Politique de cookies
Le groupe AEF info utilise des cookies pour vous offrir une expérience utilisateur de qualité, mesurer l’audience, optimiser les fonctionnalités et vous proposer des contenus personnalisés. Avant de continuer votre navigation sur ce site, vous pouvez également choisir de modifier vos réglages en matière de cookies.
Politique de protection des données personnelles

Paramétrer Tout accepter

Service abonnements 01 83 97 46 50

Revenir en haut de la page
Home| Social / RH| Formation professionnelle| Dépêche n°637120

Apprentissage : "Les jeunes nous connaissent dans les quartiers maintenant" (Patrick Toulmet, délégué interministériel)

Nommé délégué interministériel au développement de l’apprentissage dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville il y a deux ans et reconduit dans ses fonctions à la suite du remaniement ministériel, Patrick Toulmet dresse un bilan intermédiaire de son action dans une interview à AEF info. Avec son équipe, il a effectué environ 80 déplacements et rencontré pas moins de 4 000 jeunes. "Les jeunes nous connaissent dans les quartiers maintenant, relève Patrick Toulmet. Nous arrivons à résoudre certains cas, un par un." Après avoir enregistré +6 % d’entrées en apprentissage dans les QPV en 2019, il estime que "pour l’instant, la rentrée est positive" malgré la crise sanitaire. Dans le cadre de la poursuite de sa mission, Patrick Toulmet travaille notamment à lever les freins à l’apprentissage liés aux problèmes de logement et de mobilité dans les QPV des zones rurales.

Patrick Toulmet, délégué interministériel au développement de l'apprentissage dans les QPV

AEF info : Depuis votre nomination en septembre 2018, quelles actions avez-vous menées auprès des jeunes ?

Patrick Toulmet : Avec ma petite équipe, nous avons fait beaucoup de déplacements, environ 80, souvent sur deux journées. Sur les 1 500 QPV, on s’est rendus dans les principaux. Bien souvent, quand nous arrivons dans les quartiers, nous demandons aux associations de réunir 20, 30, 40 jeunes pour les rencontrer, discuter avec eux et connaître leurs besoins. Les associations sont le meilleur relais dans les quartiers. Nous prenons contact avec celles qui travaillent pour l’insertion et l’orientation et qui connaissent à la fois les jeunes et leurs parents. Nous bénéficions aussi de l’aide des collectivités locales pour l’organisation de ces rencontres.

En deux ans, nous avons rencontré environ 4 000 jeunes. Quand vous rencontrez un jeune dans un quartier, vous en touchez 4, 5, 6 autour. De ce fait, nous recevons des CV ou des demandes d’aide de jeunes dont nous avons aidé le copain. Les jeunes nous connaissent dans les quartiers maintenant. Nous arrivons à résoudre certains cas, un par un. Nous plaçons des jeunes. Nous intervenons auprès des recteurs. L’effet de levier d’un poste comme le mien, c’est aussi que, s’il le faut, j’appelle un ministre pour débloquer une situation. Nous travaillons d’ailleurs bien avec les différents ministères. L’intérêt d’être interministériel, c’est ainsi de pouvoir taper aux différentes portes.

Pour suivre ce que les jeunes deviennent après notre passage, nous avons constitué des "task force" qui rassemblent localement des représentants d’associations ou d’organisations patronales. Nous l’avons fait dans le Grand Est, dans les Hauts-de-France, à Bordeaux… Nous avons des remontées par ce biais. Certaines "task force" s’autodéclarent et nous invitent à venir, comme cela a été le cas à Orléans.

AEF info : Quelles autres actions avez-vous menées avec les différents acteurs ?

Patrick Toulmet : Notre mission est de réaliser une toile d’araignée sur un département. Alors qu’on croit que certains acteurs de l’emploi, de l’insertion et de la jeunesse se parlent, dans les faits ils ne se parlent pas, voire ils ne se connaissent pas. Nous créons le lien entre eux. Par exemple, nous avons créé des liens entre la Protection judiciaire de la jeunesse et des CFA pour permettre la mise en place d’expérimentations, notamment dans l’Essonne, grâce auxquelles la PJJ envoie des jeunes en apprentissage. Dans le cadre des prépa-apprentissage, des consortiums intègrent désormais l’Aide sociale à l’enfance. Avant, les CFA et l’ASE n’avaient aucun contact. Maintenant, des passerelles existent.

Nous aidons aussi les CFA et les entreprises. Par exemple, nous avons travaillé avec le directeur d’un CFA isolé dans les quartiers Nord de Marseille pour le mettre en relation à la fois avec le marché situé en face, qui l’a conduit à ouvrir une section primeur et une section crémier, et avec un consortium de prépa-apprentissage dans le cadre duquel il a aussi ouvert une section numérique. Dans l’autre sens, nous mettons en relation des entreprises qui veulent ouvrir des sections de formation avec des professionnels de la formation, comme nous l’avons fait récemment pour une entreprise du secteur de l’électricité à haute tension. Nous contactons aussi les Opco et France compétences, notamment pour débloquer des dossiers de création de diplômes en fonction des besoins des entreprises.

Nous travaillons également avec les Epide et le Service militaire volontaire [SMV] pour construire des partenariats avec des CFA. Nous avons visité 8 Epide sur 19 et mis en place par exemple un service de bus entre un Epide et un CFA qui permet aux jeunes d’être en Epide mais de faire de l’apprentissage.

AEF info : Quel bilan intermédiaire de votre action tirez-vous ?

Patrick Toulmet : Jusqu’en mars dernier, la situation était très positive. Tous les feux passaient au vert. En février, nous étions heureux de nos chiffres. On était à +16 % d’entrées en apprentissage en 2019, avec +6 % d’entrées dans les quartiers. En deux ans, on a observé un changement des mentalités.

