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Home| Social / RH| Politiques de l’emploi| Dépêche n°638655

"Nous voulons enclencher une transformation profonde de l’appareil productif" (Maxime Blondeau, Printemps écologique)

Lancé officiellement en octobre, le Printemps écologique, "premier éco-syndicat" de France né de la rencontre d’ONG et de salariés, veut "revitaliser le dialogue social en lui intégrant l’impératif écologique", explique Maxime Blondeau, porte-parole et cofondateur. Pour cet ancien du secteur numérique, le but est de répondre à un "problème systémique" par un "mode d’action systémique" via les négociations collectives. Encore marginal, l'éco-syndicat compte être représentatif dans sept ans en proposant notamment la "décroissance sélective" des secteurs les plus polluants.

Le but du Printemps écologique est "d'investir les conventions collectives pour y intégrer les questions écologiques", explique Maxime Blondeau, porte-parole et cofondateur de l'éco-syndicat. Droits réservés - DR

AEF info : À quand remonte l’idée d’un "éco-syndicat" ?

Maxime Blondeau : Le projet est né d’une pétition mise en ligne en novembre 2018, "Salariés pour le climat", avec une dizaine de salariés de PME et de grandes entreprises, qui a obtenu plus de 600 réponses en une semaine. L’aspiration qu’on a détectée à ce moment nous a poussés à organiser des réunions publiques à Paris, Lyon et Bordeaux, avec parfois près d’une cinquantaine de personnes. En janvier 2020, après une phase "d’exploration" d’un an où nous avons rencontré des avocats pour tester la faisabilité du projet, et des ONG comme FNE ou le WWF, nous avons créé une association. Grâce à elle, les statuts des premiers éco-syndicats ont été déposés en mai. En début d’année prochaine, nous comptons créer une "union des syndicats" pour les réunir tous au sein d’une seule forme juridique. 

À ce jour, nous comptons 21 éco-syndicats, couvrant potentiellement 25 millions de salariés. Pour l’instant, 200 à 300 salariés cotisent annuellement et il y a entre 3 000 à 4 000 sympathisants.

AEF info : Qu’est-ce qui a motivé sa création ?

Maxime Blondeau : Le but est de revitaliser le dialogue social en lui intégrant l’impératif écologique et de convaincre les salariés de s’engager sur leur lieu de travail en faveur d’un modèle plus vertueux. Une des difficultés est de les mobiliser dans un grand nombre d’entreprises et de territoires. Il est donc important de nous faire connaître pour pouvoir accompagner ce mouvement. Nous revendiquons un mode d’action systémique pour répondre à un problème systémique, celui de la production. Nous voulons enclencher une transformation profonde de l’appareil productif.

AEF info : Comment comptez-vous agir concrètement ?

Maxime Blondeau : Nous visons les conventions collectives, qui traitent des questions de salaires, de protection sociale, de formation professionnelle, d’horaires, etc. Nous voulons que les questions écologiques y soient intégrées, ce qui n’est pas le cas actuellement. Aujourd’hui, nous sommes présents par branche (domaine d’activité) mais au bout de deux ans d’ancienneté nous pourrons agir directement au sein des entreprises en créant des sections syndicales.

Un salarié déjà membre d’un syndicat de branche pourra alors déployer une section syndicale et se retrouver protégé en tant que RSS (représentant de section syndicale). Parallèlement, nous voulons aussi investir les CSE (comités sociaux et économiques) afin d’organiser l’action syndicale et porter les revendications des salariés.

AEF info : Que proposez-vous spécifiquement concernant les secteurs les plus polluants ?

Maxime Blondeau : Nous assumons l’idée de décroissance sélective des entreprises polluantes, et donc un désinvestissement de ces filières. Au cœur de notre action, il y a l’idée qu’il ne faut pas opposer la nature et l’emploi. Agir pour la planète, c’est agir pour les emplois mais pas tous les emplois. C’est ce qui nous distingue des syndicats traditionnels. On veut néanmoins défendre toutes les personnes, représenter la population active et non une catégorie socioprofessionnelle donnée. Nous souhaitons organiser la transition professionnelle des secteurs comme la métallurgie, la sidérurgie ou la pétrochimie, faire en sorte que leurs salariés bénéficient d’une formation professionnelle orientée vers la transition écologique et d’une protection sociale spécifique. La phrase de la sociologue Dominique Méda, "démocratiser l’entreprise pour dépolluer la planète", que nous reprenons dans notre livret, résume ce que nous voulons entreprendre.

