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Cédric Villani : "La LPPR doit être améliorée mais il faut saluer les moyens considérables qu’elle apporte"

Le mathématicien Cédric Villani, député Écologie Démocratie Solidarité de l'Essonne, vient d’achever l’examen du projet de loi de programmation de la recherche avec ses collègues de la commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale, avant son passage en séance publique à partir du 21 septembre 2020. Bien qu’il ne soit "pas d’accord à 100 %" avec le texte et qu’il lui trouve plusieurs insuffisances, par exemple sur la durée "déraisonnable" de la programmation budgétaire ou sur son "manque d’ambition" quant aux relations science-société, il estime qu’il présente des avancées majeures. Rappelant le combat mené par les scientifiques il y a quatre ans pour sauver 250 M€ de crédits menacés d’annulation (lire sur AEF info), il insiste sur les moyens considérables que promet la LPPR : 25 Md€ en dix ans. "La loi doit être améliorée, mais il faut saluer l’effort", souligne-t-il.

Cédric Villani, député Écologie démocratie solidarité de l'Essonne. MaxPPP - Olivier Corsan / PhotoPQR / Le Parisien

AEF info : L’an dernier, vous avez été co-rapporteur d’un des groupes de travail chargés de remettre des propositions pour le projet de loi de programmation de la recherche. Comment recevez-vous le texte rédigé par le gouvernement, maintenant qu’il est examiné à l’Assemblée nationale ?

Cédric Villani : Il y a quatre ans, avec quelques collègues très respectés, nous avions dû faire campagne pour empêcher une annulation de 250 millions d’euros de crédits de l’ESR, dont la moitié pour des organismes de recherche (lire sur AEF info ici et ici).

Aujourd’hui, de quoi parle-t-on ? D’un projet de loi de programmation de la recherche qui prévoit d’injecter dans la recherche publique 25 Md€ en dix ans, soit un montant 100 fois supérieur à celui que nous avions dû défendre voici quatre ans (20 fois supérieur si l’on considère le budget annuel). Évidemment qu’il y a des ajustements à effectuer et des garde-fous à ajouter dans cette LPPR, mais il ne faut pas oublier l’augmentation considérable de moyens qu’elle apporte : la loi doit être améliorée, mais il faut saluer l’effort.

 

Il est maladroit de présenter le projet en insistant autant sur l’augmentation, certes très bienvenue, du budget de l’ANR.

 

AEF info : Quelles sont les améliorations que vous souhaitez apporter au texte ?

Cédric Villani : Parmi les points à revoir, l’un des plus importants est à mes yeux celui de la trajectoire budgétaire. Dix ans, c’est juste trop long et déraisonnable. Une durée raccourcie à sept ans, voire à cinq ans serait amplement préférable. La ministre Frédérique Vidal soutient qu’une montée en charge progressive va permettre de lancer de nouveaux projets de recherche sur plusieurs années. Mais même si l’on planifiait une programmation sur sept ans, on serait déjà au-delà de la durée d’un projet de recherche "normal". La bonne nouvelle malgré tout, c’est que les chiffres annoncés par le plan de relance et le PIA 4 en faveur de la recherche sont bons et vont permettre aux premières "marches" de la LPPR d’être à la hauteur (lire sur AEF info). Il y a néanmoins un vrai problème de lisibilité de toutes ces mesures.

Je pense aussi qu’il est maladroit de présenter le projet en insistant autant sur l’augmentation, certes très bienvenue, du budget de l’ANR. La communauté scientifique a aussi besoin de garanties sur l’augmentation des crédits de base des laboratoires, qui peuvent venir du préciput, mais pas que. D’autant que la question de la recherche européenne est très mal servie, avec un programme Horizon Europe et un ERC (Conseil européen de la recherche) qui sont massacrés dans les négociations budgétaires européennes. L’ERC en particulier a servi de variable d’ajustement et a souffert au-delà de l’admissible. Il est absolument indispensable de revoir à la hausse le budget de la recherche en Europe, et c’est un combat que nous soutiendrons au niveau national, comme Jean-Pierre Bourguignon, le président de l’ERC, le porte au niveau européen.

AEF info : Vous êtes professeur des universités. À ce titre, considérez-vous que le projet de loi atteint son objectif de "libérer du temps" pour la recherche ?

Cédric Villani : Le temps que les universitaires peuvent consacrer à la recherche est une vraie question. Augmenter le nombre des délégations au CNRS est une première réponse. J’en vois une autre qui serait de doubler le nombre des postes d’accueil à l’IUF (Institut universitaire de France) et je propose un amendement en ce sens.

