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Numérique éducatif : "l’objectif, c’est l’essaimage de la recherche" (Christine François, Dan de Nancy-Metz)

Installer les projets de recherche en e-éducation dans les territoires et créer des communautés d’acteurs impliqués en embarquant les écoles, les collèges et les lycées : c’est une des ambitions de Planete ("Projet lorrain ambition numérique en territoires pour l’éducation", 2019-2023), indique à AEF info Christine François, Dan de l’académie de Nancy-Metz, dans un entretien accordé le 22 octobre 2020, un an après son lancement avec le soutien de l’UE. Dès novembre, le dispositif "e-Lab" permettra de déployer des technologies issues de la recherche lorraine à l’échelle d’un territoire préfigurateur. Une collaboration avec l’université de Lorraine se met en place à travers "un accord de consortium prévoyant une gouvernance partagée". Par ailleurs, le dispositif permet d’accompagner les établissements vers un enseignement hybride.


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Christine François, déléguée académique au numérique de l'académie de Nancy-Metz. Droits réservés - DR - Rectorat de Nancy-Metz

AEF info : Quels ont été les impacts de la crise sanitaire sur le numérique éducatif dans l’académie de Nancy-Metz ?

Christine François : Globalement, nous avons multiplié par quatre tous les usages du numérique par rapport à la même période l’année précédente. Nous l’avons constaté par exemple au niveau de l’ENT dans le 1er degré [48 % des écoles de l’académie équipées], où la liaison école-parents s’est trouvée vraiment renforcée avec le confinement.

De même, l’ENT 2nd degré a affiché une hausse de +75 % des usages au printemps, et tous les services pédagogiques sont maintenant utilisés : travail collaboratif, Moodle, etc.. D’après l’éditeur porteur de l’ENT [Kosmos], la région académique Grand Est est en tête pour le développement des usages du numérique, le niveau des usages enseignants étant à 73 % supérieur à la moyenne au niveau national sur l’année 2019-2020 et 43 % supérieur pour les usages des élèves.

Rappelons que nous avons mis en place plusieurs plans collège numérique dans les départements, puis le projet Lycée 4.0 (1). Durant le confinement, nous avons stabilisé cet écosystème numérique, renforcé les dispositifs d’accompagnement et de formation. Aujourd’hui, nous arrivons à un seuil de maturité quant aux pratiques pédagogiques possibles avec le numérique, les indicateurs d’usages peuvent encore augmenter.

Les consultations des ressources numériques en ligne ont été multipliées par quatre en collège, et par deux en lycée. Dans l’ensemble, ces plateformes numériques ont enregistré 800 000 connexions aux manuels et ressources numériques, sur la période du 15 mars au 31 mai.

AEF info : Quels enseignements en avez-vous tirés pour la préparation de la rentrée ?

Christine François : À la Dane, nous avons beaucoup capitalisé sur les pratiques d’enseignement à distance, en fabriquant des tutoriels. À chaque besoin identifié au niveau des élèves, des parents et des enseignants, nous répondions par un outil ou par un service adapté, en ayant en perspective la rentrée 2020.

Avant septembre, nous avons préparé avec les corps d’inspection un "guide de l’enseignement hybride" pour proposer des modèles de pratiques pédagogiques à distance déployables à tout moment. Puis chaque collège et lycée a été appuyé par un référent pour faire le point et être aidé au besoin. Pour le 1er degré, les Erun (Enseignants référents aux usages du numérique) ont aussi fait le tour des établissements pour les accompagner : ils sont cinq fois plus nombreux que l’an dernier à être équipés de l’ENT, soit plus de 1 100 écoles au total.

 

"Nous comptons dans l’académie 21 projets de recherche en e-éducation, l’enjeu est de les installer dans un territoire pour accompagner sa redynamisation."

 

AEF info : Vous avez présenté récemment le projet européen "Planete" ("Projet Lorrain Ambition Numérique en Territoires pour l’Éducation") aux chefs d’établissement du bassin de Forbach, territoire préfigurateur pour l’accueil d’un e-Lab (2). De quoi s’agit-il ?

Christine François : Nous comptons dans l’académie pas moins de 21 projets de recherche en e-éducation (3). L’enjeu est de les installer dans un territoire, pour accompagner sa redynamisation. Mais aussi, de créer une communauté d’acteurs impliqués dans cette recherche, en embarquant les écoles, les collèges et les lycées. Près de 5 M€ seront consacrés au projet global, sur quatre ans. Planete a été lancé en octobre 2019 par la Dan et le GIP FTLV, il est cofinancé par l’Union européenne via le PO Feder-FSE-IEJ Lorraine et Massif des Vosges 2014-2020.

