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Impact de la crise sanitaire sur la mobilité internationale : le replay du webinaire CIUP/CampusFrance/AEF info

Des délivrances de visas en diminution de 30 % (lire sur AEF info), une mobilité européenne en forte baisse, des étudiants chinois et indiens beaucoup moins nombreux contrairement à ceux du continent africain, des cours en comodal pour ceux qui sont encore dans leur pays, des dispositifs de soutien et d’aide pour ceux qui sont arrivés… Telles sont les grandes lignes de l’état des lieux de cette rentrée, dressé par Béatrice Khaiat (CampusFrance), Laurence Marion (CIUP), Thomas Froehlicher (Rennes SB), Sandrine Lacombe (Paris-Saclay) et Sonia Jedidi (attachée scientifique au Maroc) lors d’un webinaire organisé par AEF info, la CIUP et CampusFrance le 8 octobre 2020 sur l’impact du Covid sur la mobilité internationale. L’occasion aussi pour les intervenants d’évoquer les bénéfices de la crise et les enseignements à tirer à court et moyen termes.

Alors que, selon les derniers chiffres en date du 7 octobre dévoilés par Béatrice Khaiat, DG de CampusFrance, le nombre de visas délivrés a baissé de 30 % par rapport à l’année dernière (lire sur AEF info), Laurence Marion, déléguée générale de la CIUP, l’assure : "Oui, les étudiants internationaux sont là. Mais si nos maisons sont remplies, nous avons toutefois eu un fléchissement des demandes (-17 %)". La Cité internationale enregistre "en général 3 ou 4 demandes pour une place. Par rapport aux 27 973 demandes d’admission de l’année dernière (pour environ 7 000 places), en 2020, nous en avons eu 23 191." Autre observation de Laurence Marion sur la rentrée : les étudiants qui étaient déjà présents sur le campus et qui envisageaient de poursuivre une année supplémentaire à Paris sont plus nombreux.

"Oui, les étudiants internationaux sont là" (CIUP)

 

"Nous ne nous y attendions pas au vu de l’évolution de la carte sanitaire, mais nous avons enregistré une baisse assez significative de candidatures des pays européens."

Laurence Marion, Déléguée générale de la CIUP

 

Elle fait également remarquer que les 12 pays qui sont les plus représentés à la Cité restent les mêmes, mais que la hiérarchie est modifiée. "Nous avons des baisses significatives pour un certain nombre de nationalités, en particulier les États-Unis (-64 % de demandes d’admission), qui ne sont plus dans le top 5 des pays présents à la Cité". Pour la Chine, la CIUP observe une baisse de 45 % des candidatures. De même pour le Brésil, avec une baisse de l’ordre de 40 %, et de 32 % pour l’Inde.

"Plus surprenant, car nous ne nous y attendions pas au vu de l’évolution de la carte sanitaire, nous avons enregistré une baisse assez significative de candidatures des pays européens : -35 % pour l’Italie, -26 % pour l’Allemagne, -40 % pour l’Espagne", note Laurence Marion.

En revanche, elle constate que les pays du Maghreb sont beaucoup moins touchés, avec une baisse de 18 % des candidatures pour l’Algérie et de seulement 14 % pour le Maroc. "Nous observons même une hausse des candidatures pour deux pays : le Liban et la Tunisie (+3 %)".

une paupérisation des étudiants étrangers

"Notre campus fonctionne donc presque à plein", poursuit-elle. "Nous n’avons pas rempli les maisons autant que nous le faisons d’habitude, pour garder quelques studios vides pour accueillir des étudiants qui seraient placés à l’isolement. Nous avons aussi très vite régulé les fêtes étudiantes. Donc, nous maîtrisons la situation. Nous avons en moyenne un ou deux cas positifs pas jour. Mais jusqu’ici, nous n’avons pas eu de cluster", assure Laurence Marion.

 

"Nous avons une explosion des demandes de prises en charge sociales."

Laurence Marion, Déléguée générale de la CIUP

 

La CIUP s’est efforcée d’expliquer les mesures sanitaires : "La pédagogie est très importante", estime-t-elle. "Nous avons aussi insisté sur l’importance de se créer une 'bulle sociale', pour éviter de multiplier les échanges, l’idée étant de ne pas se couper des autres. Il s’agit par ailleurs d’avoir les bons réflexes en cas de symptômes et nous orientons ces étudiants vers des médecins parlant leur langue." Elle indique également que la CIUP a fait en sorte que les étudiants placés à l’isolement puissent avoir des repas directement apportés dans leur chambre, en lien avec le Crous.

