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Cinq ans de l’accord de Paris : le leadership climatique au milieu d’un "cyclone géopolitique et financier"

À l’occasion des cinq ans de l’accord de Paris, le 12 décembre 2020, AEF info publiera régulièrement d’ici à la fin de l’année une série de dépêches. Ce 12 novembre, marquant le lancement du compte à rebours vers le sommet sur l’ambition climat coorganisé par les Nations unies et le Royaume-Uni, ce premier article décrypte l’état du leadership climatique mondial, pris dans un "cyclone géopolitique et financier", entre retrait puis retour américain et crises sanitaire et économique liées au Covid-19.

Cinq ans après l'adoption de l'accord de Paris, le leadership climatique affronte "un cyclone géopolitique et financier" Flickr - COP 21

Cinq ans après l’adoption d’un accord international incitant chaque État à lutter contre le changement climatique selon ses moyens, en respectant le principe de responsabilité commune mais différenciée et renouvelant l’ambition selon un cycle de cinq ans, où en est le leadership climatique ?

"transformation inévitable"

"Une transformation inévitable est en cours", observe la directrice négociations climatiques du WRI Yamide Dagnet. "Les fondations de l’accord de Paris sont là, mais il affronte un cyclone géopolitique et financier qui teste sa résilience."

L’accord résiste en effet depuis le 1er juin 2017 à l’annonce du retrait américain, deuxième émetteur de gaz à effet de serre mondial — effectif depuis le 4 novembre 2020 et sur lequel Joe Biden est déterminé à revenir dès son investiture (lire sur AEF info).

Reste que ce premier coup porté à la dynamique de l’accord de Paris, s’il n’a pas entraîné d’autres défections, a autorisé les pays les plus attentistes à faire entendre leurs voix : discours et politiques climatosceptiques au Brésil mais aussi en Australie, qui a refusé de s’engager lors de la reconstitution du Fonds vert pour le climat… Mises en doute, à plusieurs reprises, en décembre 2018 puis mai 2019, des conclusions du rapport 1,5 °C du Giec par l’Arabie saoudite, les États-Unis, la Russie et le Koweït… (lire sur AEF info). Un "fléchissement de l’ambition" — malgré la poursuite des ratifications — dont le paroxysme sera atteint à Madrid lors de la COP 25, conférence aux résultats aussi faibles que sa durée a été longue, paralysée par des blocages en tous sens.

Or, la décennie qui s’ouvre et succède à dix années "marquées par une chaleur exceptionnelle", comme l’observe l’Organisation météorologique mondiale, doit être celle permettant de "rattraper le temps perdu de la décennie passée", souligne Yamide Dagnet. "Au vu des résultats apportés par la science ces dernières années, qui ont montré à maintes reprises l’urgence d’agir, il est impossible de dire que l’accord est caduc", veut également croire Lucile Dufour, responsable politiques internationales du Réseau action climat France.

Enclencher l’accélérateur

"La multiplication des impacts, partout dans le monde, au Nord comme au Sud, montre que la tendance au dérèglement est déjà là et qu’il y a besoin d’action. Ce que contient l’accord est encore plus d’actualité qu’il y a cinq ans", poursuit-elle. Pour autant, relève Yamide Dagnet, si "l’accord est là" et le chemin tracé connu, les progrès réalisés ne sont pour le moment "ni à l’échelle ni aussi rapides que nécessaire, l’accélérateur n’est pas enclenché".

L’année 2020, qui devait être marquée par le dépôt de nouvelles contributions nationales, aux objectifs renforcés, n’a pas vu déferler de "lame de fond" majeure. Fin 2019 à Madrid, le WRI avait recensé 80 États prévoyant de réviser leur NDC en 2020 (lire sur AEF info), représentant 10,5 % des émissions mondiales de CO2. Mais depuis, la pandémie de coronavirus est venue complexifier l’équation, reportant la présentation de ces plans nationaux, tout comme la COP 26 désormais prévue du 1er au 12 novembre 2021.

16 contributions nationales publiées

À ce jour, 16 États ont publié une contribution nationale renforcée, dont une majeure partie provenant d’États insulaires ou vulnérables (îles Marshall, Rwanda, Jamaïque, Suriname). Une proportion qui, sur les 188 parties à l’accord de Paris, reste infime et ne couvre qu’à peine 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Une vingtaine de stratégies de long terme, à horizon 2050, a par ailleurs été déposée au secrétariat de la convention climat des Nations unies.

D’ici au 31 décembre, qui est la limite prévue par la décision de l’accord de Paris, la situation devrait cependant évoluer. Lors du prochain Conseil européen, les 27 chefs d’État et de gouvernement de l’UE devraient parvenir à s’accorder sur le nouvel objectif climat à horizon 2030, la Commission proposant l’objectif de – 55 % entre 1990 et 2030, le Parlement européen – 60 %. Ce qui relèverait de 15 à 20 points de pourcentage l’ambition annoncée auparavant. Quant au Royaume-Uni, il devrait profiter du sommet virtuel qu’il coorganisera avec les Nations unies le 12 décembre 2020, pour publier une nouvelle contribution révisée.

