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Police : "Nous nous devons d’être présents dans les médias dans les moments difficiles" (Michel Lavaud, chef du Sicop)

Face à la multiplication des acteurs et des canaux d’information, à la rapidité des réseaux sociaux, la police adapte sa communication. Dans un entretien accordé à AEF info, le chef du Sicop, Michel Lavaud, explique cette évolution et les obligations en la matière qui s’imposent à la police. Il précise que l’institution voit d’un œil bienveillant les policiers qui s’expriment sur Twitter ou Facebook : "Lorsque vous intervenez dans l’espace public comme une sorte de 'grand témoin', le principe de la liberté d’expression s’applique a priori au policier", précise-t-il. "Il n’y a donc pas d’autorisation préalable, mais plutôt, comme pour tout fonctionnaire, un respect des règles de réserve, d’exemplarité et de loyauté attachées à la fonction." Il confirme que le ministère de l'Intérieur va "prendre des initiatives" concernant la prise d’images et leur utilisation.

Michel Lavaud, chef du Service d'information et de communication de la police nationale Droits réservés - DR

AEF info : La communication de la police nationale semble être en pleine transformation, plus réactive, plus ouverte. Est-ce une impression liée à un contexte particulier, ou une véritable évolution ?

Michel Lavaud : Il nous faut expliquer et rendre compte de notre activité et de nos actions. Nous le devons à la population et à nos policiers. C’est d’ailleurs ce cap que nous fixe le ministre de l'Intérieur. Il faut informer du travail fait par les policiers et le valoriser, c’est une obligation. Ce n’est pas toujours simple et il existe un corpus de règles : des règles judiciaires liées au secret de l’enquête et des règles administratives propres à notre institution. Elles encadrent la communication de la police nationale. Ouverture donc, mais également équation à résoudre en permanence entre la stratégie de communication et les règles qui s’imposent.

Le choix de communiquer est ensuite une responsabilité. Intervenir dans le débat public au nom de la police, au niveau national comme au niveau local, c’est représenter l’ensemble des 150 000 policiers qui sont sur le terrain. C’est pourquoi, avant toute communication, plusieurs questions se posent toujours. Est-ce qu’on communique à cet instant ou pas ? Quel est le message ? Par quel vecteur : communiqué de presse, réseaux sociaux, prise de parole, etc. ? Tous les vecteurs doivent être associés : réseaux sociaux, presse, communication interne et même événementiel puisque tous participent à l’image de la police nationale. Tous travaillent ensemble pour garantir la cohérence du message. En se souvenant qu’il n’y a pas d’un côté une communication interne et de l’autre une communication vers l’extérieur. Une "com" interne dépasse forcément la communauté policière, les policiers parlent à leurs familles, leurs amis. De même, on ne peut parler à l’extérieur sans imaginer que les policiers lisent et commentent la presse.

AEF info : Au sujet des réseaux sociaux, les services officiels de police sont très présents. Cela s’est-il construit au fil de l’eau, ou est-ce une décision ?

Michel Lavaud : La décision a été prise il y a plusieurs années d’une présence de la police nationale sur les réseaux sociaux et la volonté actuelle du directeur général de la police nationale s’inscrit dans cette perspective. Il était indispensable d’y avoir voix au chapitre dans la mesure où les sujets police et sécurité y sont abondamment abordés. Et cette présence est d’autant plus visible qu’elle n’est pas centralisée. La volonté du Sicop a été de s’appuyer sur les territoires. Dans chaque département, la police est présente sur Twitter ou Facebook, voire sur les deux réseaux.

C’est utile en termes de visibilité, mais surtout, ces comptes locaux sont le gage de la proximité de l’information. Une personne qui habite à Besançon souhaite des informations locales et précises, lorsqu’un évènement survient dans sa ville, qu’une polémique monte et les comptes locaux y trouvent toute leur place et leur légitimité. Au niveau national, suivant l’ampleur de l’évènement, le Sicop relaiera ou pas. Nous appliquons un principe de subsidiarité au profit de la communication locale.

AEF info : Le but est-il de faire contrepoids à toutes les vidéos mettant en cause la police, ou les comptes Twitter très militants "anti-flics" ? Une sorte de "guerre de communication", de contre-image ?

Michel Lavaud : Communiquer, c’est d’abord informer, expliquer le cas échéant, valoriser le travail de la police nationale et enfin répondre parfois plus que "riposter". Parce que nous nous adressons à l’ensemble de la population et non à telle ou telle communauté. Les commissariats sont ouverts à tous, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. À ceux qui apprécient la police comme à ceux qui l’apprécient moins. Et les policières et policiers répondent présents, ils sont là pour toutes et tous. C’est la même chose sur Twitter. Tout le monde peut s’abonner à nos comptes et nous devons nous adresser à tous. À ceux qui nous apprécient comme à ceux qui nous apprécient moins.

