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"Il y a un besoin de montée en compétences sur les sujets RSE" (Hélène Valade, présidente de l'Orse)

"Nous assistons à un besoin de montée en compétences sur les sujets RSE, à la fois pour l’ensemble des collaborateurs d’une entreprise mais aussi plus spécifiquement au sein des équipes RSE car les thématiques gagnent en transversalité et se complexifient", déclare à AEF info lundi 14 septembre 2020, Hélène Valade, présidente de l’Observatoire de la responsabilité sociétale des entreprises (Orse) et directrice développement environnement de LVMH. En cette rentrée 2020, les 120 membres de l’Orse se retrouveront le 29 septembre pour l’assemblée générale de l’association qui a décidé d’axer ses groupes de travail et ses publications sur des sujets devenus incontournables en RSE : la taxonomie, la comptabilité environnementale, la transition juste mais également le coronavirus et ses impacts environnementaux et sociaux.

Hélène Valade, présidente de l'Orse et directrice développement environnement de LVMH Gabriel de La Chapelle

AEF info : Comment se passe la rentrée pour la RSE dans ce contexte particulier post-Covid ?

Hélène Valade : Je ressens un état d'esprit foisonnant, énergique, parce que la crise dans laquelle nous sommes a amplifié la connaissance des problèmes, des enjeux. Le lien environnement-biodiversité-santé est désormais bien inscrit dans les consciences de tous, tout comme l'enjeu local versus national, également révélé par la crise, et qui a mis en lumière la capacité des entreprises à être extrêmement solidaires. Le capital d'utilité sociale des entreprises, y compris pour les grandes, a été conforté par la crise. Et la volonté de l’ensemble des acteurs économiques d’aller vers de nouveaux modèles et d’entrer de plain-pied dans la transition écologique a été accélérée.

AEF info : Accompagner les entreprises sur le chemin du développement durable est d’ailleurs la mission de l’Orse que vous présidez depuis juin 2018 (1). Quel bilan tirez-vous depuis votre arrivée ?

Hélène Valade : Nous avons bien avancé sur le sujet de la raison d’être avec la publication en janvier d'un guide en partenariat avec le C3D, "Loi Pacte et raison d’être, et si on passait à la pratique ?" (lire sur AEF info). C’est une belle réussite sur un travail très transversal, pour lequel nous avons auditionné beaucoup de personnes. La rédaction de guides est pour moi l’épine dorsale de l’Orse. Nous sommes dans une époque et dans une société où beaucoup de choses se passent à l’oral et sur les réseaux sociaux mais nous avons besoin d’écrits et de modes d’emploi sur ces sujets complexes.

Nous avons aussi lancé il y a huit mois un "Observatoire des dilemmes" car les entreprises vont être de plus en plus face à des injonctions contradictoires dans les décisions à prendre sur leurs business models, leurs choix de matériaux, de produits, etc. Et bien souvent, quand on a l’impression de résoudre un problème sur le social, on en crée un sur l’environnement ou l’inverse… Cet endroit aide beaucoup nos membres à poser leurs dilemmes sur la table et nous travaillons ensemble à les dépasser. Nous avons commencé par cartographier les familles de problèmes et pour chacune d'entre elles, nous travaillons sur des cas précis. Ce sont des réunions assez fermées et tout se passe à l’oral parce que nous voulons absolument faciliter la parole des membres qui viennent livrer leurs difficultés. Nous en parlons et collectivement, par le croisement d’expériences, nous essayons de trouver des solutions. En fonction de la catégorie des dilemmes, des parties prenantes, des ONG, pourraient être auditionnées.

AEF info : Autre organe qui voit le jour cette année, le "Club transition juste pour la protection environnementale et sociale". À quoi servira-t-il ?

Hélène Valade : La transition juste, tout le monde en parle mais c’est une notion très compliquée à définir. Les équipes de l’Orse sont en train de lire tous les rapports parus sur ce sujet pour essayer d’en faire une synthèse et proposer une définition un peu homogène, avec un livrable d’ici à un an. Cela permettra de dégager les axes de plans d’actions à mettre en place dans les entreprises afin d'accélérer cette justesse de la transition. Nous venons de commencer mais j’ai beaucoup d’ambition pour ce sujet. On ne sait pas trop par où le prendre alors que l'on sent que c'est le nerf de la guerre. Ce serait bien d’en avoir une vision un peu plus nette.

AEF info : Le Covid entre dans le champ de compétences de l’Orse. Vous l’appréhendez sous quel angle ?

