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Udice, une nouvelle association pour porter la voix des universités de recherche auprès des décideurs et de la société

Pour que les universités de recherche françaises soient mieux reconnues par la société, dix d’entre elles se sont regroupées au sein de l’association Udice, annoncent les présidents de ces universités lors d’un point presse, le 1er octobre 2020. Présidée par Christine Clerici, présidente de l’université de Paris, Udice met la priorité sur la nécessité de renforcer l’autonomie des universités, notamment RH. Elle entend aussi convaincre les décideurs publics et privés que "ne pas s’appuyer sur les universités de recherche, c’est se tirer une balle dans le pied".

Conférence de presse d'Udice, l'association des universités de recherche françaises, le 1er octobre 2020 à Paris. AEF - Anaïs Gérard

400 000 étudiants, 24 000 doctorants, 75 000 emplois, deux tiers des publications françaises les plus citées dans le monde, 20 % d'étudiants de master qui poursuivent en thèse, une moitié d'UMR (unités mixtes de recherche) associées avec le CNRS et l’Inserm, cinq universités figurant dans le top 100 du classement de Shanghai : telle est la force combinée des dix universités qui se regroupent au sein d’Udice, l’association des universités de recherche françaises. Une autre caractéristique de ces universités tient à ce qu’elles se sont toutes transformées dans "un chantier de longue haleine", en particulier à travers les projets idex, et "adossent toutes la formation à une recherche d’excellence", résume la présidente de l’association Christine Clerici, présidente de l’université de Paris.

Les 10 universités membres d’Udice

 
  • Aix-Marseille université
  • Sorbonne université
  • université Claude Bernard Lyon-I
  • université Côte d'Azur
  • université de Bordeaux
  • université de Paris
  • université de Strasbourg
  • université Grenoble Alpes
  • université Paris-Saclay
  • université PSL

Quelle différence entre Udice et la Curif ? Quelles relations avec la CPU ?

En dehors d'un nombre de membres plus resserré dans Udice que dans la Curif, Christine Clerici précise que la Curif avait été créée en 2008 à partir de "relations plutôt interpersonnelles de présidents qui avaient envie de porter un message". "Avec la restructuration qui s’est opérée au sein de l’ESR, Udice regroupe des universités plus homogènes qui pourront donc peut-être faire passer des messages plus forts", espère-t-elle. La Curif tiendra son ultime réunion dans la semaine du 5 octobre, selon les informations recueillies par AEF info.

S’agissant de la CPU, Manuel Tunon de Lara souligne le "besoin d’une CPU forte pour regrouper l’ensemble des universités françaises", chacun des présidents membres d’Udice y étant impliqué. Selon lui, les deux organisations ont tout à gagner à travailler "dans un esprit de coconstruction", comme elles l’ont déjà fait, du reste, pour porter des propositions sur la loi de programmation de la recherche, illustre-t-il. Jean Chambaz rappelle de son côté que cette situation française n’est pas exceptionnelle : en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Europe coexistent plusieurs organisations représentant les universités dans leur ensemble d'un côté et les universités de recherche de l'autre.

Interrogée sur les critères présidant à la qualité de membre – les dix universités membres d’Udice portent des idex –, Christine Clerici précise qu’au-delà de ce premier "point commun" capable de rassembler "des universités très semblables", l’association "sera ouverte à moyen terme à d’autres établissements". "L’idex n’est pas centrale pour être dans cette association, et nos statuts ne mentionnent pas l’idex", indique-t-elle.

MÉCONNAISSANCE DU RÔLE TRANSFORMANT DES UNIVERSITÉS DE RECHERCHE

D’une manière générale, l’objectif d’Udice est de porter la voix de ces universités de recherche, dont "on méconnaît le rôle important dans les transformations de la société" en France, souligne Christine Clerici. "La R&D que nous menons au sein de nos universités n’est pas considérée", illustre-t-elle en prenant l’exemple du plan de relance. "Il faut inverser ce flux, montrer que l’on relie la recherche aux start-up, à l’incubation, aux pépinières" et que, "tout comme notre formation est adossée à la recherche, l’innovation est adossée à notre recherche", insiste-t-elle. Jean Chambaz, président de Sorbonne université, résume l’objectif général en déclarant qu’Udice entend "montrer aux décideurs publics et privés que ne pas s’appuyer sur les universités de recherche, c’est se tirer une balle dans le pied".

