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Promotions des enseignants-chercheurs : 6 universités ont attribué à peine 50 % de leur quota local en 2019

En 2019, selon le bilan de la DGRH, 6 universités sur 67 ont attribué à peine 50 % de leur quota de promotions à leurs enseignants-chercheurs : une situation dénoncée par le Snesup-FSU qui publie un "classement des établissements qui entravent" l’avancement. Sont notamment pointés du doigt Rennes-I et Nanterre. Retrouvez les chiffres par université, mais aussi l’éclairage de Bruno Bureau, VP RH de Rennes-I sur les "deux périodes de déficit budgétaire", et de Philippe Gervais-Lambony, président de Nanterre, dont l’établissement calcule chaque année un "nombre maximal de promotions soutenables".

SOURCES ET méthodologie

 

Les données utilisées sont issues des bilans chiffrés de la DGRH (octobre 2019) qu’AEF a pu consulter. Pour les données les plus détaillées, nous avons pris en compte les établissements pour lesquels un "quota local" de promotions autorisées en 2019 était précisé : cela concerne 67 universités et 26 autres établissements (écoles d’ingénieurs, ENS, voire Comue). Notre analyse chiffrée s’attache tout particulièrement aux universités.

Fondé sur le même document, le "classement 2020 des établissements qui entravent l’avancement des enseignants-chercheurs" publié début octobre par le Snesup-FSU "est établi à partir de trois classements intermédiaires respectivement sur les critères suivants (le plus grand nombre est le 'mieux' classé) : l’effectif de candidats non retenus dès lors qu’il existe une promotion autorisée inutilisée ; le nombre de promotions autorisées inutilisées ; la part des promotions inutilisées parmi celles autorisées", explique le syndicat.

Comment fonctionne l’avancement ?

Au fil de leur carrière, les enseignants-chercheurs montent d’échelon à un rythme défini par avance, au sein de leur grade (1). S’ils souhaitent accéder à un grade supérieur au sein de leur corps, en revanche, il leur faut candidater. L’avancement a lieu, pour moitié, sur proposition de la section compétente du CNU qui est la première à examiner les dossiers, et pour moitié sur proposition des conseils de l’établissement qui examinent ensuite les dossiers. Ces différentes instances proposent les promotions dans la limite du contingent de possibilités qui leur a été notifié par le ministère pour chaque corps et chaque section disciplinaire : il existe ainsi un quota national de promotions – à de rares exceptions près, les sections CNU attribuent tout ce que le quota leur permet – et un quota local de promotions – les établissements sont parfois enclins à ne pas utiliser l’entièreté du quota, pour des raisons budgétaires.

Les enseignants-chercheurs promouvables sont ceux qui remplissent les conditions d’ancienneté définies par leurs statuts. Ils doivent déposer un dossier de candidature, ce qui permet de dégager le taux de candidature par rapport au vivier de promouvables. L’autre ratio considéré ici porte sur le taux de promotion, soit le nombre de promus rapporté à celui des candidats.

Les ratios (promus/promouvables) qui permettent de déterminer le nombre maximum d’avancements de grade pouvant être prononcés pour les années 2018, 2019 et 2020 figurent dans l’arrêté du 6 août 2018. Ils sont respectivement de :

  • 20 % des agents promouvables pour les MCF HC (maîtres de conférences hors classe),
  • 15 % pour les PR 1C (professeur 1re classe) et les PR CE1 (professeur classe exceptionnelle 1er échelon)
  • de 21 % pour les PR CE2 (professeur classe exceptionnelle 2e échelon).

Ces taux sont inchangés depuis 2011 (2012 pour les PR CE2).

Par ailleurs, peuvent être promus MCF EX (maître de conférences échelon exceptionnel au sein de la hors classe), échelon créé par le décret du 9 mai 2017, les maîtres de conférences hors classe justifiant d’au moins trois ans de services effectifs dans le 6e échelon de cette même classe. L’arrêté du 10 juillet 2018 fixe le pourcentage des effectifs pouvant accéder à l’échelon exceptionnel des MCF :

  • 2 % de l’ensemble du corps en 2017,
  • 4 % en 2018,
  • 6 % en 2019 pour atteindre un maximum de 10 % à compter de 2023.