En novembre, nous commencerons par déployer dans ce premier territoire en Moselle-Est trois dispositifs dédiés à la maîtrise des savoirs fondamentaux en cycle 2. "Mathia", lauréat du "partenariat d’innovation intelligence artificielle" (P2IA) pour l’apprentissage des mathématiques, est un assistant éducatif intelligent utilisant des hologrammes, ainsi que "Adaptiv’Math", assistant pédagogique de personnalisation des parcours. Pour le français, "Kaligo" est un outil d’entraînement à l’écriture et au geste graphique innovant, soutenu par le ministère de l’Éducation nationale. Cela nécessite un accompagnement, des tablettes et du wifi.

Il est aussi prévu de déployer quatre autres technologies, d’ici à la fin de l’année, dans les écoles, collèges et lycées : "E-TAC" [projet e-Fran, lire sur AEF info], environnement tangible augmenté pour les apprentissages collaboratifs avec le laboratoire Perseus (Psychologie ergonomique et sociale pour l’expérience utilisateurs) ; "Ullo", dispositif de simulation multisensorielle pour améliorer la qualité de vie à l’école ; "Metal" [e-Fran], tête parlante 3D pour un apprentissage personnalisé des langues ; et également "Elaastic", application digitale dédiée à l’évaluation formative.

Pour mener à bien le projet Planete, nous nous appuyons sur le lycée Condorcet de Schœneck, qui fonctionnera en tiers-lieu. L’objectif, c’est l’essaimage de la recherche. L’académie de Nancy-Metz a un partenariat majeur avec de grands labos de recherche, ce qui lui permettra de faire venir les chercheurs dans les territoires éloignés, et de rencontrer les acteurs en présence - comme les chefs d’entreprise - sur des thèmes comme la digitalisation ou l’intelligence artificielle. C’est ainsi qu’un écosystème peut se mettre en place, pour l’Éducation nationale et au-delà.

AEF info : Après la mise sur pied d’un incubateur académique pour candidater aux AAP e-Fran (avec 3 projets retenus, lire sur AEF info), comment envisagez-vous la gouvernance de ces e-Lab ?

Christine François : Nous sommes en train d’inventer un mode de collaboration avec l’université de Lorraine. Ensemble, nous avons écrit un accord de consortium qui prévoit une gouvernance partagée, avec notamment le lycée support et les organismes de recherche dont dépendent les laboratoires. Chaque acteur aura une place. Cette dynamique va produire des résultats qu’il faudra protéger. Cela nécessite de répondre à certaines questions. Quels seront les engagements de chacun ? Qui est propriétaire des résultats ? Comment essaimer et valoriser ?

 

"Il y a aujourd’hui dans l’académie une culture de co-construction recherche/enseignement."

 

Ces projets de recherche appliquée - à l’instar des "e-Fran" - répondent à un besoin. L’enjeu avec Planete, c’est de les rendre disponibles, d’accompagner en formation, voire de leur apporter une deuxième vie ; par exemple, nous sommes en train de réactiver l’outil LyText (4), en le développant au niveau du collège, avec CoText. Il y a aujourd’hui dans l’académie une culture de co-construction recherche/enseignement. En proximité, les chercheurs pourront partager leurs travaux, et ainsi déclencher des collaborations. Il y aura un effet d’entraînement. Ce dispositif d’e-Lab, nous souhaitons le développer ailleurs par la suite : deux nouveaux territoires, qui s’inscrivent dans le plan ruralité (lire sur AEF info) devraient être concernés, début 2021.

AEF info : Quels sont les autres axes du projet Planete ?

Christine François : L’axe 2 de Planete permet de valoriser et mettre à disposition des outils ou applications intégrant de l’intelligence artificielle, des learning analytics, ou des interfaces homme-machine pour personnaliser les apprentissages. Et, troisième axe, il s’agit d’ouvrir un portail de recommandations de ressources pour les enseignants, grâce à l’IA. Nous sommes en train d’écrire le cahier des charges de développement pour "Lune" avec le Loria (laboratoire UL/Inria/CNRS), et espérons disposer d’un prototype à la rentrée 2021. Nous avons la chance unique, sur ce territoire, de compter des chercheurs mondialement reconnus en e-éducation.

(1) Une majorité des lycéens de la région Grand Est disposent de 100 % de manuels scolaires numériques (lire sur AEF info).

(2) Dans une première phase, le projet "e-Lab" à Forbach implique 26 écoles (dont 80 % en REP+), 6 collèges (dont 3 en REP+, l'un en cité éducative) et 5 lycées.

(3) Ces projets, qui représentent 12 M€ d’engagements, impliquent 6 000 élèves de tous niveaux et 2 100 enseignants.

(4) Développée en partenariat avec le laboratoire Atilf (Analyse et traitement de la langue française, CNRS-Université de Lorraine), cette plateforme donne accès à 124 textes littéraires interactifs, permettant notamment un entraînement aux épreuves anticipées de français.

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