Le retour des États-Unis…

Autre mouvement d’ampleur, la Chine a annoncé fin septembre son intention de viser la neutralité carbone "avant 2060" et d’atteindre le pic de ses émissions de CO2 "avant 2030" — ce qui pourrait avoir un impact sur sa contribution volontaire. En Asie, cet engagement a été suivi par ceux du Japon et de la Corée du Sud, tournés eux aussi vers la réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre à zéro d’ici à 2050 (lire sur AEF info). Autant d’annonces dont les Nations unies attendent la traduction concrète dans de nouvelles contributions nationales.

Outre-Atlantique, l’élection de Joe Biden permet au pays de réintégrer la course, puisque le programme du démocrate vise également la neutralité carbone à horizon 2050. Ainsi, s’il sera trop tôt le 12 décembre pour que le pays annonce une nouvelle contribution nationale et un nouvel objectif climat à horizon 2030, de premiers signaux pourraient cependant être envoyés d’ici à la fin de l’année. Le WRI recommande d’ores et déjà au deuxième émetteur mondial de gaz à effet de serre de viser une réduction comprise entre 45 et 50 % de ses émissions entre 2005 et 2030 (lire sur AEF info).

Neutralité carbone : plus de 110 États engagés

 

Plus de 110 États sont désormais engagés vers la neutralité carbone d’ici à 2050, selon un décompte des Nations unies avancé par le secrétaire général Antonio Gutteres le 9 novembre 2020. Avec l’entrée de Joe Biden à la Maison Blanche, les pays responsables de plus de la moitié des émissions mondiales de gaz à effet de serre visent désormais la neutralité carbone, y compris donc les deux plus grands émetteurs : États-Unis et Chine.

…l’isolement des plus réfractaires ?

L’impact de cette élection devrait renforcer encore la dynamique et isoler les plus réfractaires. Ainsi, sur le continent américain, le Canada se voit conforté dans ses choix (relever l’objectif de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 30 % entre 2005 et 2030 et viser la neutralité carbone à 2050). Et les enjeux liés à la croissance propre du pays "augmentent", selon une analyse de l’Institut canadien pour des choix climatiques. Mais le Brésil — où règne depuis 2018 le "Trump des tropiques", Jair Bolsonaro — a perdu son mentor et "ami imaginaire", comme le souligne Le Monde. Et gagné un opposant de plus en ce qui concerne sa volonté de "développer" l’Amazonie. En septembre dernier, Joe Biden a en effet vivement critiqué la destruction du poumon de la planète et promis la création d’un fonds international doté de 20 milliards de dollars pour assurer sa protection (en septembre 2019 à l’issue du G7 présidé par la France, quelque 500 millions de dollars avaient été débloqués à cet effet par l’Union européenne, l’Allemagne, la France et l’ONG Conservation International).

En Australie, le Premier ministre Scott Morrison a d’ores et déjà indiqué que l’élection de Joe Biden ne changerait en rien son refus d’engager son pays à atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050. Pour celui qui estime que les incendies géants qui ont frappé son pays fin 2019-début 2020 ne sont pas liés au changement climatique, les politiques climat ne sont pas "à taille unique" ("one size fits all"). Son but est d’atteindre la neutralité carbone "aussi vite que possible", sur la base d’une feuille de route fondée sur l’évolution des technologies.

Vers un leadership distribué…

Selon l’analyse d’une source proche des négociations, tant l’Union européenne que la Chine ont fait le choix d’avancer quel que soit le résultat de l’élection américaine. Estimant que cela allait "dans le sens de l’histoire et de leur économie". Et représentant une occasion aussi, particulièrement pour la Chine, de "décrédibiliser" un peu plus l’administration Trump.

En se positionnant ensemble et à quelques jours près, ces deux grandes économies ont participé à créer "une nouvelle dynamique", incitant d’autres États à faire de même, le Japon ou la Corée du Sud notamment. Pour autant, ce qu’a montré la décision de Donald Trump de quitter l’accord est qu’il ne faut pas compter uniquement sur deux États pour assurer la mobilisation — le couple formé par les États-Unis et la Chine avait joué un rôle moteur dès 2014 en publiant des engagements conjoints, puis en septembre 2016, n ratifiant l’accord de Paris le même jour. Mais l’heure désormais n’est plus à ce duopole, mais au "leadership distribué", partagé, comme l’avait déjà analysé en décembre 2019 à Madrid un consortium de think tanks, dont l’Iddri.

