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Université de Toulouse : "Réaffirmons que ce qui convient au site, c’est une organisation fédérale" (Philippe Raimbault)

Philippe Raimbault est candidat à un second mandat à la présidence de l’université fédérale de Toulouse, annonce-t-il à AEF info le 5 novembre 2020. Il revient sur l’échec de la reconquête de l’idex qui a constitué un "électrochoc, permettant de relancer une dynamique de projets" et sur la situation "d’entre-deux" que connaît le site toulousain depuis quelques mois. S’il ne "renie pas" l’idée d’une Comue de services, Philippe Raimbault veut "aller au bout de la démarche fédérale" en adoptant le statut de Comue expérimentale. Il désire trouver "une forme de subsidiarité qui soit satisfaisante" avec des organes de gouvernance "adaptés" au fonctionnement du site. Les élections sont fixées du 25 au 27 novembre, par voie électronique, avant une audition par le conseil des membres et les personnalités extérieures le 8 décembre, puis un vote en CA le 11 décembre.

Philippe Raimbault, président de l'université fédérale de Toulouse. Droits réservés - DR - © Frédéric Maligne

AEF info : Quel bilan faites-vous de votre mandat ?

Philippe Raimbault : C’est un bilan évidemment contrasté puisque toute la première partie a été tournée vers la récupération de l’idex perdue en 2016. Malgré le travail fourni, nous n’avons pas été entendus. Je ne peux pas en être satisfait. Ma priorité a ensuite été de relancer la dynamique collective autour de projets. Cette action a abouti à des succès importants et visibles (institut 3IA, université européenne, territoire d’innovation pédagogique, NCU Aspie Friendly, label "Bienvenue en France", EUR, etc.) dans un contexte national qui n’était pas forcément favorable aux Comue.

J’ai des regrets sur l’idex car sa reconquête était un défi majeur pour le site, mais les injonctions fusionnelles du jury ont complexifié les échanges et créé de nombreuses tensions. Cet échec a néanmoins constitué un électrochoc, permettant de relancer une dynamique de projets, laquelle représente une bonne base pour l’avenir.

AEF info : Est-ce que le récent arrêt de l’idex de Lyon (lire sur AEF info) peut vous aider à porter le discours selon lequel le modèle fusionnel ne convient pas à tous les sites mais ne peut pas conduire, pour autant, à rayer de la carte des sites importants ?

Philippe Raimbault : On ne peut pas se réjouir de la perte de l’idex par le site lyonnais, surtout quand on sait le séisme que cela représente, les difficultés financières, la rupture d’une dynamique collective et les efforts à faire pour la reconstruire. Cette décision montre que les injonctions fusionnelles du jury sont particulièrement inadaptées aux situations les plus complexes. Toulouse et Lyon se ressemblent, avec une structuration assez proche qui rassemble beaucoup de grandes écoles, avec des ministères de tutelle différents et trois universités. J’espère que nous trouverons ensemble les moyens de surmonter cette non-labellisation.

AEF info : Depuis quelques mois, on a l’impression que le site toulousain est "en pause". Comment l’expliquez-vous et comment en sortir ?

Philippe Raimbault : Il y a effectivement un effet plateau lié à un contexte national marqué par une pause des appels à projet structurants nationaux qui mobilisent les acteurs du site sur des projets communs. Il y a aussi un contexte local lié aux élections. Entre la rentrée 2019 et aujourd’hui, le site a été en période électorale constante avec le renouvellement des gouvernances de Toulouse-III Paul-Sabatier, de l’Insa, de l’INP et de Toulouse-I Capitole. Mais nous sortirons très prochainement de cette période. La LPR et le lancement d’un PIA 4 vont de nouveau nous mobiliser. Localement, en janvier, le site disposera d’une gouvernance stable des établissements pendant deux ans a minima. Une mobilisation des collectivités territoriales devrait également s’organiser à la suite du rapport Guillou-Tirole (lire sur AEF info).