On avait de plus en plus de CFA qui faisaient le plein de jeunes et de plus en plus d’ouvertures de CFA dans les quartiers. Selon les dernières statistiques, il y a eu 500 ouvertures de CFA, dont beaucoup ont ouvert dans les quartiers, même si l’objectif n’est pas que les jeunes des quartiers restent systématiquement se former dans leur quartier.

Les prépa-apprentissage accueillaient environ 12 000 personnes, dont 67 % issues des quartiers, ce qui est positif car la prépa-apprentissage pallie les carences de nos jeunes dans les quartiers en leur donnant les codes du monde du travail et de la vie en société et en leur permettant de découvrir les métiers grâce à des stages d’immersion.

AEF info : Quel a été l’impact de la crise sanitaire sur cette dynamique de développement de l’apprentissage dans les quartiers prioritaires de la ville ?

Patrick Toulmet : Tout a été bouleversé depuis février. D’habitude, c’est la période à partir de laquelle on organise des forums, des démonstrations de métiers, des opérations portes ouvertes. On n’a rien fait pendant trois mois. La difficulté dans les quartiers a été l’enchaînement du confinement et des vacances scolaires. Beaucoup de CFA ont gardé le contact avec les jeunes, par téléphone notamment ; mais le problème dans les quartiers, c’était le matériel dans les familles où les parents télétravaillaient et où il n’y avait qu’un ordinateur pour toute la famille.

Certains jeunes se sont éloignés de tous nos dispositifs. Je n’ai pas la précision des chiffres sur les décrocheurs, mais il y a 4 000 décrocheurs rien qu’en Seine-Saint-Denis, dont des apprentis. Un jeune qu’on a poussé vers un métier, c’est un jeune qu’il ne faut jamais lâcher.

AEF info : Observez-vous les effets du plan de relance pour l’alternance annoncé en juillet dans les quartiers prioritaires de la ville ?

Patrick Toulmet : Nous sommes investis dans ce plan de relance. Le slogan "Un jeune Une solution" pour nous qui faisons déjà du cas pas cas, ça nous convient bien. Outre la prime aux employeurs, la mesure capitale est la possibilité pour un jeune de rester six mois en CFA sans contrat. On avait peur que les jeunes ne trouvent pas d’employeur. Mais on remarque qu’à part dans les secteurs de l’hôtellerie-restauration, de l’automobile et les autres secteurs les plus en difficultés, les jeunes trouvent quand même des employeurs.

La création des réseaux d’entreprises référentes avec "La France une chance" et le Paqte nous aide. Par exemple, dans le cadre de la tournée du bus de l’apprentissage et de l’organisation d’apprentissage datings, c’est beaucoup plus automatique d’avoir un engagement de la part des entreprises. Pour l’instant, la rentrée est positive. On se retrouve presque au même niveau que l’année dernière.

AEF info : Votre mission va donc se poursuivre dans le cadre du nouveau gouvernement conduit par Jean Castex ?

Patrick Toulmet : Oui, j’ai été renouvelé dans ma mission. Le président de la République sait qu’on fait le travail dans les quartiers. Et un délégué interministériel n’est pas limité par le mandat politique.

AEF info : Faudrait-il que vous soyez plus nombreux au sein de votre équipe ?

Patrick Toulmet : Bien sûr. Je ne dispose actuellement que de deux proches collaborateurs, épaulés par une apprentie et une stagiaire. Si j’avais six conseillers, on pourrait être sur le terrain sur chaque sujet. Si j’en avais dix, on pourrait même avoir des conseillers attachés dans certaines régions.

AEF info : Dans le cadre de la poursuite de votre mission, quels freins au développement de l’apprentissage dans les QPV reste-t-il à lever et quelles actions comptez-vous mener ?

Patrick Toulmet : Il va falloir réfléchir sur les deux trois ans à venir. Il faut simplifier les choses car les jeunes ne savent pas à quelle porte frapper. Je pense notamment qu’il faut une association référente localement pour que les jeunes puissent ensuite identifier la bonne association.

Il nous faut encore toucher les parents. Ce sont eux qui ont le plus de mal avec l’apprentissage, dont ils gardent une mauvaise image. Reste aussi le problème du logement et de la mobilité des jeunes, en particulier en zones rurales. Il va falloir y réfléchir et y remédier sérieusement. Sur le logement, nous aimerions proposer des résidences de jeunes actifs. Même si nous ne pouvons pas nous rendre dans les 1 500 quartiers, nous allons continuer les déplacements et nous allons aller de plus en plus dans les zones rurales, à Chauny dans l’Aisne par exemple.

à lire aussi
Quartiers prioritaires : le gouvernement demande aux préfets de détailler leurs actions pour l’insertion professionnelle

Une instruction ministérielle du 30 juillet 2019, publiée le 14 août, fait le point sur la feuille de route gouvernementale pour les quartiers prioritaires. Le ministre chargé de la Ville et du Logement demande aux préfets de région et de département de lui faire part, au plus tard le 30 septembre 2019, des actions prioritaires qu’ils ont déployées ou prévu de déployer sur les territoires dans deux domaines : l’éducation et l’insertion professionnelle. Ce second volet passe notamment par "le développement de l’apprentissage, le Paqte et la mobilisation effective du plan d’investissement dans les compétences". Julien Denormandie précise que ces actions - une ou deux par domaine - "doivent donner une place centrale aux dynamiques collaboratives et concerner un objet concret" avec des objectifs et une méthode définis. Il ajoute que "les préfets se portent personnellement garants".

Lire la suiteLire la suite
Fermer
Bonjour

Vous souhaitez contacter

Astrid Gruyelle, journaliste