L’IUF est une formule remarquable qui permet aux enseignants-chercheurs de bénéficier à la fois de la souplesse et de crédits personnels, pour une durée limitée, et qui renforce les universités d’origine des membres de l’Institut. En outre, le jury international lui donne une grande légitimité. C’est à mon sens l’une des très belles formules dont dispose la France pour renforcer son attractivité, et cela pour un coût de fonctionnement minime. Malheureusement, ces dernières années, la tendance est à la baisse des postes IUF ; il faut au contraire aller résolument vers leur hausse.

 

Je trouve que le texte manque singulièrement d’ambition sur les relations entre la science et la société.

 

AEF info : Le projet de loi crée de nouvelles formes de recrutement dans les organismes de recherche et les universités qui ne font pas l’unanimité dans la communauté, comme les CDI de mission scientifique ou les chaires de professeur et de directeur de recherche junior. Y êtes-vous favorable ?

Cédric Villani : Je suis globalement favorable aux mesures RH portées par le projet de loi, tout en ayant conscience qu’elles nécessitent des garde-fous. Les CDI de mission n’ont de sens qu’à condition qu’il y ait suffisamment de postes pérennes pour des titularisations. Quant aux "tenure-tracks", ou chaires de professeur junior, ce n’est pas ma culture de mathématicien, mais je comprends que cela puisse être attractif dans certains cas et faire partie de la panoplie des institutions de recherche ; certaines l’ont demandé explicitement. En revanche je suis en accord avec, par exemple, la CPU pour réduire leur contingent à 15 % des recrutements dans les corps concernés, au lieu des 25 % prévus par le projet de loi (1).

AEF info : Y a-t-il un sujet qui vous paraît absent ou peut-être insuffisamment traité par le projet de loi ?

Cédric Villani : Je trouve que le texte manque singulièrement d’ambition sur les relations entre la science et la société. Je porte d’ailleurs des amendements pour qu’une partie du budget de l’ANR vienne favoriser ces interactions, notamment à travers les sciences participatives et citoyennes, les recherches "hors les murs". Il faut bien sûr garder une certaine prudence pour éviter les dérives, mais le sujet a été particulièrement travaillé avec l’Opecst et l’Académie des sciences, et il y a un consensus entre nous pour que les recherches participatives ne se développent pas en dehors de référents universitaires.

C’est un sujet qui touche d’ailleurs à celui de l’intégrité scientifique et de la confiance dans la science : avec la crise liée à l’épidémie de Covid-19, nous avons vu à quel point l’intégrité scientifique est importante, et à quel point certaines libertés prises avec les méthodes scientifiques peuvent porter préjudice à l’image de la science.

AEF info : Comment défendriez-vous ce texte auprès de vos collègues universitaires et chercheurs qui resteraient sceptiques, voire franchement contre ?

Cédric Villani : Je suis parfaitement au courant du scepticisme de certains de mes collègues. Après des années de bouleversement de l’ESR, je peux comprendre qu’il y ait eu de l’inquiétude. D’autant que le projet a pris du retard, qu’il s’est télescopé avec une réforme des retraites anxiogène pour les personnels de l’ESR, et que le voile a mis longtemps à se lever sur les montants prévus par la loi.

Mais ce que je peux dire c’est qu’aujourd’hui, je reconnais dans la rédaction de la loi les grands objectifs que nous avions souhaités quand nous avions travaillé, entre parlementaires et universitaires, aux rapports préliminaires au projet de loi : des budgets clairement renforcés, des taux de succès et des préciputs augmentés pour l’ANR, des formules facilitant les décharges d’enseignement… ce qui permettra aux chercheurs de gagner des crédits et du temps. Les discussions avec la CPU, les grands organismes, les syndicats ont permis d’avancer sur tous les points techniques. Et, par ailleurs, il n’était pas question d’un nouveau big bang, qui nous aurait encore plongés dans de grandes turbulences.

Les débats entre députés, et en particulier les discussions avec les rapporteurs, m’ont bien montré que les enjeux de la recherche ont été compris, et certains grands principes ont pu être réaffirmés pendant les débats. Le directeur de cabinet de la ministre a aussi été très actif pour faire remonter les éléments budgétaires pour l’ESR du plan de relance. Même si je ne suis pas d’accord à 100 % avec le texte, je suis relativement optimiste pour la suite.

Vacance de la présidence du HCERES : "Proprement scandaleux"

 

"Je tiens à dire qu’il est proprement scandaleux que le HCERES soit sans direction depuis neuf mois", s’indigne Cédric Villani. "C’est juste inadmissible dans un contexte où l’évaluation est une composante fondamentale de la crédibilité de la science. Ce dysfonctionnement me renforce en tout cas dans la conviction que l’Ofis [Office français de l’intégrité scientifique] doit avoir les moyens de son autonomie, indépendamment du HCERES."

(1) À l'initiative des rapporteurs de la commission des affaires culturelles, le contingent de chaires a été ramené à 20 % des recrutements autorisés dans chaque corps (lire sur AEF info).

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René-Luc Bénichou, journaliste