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La hausse de la demande d’aide psychologique se heurte à la "très forte fragilité" des services de santé universitaires

Les études confirment ce que les acteurs de terrain ont relevé : le premier confinement a fortement impacté les étudiants sur le plan psychologique, avec des variations selon leur degré d’éloignement familial ou leurs conditions de vie matérielle. La santé mentale des étudiants est devenue un "réel sujet de préoccupation", selon Philippe Vendrix, président de l’université de Tours. Depuis l’annonce du reconfinement, les organisations de l’ESR appellent à maintenir le lien avec les étudiants, voire à faire revenir les plus fragiles sur les campus. AEF info fait le point sur la situation.

L'Université de Toulouse a maintenu les permanences des médecins, assistantes sociales et psychologues du service interuniversitaire de médecine préventive et de promotion de la santé (Simpps) pour accompagner les étudiants pendant la crise sanitaire. Droits réservés - DR - © Université de Toulouse

Le confinement a bel et bien eu un impact sur la santé mentale des étudiants : 50 % d’entre eux ont déclaré avoir souffert de solitude ou d’isolement pendant le 1er confinement – des chiffres qui grimpent à 61 % pour les étudiants étrangers, selon une enquête de l’OVE réalisée du 26 juin au 8 juillet 2020 et publiée début novembre. 31 % ont présenté des signes de détresse psychologique et plus du tiers se sont souvent sentis "très nerveux" (40,7 % pour les femmes, 25,9 % pour les hommes). La consommation d’alcool tend cependant à se réduire : 30 % des étudiants déclarent avoir réduit leur consommation d’alcool durant le confinement, et 14,5 % déclarent l’avoir augmentée.

Le bien-être étudiant devenu un "prérequis"

La dernière étude de l’OVE confirme ainsi "ce qui remonte des acteurs du terrain", estime Philippe Vendrix, président de l’université de Tours et de la commission vie étudiante à la CPU. Et laisse présager une nouvelle vague de détresse depuis la mise en place du nouveau confinement et le basculement à distance de tous les enseignements à l’exception de certains TP et des cours dispensés par les CPGE et BTS, le 2 novembre 2020. La santé mentale des étudiants est aujourd’hui un "réel sujet de préoccupation" pour Philippe Vendrix, interrogé le 22 octobre 2020 par la commission d’enquête installée à l’Assemblée nationale en septembre portant sur l’impact du Covid-19 sur la jeunesse (lire sur AEF info).

Ce qui autrefois restait une problématique marginale, tend à devenir une question majeure pour les universités. L’une des premières actions du réseau des VP vie étudiante et vie de campus, officiellement lancé en septembre 2020, a été de créer un groupe de travail sur la santé mentale afin de permettre l’échange de bonnes pratiques et d’amorcer des campagnes de communication pour déstigmatiser les problématiques psychiques sur les campus. "Avant, quand on parlait des universités, on n’évoquait que les questions de formation et de recherche, aujourd’hui le bien-être étudiant est un prérequis, la prise de conscience est plus forte chez tout un tas d’acteurs", confirme Clotilde Marseault, chargée de mission à la commission vie étudiante et vie de campus de la CPU.

"Partout les universités ont mis des moyens sur l’accompagnement psychologique des étudiants en renforçant les personnels dans les Sumps", estime Laurence Canteri, co-coordinatrice du réseau des VP vie étudiante et vie de campus.

Des études s’intéressent à la santé mentale des étudiants durant le confinement

 

Plusieurs études, dont les premiers résultats ont été présentés à l’occasion du colloque international s’intéressant à la santé mentale sur les campus organisé par l’université Toulouse-I Capitole les 26 et 27 octobre 2020, tendent également à montrer le lien direct entre le confinement et l’augmentation du stress et des signes de détresse psychologique chez les étudiants.

C’est le cas de l’étude Confins de l’Isped (université de Bordeaux) réalisée en ligne sur le premier confinement et portant sur un échantillon de 2 260 personnes dont 1 135 étudiants et 925 non-étudiant. Concernant le stress perçu, les étudiants déclarent être stressés à 55 %, contre 37,8 % pour le reste des enquêtés. Le taux de pensées suicidaires passe également de 5,8 % pour les non-étudiants à 10,2 % pour les étudiants. De même, 16,2 % des non-étudiants se disent dépressifs, contre 32,5 % des étudiants.

