Politique de cookies
Le groupe AEF info utilise des cookies pour vous offrir une expérience utilisateur de qualité, mesurer l’audience, optimiser les fonctionnalités et vous proposer des contenus personnalisés. Avant de continuer votre navigation sur ce site, vous pouvez également choisir de modifier vos réglages en matière de cookies.
Politique de protection des données personnelles

Paramétrer Tout accepter

Service abonnements 01 83 97 46 50

Revenir en haut de la page

"On peut envisager une reprise des mobilités de manière à peu près normale en 2021-2022" (Marc Desmet, réseau des VP RI)

Les étudiants ont renoncé "massivement" à leurs projets de mobilités hors Europe, et ont également été un sur deux à renoncer à leurs échanges sur le sol européen : la crise a eu un fort impact sur les expériences à l'international et devrait continuer de perturber les échanges au moins jusqu'à la rentrée 2021, estime Marc Desmet, coordinateur du réseau des vice-présidents Relations internationales. Celui-ici revient pour AEF info sur les stratégies mises en place par les universités, notamment pour compenser les dépenses des étudiants rentrés en catastrophe au semestre dernier, et sur les perspectives d'évolution des expériences internationales, entre des mobilités "à la carte" et un "green" Erasmus.

Marc Desmet, vice-Président relations internationales de l’université de Tours et coordinateur du réseau des VPRI. Droits réservés - DR - Université de Tours


AEF info : Quelle stratégie a été mise en place par les universités en matière de mobilité pour cette rentrée ?

Marc Desmet : Les universités françaises ont été un cas un peu unique dans le paysage européen, parce qu'elles n’ont pas fermé leurs programmes d’échange, de la même manière que la politique "Bienvenue en France" a été maintenue au niveau ministériel.

Lors du confinement, l’ensemble des universités ont recommandé aux étudiants qui avaient un projet de mobilité hors Europe au premier semestre, de le reporter au second semestre, voire ont suspendu ces mobilités. On a fait ce choix et on a bien fait : on voit que la situation ne s’est pas améliorée depuis septembre, et reste très évolutive. Nous avons fait un accompagnement au cas par cas et leur avons proposé nos accords européens, qui, dans la plupart des cas, n’ont pas été suspendus.

Certains étudiant ont pu reporter leur projet de mobilité à l’année n+1, mais pour d’autres, c’est plus compliqué : pour les LEA par exemple, la mobilité obligatoire n’est prévue qu’en L3. Les équipes pédagogiques ont levé les obligations de mobilité pour la validation du diplôme pour cette année, comme cela a été le cas au semestre dernier.

AEF info : Quelles tendances se dessinent sur les destinations ?

 

"De manière assez surprenante, un étudiant sur deux a également renoncé à sa mobilité en Europe."

 

Marc Desmet : Il est encore trop tôt pour avoir des chiffres, mais il est clair que les étudiants ne se sont pas, ou se sont peu déplacés en dehors de l’Europe, pour trois raisons : dans le pays où ils souhaitaient se rendre, le contexte sanitaire ne le permettait pas ; le partenaire avait fermé provisoirement son accord de mobilité ; ou pour une question de vols commerciaux inexistants ou trop chers. D’où nos recommandations de reporter, et le renoncement massif des étudiants à des mobilités en dehors de l’Europe.

De manière assez surprenante, un étudiant sur deux a également renoncé à sa mobilité en Europe. Il y a une grande variabilité de situations, avec des partenaires qui ont fermé leurs accords, mais on note aussi que les étudiants ont pris conscience par eux-mêmes qu’il valait mieux reporter, surtout si une deuxième vague arrivait à l’automne. Nos étudiants sont inquiets, déçus, mais ils ont pris la mesure de la crise.

 

"Au printemps dernier, ce sont des milliers d’étudiants qui sont rentrés très rapidement de leurs lieux d’études. Ils ont dû tout laisser sur place, y compris leur location, et en prendre parfois une autre en charge en France."

 

Au-delà de tous les messages officiels, les étudiants communiquent beaucoup entre eux par les réseaux sociaux et ils se sont rendu compte que leurs prédécesseurs ont eu d’importantes difficultés : dans certains cas, il faut beaucoup anticiper son déplacement et payer le bailleur six mois à l’avance. C’est une problématique qui revient chaque année, mais au printemps dernier, ce sont des milliers d’étudiants qui sont rentrés très rapidement de leurs lieux d’études. Ils ont dû tout laisser sur place, y compris leur location, et en prendre parfois une autre en charge en France.

Tous les établissements ont mis en place des commissions pour les frais supplémentaires payés par les étudiants sur ce semestre-là. Et elles ont été extrêmement sollicitées. À l’université de Tours, on est à plus de 150 000 euros de demandes pour le deuxième semestre 2020, pour environ 500 étudiants. On a négocié auprès des guichets de financement de nos régions pour que les fonds soient maintenus, même s’il y avait un retour d’urgence. L’agence Erasmus a également mis en place un cas de force majeure pour permettre aux étudiants de bénéficier d’indemnités.

AEF info : Quel bilan faites-vous pour les mobilités entrantes ?

Marc Desmet : Sur les programmes d’échange, nous avons une baisse assez vertigineuse des mobilités entrantes, car les établissements partenaires ont également recommandé aux étudiants de ne pas se déplacer au premier semestre.

Les mobilités en provenance d’Amérique du Nord et d’Amérique latine sont en baisse ; sur l’Asie, et notamment l’Asie du sud, c’est une vraie chute. La baisse est plus modérée en Europe : les partenaires ont un peu moins fermé leurs accords, et les étudiants européens sont plus à l’aise dans leurs déplacements qu’en dehors de l’Europe.