Cette situation d’entre-deux ne convient à personne. Elle nous place dans une situation de retrait par rapport à d’autres structurations de site et nous risquons de le payer face à d’autres qui ont accès à des financements réservés aux idex et isites. Tout le monde se retrouve sur cette question de l’accès aux financements. La question de la reconnaissance par les universités à l’étranger fait également consensus. Je ne pense pas qu’un établissement puisse faire face seul aux enjeux de visibilité internationale. Si nous voulons gagner en efficacité et en visibilité, la question de la transformation de la Comue est forcément sur la table.

 

"Soyons réalistes, ce qui nous a gêné ou posé une difficulté, c’est la question de la fusion. Réaffirmons que ce qui convient au site de Toulouse, c’est une organisation fédérale."

 


AEF info : Quelles sont vos propositions pour relancer le site ?

Philippe Raimbault : Il faut s’appuyer sur l’expérience de ces dernières années. Soyons réalistes, ce qui nous a gêné ou posé une difficulté, c’est la question de la fusion. Réaffirmons que ce qui convient au site de Toulouse, c’est une organisation fédérale. Mais allons jusqu’au bout du modèle en construisant une organisation fédérale qui va plus loin que ce que la Comue fait aujourd’hui. Le doctorat, la signature, l’élaboration de stratégies à l’échelle du site en constituent des signes forts. Il faut résoudre au plus vite la question du doctorat commun car il constitue la base de l’engagement des établissements. Au-delà, on peut imaginer que d’autres formations soient portées par la Comue, comme certains diplômes internationaux, ceux portés par les EUR, Aniti, etc. Si nous voulons être reconnus comme une université, il faut que le sujet de la diplomation soit achevé.

Il faut également aboutir à l’achèvement de la signature commune des publications scientifiques. Aujourd’hui, c’est le cas pour 64 % sur un périmètre de 80 % des publications du site car Toulouse-I Capitole n’y adhère pas et leurs publications représentent 20 % de celles du site.

Il nous faut aussi décliner des stratégies communes en matière de formation, de recherche, d’innovation/valorisation, puis avoir la capacité à déclencher des actions et à mettre en commun des moyens. Sur le volet scientifique, un gros travail a été fait autour de l’identification des forces du site. Il s’est poursuivi à travers des groupes d’animation de la stratégie scientifique commune avec les laboratoires de recherche qui sont au cœur de cette animation. Maintenant, nous regardons comment mettre des moyens pour animer ces projets et voir comment il serait possible de connecter ces projets et ces moyens à une GPEC sur l’emploi scientifique. On sait que les organismes de recherche sont prêts et demandeurs.

AEF info : Comment susciter l’adhésion des personnels alors que certaines gouvernances d’établissement ne croient pas dans la Comue ?

Philippe Raimbault : Il faut d’abord s’assurer de l’appropriation du projet collectif et que les personnels soient conscients de l’appartenance à ce collectif. Cela passe par une meilleure connaissance mutuelle, des co-constructions, des mutualisations dont les personnels tireront bénéfice. Plusieurs sujets ont été identifiés pour y contribuer : favoriser la complémentarité entre les services en partageant les feuilles de route de manière à éviter les redondances et combler les manques, renforcer les mutualisations par la construction d’un catalogue de formation des personnels distribué sur les établissements du site, ou un catalogue d’offres sociales. Il faut également favoriser la mutation au sein de nos universités, par exemple à travers une bourse de l’emploi, ou encore permettre à chacun d’avoir accès aux cantines de l’ensemble des établissements du site, au même tarif. Aujourd’hui, nous avons un service de retraites mutualisé qui est géré par l’université Toulouse-II Jean-Jaurès qui fonctionne très bien et peut constituer un modèle pour d’autres actions.

AEF info : Vous proposez d’augmenter le nombre de services rendus par la Comue aux établissements. N’est-ce pas une proposition qui plaide en faveur d’une Comue de services, telle que l’envisageaient Toulouse-I et Toulouse-III (lire sur AEF info) ?