Plutôt que le face-à-face, notre champ est celui de l’explication, de la mise en contexte. Ceci affirmé, si la police nationale est aujourd’hui très présente sur les réseaux sociaux avec près de 2,5 millions d’abonnés, chaque communication s’évalue selon le moment où elle intervient. En une demi-journée, l’intérêt ou non d’une communication peut s’inverser. Cette incertitude apprend l’humilité, l’agilité aussi, puisqu’il faut savoir s’adapter. C’est ainsi qu’en juin, au moment des polémiques [sur les "violences policières"] (lire sur AEF info), nous avons décidé de réfléchir à des sujets autour des lauréats des différents concours de police pour témoigner de l’attractivité de nos métiers, de vocations toujours présentes chez les jeunes.

AEF info : Mais tout n’est pas si rose…

Michel Lavaud : Il y a des sujets sur lesquelles nous avons le devoir d’informer. D’ailleurs, à chaque fois que nous donnons la parole à des policiers, au-delà des difficultés d’exercice du métier, je retrouve aussi le sens de l’engagement, la soif de servir l’intérêt commun, l’intérêt collectif. La police nationale est responsable de missions complémentaires, ce qui rend, aussi, sa communication compliquée : une mission répressive, une mission de prévention, et une mission de secours. Je ne connais pas beaucoup d’institutions qui doivent concilier trois missions qui, par définition, ne se concilient pas toujours aisément. Le même policier en patrouille peut interpeller un voleur à la roulotte, mais aussi intervenir sur un accident de la route ou aider une personne qui fait un malaise.

AEF info : Mais de l’extérieur, on a cette impression que lorsque ça se passe mal, que la police est mise en cause sur un fait, l’institution se referme, et que la réponse systématique c’est : "Pas de commentaires, il y a une enquête en cours"….

Michel Lavaud : L’article 11 du CPP réserve aux procureurs de la République la communication sur les enquêtes en cours. Et comme chaque intervention de police qui pose question fait automatiquement l’objet d’une enquête, cela limite notre capacité à communiquer. On peut toujours essayer de communiquer avec cette contrainte, mais si vous ne parlez pas des faits, par définition, vous n’avez pas de message, et donc vous n’êtes pas repris dans les médias. Alors que, dans le même temps, d’autres s’expriment. Et cela donne l’impression d’une police volontairement silencieuse alors qu’elle ne fait que respecter la loi. Nous tentons toujours de trouver des solutions dans le cadre de la loi en allant par exemple sur des éléments de contexte, de pédagogie, d’explications. Mais une asymétrie demeure et nourrit, je pense, ce sentiment d’injustice qu’ont les policiers qui se trouvent attaqués dans l’espace public et qui s’interrogent sur les manières de les défendre.

Je peux assurer qu’ils le sont et que, sous l’autorité du directeur général, le Sicop est à l’affût de toutes les possibilités pour défendre l’institution. Mais vu l’offre médiatique, il nous est aussi difficile d’occuper l’espace par rapport au nombre d’interviews, de plateaux, de diffusions, d’experts.

 AEF info : Ce que vous dites sur la loi rejoint ce débat – qui va au-delà des caméras-piétons (lire sur AEF info) — de ces policiers qui disent : "Mais nous pourrions aussi filmer, exploiter nos propres images et les mettre sur les réseaux sociaux. Mais légalement ce n’est pas possible." Certains commencent à le faire d’ailleurs de manière anonyme.

Michel Lavaud : Il y a un débat autour de la capacité à filmer sur la voie publique, et devant l’étendue des capacités à recueillir des images dans la rue - smartphones, drones, microcaméras…- le ministre de l'Intérieur va prendre des initiatives en ce sens (lire sur AEF info).

AEF info : On sent que l’institution est en train de s’adapter à cette communication extrêmement rapide que sont les réseaux sociaux, et qu’elle laisse faire des influenceurs, des policiers anonymes ou pas, qui s’y expriment. Quel est leur statut, dans quelle "zone" se situent-ils ?

Michel Lavaud : Il fut un temps où seuls les comptes officiels police et ceux des organisations syndicales existaient sur les réseaux. Ce temps est révolu et de nombreux "influenceurs" se sont fait leur place. Anonymes, ou pas. Certains, encore rares, ont fait le choix d’apparaître en étant identifiés.