Le quota local de promotions est sous-employé pour les MCF EX

Un tiers des promouvables sont candidats et 86 % des quotas locaux de promotions sont utilisés. Lors de la campagne d’avancement 2019, selon le bilan de la DGRH auquel AEF info eu accès, un tiers des enseignants-chercheurs éligibles à une promotion se sont portés candidats pour l’obtenir. "Ce ratio témoigne de l’autocensure qui peut régner : plusieurs collègues ne déposent pas de dossier car ils se disent qu’ils n’auront pas l’avancement souhaité", pointe auprès d’AEF info début novembre Philippe Aubry, secrétaire général adjoint du Snesup-FSU. Une fois candidats, ces enseignants-chercheurs ont eu globalement une chance sur deux d’être promus en 2019 (47 %). Au total, 3 684 avancements ont ainsi été prononcés : les sections CNU en ont accordé 1 976, tandis que les établissements en ont attribué 1 708, utilisant 86 % des quotas locaux dont ils pouvaient disposer.

La "hors classe" des maîtres de conférences représente le gros des effectifs de promouvables. Avec 9 326 individus pouvant y prétendre en 2019, le grade MCF HC concentre 40 % des effectifs totaux des éligibles, tandis que l’échelon MCF EX draine 9 % de ce total. Le grade PR 1C voit quant à lui confluer 19 % des effectifs éligibles à un avancement, contre 21 % pour PR CE1 et enfin 11 % pour le grade ultime d’une carrière d’enseignant-chercheur, PR CE2.


62 % des quotas locaux utilisés pour les MCF EX. L’échelon MCF EX semble moins marqué par une potentielle autocensure : le taux de candidature y est plus élevé que pour les autres, avec 44 % des promouvables se portant candidats contre 30 % à 38 % ailleurs. Cette audace, de plus, paie : 77 % des candidats sont promus, contre 38 % à 48 % ailleurs. En revanche, la part de quota local utilisé par les établissements est bien inférieure concernant les MCF EX puis qu’elle plafonne à 62 %, contre 93 % à 94 % dans les autres grades.

Cette situation inquiète Philippe Aubry (Snesup-FSU) : "Le CNU attribue tout ce qu’il peut. Mais un grand nombre d’avancements n’ont pas été faits au niveau local. C’est une perte de chance pour certains collègues dans certains établissements, alors même que ce qu’a introduit le protocole PPCR est que les fonctionnaires ont vocation à passer en 2e grade sauf exception. En 2018, presque 30 % des maîtres de conférences partent à la retraite au dernier échelon de leur classe, sans être passés à l’échelon exceptionnel. C’est une vraie source de blocage des carrières, alors que le ratio comparable est de 20 % chez les Prag."

Dans la visualisation ci-dessous, retrouvez, pour chacun des 5 grades auxquels les enseignants-chercheurs pouvaient postuler, les taux de candidature (en orange), taux de promotion (en bleu foncé), le nombre d’avancements accordés respectivement par les sections CNU (en bleu clair) et les établissements (en rouge), ainsi que la part du quota local utilisé par ces établissements (en rose) observés en 2019. L’épaisseur de la barre des taux de candidature varie en fonction du nombre de promouvables. Au survol, affichez les valeurs absolues.

Seules 27 universités parmi 67 ont utilisé tout leur quota de promotions

Tous grades confondus, il apparaît que parmi les 67 universités :

  • 6 universités ont attribué tout au plus 50 % des avancements qu’elles pouvaient accorder à leurs enseignants-chercheurs. Parmi elles, Paris-Nanterre, qui affiche le taux le plus bas en ayant accordé 9 des 37 promotions qu’elle était autorisée à octroyer, soit 24 %. Mais aussi Rennes-I, Perpignan, Besançon, Brest, Bretagne-Sud.
  • 7 universités ont utilisé entre 51 % et 79 % de ce quota. Il s’agit de Tours, Avignon, Paris-III, Évry, Nice, Toulon, Clermont Auvergne.
  • 14 universités ont promu leurs enseignants-chercheurs à une hauteur comprise entre 80 % et 90 % de leur quota.
  • 13 universités à une hauteur comprise entre 91 % et 100 %.
  • Enfin, 27 universités ont utilisé tout leur quota disponible de promotions.

Dans la visualisation ci-dessous, sélectionnez le groupe d’universités donc vous souhaitez connaître le taux de candidature de ses enseignants-chercheurs tous corps et grades confondus (en orange), leur taux de promotion (en bleu foncé), le nombre d’avancements accordés respectivement par les sections CNU (en bleu clair) et l’université (en rouge), ainsi que la part du quota local utilisé par l’université (en rose) en 2019. Vous pouvez également inclure les écoles d’ingénieurs / ENS / Comue, non sélectionnées par défaut.

