer des contenus personnalisés. Avant de continuer votre navigation sur ce site, vous pouvez également choisir de modifier vos réglages en matière de cookies.
Politique de protection des données personnelles

Paramétrer Tout accepter

Service abonnements 01 83 97 46 50

Revenir en haut de la page
Home| Social / RH| Ressources humaines| Dépêche n°639201

Entre injonctions de recourir au télétravail et de poursuivre l’activité, une organisation du travail à réinventer

"Le télétravail est une obligation" pour les postes qui le permettent en cette période de reconfinement, affirme la ministre du Travail. Alors que l’épidémie ne faiblit pas, le gouvernement met la pression sur les employeurs pour qu’ils recourent au maximum au travail à distance. Dans le même temps, il appelle à maintenir autant que possible l’activité, pour limiter les effets de la crise sur l’économie. Dans ce contexte, et fortes de leur expérience de la "première vague", les entreprises adaptent leur organisation au cas par cas. Des choix pas toujours compris par les salariés.

Bien que le gouvernement encourage fortement le télétravail, toutes les entreprises n'ont pas opté pour du travail entièrement à distance pour les postes éligibles MaxPPP - PHOTOPQR/L'ALSACE

Les confinements se suivent et ne se ressemblent pas. Les entreprises françaises ont pour la plupart été prises de court quand, en mars 2020, le gouvernement a annoncé le confinement de la population. Les salariés dont les tâches pouvaient être exécutées en télétravail ne disposaient pas toujours du matériel nécessaire, et leurs managers n’étaient pas préparés à piloter leur équipe à distance. Quant à ceux dont la présence était requise sur site, le plus souvent ils ne disposaient pas des équipements de protection nécessaires, en particulier les masques. Il a souvent fallu plusieurs semaines aux entreprises pour s’équiper, et repenser leur organisation du travail de façon à préserver la santé de leurs salariés.

Des entreprises mieux préparées

Six mois plus tard, la donne a changé. Finie la pénurie de masques et de gel hydroalcoolique. Les "gestes barrière" font désormais partie du quotidien des salariés, et de nombreuses mesures ont été prises pour favoriser le respect de la distance physique entre collègues, que ce soit au bureau ou dans les sites de production (rotation des équipes, flux de circulation…). Les consignes des pouvoirs publics ont, elles aussi, évolué : alors qu’en mars dernier le président de la République "invit[ait] tous les Français à limiter leurs déplacements au strict nécessaire" (lire sur AEF info), cette fois il assure que "l’activité continuera avec plus d’intensité qu’au printemps dernier" (lire sur AEF info).

Certes, le chef de l’État appelle de nouveau à "généraliser" le télétravail "partout où c’est possible". Sa ministre du Travail, Élisabeth Borne, estime même qu’il est "une obligation" pour tous les postes qui le permettent (lire sur AEF info). Mais "le principe est que les activités se poursuivent" le plus normalement possible, comme l’a dit le Premier ministre Jean Castex (lire sur AEF info). Élisabeth Borne a ainsi cité plusieurs cas de figure dans lesquels le télétravail ne peut s’envisager qu’à temps partiel (par exemple d’un ingénieur dans un bureau d’études ou pour un architecte) ou est impossible (salariés des commerces qui restent ouverts, ouvriers du BTP, agriculteurs, intervenants à domicile…).

Une organisation au cas par cas

Dans ce contexte, les entreprises prennent des mesures au cas par cas. Certaines optent pour du télétravail à temps complet pour tous (Le Bon coin ou Publicis, par exemple). D’autres maintiennent une partie de leurs salariés sur site, au moins partiellement, notamment lorsqu’elles reçoivent des clients (c’est le cas par exemple de BNP Paribas). D’autres encore demandent à leurs collaborateurs, ou à une partie d’entre eux, d’être présents au moins quelques jours par semaine (Total notamment). D’autres enfin n’ont d’autre choix que de faire venir la grande majorité de leurs salariés - c’est le cas en particulier sur la plupart des sites de production. Alors que le gouvernement répète à l’envi que le télétravail "n’est pas une option", ces choix provoquent parfois l’incompréhension des salariés. Voici quelques exemples des pratiques instaurées depuis le début du reconfinement, vendredi 30 octobre.

