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"Dans les zones de forte circulation du virus, fermer les collèges, lycées et universités s’impose" (Antoine Flahault)

"Dans les zones de forte circulation du virus, la fermeture des collèges, lycées et universités s'impose car ce sont des hauts lieux de propagation", affirme Antoine Flahault, épidémiologiste et professeur de santé publique à l’université de Genève (Suisse) (1), lors d’un entretien avec AEF info, lundi 12 octobre 2020. "En revanche, les tout-petits peuvent continuer à aller à l’école, parce qu’ils ne semblent pas être des vecteurs importants de la propagation de cette épidémie et pour ne pas arrêter complètement la vie sociale et économique", ajoute-t-il. Cependant, le professeur Flahault recommande le port du masque chez l’enfant dès l’âge de six ans pour limiter les contagions, notamment chez les enseignants. Il explique l’importance du renouvellement de l’air intérieur, les contaminations se produisant "probablement dans 70 à 85 % des cas par aérosols".

Antoine Flahault, épidémiologiste et professeur de santé publique à l'université de Genève. Libre de droits

AEF info : Quelles mesures faut-il prendre pour le système scolaire et universitaire alors que la deuxième vague de l’épidémie devient une réalité en Europe ?

Antoine Flahault : Dans les zones de forte circulation du virus, la fermeture des collèges, lycées et universités s’impose car ce sont des hauts lieux de propagation. C’est une solution raisonnable parce que les adolescents se comportent comme des jeunes adultes et présentent donc les mêmes risques de contagion. Fermer ces établissements est aussi un moyen d’alléger la pression sur les transports publics. Évidemment, l’enseignement à distance pose des questions mais on peut espérer que l’enseignement secondaire et supérieur y a réfléchi pendant le répit estival. En revanche, les tout-petits peuvent continuer à aller à l’école, parce qu’ils ne semblent pas être des vecteurs importants de la propagation de cette épidémie et pour ne pas arrêter complètement la vie sociale et économique.

AEF info : Le risque de contagion est-il limité dans les écoles ?

Antoine Flahault : L’école primaire s’est révélée depuis le début de l’épidémie comme un lieu de clusters possible mais pas majeur. Cependant, il faut rester prudent : comme nous avons fait très peu de tests chez les petits enfants, l’image est encore un peu floue. Il est d’ailleurs urgent de développer des tests salivaires rapides pour les enfants, plus adaptés pour eux que les tests PCR avec prélèvements rhino-pharyngés. Ce qui est sûr, c’est que la contamination ne représente pas une prise de risque majeure pour les enfants. Elle représente un risque évidemment plus important pour leurs familles.

AEF info : Faut-il s’inquiéter pour les enseignants français, qui font classe à des enfants qui ne portent pas de masques à l’école primaire ?

 

"Pour hausser le niveau de protection, les enfants doivent pouvoir mettre le masque à partir de l’âge de six ans"

 

Antoine Flahault : Les enseignants portent le masque, ce qui les protège de façon partielle. À partir du moment où ils respirent toute la journée dans les aérosols émis par les élèves en classe, ils peuvent être contaminés. Pour hausser le niveau de protection, les enfants doivent pouvoir mettre le masque à partir de l’âge de six ans, comme le recommande l’OMS.

L’association américaine de pédiatrie ou les autorités coréennes recommandent même le port du masque dès l’âge de deux ans. En Chine, à partir de trois ans. Je pense donc qu’à partir de six ans, c’est tout à fait faisable. Au dessous, ce serait bien mais c’est plus difficile, comme d’ailleurs de faire respecter les règles de distanciation sociale aux tout-petits.

AEF info : Vous évoquez les aérosols. Expliquez-nous pourquoi il faut aérer fréquemment les classes, une recommandation très présente en Allemagne mais peu reprise en France.

Antoine Flahault : Il faut revenir aux modes de transmission du coronavirus, en se fondant sur des données récentes. Ce virus se transmet de trois manières : par des grosses gouttelettes de postillon quand vous toussez ou éternuez, suffisamment lourdes pour retomber rapidement par terre dans un rayon de 1 ou 2 mètres de la source émettrice ; par la contamination de surfaces planes par ces gouttelettes ; par la présence de gouttelettes plus fines, que l’on appelle les aérosols, que vous émettez en respirant, en parlant (dix fois plus), en chantant ou en criant (50 fois plus) et qui flottent dans l’air pendant plusieurs heures en lieux clos. L’hiver, vous voyez ces aérosols lorsque vous respirez en milieu extérieur et qu’il se forme un petit nuage de condensation depuis votre bouche et narines.

Une méta-analyse de 25 essais randomisés montre que les surfaces planes représentent environ 15 % des contaminations. Les grosses gouttelettes tombent très vite sur le sol, à moins que quelqu’un éternue sur votre visage et que les postillons atteignent vos yeux, vos narines ou votre bouche : c’est une modalité de transmission relativement rare sur un plan balistique, sauf peut-être pour les personnels de santé ou ceux au contact des personnes âgées ou de la petite enfance. Dès lors, la contamination se fait probablement dans 70 à 85 % des cas par aérosols. Ce serait donc la voie majeure de transmission du virus.

AEF info : Comment se prémunir contre ce risque ?

Antoine Flahault : Je voudrais suggérer une analogie qui nous aide à visualiser le concept d’aérosols : il s’agit de la fumée de cigarette, qui est aussi un aérosol. Si quelqu’un fume dans une pièce fermée, mal aérée, le nuage va persister assez longtemps. Pour ce virus, c’est pareil : si vous restez exposés plus de dix à quinze minutes à cet aérosol, vous risquez davantage d’être contaminé. Cela explique l’importance de la ventilation. Dans un TGV ou un avion, le risque de transmission n’est pas très élevé, si les passagers portent le masque, parce que l’air est entièrement renouvelé au moins dix fois par heure.