"Mais je tiens à alerter sur la paupérisation des étudiants qui sont arrivés. Nous avons une explosion des demandes de prises en charge sociales. Ces étudiants sont loin de leur famille, de leurs proches, ils peuvent avoir des difficultés à trouver des jobs étudiants, des stages. Les Restos du cœur sont présents à la Cité, avec 180 repas distribués chaque semaine depuis la rentrée", indique Laurence Marion.

focus sur le maroc, premier fournisseur d’étudiants en France

 

"Côté chiffres, la procédure 'Études en France' enregistre une hausse de 17 % des candidatures. La crise sanitaire n’a pas impacté ces candidatures puisque la date limite était fixée au 6 mars", relève Sonia Jedidi, attachée de coopération scientifique et universitaire auprès de l’ambassade de France au Maroc, pays qui envoie le plus grand nombre d’étudiants en France. Elle précise toutefois que seuls 8 094 étudiants ont été admis dans un établissement d’enseignement en 2020, soit 35 %, contre 40 à 45 % par le passé.

"On peut supposer que certains établissements ou composantes ont renoncé à accueillir des étudiants internationaux, probablement avec la crainte qu’ils ne parviennent pas à rejoindre les établissements, mais aussi en raison d’une capacité d’accueil atteinte du fait du nombre important de bacheliers cette année", ajoute-t-elle.

Par ailleurs, "nous avons aussi des étudiants qui arrivent par des établissements non connectés. Cette année, si nous additionnons la procédure CampusFrance et les établissements non connectés, nous enregistrons une baisse de moins 10 %. Ce qui fait au total 11 534 étudiants, contre 12 412 l’année dernière".

Pour les visas, elle souligne que les chiffres ne sont pas encore connus et que la campagne n’est pas encore terminée. "Nous continuons à émettre des visas notamment en raison du report des examens dans le supérieur au Maroc."

paris-saclay : stabilité pour les primo-arrivants, mais des démissions

 

"Même à l’intérieur de l’Europe, les étudiants se refusent à bouger !"

Sandrine Lacombe, VP RI de Paris-Saclay

 

Comment les établissements d’enseignement supérieur gèrent-ils cette situation ? "Nous sommes à la mi-octobre et à cette période, dans les universités, tout n’est pas ficelé. À Paris-Saclay, nous n’observons pas vraiment de changements sur le nombre d’inscrits primo-arrivants", souligne Sandrine Lacombe, vice-présidente chargée des relations internationales de l’université. En revanche, elle constate des démissions et des reports qui peuvent être importants. Dans des filières d’ingénieurs par exemple, ces chiffres peuvent atteindre 30 %.

Sandrine Lacombe fait le même constat que Laurence Marion au sujet des mobilités européennes : "Les mobilités entrantes encadrées sont en nette baisse, de l’ordre de 50 %. Et pour les mobilités simples Erasmus, nous constatons une baisse très importante, de 70 %. Cela nous a beaucoup étonnés mais c’est un fait, même à l’intérieur de l’Europe, les étudiants se refusent à bouger !" Ainsi, un master Erasmus Mundus a été fermé et dans celui qui a pu ouvrir, les effectifs sont en baisse de 25 %.

contrôle de l’assiduité des étudiants étrangers à distance

Elle précise que l’établissement a mis en place des aides spécifiques pour les étudiants étrangers : accès à un médecin et un psychologue parlant anglais, aides financières pour l’achat de matériel informatique… En outre, "les bourses d’excellence Paris-Saclay sont maintenues même quand les étudiants ne peuvent pas venir, mais nous contrôlons l’assiduité."

"Comme dans toutes les universités, un enseignement distanciel a été mis en place. Nous avons rendu obligatoire le fait qu’une formation internationale en anglais ne pouvait ouvrir que si elle avait mis en place ces mesures de distanciel dès septembre. Les autres ont pu reculer la rentrée et s’adapter avec un peu de présentiel, de l’hybride, et du comodal. Et nous sommes prêts à passer entièrement en distanciel", ajoute Sandrine Lacombe.

Rennes BS : une diversification des nationalités

S’agissant de Rennes school of business, qui a suspendu l’accès de son campus à tous les étudiants pendant 15 jours en basculant la totalité de ses cours en ligne (lire sur AEF info), Thomas Froehlicher, son directeur général, souligne que "50 % des étudiants inscrits dans les masters de spécialité sont de nationalité étrangère : cette multiculturalité est donc fondatrice et c’est un enjeu très fort pour nous, un véritable enjeu de pédagogie".

 

"Aujourd’hui, les visas ne sont plus un problème."