Total : jusqu’à deux jours de travail en présentiel

Dès le 30 octobre, le groupe Total a adressé à ses salariés une note de service, applicable à compter du lundi 2 novembre. Sans surprise, elle prévoit, pour les "opérations industrielles et commerciales", que "la poursuite des activités sera organisée en veillant au strict respect des mesures de protection sanitaire", le télétravail étant "difficilement envisageable" pour ces fonctions.

En revanche, pour "les sièges et les bureaux", la note indique que "le télétravail est privilégié", tout en recommandant "le travail présentiel à hauteur de 2 jours par semaine". Ces jours de présence sur site sont censés permettre "d’une part, l’accomplissement des tâches collectives (réunions de comités de management, réunions budgétaires, réunions de projets, bureaux d’études, bilans intermédiaires, réunions opérationnelles d’équipes…) et, d’autre part, les activités nécessitant l’accès à des outils, informations ou documents disponibles que sur site (logiciels spécialisés, accès à des données sensibles, accès à des documents papiers…)". La note envisage même la possibilité d’une "durée supérieure à 2 jours de travail sur site", si "nécessaire", pour "certains collaborateurs ou certaines équipes", dans la limite de trois jours par semaine.

À la suite d’articles de presse relatifs à cette "recommandation" qui ne semble pas tout à fait conforme aux consignes des pouvoirs publics, Total a revu sa copie, à la marge. Dans une nouvelle note envoyée aux salariés le 4 novembre, le groupe pétrolier écrit certes que "le télétravail est privilégié durant les 5 jours sur les sites de Paris-La Défense/Nanterre". Néanmoins, "parce que certaines activités nécessitent un travail en équipe et dans le souci de préserver le lien social", il continue de prévoir que "les managers peuvent autoriser le travail présentiel jusqu’à hauteur de 2 jours". Ce qui, pour les salariés, revient, en substance, au même.

En complément, le "recours aux horaires flexibles" est encouragé, la gratuité des parkings est proposée pour les personnes qui souhaitent venir en voiture, et les restaurants d’entreprise sont fermés.


Thales : une note qui permet toutes les interprétations

Le groupe Thales finalise ces jours-ci la négociation d’un nouvel accord sur le télétravail, une pratique en vigueur dans l’entreprise depuis huit ans. Pour tenir compte des enseignements de la période actuelle, le nouvel accord comportera un important chapitre relatif aux situations exceptionnelles. Pour autant, la direction n’a pas donné de consignes strictes pour ce nouveau confinement. Dans un message adressé aux salariés, révélé par Libération, le PDG Patrice Caine estime que "toutes [les] mesures déjà en vigueur au sein des sites Thales en France en France sont conformes aux annonces faites par le gouvernement et restent en application". Parmi ces mesures, citées par Patrice Caine : "le port du masque obligatoire, l’aménagement des plages horaires de départ et d’arrivée sur certains sites, ou encore le télétravail".

"La note permet un peu toutes les lectures", remarque Laurent Trombini, de la CGT Thales. Aussi, "il y a des différences d’interprétation et d’application selon les entreprises et les sites". Le télétravail, qui concernait la moitié des effectifs lors du premier confinement, reste massivement utilisé : depuis le 2 novembre, ce sont à nouveau 20 000 salariés environ qui travaillent à distance, sur les 40 000 que compte le groupe industriel. Mais, alors que ces salariés étaient en télétravail à temps complet en mars-avril, ils travaillent deux à trois jours sur site désormais. Une situation qui soulève des interrogations de la part des salariés. "Un grand nombre de salariés estiment qu’ils pourraient être en télétravail à 100 % mais ne le sont pas, et ils ne le comprennent pas", constate Laurent Trombini. Qui relève également qu’une autre partie des salariés, certes minoritaire, "a mal vécu le premier confinement et ne souhaite pas être à nouveau chez soi à temps complet".

Surtout, le syndicaliste s’inquiète des conditions de travail des salariés en production, qui représentent la moitié des effectifs - ceux qui ne peuvent pas télétravailler. Au printemps, l’organisation de leur travail avait été revue, avec deux équipes de six heures par jour, séparées par un intervalle de deux heures consacré aux opérations de nettoyage. Cette fois, rien de tel n’est prévu, regrette-t-il.