Les règles qui s’appliquent à eux sont celles qui s’appliquent à tout fonctionnaire de police. Si vous parlez d’un événement qui est arrivé dans votre service, une autorisation hiérarchique est nécessaire. En revanche, lorsque vous intervenez dans l’espace public comme une sorte de "grand témoin", le principe de la liberté d’expression s’applique a priori au policier, comme à n’importe quel autre citoyen. Il n’y a donc pas d’autorisation préalable, mais plutôt, comme pour tout fonctionnaire, un respect des règles de réserve, d’exemplarité et de loyauté attachées à la fonction. Si votre discours nuit à l’image de la police nationale, des questions se poseront. C’est pour ces raisons que nous entretenons des liens, des contacts avec les "influenceurs" policiers identifiés, sans que cependant ce lien ne concerne leur ligne éditoriale.

AEF info : Mais cela signifie qu’il y a quand même eu une évolution dans la manière de fonctionner. Ne pensez-vous pas qu’un policier, il y a quelques années, qui serait allé sur un plateau télé, ou sur des réseaux, de manière nominative pour s’exprimer sur la police, même de façon positive, sans autorisation préalable, se serait vu convoquer par sa hiérarchie ?

Michel Lavaud : Les règles sont les mêmes mais l’environnement numérique a profondément changé en offrant à tout un chacun la possibilité d’obtenir une audience, sans besoin d’intermédiaires - presse ou organisation - sur la seule base du succès de son angle éditorial. Ces policiers qui s’expriment sur les réseaux sociaux illustrent une autre voix "police", d’une certaine façon complémentaire à la communication institutionnelle. Ce sont les mots du terrain, concrets, sans qu’ils ne représentent toutefois la parole de la police nationale. C’est un plus. Mais je le redis, cette complémentarité de fait ne veut pas dire stratégie, coordination commune. Cela n’aurait aucun sens.

 AEF info : On voit aussi plus de représentants officiels de la police sur les plateaux aujourd’hui. Quelle est l’évolution de ce côté-là ? Il n’y a encore pas si longtemps, la voix de la police était presque uniquement les syndicats…

Michel Lavaud : Là aussi, les choses bougent. Nous nous devons d’être présents dans les médias dans les moments difficiles. Au mois de juin, à la suite du décès aux États-Unis de Georges Floyd, le directeur général de la police nationale, Frédéric Veaux, s’est exprimé sur RTL (lire sur AEF info), a répondu aux lecteurs du Parisien et rappelé dans les deux cas que "la police française n’est pas raciste". C’était la voix de la police, la voix des policières et des policiers. Et chaque jour, ce sont en moyenne cinq chefs de police qui s’expriment dans les médias nationaux, sans oublier les sorties en PQR où les cadres policiers sont très souvent interviewés. En amont de tout cela, il y a de la formation, de l’accompagnement, tout un travail invisible qu’assume le pôle presse du Sicop avec les directions d’emploi de la police nationale pour donner les éléments, le contexte, réfléchir et aider le cadre policier qui va s’exprimer.

AEF info : On met quand même parfois du temps à obtenir une information officielle de la police…

Michel Lavaud : Si nous sommes organisés pour traiter l’information 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, cela exige aussi un temps de réflexion. Justement parce que nous ne sommes pas dans le face-à-face et dans la mêlée, notre information doit être vérifiée. À l’instar de toutes les institutions publiques ou privées, la police met parfois du temps à consolider ce qui s’est passé sur le terrain, dans un contexte opérationnel. Les militaires rappellent d’ailleurs que la première information opérationnelle comporte toujours une dose d’erreurs. Vérifier ce qui remonte du terrain nous demande du temps avant de pouvoir communiquer. Ce temps débouche parfois sur la critique un peu facile du "ils en mettent du temps". Il faut assumer cette temporisation. Nous n’avions à l’époque jamais confirmé l’interpellation en Écosse de Xavier Dupont de Ligonnès (1) et je peux vous assurer que beaucoup nous trouvaient ce soir-là bien pusillanimes. Là où certains parlent de lenteur, je préfère voir une exigence de précision que nous devons à la population. C’est aussi une question de crédibilité de notre parole.

(1) Xavier Dupont de Ligonnès, suspecté d'avoir tué toute sa famille en 2011 à Nantes (Loire-Atlantique), n'a jamais été retrouvé jusqu'à présent. En octobre 2019, un homme identifié à tort comme Xavier Dupont de Ligonnès avait été interpellé à l'aéroport de Glasgow (Écosse), suscitant un emballement médiatique durant près de 24 heures, avant d'être relâché.

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Jean-Marie Godard, journaliste