Grade par grade, la comparaison des politiques d’avancement des 67 universités

Au grade MCF HC, 10 universités parmi les 67 n’utilisent pas la totalité du quota autorisé. Paris-Nanterre en premier lieu, qui accorde un seul avancement sur les 12 permis, refusant en pratique 11 promotions autorisées à 25 candidats promouvables, une fois les sections CNU s’étant prononcées. En revanche, 29 universités ont promu davantage d’enseignants-chercheurs localement que les sections CNU ne l’avaient fait. L’accent semble donc être mis sur ce grade dans la majorité des établissements, pour permettre aux maîtres de conférences 2e classe d’évoluer.

Au grade MCF EX, en revanche, 38 universités n’utilisent pas la totalité du quota autorisé. Cinq universités ne l’utilisent, même pas du tout : Avignon, Bretagne-Sud, Évry, Paris-Nanterre, Perpignan. L’université de Lorraine attribue seulement 8 des 25 promotions autorisées en présence de 29 candidats. Seules Montpellier, Montpellier-III et Paris-VII (désormais réunie avec Paris-V au sein d’université de Paris) ont promu davantage d’enseignants-chercheurs que les sections CNU parmi leurs personnels.

Au grade PR 1C, 7 universités n’emploient pas tout leur quota de promotions. En particulier, Rennes-I, Nanterre, Brest et Perpignan restent sous la barre des 50 % du quota : l’université de Rennes-I refuse ainsi à 23 candidats promouvables l’une des 4 promotions qu’elle a choisi de ne pas utiliser parmi les 5 autorisées. En revanche, 19 universités ont promu davantage d’enseignants-chercheurs que les sections CNU.

Au grade PR CE1, 7 universités, dont Nantes, n’emploient pas tout leur quota de promotions. En revanche, 25 universités ont promu davantage d’enseignants-chercheurs que les sections CNU.

Enfin, au grade PR CE2, 7 universités, dont Rouen et Toulon, n’emploient pas tout leur quota de promotions. 26 universités, quant à elles, ont promu davantage d’enseignants-chercheurs que les sections CNU.

Dans la visualisation ci-dessous, sélectionnez le grade qui vous intéresse pour comparer les politiques d’avancement des 67 universités lors de la campagne 2019. Vous pouvez également comparer les 26 autres établissements (de type école d’ingénieur, ENS ou Comue). Si un établissement en particulier vous intéresse, vous pouvez le surligner parmi les 67. Les valeurs absolues sont disponibles au survol des barres.


LE SNESUP-FSU S’EN ÉMEUT ET DRESSE SON "PODIUM"

 

"Ces derniers mois, les questions de revalorisation des carrières scientifiques dont celles des enseignants-chercheurs sont abondamment évoquées [notamment dans le cadre du protocole d’accord sur les carrières et les rémunérations dans l’ESR, lire sur AEF info]. Mais derrière les discours qui semblent faire consensus, un bon nombre de directions d’établissements d’enseignement supérieur procèdent sans bruit à une véritable dévalorisation de ce métier", alerte le Snesup-FSU, qui publiait le 6 octobre dernier le "classement 2020 des établissements qui entravent l’avancement des enseignants-chercheurs".

En 2019, "les maîtres de conférences se sont ainsi retrouvés privés d’environ 15 % des possibilités d’avancement local au sein de leur corps, et les professeurs d’université plus de 6 %", déplore le syndicat, qui interroge : "Comment l’expliquer, si ce n’est par les choix politiques des équipes présidentielles ?"

Celui-ci dresse cinq podiums des établissements "qui ont le plus saccagé les perspectives de carrière au sein d’un corps d’enseignant-chercheur lors de la campagne 2019" :

  • Hors-classe des MCF : 1) Paris Nanterre ; 2) Rennes-I ; 3) Besançon
  • Échelon exceptionnel de la hors-classe des MCF : 1) Lorraine ; 2) Rennes-I ; 3) Clermont-Auvergne
  • 1re classe des PR : 1) Rennes-I ; 2) Paris Nanterre ; 3) Perpignan
  • 1er échelon classe exceptionnelle des PR : 1) Rennes-I ; 2) Nice ; 3) Ensam
  • 2e échelon classe exceptionnelle des PR : 1) Paris Nanterre ; 2) INP de Grenoble ; 3) Rennes-I.

Rennes-I : GVT et déficits budgétaires

Bruno Bureau, vice-président en charge des ressources humaines à l’université Rennes-I, réagit à ce classement, à l’occasion d’un échange avec AEF info fin octobre. "Nous nous sommes retrouvés dans une démarche de modération salariale pour limiter notre GVT, mais également en raison de déficits budgétaires en 2010-2011 puis en 2016-2017. Ce qui explique que depuis 2012, notre établissement a réalisé un nombre très limité de promotions locales", explique-t-il. "Avec ces exercices budgétaires déficitaires, il a fallu réagir vite, en opérant une stratégie de modération salariale", ajoute-t-il.