Pour réduire le risque de contamination, il faudrait renouveler dans tous les lieux clos l’air au moins six fois par heure. C’est très exigeant : à titre de comparaison, chez vous une ventilation mécanique contrôlée (VMC) récente et bien entretenue renouvelle l’air entre une et trois fois par heure.

 

"Seule l’accumulation des mesures barrière est efficace dans cette stratégie de réduction des risques"

 

Il s’agit bien de renouveler l’air, pas d’effectuer un brassage comme le ferait un ventilateur. Dans les locaux qui n’ont pas de système de climatisation ou de ventilation contrôlée, il faut avoir les fenêtres grandes ouvertes, mais aussi diminuer le nombre de personnes dans la pièce, porter le masque, garder ses distances et ne pas rester trop longtemps. Seule l’accumulation des mesures barrière est efficace dans cette stratégie de réduction des risques. Il faut avoir conscience que le risque zéro n’existe pas, à moins de ne jamais aller dans un milieu fermé et de toujours garder la distance physique en milieu intérieur comme extérieur.

AEF info : Pourquoi l’importance de la contamination par aérosols n’est-elle pas reconnue dans tous les pays ?

Antoine Flahault : La confirmation de la transmission des coronavirus par aérosols a été apportée avec le SARS-Cov-1 dès 2003. Pour le SARS-Cov-2, il y a eu des alertes assez précoces lors de rapports sur la transmission du virus dans un restaurant, puis un bus en Chine, mais aussi dans les transports en commun à New-York, et les événements de super-propagations survenus dans des chorales ou des mariages. Ces événements ne peuvent s’expliquer que par la transmission par aérosol. Dans un mariage, les invités ne toussent ni n’éternuent les uns sur les autres. En revanche, ils parlent, crient ou chantent. Des expérimentations ont aussi été menées sur des animaux : des hamsters et des furets ont été contaminés de cette façon.

 

"Les données se sont accumulées au fil des mois. Il y a très peu d’arguments aujourd’hui contre la voie par aérosol"

 

Angela Merkel, conseillée par [le virologue] Christian Drosten en Allemagne, mais aussi [l’immunologue] Anthony Fauci, aux États-Unis, ont été parmi les premiers à reconnaître l’importance de cette voie de transmission. Les Japonais aussi, qui prennent des mesures sur le sujet. L’OMS et le CDC (Centers for Disease Control and Prevention) d’Atlanta n’ont pas été très rapides à reconnaître la voie par aérosols et la considèrent encore comme une voie mineure. Mais les données se sont accumulées au fil des mois. Il y a très peu d’arguments aujourd’hui contre la voie par aérosol, seule la part dans les contaminations fait encore débat aujourd’hui. Mais elle pourrait se révéler très élevée.

Il faut arrêter en revanche de préconiser les masques à l’extérieur. Les mesures sont suffisamment lourdes pour ne pas en ajouter qui n’ont aucun fondement scientifique. Comme pour le tabagisme passif qui ne survient pas à l’extérieur, il y a peu de risques de contamination dehors, à moins d’être dans des espaces extrêmement surpeuplés sans distance physique possible. Mieux vaut rappeler les gestes barrière en intérieur : porter un masque, garder ses distances, se laver les mains et renouveler l’air très fréquemment.

Deux pistes pour améliorer l’aération dans les salles de cours

 

Sera-t-il possible d’aérer les salles de classe six fois par heure en plein hiver ? Et comment faire lorsque les fenêtres ne s’ouvrent pas ? Existe-t-il des alternatives ? C’est la conviction de la région Auvergne-Rhône-Alpes, qui a prévu de voter les 15 et 16 octobre 2020 un plan régional de 10 M€ pour acheter des dispositifs de purification de l’air "afin de réduire au maximum la propagation du virus dans les espaces clos".

La moitié de ces fonds est destinée aux 565 lycées publics et privés du territoire, l’autre moitié au cofinancement (avec les communes) d’équipements dans les écoles mais les médiathèques et les maisons de santé. Plusieurs moyens de purification de l’air (par l’ozone, par photocatalyse, par lumière noire) seront testés avec des entreprises régionales pendant les vacances de la Toussaint. Une première phase expérimentale a déjà eu lieu dans 20 lycées volontaires depuis la rentrée (lire sur AEF info).

Une autre piste consiste à fournir aux enseignants un outil de mesure du taux de CO2 dans leur classe, pour qu’ils puissent savoir quand il est indispensable de l’aérer pour réduire la présence du virus dans l’air. Le fab-lab de Centrale Supélec a lancé un projet collectif de conception de capteurs sur son site web, répondant à une proposition publique du Dr Yvon le Flohic, un médecin généraliste très actif sur Twitter (@DrGomi). Des projets équivalents ont déjà été lancés en Allemagne (ici et ).

Par ailleurs, retrouvez le replay du webinaire avec l’épidémiologiste Arnaud Fontanet organisé début juillet par AEF info : il évoque également la question des aérosols et l’importance de l’aération (lire sur AEF info).

(1) Docteur en médecine et en biomathématiques, Antoine Flahault a fondé et dirigé de 2007 à 2012 l’École des hautes études en santé publique (EHESP) à Rennes. Spécialiste de la modélisation mathématique des épidémies, il a notamment développé avec l'OMS le système mondial de surveillance de la grippe FluNet et a coordonné les recherches sur le chikungunya dans l'Océan Indien (Prix Inserm 2006). Il a été nommé en 2014 professeur de santé publique à l'École de médecine de l'université de Genève, où il dirige l’Institut de santé globale.

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Sylvain Marcelli, journaliste