C’est évident que nous n’aurons pas des adhérents partout, surtout lorsqu’on considère que dans ces secteurs, la présence des syndicats historiques est très forte. Nous nous implanterons plus facilement dans les filières les moins carbonées mais nous allons proposer un accompagnement spécifique aux filières industrielles les plus touchées par la transformation écologique.

AEF info : Quelles relations entretenez-vous avec les syndicats traditionnels ?

Maxime Blondeau : Nous n’existons pas vraiment de leur point de vue. Mais nous avons demandé à intégrer deux initiatives pour nous rapprocher d’eux : le "Pacte du pouvoir de vivre", lancé en mars 2019 autour de la CFDT, et "Plus jamais ça", une tribune signée en 2020 par d’autres syndicats comme la CGT ou FSU mais aussi des ONG comme Greenpeace, Attac ou Oxfam. C’est d’ailleurs le signe d’une prise de conscience plus importante des enjeux environnementaux au sein du monde du travail alors que les élus syndicaux ne sont traditionnellement pas ouverts à ces sujets. Aujourd’hui, nous sommes dans une démarche de collaboration et non de confrontation. Nous voulons parler et travailler avec tout le monde pour partager des idées.

AEF Info : La France est victime d’un désengagement syndical croissant (environ 11 % contre 23 % au niveau européen). Comment y remédier ?

Maxime Blondeau : Il y a une aspiration des salariés. 70 % déclarent vouloir en faire plus pour l’écologie dans leur entreprise [selon l’Observatoire des salariés et entreprises responsables] sans savoir comment puisque de plus en plus d’entre eux ressentent une dissonance entre leurs valeurs et leur quotidien. C’est un levier de transformation. Il s’agit donc de répondre à cette demande car nous avons la ferme conviction que si, en entreprise, un certain nombre de salariés s’engagent, des accords pourront être construits. Nous avons pour le moment 21 repères revendicatifs portant sur la mobilité, la protection des lanceurs d’alerte, l’alimentation, le climat ou la biodiversité. Nous proposerons lors d’un congrès fondateur, en 2021, des actions et des mesures plus concrètes.

Il est en tout cas nécessaire d’innover dans le mode de gouvernance des entreprises en créant des structures moins hiérarchisées, portées par des outils numériques, avec des prises de décisions plus libres. Les salariés ont leur mot à dire. On aimerait que le dialogue social soit adapté aux organisations du XXIe siècle, c’est-à-dire avec toutes ses parties prenantes : les employés, les employeurs mais aussi les actionnaires et la société civile.

AEF info : Vous vous fixez sept ans pour atteindre la représentativité nationale interprofessionnelle. Sur quoi cette ambition repose-t-elle ?

Maxime Blondeau : Un syndicat ne peut se présenter au premier tour d’une élection professionnelle sans respecter un certain nombre de critères dont le plus important est l’ancienneté de deux ans. Chaque semaine, il y a des élections professionnelles dans les petites ou moyennes entreprises. Et tous les quatre ans, il y a des cycles d’élections. Sept ans, ça correspond à la fin du deuxième cycle. L’idée est de devenir représentatif au niveau national à cette échéance, c’est-à-dire d’atteindre 8 % des scrutins. On sait que c’est un objectif très difficile à atteindre pour le premier cycle (du 1er janvier 2020 au 31 décembre 2023). Ce serait un "miracle" d’avoir des centaines de milliers de salariés qui votent pour nous dans trois ans. Mais on pense être prêt pour le deuxième cycle. Cela passera par la médiatisation et l’adhésion. Il y a de bons signaux. Est-ce que c’est suffisant pour changer les choses rapidement ? Je ne sais pas. Sur le temps long ? Certainement.

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Antoine Corlay, journaliste