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Surcoûts liés à la crise : "la facture continue à grimper" pour les établissements d'enseignement supérieur

Masques, matériel informatique, prolongation des contrats doctoraux… L’impact de la crise sanitaire sur les budgets des universités se précise. D’une université ou d’une école à l’autre, les coûts sont évalués à quelques millions d’euros en dépenses directes mais pourraient être beaucoup plus élevés en termes d’impact indirect. Le MESRI s’est engagé, de son côté, à financer ces dépenses "en fin de gestion", dans le cadre du PLFR de fin d’année (lire sur AEF info). Tour d'horizon dans des universités, écoles de commerce et d'ingénieurs.

A l’université de Bordeaux, près de 500 installations, appuyées sur la solution Zoom, sont disponibles hybrider les enseignements. Composées d’un téléviseur, d’une unité centrale, d’un micro, de hauts-parleurs, d’une caméra et d’une tablette de contrôle, les Zoom Room permettent de travailler en synchrone avec des étudiants en présence et à distance mais également d’enregistrer les séances de cours. Droits réservés - DR

Le coût de la crise sanitaire représente 2 % du budget 2020 de l'université de Reims. "Ce n'est pas neutre", souligne son président, Guillaume Gellé. "Il s'agit de près de 4 millions d’euros, dont 1,5 million d’euros pour le nettoyage et les équipements et 500 000 à 1 million pour mobiliser de nouvelles ressources humaines". À l’Urca comme ailleurs, les surcoûts liés au Covid-19, que ce soit en termes d’équipements ou de baisse des recettes, peuvent désormais être évalués avec précision.

À l’université de Rouen-Normandie par exemple, le total des dépenses représente pour l’heure 2 M€, répartis à égalité entre l’informatique et les produits ou équipements sanitaires. Entre les dépenses supplémentaires et les "ressources qui ne sont pas entrées", l’université Grenoble-Alpes, de son côté, estime l’impact financier de la crise à 8 M€.

Les masques représentent à eux seuls entre 25 000 et 30 000 euros pour l’université Bretagne-Sud, quand Lyon-I indique avoir déboursé 3 M€ en matériel sanitaire. Le coût de la masse salariale, avec la prolongation des contrats doctoraux notamment, est, lui, estimé à 50 k€ pour 2020 à lUHA et devrait passer à 75 k€ en 2021.

Investissements dans le matériel numérique

C’est du côté des équipements informatiques que les dépenses ont été particulièrement importantes, avec, dans certaines universités, le choix d’acheter des licences Zoom, d’acquérir du matériel pour les prêts aux étudiants ou de mettre en place des dispositifs de captation vidéo. L’UVSQ a par exemple investi plus de 750 000 euros dans des moyens informatiques et audiovisuels : dispositifs permettant la captation vidéo des enseignements ainsi que leur rediffusion en direct ou en différé (24 unités de captation mobiles KastRevolt, 10 Studio mobiles Rapid Mooc), logiciels (MatLab et licences Microsoft, Dell par exemple) et outils numériques pour faciliter les enseignements hybrides (licences de visioconférence Compilatio et Zoom, outil anti-plagiat). L’université a également investi dans le déploiement de plus de 100 nouvelles bornes Wifi et l’achat 224 ordinateurs portables pour les personnels et étudiants qui en ont besoin (en complément du dispositif d’aide à l’achat d’ordinateurs pour les étudiants en situation de précarité).

Plusieurs centaines de milliers d’euros ont également été investis par l’université Côte d’Azur – qui estime à 3 M€ le surcoût lié à la crise sanitaire – pour renforcer la capacité des serveurs et financer des classes virtuelles. Un budget de 400 000 euros sera par ailleurs débloqué et réparti via un appel à projets "d’ici la fin de l’année" afin d’améliorer la couverture, d’équiper les amphithéâtres de systèmes vidéo et les enseignants de tablettes, détaille son président, Jeanick Brisswalter.


Si Toulouse-I Capitole a acheté 24 000 licences Zoom sur fonds propres, la facture liée au numérique grimpe à 1,2 M€ à l’UHA et à l’Urca, à 380 000 euros à Tours. En septembre, le budget rectificatif de l’université de Bourgogne devrait permettre de dédier 360 000 € supplémentaires au numérique : il s’agit d’équiper au moins une salle dans chacune des UFR d’un "système performant pour capter la voix et l’image", indique Alexandre Fournier, vice-président délégué aux campus numériques, aux systèmes d’information et aux sources ouvertes, afin de permettre aux étudiants qui se sont déclarés à risque de suivre certains cours à distance. À ESCP Europe, on a misé sur un équipement haut de gamme : 1 M€ pour 40 salles. Mines Paris a dépensé, elle, 150 000 euros pour équiper 50 salles de caméras sur pied et de micros. L’équipement de tous ses amphithéâtres a coûté 250 000 euros à l’université de Saint-Étienne.