En parallèle, Bruno Bureau rappelle que le nombre de promotions obtenues cette fois-ci au niveau national pour Rennes-I a, lui, beaucoup augmenté et en continu. Ainsi, il précise que ces promotions sont passées de 13 en 2008 à 49 en 2019. "Ce qui nous a aussi obligés à adapter notre stratégie au niveau local", commente le VP RH.

"Pour les promotions locales, nous privilégions des enseignants très investis localement", explique Bruno Bureau. "Mais évidemment, cela ne veut pas dire que les autres ne s’investissent pas ! Sachant que dans le cadre d’une promotion nationale, le volet 'investissement local' est aussi regardé. Il ne faut pas croire que seul le dossier recherche compte pour ces promotions", ajoute le VP RH.

"Nous ne nous satisfaisons pas de la situation" au niveau local

"Nous avons recommencé à augmenter les promotions locales depuis l’année dernière, autrement dit depuis que notre situation financière s’est assainie", note le VP RH, qui ajoute qu’au total, entre le local et le national, le nombre de promotions au total est passé entre 2008 et 2019 de 30 à 60. "Nous avons de bons résultats à Rennes-I. Nos enseignants-chercheurs ont de bons dossiers. Mais évidemment, dans ce cas, pourquoi les punir au niveau local, me direz-vous ?"

"Maintenant, nous ne nous satisfaisons pas de la situation et nous souhaitons faire mieux au niveau local", réagit-il. Il souligne qu’au local : 7 promotions ont été réalisées en 2018, 14 en 2019. "Il s’agit notamment de passages à la hors classe pour les MCF. En 2019, cela représentait 8 promotions sur 14. Car au national, c’est là où les blocages sont les plus importants", estime Bruno Bureau.

NANTERRE : "Le nombre important via le CNU réduit la part des avancements locaux"

"L’université Paris-Nanterre, lors de ses campagnes d’avancement annuelles, a une démarche qui combine la prise en compte des promotions obtenues au niveau national via le CNU et les avancements locaux. Chaque année le nombre maximal de promotions soutenables par corps et par grade est débattu et décidé par les instances au mois de janvier", rappelle Philippe Gervais-Lambony, président de l’université Paris-Nanterre. Il précise que "le nombre d’avancements locaux dépend donc, ensuite, des retours du CNU au printemps (à l’exception de l’année 2020 où ce calendrier a été décalé), qui est aussi mis en regard des chiffres indiquant le nombre de promotions soutenables pour l’établissement transmis par le ministère".

"Le nombre important de promotions de collègues de l’établissement par le CNU, ce qui est un signe positif, réduit donc la part des avancements locaux", commente par ailleurs le président de Paris-Nanterre. Il souligne que par exemple, en 2020, le nombre total de promotions CNU (51) dépassait le nombre total de promotions "globalement indiqué comme soutenable par l’établissement". Et Philippe Gervais-Lambony d’ajouter que "cette politique s’inscrit dans le contexte d’un établissement où la masse salariale mobilise un peu plus de 80 % du budget et où la compensation du GVT n’est plus assurée par le ministère".

Un effort particulier sur les maîtres de conférences à la hors classe

Le président de l’université francilienne indique qu’une fois le nombre de promotions possibles par corps et par grade bien établi, le travail d’évaluation et de classement des dossiers est fait par les élus du conseil académique restreint, sur la base des trois principaux critères que sont l’activité pédagogique, la participation aux responsabilités collectives, l’activité de recherche. "Le retour des sections CNU est aussi intégré à la réflexion."

"Ajoutons que depuis l’année dernière, afin de pouvoir toujours promouvoir en interne un maître de conférences à la hors classe, il a été décidé que, même si le nombre de promotions prononcées par le CNU dépassait le contingent fixé [par l’université en tant que seuil 'soutenable'], une promotion en interne serait possible et qu’elle viserait, le cas échéant, à rétablir un équilibre entre les sexes", réagit enfin le président de l’établissement.

(1) Le corps des MCF comprend 2 grades : classe normale (9 échelons) puis hors-classe (6 échelons, auquel s’ajoute l’échelon exceptionnel qui peut être considéré comme un grade à part entière). Le corps des PU comprend 3 grades : 2e classe (6 échelons), puis 1re classe (3 échelons), puis classe exceptionnelle (2 échelons, dont chacun peut être considéré comme un grade à part entière).

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Ana Lutzky, journaliste