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Caméras-piétons : Axon et Axis se préparent pour le futur marché public du ministère de l'Intérieur

Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, a annoncé la généralisation du port des caméras-piétons dans les patrouilles de policiers et de gendarmes au premier semestre 2021. L’objectif : pacifier les relations entre les forces de l’ordre et la population, et apporter des preuves en cas de litige. Déjà près de 10 500 appareils ont été déployés depuis 2018, essentiellement au sein de la police nationale, mais les modèles en dotation concentrent les critiques des agents, qui s’équipent parfois par leurs propres moyens. D’après AEF info, le ministère de l'Intérieur est en train de préparer un nouvel appel d’offres, de manière à respecter le calendrier fixé par Gérald Darmanin. Les industriels s’y préparent. Axon vient de sortir un nouveau modèle "intelligent", tandis qu’Axis communications se lance sur le marché, avec une caméra basée sur une architecture ouverte.

Dans les Deux-Sèvres, les policiers de Niort et de Thouars sont équipés depuis janvier 2019 de caméras-piétons pour filmer leurs interventions. MaxPPP - Noémie Guillotin

Le 1er juillet 2021. Tel est l’horizon fixé par le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, pour la généralisation du port des caméras-piétons dans les patrouilles de policiers et de gendarmes (lire sur AEF info). Souhaitée par le président de la République afin de "rétablir la confiance entre la population et la police" (lire sur AEF info), cette mesure a été esquissée par le prédécesseur de Gérald Darmanin début juin 2020, en réponse aux manifestations contre les violences policières, après la mort de George Floyd aux États-Unis lors d’une interpellation. Christophe Castaner avait demandé un renforcement de l’usage des caméras-piétons lors des contrôles d’identité, afin que les images enregistrées puissent apporter des preuves en cas de suspicion de violences illégitimes ou de propos contraires à la loi ou à la déontologie.

Des "défauts techniques" sur les modèles actuels

Selon les informations d’AEF info, un appel d’offres est en cours de préparation place Beauvau afin de respecter l’engagement du ministre sur le calendrier. Une première dotation, chiffrée à 15 millions d’euros par Gérald Darmanin, doit permettre l’acquisition de 30 000 appareils (lire sur AEF info). Actuellement, les forces de l’ordre sont dotées de caméras-piétons acquises dans le cadre d’un marché public d’une valeur de 2,4 millions d’euros attribué en mars 2018 à Allwan, une PME du Maine-et-Loire qui distribue divers matériels de sécurité (1). Selon une réponse écrite du ministère de l'Intérieur à plusieurs parlementaires en septembre 2020, la gendarmerie dispose seulement d’une centaine de caméras achetées dans le cadre de ce marché, tandis que la police nationale en a acquis 10 400 pour un coût unitaire "de l’ordre de 455 euros".

Dans son édition du 22 janvier 2020, Le Canard Enchaîné a révélé que ces caméras-piétons, commercialisées par Allwan et fabriquées par une entreprise chinoise, étaient en réalité "inutilisables". "Les caméras individuelles actuellement en dotation présentent […] plusieurs défauts techniques : faible autonomie de la batterie, mauvaise qualité des images, difficulté de manipulation de l’outil", reconnaît la place Beauvau dans sa réponse aux parlementaires. Ces limites pousseraient certains agents à s’équiper à leurs propres frais, en dehors de tout cadre légal, dans le but de dissuader et de se protéger. Lors d’une audition au Sénat en juillet 2020, le DGPN, Frédéric Veaux a également reconnu "de regrettables difficultés pratiques lors de l’accrochage à l’uniforme, du déclenchement ou du changement de batterie". "Le marché public nous lie jusqu’en 2022, mais nous aimerions remplacer ces caméras", affirmait le haut fonctionnaire (lire sur AEF info).

Vers une Utilisation immédiate des images ?

L’IGA, l’IGPN et l’IGGN ont été chargées par le ministre de l'Intérieur de conduire une mission d’appui relative à cet équipement. Les deux forces se sont en outre livrées à une sorte de "benchmarking" sur différents matériels. La gendarmerie nationale a par exemple expérimenté un modèle de caméra-piéton dans le Val-d’Oise, "où lorsqu’un gendarme d’une patrouille déclenche sa caméra, cela déclenche toutes les caméras de la patrouille", relatait le général Christian Rodriguez, lors d’une audition parlementaire en juillet 2020 (lire sur AEF info). À cette occasion, le DGGN a par ailleurs souhaité que la consultation des images capturées puisse être immédiate. "Ce n’est à l’heure actuelle pas possible, toujours du fait de la finalité originelle des caméras-piétons. Mais cela pourrait être utile pour identifier une personne ou partager l’image de quelqu’un qui a été filmé en train de commettre une exaction grave" (lire sur AEF info).