Une autre étude menée par le CERPPS et l’IFERISS (université Toulouse-II Jean Jaurès) portant sur un échantillon de 940 étudiants souligne l’importance de différents facteurs sur le niveau de stress ressenti : les étudiants qui ont des ressources financières à peine suffisantes ou très insuffisantes présentent des taux de détresse psychologique significativement plus élevés que les personnes plus à l’aise financièrement. Les femmes ont un score de détresse plus fort que les hommes, notamment en termes d’anxiété, de dépression et d’irritabilité. En ce qui concerne les conditions de travail universitaires, les personnes qui ont bénéficié des mêmes conditions d’études qu’avant le confinement présentent des niveaux de détresse psychologique moins élevés que les autres, tout comme les personnes qui ont eu autant, ou davantage de contacts avec leurs professeurs.

Hausse des demandes de consultations

Mais depuis l’annonce du reconfinement, la commission vie étudiante et vie de campus de la CPU indique que les services de santé font état d’une "recrudescence des demandes de consultations" de la part des étudiants. "Entre le confinement, le choc du déconfinement, cette rentrée à laquelle il a fallu constamment s’adapter, puis le reconfinement, on n’a fait qu’accumuler les tensions sans avoir de délais pour assainir la situation", regrette Philippe Vendrix, qui juge la situation particulièrement préoccupante pour les néobacheliers qui n’ont disposé que de deux mois pour prendre leurs marques à l’université.

Du côté des organisations étudiantes, les mêmes inquiétudes s’expriment. "Quid de l’accès aux soins dans les services de médecine préventive des universités, sous-dotés en personnel et budget ?", interroge Solidaires étudiants dans un communiqué diffusé le 7 novembre 2020, un an après l’immolation de l’étudiant Anas K. devant le Crous de Lyon. "Nous recevons de nombreuses demandes d’accompagnement psychologique de la part des étudiants, indique Paul Mayaux, président de la Fage. Nous les aidons pour qu’ils trouvent un interlocuteur, et le cas échéant, nous avons des crédits pour leur proposer un accompagnement avec un psychologue. Mais nos budgets sont limités et on ne peut pas payer cela à beaucoup d’étudiants."

Un manque d’offre pour les étudiants internationaux

Créée en 2016, l’association étudiante Nightline, qui propose aux étudiants une ligne d’écoute gratuite la nuit a également noté un doublement des appels "du jour au lendemain", sur la période du confinement. L’association parisienne qui compte une centaine de bénévoles est aujourd’hui en pleine expansion et ouvre trois nouvelles antennes à Lille, Lyon et Saclay. "On a également créé une ligne anglophone à Paris car on s’est rendu compte qu’il y avait des besoins importants pour les étudiants internationaux. Ils sont assez démunis dans leur recherche de soutien dans notre système du supérieur actuel", précise Florian Tirana, président de Nightline.

Les idées suicidaires représentent 1 appel sur 10

 

Parmi les motifs récurrents des appels des étudiants, le sentiment de solitude est devenu la problématique principale sur la période du confinement. Viennent ensuite les problèmes relationnels (amicaux, amoureux ou familiaux) et les enjeux liés aux études. Les idées suicidaires représentent un appel sur 10, indique le président de Nightline.

"Une cinquantaine de personnes nous contactent tous les soirs – pour des appels qui peuvent durer 1h30 – mais nous ne pouvons pas tous les prendre car nous manquons de bénévoles, souligne Florian Tirana. Nous lançons des appels à candidatures sur les listes de diffusion des établissements et dispensons des formations pour avoir plus d’effectifs."

Saturation des services de santé universitaires

Un même constat de saturation est dressé par les services de santé universitaire. En France, il faut compter un psychologue ETP pour près de 30 000 étudiants, selon les derniers chiffres du réseau des services de santé universitaire l’ADSSU, contre 1 ETP pour 3 500 étudiants dans des pays comparables à la France. "Nous sommes dix fois moins, et dans une très forte fragilité, estime Laurent Gerbaud, médecin directeur du pôle santé handicap de l’université Clermont-Auvergne, professeur de santé publique au CHU de Clermont-Ferrand et président de l’ADSSU. D’autres structures peuvent intervenir, comme les BAPU ou des lignes d’écoute de type Nightline, mais cela ne compense pas du tout cet écart." Résultat, il peut se passer deux mois entre une demande d’accompagnement et le début d’une prise en charge.