AEF info : Comment se profilent les mobilités au second semestre ?

Marc Desmet : En Europe, la mobilité sortante ne pose pas trop de problèmes pour ceux qui n’y ont pas encore renoncé. En revanche, nous accompagnons au cas par cas la mobilité sortante du 2e semestre en dehors de l’Europe. En Amérique latine, les mobilités seront quasi impossibles, mais on sait que les mobilités en Asie devraient pouvoir se remettre en place, par exemple au Japon et en Corée, où les rentrées universitaires sont décalées par rapport aux nôtres et démarrent en avril.

 

"Le contexte reste encore très évolutif. Nous nous attendions à une rentrée compliquée, mais pas à ce point."

 

Les mobilités ne sont pas possibles pour l’instant aux États-Unis. On négocie au cas par cas, et on échange pour trouver des solutions qui permettront aux étudiants de partir, mais on sait que cela va être difficile : les solutions trouvées peuvent être annulées à quelques semaines du départ, soit car la crise repart, soit parce que l’établissement est obligé de fermer ses portes, etc. Le contexte reste encore très évolutif. Nous nous attendions à une rentrée compliquée, mais pas à ce point. Il faut dire clairement les choses : on peut envisager une reprise des mobilités de manière à peu près normale en 2021-2022.

AEF info : Comment envisager les futures mobilités ?

Marc Desmet : Le programme Erasmus a eu 33 ans cette année et nous le voyons dans les établissements, les destinations européennes ne sont plus aussi plébiscitées qu’il y a une dizaine d’années. Nous travaillons depuis longtemps sur de nouvelles formes de mobilités et de partenariats, pour relancer notre politique internationale. Nous sommes de plus en plus sur des partenariats privilégiés et stratégiques, et nous misons sur la qualité de l’accueil à travers les retours d’expérience des étudiants et le contact établi avec les partenaires.

 

"Nous travaillons sur de nouvelles formes d’expériences, avec la prise en compte d’une participation à une école d’été ou d’hiver."

 

Il y a plus de demandes de mobilités à la carte, pas forcément au semestre ou à l’année, car on a des profils d’étudiants plus diversifiés. Nous travaillons sur de nouvelles formes d’expériences, avec la prise en compte d’une participation à une école d’été ou d’hiver (une école disciplinaire en sciences, maths sup ou droit, par exemple).

L’offre se développe, mais il y a encore du chemin à faire. Plutôt que d’avoir un système rigide, où l’étudiant va avoir un contrat pédagogique à 30 ou 60 crédits, nous pourrons proposer des alternatives qui permettront à certains étudiants qui ne se sentent pas à l’aise à l’idée de partir six mois ou un an chez un partenaire, de valider une école d’été. Nous pouvons imaginer aussi un cours à distance chez un partenaire où il y a un département d’enseignement sur une thématique de pointe qui n’est pas représentée dans l’établissement d’origine.

AEF info : À quel horizon ces nouveaux dispositifs pourraient-ils voir le jour ?

 

"Nous sentons que les étudiants sont plus en demande de mobilités à la carte et de pouvoir capitaliser des crédits sous des formes alternatives."

 

Marc Desmet : La reconnaissance de ces dispositifs est en cours. Mariya Gabriel, commissaire européenne à l’Innovation, à la Recherche, à la Culture, à l’Éducation et à la Jeunesse, l’a souligné : il faut s’engager sur la possibilité d’aller capitaliser des micro-crédits, et de panacher, d’hybrider des mobilités courtes/longues, à distance etc.

Qui dit "panacher" veut aussi dire "impact sur le gaz à effet de serre plus important", mais nous voyons apparaître des programmes comme le "Green deal" et le "Green Erasmus", des politiques incitatives qui permettraient à un étudiant de partir chez un partenaire en prenant un autre moyen de transport que l’avion. Nous sentons que les étudiants sont plus en demande de mobilités à la carte et de pouvoir capitaliser des crédits sous des formes alternatives.

AEF info : Quel pourrait être l’impact de la crise sur le long terme ?

 

"Nous pouvons tout à fait imaginer que nous allons utiliser de l’hybride, du synchrone, de l’asynchrone, tout cela peut se combiner, du moment qu’à moyen terme, nos étudiants puissent vivre à nouveau l’expérience de la mobilité."

 

Marc Desmet : J’espère que la crise va pousser les enseignants-chercheurs à travailler différemment et à revoir leurs mobilités. Je fais partie de ceux qui souhaitent que nous nous déplacions moins. Si la crise se maintient durablement, il faut que nous, qui sommes en responsabilités, nous mettions en retrait dans nos déplacements et privilégions ceux des étudiants.

Il est intéressant de s’interroger sur notre propre bilan carbone, mais j’espère qu’on n’imposera pas un cadre trop rigide pour les étudiants. Nous ferons tout pour qu’ils puissent continuer à construire leurs projets en Australie, en Argentine, en Ouzbékistan, etc. Nous pouvons tout à fait imaginer que nous allons utiliser de l’hybride, du synchrone, de l’asynchrone, tout cela peut se combiner, du moment qu’à moyen terme, nos étudiants puissent vivre à nouveau l’expérience de la mobilité. Avec nos travaux en réseaux, nos étudiants qui nous représentent à l’étranger ou ceux que l’on accueille, nous jouons un rôle majeur dans ce monde en repli sur soi.

Fermer
Bonjour

Vous souhaitez contacter

Sarah Bos, journaliste