Une demande relayée par Gérald Darmanin, qui souhaite également que les forces de l’ordre puissent disposer des images enregistrées par leurs caméras-piétons dès qu’elles ont été filmées, sans avoir la possibilité de les modifier ou de les supprimer, afin de faire immédiatement la lumière sur un événement. Lors du congrès de l’Unsa police, début septembre 2020, le ministre de l'Intérieur a ainsi indiqué qu’il proposerait au garde des Sceaux une telle évolution juridique (lire sur AEF info). Quelques jours plus tard, il a également évoqué des pistes de nouvelles fonctionnalités pour les appareils, comme le fait que la caméra puisse "se mettre automatiquement en fonctionnement dans certains cas", par exemple "quand un policier se mettra à courir" ou "sortira son arme" (lire sur AEF info).

La caméra "intelligente" d’Axon

C’est l’un des arguments que met en avant Axon, qui, comme d’autres industriels, se prépare au nouvel appel d’offres. L’entreprise américaine, qui produit historiquement le pistolet à impulsions électriques "Taser" et des caméras-piétons depuis une dizaine d’années (lire sur AEF info), vient de lancer un nouveau modèle, la "Body 3", destinée aux policiers et aux gendarmes, mais aussi aux policiers municipaux, pompiers, agents de transport ou personnels pénitentiaires (lire sur AEF info).

Son "écosystème complet" de matériel permet de déclencher automatiquement la caméra lorsqu’un agent allume son "Taser", voire lorsque l’agent sort une matraque télescopique ou une arme létale de son étui, détaille à AEF info Cathy Robin, directrice d’Axon France. "Un signal Bluetooth est envoyé aux caméras de marque Axon allumées dans un rayon de neuf mètres, qui se mettent alors à enregistrer", décrit-elle. La Body 3 est "plus intelligente" que le modèle précédent "car elle dispose d’autres capteurs" qui pourraient permettre à terme de détecter des coups de feu et d’écouter l'"environnement" du policier ou du gendarme.

"L’idée, c’est d’avoir la preuve et le contexte au moment où on utilise une arme", explique-t-elle, précisant que la "Body 3" dispose d’un pré-enregistrement configurable jusqu’à deux minutes. Par rapport aux précédents modèles, la nouvelle caméra offre également la possibilité, techniquement, de retransmettre le flux vidéo en direct au poste de commandement ou au CSU, explique la directrice d’Axon France. La qualité sonore et vidéo est "meilleure". L’appareil est par ailleurs doté d’une mémoire de 64Go et d’une autonomie de près de 12 heures.

Selon Cathy Robin, la police métropolitaine de Londres, équipée de "Body 2", s’apprête à basculer vers la "Body 3". En France, Axon équipe en caméras plusieurs polices municipales, dont celle de Bordeaux, ainsi que les agents de sûreté de la SNCF qui expérimentent cet outil (lire sur AEF info).

La caméra cybersécurisée d’axis

Face à l’essor mondial du marché, l’entreprise suédoise Axis Communications, spécialisée dans la vidéosurveillance, vient de son côté de lancer sa propre solution de caméra-piéton, destinée aux forces de l’ordre, pompiers, personnels pénitentiaires et sociétés de sécurité privée. "L’entreprise voulait sortir des outils qui soient réellement de bonne qualité", explique Vincent Paumier, responsable territoire de confiance Europe du Sud chez Axis.

De nombreux tests ont été réalisés de manière à aboutir à des caméras robustes, légères et "faciles à utiliser". D’une autonomie de plus de 12 heures, elles sont utilisables "une journée complète sans être rechargées", et garanties trois ans. "La qualité de nos produits vise à éviter les opérations de maintenance, afin de limiter le coût total de possession pour le client final", affirme le responsable. La caméra peut capturer la vidéo jusqu’à une résolution de deux millions de pixels et garantit à son utilisateur "l’exploitabilité de l’image", soit des images nettes même dans des conditions difficiles. Elle est également dotée de deux microphones, d’un récepteur GPS/GNSS pour les données de localisation, de Bluetooth et wifi, ainsi que d’un gyroscope et d’un accéléromètre 6 axes.

Non autorisée actuellement en France pour les forces publiques, la retransmission en direct du flux vidéo "vers un équipement de type téléphone portable" est techniquement possible, par wifi. Axis peut libérer cette fonctionnalité à la demande des autorités. Le fabricant suédois mise également très fortement sur son architecture système ouverte, permettant l’intégration de ses caméras-piétons par les solutions existantes de gestion de vidéosurveillance urbaine.

Il est en outre particulièrement attaché à la cybersécurité de ses appareils : "Nous développons nous-même nos processeurs, nous intégrons des technologies pour éviter les piratages, et nous mettons à jour en permanence nos micrologiciels", souligne Vincent Paumier. Ainsi, "si une caméra est volée sur le terrain, les images, qui sont encryptées, ne pourront être lues".

(1) Contactée par AEF info, la PME Allwan, qui a remporté le marché public en 2018, n’a pas donné suite.

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Judith Blanes, journaliste