Philippe Raimbault : Je ne renie pas l’idée que la Comue apporte du service. C’est une évidence. Ça doit l’être et même s’étendre. C’est le cas par exemple du Welcome Desk qui, avec 300 000 visites en cinq ans, satisfait tout le monde, ou encore du service interuniversitaire de médecine préventive pour les étudiants. Les établissements nous disent qu’il faut avoir une offre qualitative identique à destination des enseignants-chercheurs. Je ne renie donc pas l’idée d’une Comue de services mais je dis que ce n’est pas suffisant. Une Comue, c’est aussi pour porter des projets collectifs, pour aller plus loin, se dépasser. Nous avons eu de bons résultats sur les derniers appels à projets, continuons. Si nous voulons servir notre territoire et rayonner, construisons des stratégies communes et parlons d’une seule voix à l’ensemble de nos partenaires.

AEF info : La critique des établissements porte sur la gouvernance. Que proposez-vous ?

Philippe Raimbault : Il est possible de faire évoluer la gouvernance. La gouvernance de la Comue de 2013 est calquée sur celle de l’université avec un conseil d’administration de 80 membres et un conseil académique de 160 membres. Le Cac n’est pas approprié au fonctionnement de la Comue et a du mal à trouver sa place. Aujourd’hui, il est un espace d’informations, de discussions pour capter les besoins des personnels et des étudiants mais ce n’est pas satisfaisant. Le nombre important d’administrateurs ne facilite pas les prises de décision. Ces freins militent en faveur d’une transformation de la Comue en "université expérimentale" [NDLR : au sens de Comue expérimentale, telle que le permet l’ordonnance sur les regroupements].

Dans un système fédéral, a-t-on vraiment besoin d’une élection directe du CA ? Une élection indirecte me paraît intéressante, même si je n’ai pas de plan préétabli. C’est à discuter. Il me paraît cohérent d’aller au bout de la démarche fédérale. On pourrait aussi imaginer un meilleur lien entre les conseils d’administration. Concernant le Cac, il pourrait plutôt prendre la forme d’un conseil de communauté, avec un rôle approprié au fonctionnement de la Comue. L’important est de savoir construire des organes de gouvernance adaptés à notre fonctionnement et de trouver une forme de subsidiarité qui soit satisfaisante. L’enjeu est d’articuler ce qui se fait dans les établissements et dans la Comue. La loi de 2013 nous avait enfermés dans un modèle qui n’est pas satisfaisant.

 

"Nous devons imaginer des gouvernances de projet et une gouvernance globale. Il est possible d’imaginer deux niveaux de participation au projet collectif."

 


AEF info : Comment faire pour dépasser les freins posés par certaines gouvernances ?

Philippe Raimbault : Il faut admettre des coopérations renforcées entre certains établissements qui permettent d’expérimenter, d’aller plus loin sur certains projets sans qu’il y ait de blocage de la part des autres. C’était déjà le cas avec la disparition du droit de veto entre le passage du PRES à la Comue. Nous devons imaginer des gouvernances de projet et une gouvernance globale. Il est possible d’imaginer deux niveaux de participation au projet collectif : un socle de services ouverts à tous et une 2e niveau d’engagement sur les stratégies avec le portage d’une marque et un enjeu fort d’attractivité. Pour ce deuxième volet, il faut néanmoins un engagement politique fort des établissements avec un engagement minimal sur quelques compétences clés comme la diplomation du doctorat. Aujourd’hui, on ne peut plus reculer.

AEF info : Quelle lecture faites-vous du rapport Guillou-Tirole qui a été commandé par Toulouse métropole et la région Occitanie (lire sur AEF info) ?

Philippe Raimbault : J’en partage le constat et même un certain nombre d’orientations. Je retiens qu’il faut un établissement fédéral expérimental et qu’il y ait un regard extérieur qui vienne accompagner le projet. Je n’ai pas de problème avec l’idée d’un appui extérieur, dès lors que c’est quelqu’un qui connaît l’enseignement supérieur en général et notre écosystème en particulier. Je suis plus nuancé sur l’excellence comme principe fondateur. Qu’est-ce que l’excellence ? Elle est partout et parfois différente selon que l’on analyse la formation ou la recherche. Combien de sites ont fondé leur structuration en mettant en commun leurs pépites et en excluant d’autres structures ? Servons-nous d’elles comme des locomotives et non pas comme des éléments qui conduisent à des formes d’exclusion. Construisons une université qui reste ouverte à tous.

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Gwénaëlle Conraux, journaliste