…Plus qu’un duopole

Selon cette approche, la Chine et l’Union européenne ne devraient pas tenter de recréer l’alliance qui prévalait en amont de la COP 21 entre les deux plus grands émetteurs. D’ailleurs, comme le fait remarquer David Levaï, chercheur associé à l’Iddri, "on a espéré pendant quatre ans que la dynamique UE-Chine supplante le retrait américain, mais elle a montré ses limites". La principale raison étant que Pékin ne considère pas l’Union comme une entité mais un assemblage de pays et engage la discussion aussi bien avec Angela Merkel qu’Emmanuel Macron.

Reste donc pour l’Union européenne à continuer à "embarquer d’autres grands acteurs" et à discuter de bloc à bloc, UE-Chine, UE-Union africaine, UE-Inde. Et à aborder le climat au-delà de ses ornières habituelles, en l’invitant dans les relations commerciales, en discutant de déforestation importée, des politiques d’investissement, et notamment, de l’empreinte carbone des nouvelles routes de la soie de Xi Jinping.

D’ailleurs, insiste Michel Colombier, cofondateur et directeur scientifique de l’Iddri, l’alignement de 2014 entre les États-Unis et la Chine, qui avait été préparé, ne doit pas en faire oublier d’autres, également "importants". Ainsi, "deux autres régions ont joué un rôle essentiel", rappelle-t-il : l’Amérique latine qui, avec l’Afrique du Sud, a porté "un discours positif pour les pays en développement". Et l’Afrique, qui "a parlé d’une seule voix" il y a cinq ans via l’Union africaine, et soutenu un accord dans lequel elle n’avait pourtant pas obtenu tout ce qu’elle désirait.

Les plans de relance, un test

Si la pandémie de Covid change la donne et empêche de respecter le calendrier 2015-2020 fixé par l’accord de Paris (les contributions nationales n’étant plus seulement publiées cette année mais également en 2021 et jusqu’à la COP 26), d’autres plans et politiques peuvent être des vecteurs d’analyse la sincérité des États vis-à-vis de leur engagement pour le climat : les plans de relance. Par les sommes débloquées, ils offrent en effet l’opportunité de "remettre la question environnementale au centre" tandis que la crise sanitaire n’a fait que révéler les vulnérabilités de sociétés ultra-mondialisées (lire sur AEF info). Celle aussi de passer de la "course aux annonces" aux réalisations concrètes, permettant aux États de faire preuve de leur capacité d’insérer la dimension climatique dans l’ensemble de leurs politiques.

Mais cette opportunité est-elle réellement saisie ? Le WRI a analysé les plans de relance engagés et les 11 800 milliards de dollars injectés en réponse à la crise sanitaire et économique. Parmi eux, 30 % environ ont été versés dans des secteurs impactant l’environnement, la question restant de savoir si cet impact sera positif ou négatif. Début septembre, il semblait que la deuxième hypothèse soit retenue. D’après les conclusions d’un travail de recherche analysant les engagements des pays du G20, ensemble, ils auraient dédié 207 milliards de dollars au soutien aux énergies fossiles contre 137 milliards de dollars en faveur des énergies propres. Et seuls 13 % des soutiens financiers aux énergies fossiles étaient assortis de conditions environnementales.

Dans le détail, le plan de relance de l’Union européenne se place du côté des plans de relance les plus verts, la France et l’Allemagne comptant parmi les États membres optant pour la mise en place de mesures les plus favorables à l’environnement. À l’opposé, les États-Unis ont jusqu’à présent annoncé le soutien financier le plus important, à hauteur de 3 000 milliards de dollars mais sans y associer aucune condition de durabilité. Ils devraient selon le programme de Joe Biden, y ajouter 2 000 milliards de dollars dédiés à la décarbonation de l’économie. Et, au milieu de ce spectre, certains pays tels que la Corée du Sud, la Chine ou l’Inde annonçaient des investissements "verts" tout en continuant à soutenir le charbon.

Créer un récit de solidarité

Mais de tels plans de relance, même verts, semblent encore insuffisants s’ils ne permettent de "trouver des réponses de solidarité entre les pays", avance Michel Colombier. Dans cette réponse à la crise, invite-t-il, il convient d’être attentif à "conserver ce qui a fait le succès de Paris, l’universalité".

Or, cette dimension était "peu visible au moment où le green deal européen a été présenté", l’Union semblant ne se préoccuper que de peu "des effets de bord" de ce pacte vert sur ses relations avec les États en développement. Situation qui a pu entraîner, notamment en Afrique, la "lecture d’un nouveau protectionnisme, d’un nouveau chacun pour soi".

Dans la perspective de Glasgow, et face à la nécessité de créer "un récit" qui assure le succès de cette COP politique, il serait "important de transformer ce discours pour en faire un discours universel". De ce point de vue, la relation privilégiée qu’entretient l’Union européenne avec la Chine "peut aider", cette dernière étant un partenaire commercial et d’investissement "important" pour de très nombreux pays.


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Émilie Legendre, journaliste