La fédération Syntec appelle à recourir "massivement" au télétravail

 

Dans un communiqué du 4 novembre 2020, la fédération Syntec observe que "le télétravail est aujourd’hui la règle pour la très grande majorité des salariés" des entreprises qu’elle représente. Elle "estime à plus de 80 % le taux de télétravail sur l’ensemble de la branche", et appelle "celles des entreprises qui n’auraient pas encore pleinement opéré le basculement en télétravail de toutes les fonctions le permettant à le faire au plus vite".

Toutefois, la fédération, qui représente notamment les bureaux d’études, souligne que "ses entreprises doivent, pour partie, intervenir sur site pour soutenir les activités de 1re et de 2e lignes et assurer la continuité de leurs services dans des domaines comme l’ingénierie de chantiers, l’opérabilité des chaînes industrielles, l’accompagnement technologique, la cybersécurité". Elle rappelle en outre que la possibilité de placer les salariés en télétravail dépend aussi souvent de l’accord des clients chez qui interviennent les prestataires et consultants.

Airbus : du flottement en début de reconfinement

Dans un tract diffusé mardi 3 novembre, la CFE-CGC d’Airbus Helicopters s’inquiète de "certains messages de managers, souvent pris entre le marteau et l’enclume, voire recevant des injonctions contradictoires", qui "exigent une présence parfois massive des salariés sur site malgré des métiers manifestement éligibles, totalement ou partiellement, à un travail à distance". "Nous avons demandé à la direction un retour statistique, secteur par secteur. Il y a manifestement des incohérences, qu’on peut mettre sur le compte de la difficulté à tout mettre en place en si peu de temps. Il y a très certainement matière à améliorer", estime Ludovic Andrevon, ingénieur chez Airbus Helicopters et président du syndicat CFE-CGC aéronautique, espace et défense, contacté par AEF info.

"Il y a eu des petits décalages au départ avec des messages contradictoires dans certains secteurs mais les managers concernés 'se sont pris' les syndicats aussitôt. Désormais, la règle est claire : toute activité qui est télétravaillable doit être télétravaillée", rapporte Florent Veletchy, DSC CFTC d’Airbus group, à AEF info, le 6 novembre. Si les 15 000 salariés du groupe ont reçu, dès l’annonce du reconfinement, une dérogation pour se rendre sur les sites, le document mentionne "très clairement" que ce n’est pas une demande de l’entreprise. "Tout le monde a été surpris par cette annonce, personne n’avait eu le temps d’organiser les équipes, il s’agissait de parer au plus pressé", explique le représentant syndical. Florent Veletchy note que la majorité des salariés "ont envie" de venir sur les sites, contrairement au premier confinement. Au sein des équipes, une organisation par roulements est préconisée et doit être discutée entre manager et salariés, même si certains secteurs, comme la production et la livraison, sont fortement mobilisés en cette fin d’année et doivent donc massivement venir sur les sites. Au contraire de l’ingénierie et l’informatique dont les activités ne nécessitent pas une présence au bureau.

BNP Paribas : un message qui manque de clarté

"Globalement, le message n’est pas très clair", estime Richard Pons, délégué syndical national CFDT, jeudi 5 novembre. Près d’une semaine après l’instauration du nouveau confinement, la situation est diverse au sein du groupe BNP Paribas. Dans les agences, la présence des salariés sur site est requise, "il y a des réunions en présentiel", des rendez-vous sont même organisés avec des clients, regrette le syndicaliste. Dans les services centraux, le télétravail n’est pas généralisé, la consigne étant de venir sur site un à deux jours par semaine. "Pendant le premier confinement, tout le monde a télétravaillé, y compris dans le réseau d’agences", rappelle Richard Pons. Le syndicat a d’ailleurs adressé une "lettre ouverte" à la direction, lui demandant de communiquer une "liste des métiers pouvant être effectués en télétravail à 100 %, en télétravail en partie, [ou] uniquement sur site". Une nouvelle réunion sur le sujet devrait être organisée la semaine prochaine.

Fermer
Bonjour

Vous souhaitez contacter

Gwénaëlle Conraux, journaliste