L’une des premières actions d’Udice va d’ailleurs être d’actualiser une étude menée en 2018 sur l’impact socio-économique des universités de recherche (lire sur AEF info), qu’il s’agisse par exemple de la valeur générée par chaque euro qui y est investi ou du nombre d’emplois qu’elles permettent de créer.

Une association sans bureau

 

Udice présente la particularité de ne pas avoir de bureau. Ou, pour dire les choses autrement, d’avoir une présidente, Christine Clerici, avec à ses côtés neuf présidents d’université membres "qui sont tous extrêmement actifs", indique-t-elle, avec des réunions sur un rythme hebdomadaire.

Les ressources de l’association proviennent des établissements et l’association a recruté une déléguée générale, Hélène Jacquet, vice-présidente stratégie et développement de l’université de Bordeaux, ainsi qu’un chargé de mission, Ilyas Kenadid, auparavant délégué à la Curif (Coordination des universités de recherche intensive françaises).

Des groupes de travail vont être constitués, notamment sur les questions RH, qui viendront élargir le cercle des présidents à d’autres représentants des universités membres.

UDICE PLAIDE POUR ENCLENCHER UNE "DEUXIÈME PHASE DE L’AUTONOMIE"

L’autre priorité sera dans un premier temps de consolider l’association qui vient de naître, "dans un esprit de coopération et de réseau". "Nous sommes assez homogènes pour pouvoir porter ensemble des projets auprès des ministères et faire du lobbying", complète Christine Clerici. Udice a ainsi "des messages forts à faire passer", concernant par exemple la nécessité d’une "2e phase de l’autonomie des universités", sachant que "dans les classements européens, la France apparaît bonne dernière en termes d’autonomie de ses universités" (lire sur AEF info).

Sur cette question de l’autonomie, Manuel Tunon de Lara, président de l’université de Bordeaux, observe que "l’on s’est arrêté en chemin". "En particulier sur la gestion des ressources humaines, nous sommes dans une situation de semi-autonomie, avec des pratiques d’un autre temps, comme des emplois hospitalo-universitaires encore décidés au niveau national. C’est vrai aussi dans le domaine financier : les universités ne peuvent pas emprunter. Nous sommes prêts à faire des propositions très concrètes pour avancer."

Tout en reconnaissant que "l’ordonnance de 2018" a constitué "une avancée considérable au plan législatif", Alain Fuchs, président de l’université PSL, relève que "le volet RH n’a pas été abordé dans l’ordonnance". "On peut comprendre que c’est extrêmement compliqué, admet-il. Mais il y a un moment où il faut que l’on progresse sur les questions de recrutement, de gestion des ressources humaines. L’autonomie est un mot qui est manipulé avec beaucoup de précautions par l’État central, qui craint peut-être que donner de la liberté à des établissements publics vivant essentiellement d’argent public constitue un risque de le voir dilapidé. Mais il ne faut pas oublier qu’autonomie va avec responsabilité et évaluation."

POURQUOI LA RELANCE NE MISE-T-ELLE PAS SUR LES UNIVERSITÉS DE RECHERCHE ?

Le rôle que les universités de recherche pourraient jouer dans le plan de relance est aussi à l’ordre du jour. Yassine Lakhnech, président de l’université Grenoble Alpes, souligne ainsi que "dans les autres pays européens, les universités sont au centre des sujets économiques et de relance". "L’Allemagne s’est appuyée très vite sur les universités pour donner un élan et une impulsion", renchérit Manuel Tunon de Lara. "Ce qui nous caractérise, c’est que nos universités ont opéré une profonde restructuration et sont aujourd’hui en mesure de coordonner d’optimiser les forces de recherche et d’innovation sur leurs sites. Nous souhaitons être mieux reconnus et utilisés", ajoute de son côté Jeanick Brisswalter, président de l’université Côte d'Azur.