"Nous sommes dans un contexte de réelle défaillance de l’offre psychologique, où les structures qui proposent des consultations sont de toute façon très saturées en France : les CMP ont des délais d’attente de l’ordre de trois mois, rappelle-t-il. Lorsque nous avons des demandes d’étudiants, nous les faisons voir par un médecin pour évaluer le risque suicidaire, et la nécessité d’une hospitalisation. Même 15 jours de délai, cela paraît beaucoup dans ce type de situation."

50 ans de "non-investissement"

Selon le président de l’ADSSU, les services héritent de 50 ans de "non-investissement" dans le domaine, avec un manque global de locaux et d’importantes difficultés de recrutement – liées à l’absence de statut spécifique et des bases de rémunération alignées sur celles des psychologues de santé scolaire jugées trop faibles – alors que dans le même temps, le nombre d’étudiants a considérablement augmenté.

Or, avec le confinement, ces services en sous-effectif chronique se sont retrouvés face à un afflux de demandes difficile à absorber : les SSU, enquêtés par le réseau, ont relevé une augmentation de la demande de prise en charge de 56 à 148 % lors du précédent confinement. "Nous nous attendons à une augmentation du même ordre actuellement", indique Laurent Gerbaud, qui souligne la nécessité de renforcer les dotations actuelles de ces services.

Une "volonté commune d’avancer"

Le président de l’ADSSU note cependant une "volonté commune d’avancer" et une réelle prise de conscience de la part tant des présidents d’université que du MESRI : une réflexion est en cours sur les normes d’emploi pour les psychologues en SSU. Les services de santé universitaire comme les services sociaux peuvent cette fois-ci se maintenir sur les campus malgré le confinement.

Certaines universités ont également fait le choix de recruter, à l’image de l’université d’Orléans : "Nous avons recruté deux psychologues vacataires supplémentaires et les avons équipées de portables pour qu’elles puissent tenir des plages de permanences d’écoute et de soutien aux étudiants. Au sein du service santé, les infirmières effectuent, en rotation, des permanences physiques et l’on est en train de mettre en place des permanences sur site au sein des résidences universitaires pour les étudiants qui y vivent", indique Yann Mercier-Brunel, vice-président de la CFVU d’Orléans.

L’enjeu est aussi de renforcer la communication autour de l’offre disponible dans les universités, alors que plusieurs études insistent sur le manque de connaissances des étudiants sur les dispositifs d’accompagnement auxquels ils peuvent avoir accès. L’association Nightline prépare à ce titre une carte de la France qui agrégera tous les services d’accompagnement gratuits et qui sera disponible sur son site "d’ici un ou deux mois".

Soutenir les universités

Pour Philippe Vendrix, l’urgence est également à un investissement en termes de moyens et qui prenne en compte la diversité des territoires : "Est-ce qu’on ne se focaliserait pas sur des territoires à forte densité de boursiers, puisque les études montrent une concomitance entre détresse matérielle et détresse psychologique ? Ou des territoires avec des taux importants d’étudiants internationaux, au vu de l’éloignement qui peut également être un facteur de détresse ?"

"Donnons aux universités la capacité de traiter ces détresses en leur accordant l’encadrement nécessaire en termes de psychologues, de médecins – même temporairement dans cette période très difficile qui pourrait durer plusieurs mois", assène le président de l’université de Tours.

D’autant que la question de l’accompagnement psychologique ne se pose pas uniquement sur la période du confinement, mais également sur les mois qui suivront le déconfinement, selon Laurent Gerbaud. "Le confinement crée une soupape qui maintient les choses en l’état. Nous avons noté au moment du déconfinement davantage de cas de décompensation, indique le président de l’ADSSU. Il est fréquent d’avoir des réflexes de survie et de tenir le temps que le pire passe, ce n’est donc pas à ce moment-là qu’il y a une amplification des passages à l’acte de type tentative de suicide, mais plutôt après. Cela va également dépendre de la durée du confinement."

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Sarah Bos, journaliste