Un rééquilibrage grâce aux économies réalisées

Achat de matériel informatique pour les personnels, d’applications de maintenance à distance ou encore d’outils pour l’enseignement à distance : le surcoût s’élève 2 M€ à l’université de Bourgogne, mais avec la baisse des dépenses de fonctionnement pendant le confinement, l’université a réalisé environ 1 M€ d’économies, précise Alain Helleu, DGS. La facture (à hauteur de 2 à 3 M€ en équipement, 1,2 M€ pour les aides sociales, 1 M€ pour accélérer les projets de recherche sur le Covid-19) s’équilibre également à l’université de Bordeaux grâce aux économies réalisées. Manuel Tunon de Lara est plus inquiet pour l’an prochain.

L’université de Lille a de son côté engagé 9 M€ de dépenses supplémentaires mais aussi réalisé 6 M€ d’économies et de recettes, selon une évaluation transmise à AEF info le 15 septembre (voir encadré ci-dessous).

Le détail des surcoûts à l’université de Lille


Le détail des 9 M€ de dépenses supplémentaires ou de non-recettes :
- 3 M€ de perte de recettes (contrats de recherche, formation continue…)
- 2,6 M€ d’équipements liés au plan de reprise d’activité (équipement vidéo des amphis, licences Zoom, équipements pour le télétravail…)
- 1,7 M€ de consommables : masques, gel hydroalcoolique, etc.
- 0,6 M€ de dépenses courantes (nettoyage, désinfection)
- 1 M€ de dépenses RH (prolongation des contrats doctoraux, primes Covid)

Aux dépenses liées à la crise sanitaire s’ajoute 1 M€ de CVEC consacré aux aides aux étudiants.

Le détail des 6 M€ d’économies et de recettes :
- 1,1 M€ de recettes (venant de l’isite et du ministère) pour les équipements et la prime Covid
- 0,5 M€ d’économies de fluides
- 0,8 M€ d’économies de consommables (fournitures de bureau par exemple)
- 3,3 M€ d’économies sur les frais de déplacements et réception.

Par ailleurs, l’établissement fait état d’un décalage de 11,8 M€ de décalage dans les dépenses d’investissement en raison de la crise sanitaire.

des coûts indirects difficiles à chiffrer

Les coûts indirects liés à la crise restent pour l’heure difficiles à chiffrer pour les différents établissements. À l’université de Strasbourg, si le surcoût direct est estimé à 1,9 M€, l’impact global approcherait les 10 millions d’euros en comptant "le non réalisé pendant le confinement, notamment en formation continue". Cette perte de recettes avait été identifiée par la CPU dans un document de travail datant de mai (lire sur AEF info), qui redoutait une baisse de 20 % à la rentrée, avec une diminution du nombre de stagiaires suivant une formation "plus que l’offre de formations" elle-même.

La même inquiétude sur les baisses de financements liées à la formation continue, mais également à la recherche partenariale, est soulignée à l’université de Bordeaux pour 2021, et à l’université Côte d'Azur : "Moins d’étudiants en alternance, moins de relations avec les entreprises, ce sera donc moins de contrats de recherche", égrène Jeanick Brisswalter, qui espère "qu’une partie de ces coûts seront pris en charge par le plan de relance de l’ESR".

"Ce qui m’inquiète, ce sont les recettes en moins et qui vont se répercuter sur les recettes 2021", indique Bertrand Raquet, DG de l’Insa Toulouse. "C’est le cas de la taxe d’apprentissage, avec un effet croisé de la réforme de la formation professionnelle et de l’évolution de la masse salariale à cause du chômage partiel. Nous pourrions avoir une baisse de 40 % en 2021. Sur un budget habituel d’1 M€, ce n’est pas négligeable." En ce qui concerne le mécénat, l’école note "une vraie difficulté", notamment sur la prospective de nouveaux mécènes.

"Nous devons trouver avec le rectorat les solutions financières pour retrouver un équilibre budgétaire", indique-t-on à l’université de Toulon, où les coûts supplémentaires liés à la Covid-19 sont évalués à 600 000 euros.

Une crise qui dure

Tous les regards sont aujourd’hui tournés vers le MESRI, qui s’est engagé à financer les surcoûts de la crise. Le problème, c’est que la crise dure, ce qui complique la stabilisation du chiffrage. "La facture continue à grimper", constate par exemple Joël Alexandre, président de l'université de Rouen-Normandie, notamment car il a fallu depuis la rentrée commander de nouveaux masques pour finir l’année". L’ensemble de ces dépenses n’est donc pas encore "budgétisé" par le MESRI, mais devrait figurer dans le PLFR de fin d’année, a récemment rappelé l’entourage de Frédérique Vidal (lire sur AEF info).

"Le dialogue stratégique et de gestion qui va démarrer courant octobre permettra de préciser l'impact de la crise pour 2020 mais aussi 2021", estime Marie-Elisabeth Borredon, rectrice déléguée à l'ESRI de la région Hauts-de-France. "Les crédits destinés à compenser les pertes de 2020 devraient être versés avant la fin de l'année, ceux de 2021 un peu plus tard. La deuxième partie du dialogue stratégique et de gestion qui aura lieu au printemps permettra de répondre aux projets des établissements pour poursuivre l'hybridation des enseignements", ajoute-t-elle.

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Sarah Bos, journaliste