"Nous éprouvons une certaine frustration de voir que nos universités ne sont pas utilisées autant que la société pourrait le faire au service du redressement économique", abonde Jean Chambaz, président de Sorbonne université. "Or l’un des meilleurs atouts que nous offrons pour sortir de cette crise, ce sont les dizaines de milliers de cadres que nous formons chaque année aux niveaux master et doctorat, dotés d’esprit critique, de créativité et d’inventivité, qui irriguent tous les secteurs. Ne pas penser le plan de relance et le redressement économique avec les universités est un manque à gagner pour le pays et pour l’Europe."

LPR : DES PROPOSITIONS QUI ONT CONNU DES FORTUNES DIVERSES

Interrogés sur les propositions qu’Udice entend porter sur le projet de loi de programmation de la recherche, en cours d’examen à l’Assemblée nationale, les présidents de ses universités membres indiquent qu’ils ont "déjà fait des propositions aux parlementaires", qui ont connu des fortunes diverses. La coordination territoriale de la recherche en santé, associant les CHU et les universités, une proposition co-construite avec la CPU, se retrouve ainsi dans le texte.

En revanche, la demande de suppression de l’article 11 définissant les unités mixtes de recherche, qui leur semble trop "floue", n’a "pas eu un succès formidable", reconnaît Alain Fuchs. Pas plus que l’insistance à renforcer la "dynamique du financement" sur les premières années de la programmation, afin de permettre aux universités de "ne pas décrocher au niveau international". Cela dit, Jean Chambaz rappelle qu' "Udice n’est pas une création conjoncturelle, mais répond à un besoin de lobbying sur la durée", et qu’après la loi, "il y aura les décrets d’application".

CONFIER DES PROGRAMMES PRIORITAIRES AUX UNIVERSITÉS DE RECHERCHE

Christine Clerici met l’accent de son côté sur les programmes prioritaires de recherche. "Nous souhaiterions que des universités soient présentes dans les comités de pilotage", fait-elle savoir, voire coordonnent elles-mêmes de tels programmes. Quant aux nouvelles formes de recrutement proposées par le projet de loi (chaires de professeur junior, CDI de mission…), Manuel Tunon de Lara signale que plusieurs universités ont déjà mis en place de telles formules, "mais de manière inconfortable, sans la sécurisation qu’offrent les chaires". "Cela se fait main dans la main avec les organismes de recherche", précise-t-il, ajoutant qu' "à Bordeaux, les chaires se sont traduites par des recrutements". Il juge également positif le CDI de mission, qui "donne plus d’autonomie et de liberté vis-à-vis des règles de la fonction publique".

"Nous sommes prêts à exploiter pleinement la LPR et le plan de relance, car nous sommes dans un contexte d'urgence pour la recherche, la formation et l'innovation", ajoute Sylvie Retailleau, présidente de l'université Paris-Saclay. Elle appelle aussi à "ne pas oublier ce qui se passe en Europe" et à "lancer un message aux États membres pour qu'ils apportent un soutien nécessaire pour la recherche", en référence aux coupes budgétaires qui devraient affecter le prochain programme-cadre Horizon Europe.

PIA 4 : UN "SOUTIEN GÉNÉRIQUE" PLUTÔT QU'UN "SAUPOUDRAGE INEFFICACE EN SILOS"

Enfin, sur le PIA 4, Jean Chambaz plaide "pour un soutien générique aux grandes universités de recherche" plutôt qu' "un saupoudrage inefficace en silos par des petits programmes" : "La transformation que nous menons est un travail de longue haleine qui ne peut être interrompu et l’État doit continuer à nous soutenir." Des propos corroborés par Alain Fuchs qui ajoute : "Nous ne sommes qu'au début de ces nouvelles universités de recherche, il nous faut du temps... au moins dix mandats présidentiels", ironise-t-il en faisant référence aux classements QS et THE des universités de moins de 50 ans.

"Un terrain sur lequel nous pouvons nous rejoindre sur le PIA 4, c’est celui de l’expérimentation", complète Manuel Tunon de Lara. "Nos écosystèmes sont d’excellentes opportunités pour faire des expérimentations dans différents domaines (transition énergétique, économie sociale…). Nous avons une richesse à exploiter, le PIA 4 pourrait s’appuyer dessus."

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René-Luc Bénichou, journaliste