Thomas Froehlicher, DG Rennes school of business

 

Il raconte : "En mars, nous étions à +30 % de dossiers. Ensuite, nous avons connu une stagnation, avec des étudiants qui ne versaient pas leur premier acompte. Nous étions entrés dans une période de tension. Mais à partir de juin-juillet, nous avons eu un rebond. Même si nous avons encore des inscriptions tardives, aujourd’hui, les visas ne sont plus un problème."

Au final, l’école enregistre à peu près le même nombre d’étudiants étrangers inscrits dans ses programmes. Aujourd’hui, elle recense 280 étudiants nouveaux inscrits. "Nous avons une centaine d’étudiants dans des dispositifs 'bi-modaux' qu’on appelle 'e-live'. Et nous avons 120 étudiants qui viendront en janvier. Ce qui représente en tout 500 étudiants qui nous rejoignent", explique Thomas Froehlicher.

Par ailleurs, il ajoute : "Nous travaillions sur la diversification des nationalités déjà avant cette crise. Mais ce choix a encore plus de sens actuellement. Nous étions très dépendants de la Chine et de l’Inde." Sur ce point, Béatrice Khaiat indique d’ailleurs que la France est "moins dépendante que d’autres pays, comme le Canada ou l’Australie, vis-à-vis de l’Asie. Nous sommes assez préservés."

Dispositifs "bi-modaux"

En matière d’accueil, l’école bretonne a notamment réalisé une campagne d’affichage dans Rennes pour permettre aux étudiants de trouver un logement. "Comme notre rentrée a été décalée, ce n’est pas évident de trouver un hébergement. Dans une ville très étudiante comme Rennes, beaucoup sont déjà occupés. Et surtout, nous préparons janvier", précise-t-il.

"Nous avons également un gros projet autour du 'bi-modal' : nous avons transformé l’un de nos bâtiments pour permettre ce format e-live. Nous y avons travaillé pendant près de 4 mois, avec 350 professeurs permanents et vacataires formés à cela. Nous avons fait un gros travail sur la sonorisation, la lumière, les caméras", poursuit Thomas Froehlicher, qui souligne que 1 M€ a été engagé : "C’est un investissement à long terme."

Comment envisager l’avenir ?

Quel avenir pour la mobilité post-Covid ? Pour Laurence Marion, à la CIUP, "il va y avoir un enjeu très important sur le second semestre et la rentrée de janvier. Cela nous conduit à nous interroger sur nos capacités à durablement accueillir. Et en même temps, on a beaucoup capitalisé sur cette expérience. Il y a une vraie envie d’accueillir".

 

"Le sujet de l’éducation et de la pédagogie est enfin devenu prioritaire."

Thomas Froehlicher, DG Rennes SB

 

Thomas Froehlicher estime qu'"il y a vraiment quelque chose qui vient de s’ouvrir autour de l’'omnicanalité' qui doit encore plus se développer. Nous avons plus avancé en trois mois qu’en trois ans sur ce sujet. Nous devons utiliser cette situation pour faire évoluer nos pratiques. Je constate aussi que le sujet de l’éducation et de la pédagogie est enfin devenu prioritaire", commente-t-il.

"Sur les perspectives, tout dépend aussi d’où viennent les étudiants. Quand on vient d’Inde, où n’y a pas de place à l’université, de toute façon, il y aura de la demande de mobilité. Et la demande pour l’internationalisation reste marquée", réagit pour sa part Béatrice Khaiat, directrice générale de CampusFrance. "Sur les échanges entre continents, notamment avec l’Afrique et le Maghreb, il y a toujours une demande forte." De son côté, Sonia Jedidi craint, pour la prochaine campagne, les effets de la crise économique et d’un appauvrissement de la population au Maroc.

Autre axe de réflexion soulevé par Béatrice Khaiat : cette période est peut-être aussi l’occasion pour les universités de développer un peu plus la semestrialisation. "Je pense qu’après la crise, nous retrouvons toujours notre attrait car nos diplômes sont 'vendables' sur le marché de l’emploi", relève aussi Sandrine Lacombe.

Les étudiants étrangers réussissent mieux en licence que les étudiants français

 

La question de la réussite des étudiants étrangers a été abordée durant le webinaire. Béatrice Khaiat se fait l’écho d’une étude du Sies, détaillée dans une dépêche publiée sur Data Sup-Recherche (lire sur AEF info), qui montre que les étudiants étrangers réussissent mieux en licence que les étudiants français (45,5 % contre 40,3 %), mais moins bien en master (56,5 % contre 67 %).

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Juliette Plouseau, journaliste