Hélène Valade : Le premier concerne le télétravail parce que le pôle social de l’Orse réfléchit depuis des années aux équilibres des temps professionnels et de vie privée. Dans un guide que nous publierons début octobre, nos entreprises membres ont bien voulu témoigner sur ce qu’elles ont mis en place pour le télétravail depuis le début de la crise. Après l’engouement du début de la crise sanitaire, nous connaissons maintenant un retour en arrière car on se rend compte que le physique est tout aussi important. Le télétravail peut être également facteur d’inégalités car il renvoie aux caractéristiques de son logement, à la qualité de vie que l’on a avec sa famille dans ce logement, sans compter qu’il n’est pas possible pour toutes les catégories de profession. La ligne de crête n'est pas simple à trouver. Par ailleurs, le télétravail correspond à des attentes de souplesse, de prises d’initiative. C’est un sujet clivant d’où ce guide de bonnes pratiques.

L’autre axe concerne les impacts environnementaux de la crise sanitaire, peu mentionnés pour l'instant et lorsque c'est le cas, ils ne sont pas chiffrés. Avec l’Ademe nous essayons de donner un peu plus d’objectivation à cette question. Les résultats seront présentés le 14 octobre prochain.

AEF info : Des réunions de décryptage sont prévues sur la taxonomie : est-ce une demande de vos adhérents ou est-ce à l’initiative de l’Orse ?

Hélène Valade : Un peu des deux. L’Orse a en son sein un club finance regroupant l’ensemble des membres de la sphère financière (gestionnaires d’actifs, assureurs, banques et directeurs financiers côté entreprises) qui veut s’atteler à la vulgarisation de la taxonomie européenne. C’est une complexité supplémentaire qu'il faut rendre plus compréhensible. Les entreprises se rendent compte aussi que cela va toucher directement l’empreinte environnementale de leurs produits.

AEF info : Pourquoi avoir créé un groupe de travail sur la comptabilité environnementale ?

Hélène Valade : Nous renouvelons le partenariat que nous avions avec le C3D sur la raison d’être pour examiner toutes ces formes qui sont en train d’émerger de comptabilité à triple capital (environnemental, social et financier). Le groupe de travail sera lancé d’ici la fin de l’année.

Un certain nombre de chercheurs planchent sur le sujet, en particulier la chaire d'AgroParisTech (lire sur AEF info). J’avais participé aussi il y a un an avec l’économiste Jacques Richard au procès fictif du "Tribunal pour les générations futures : changer de comptabilité pour sauver le vivant ?". Il y présentait sa méthode Care (Comptabilité adapté renouvellement environnement). Nous allons auditionner tous ces experts et nous allons tester ce nouveau type de comptabilité dans certaines de nos entreprises membres. LVMH a commencé une expérimentation. C’est un travail de longue haleine qui prendra un an et demi, le temps d’obtenir des retours d’expérience.

AEF info : Les sujets climat, biodiversité, devoir de vigilance, éthique seront abordés à l’Orse ?

Hélène Valade : Nous ne refaisons pas ce que font les autres. Avec le C3D, Orée, EpE ou bien d’autres encore, nous nous parlons souvent pour être sûrs que nos programmes ne se chevauchent pas, ou en tout cas le moins possible, parce que je pense que l'on perdrait nos membres. Par exemple sur la biodiversité, que nous ne traitons pas directement, nous venons en soutien d’EpE et d’Act4Nature. Concernant le climat, nous allons traiter la partie financière via notre club finance et le partenariat avec Carbone 4.

AEF info : L’Orse a un "help desk" du lundi au vendredi, de 9h à 17h. Il existe des urgences RSE ?

Hélène Valade : Ce ne sont pas des urgences au sens où vous l’entendez ! Mais on nous appelle très souvent pour une précision, un chiffre… Un membre peut avoir une présentation le lendemain et demander les bonnes pratiques sur tel ou tel sujet des autres membres de l’Orse ou un point sur l’égalité femmes-hommes. Nous sommes très au service de nos membres parce que les directions RSE et DD des entreprises sont de plus en plus soumises à des demandes fortes et urgentes. Nous essayons de répondre le mieux possible à leurs questions et tout le monde s’y colle à l’Orse, en fonction de ses spécialités.

AEF info : Quel impact d’ailleurs a la crise sur les directions développement durable des entreprises ? Se trouvent-elles fragilisées ?

Hélène Valade : Cela aurait pu être une crainte mais non ! Bien au contraire, elles sont préservées. Nous assistons à un besoin de montée en compétences sur les sujets RSE, à la fois pour l'ensemble des collaborateurs d'une entreprise (avec des formations sur le bilan carbone, les analyses de cycle de vie, etc.) mais aussi plus spécifiquement au sein des équipes RSE car les thématiques gagnent en transversalité et se complexifient.

La charge de travail des équipes est assez intense. La taxonomie, la data extrafinancière par rapport à la financière… Toutes ces questions sont en train de s'accélérer. Pendant la crise, beaucoup d'entreprises ont réfléchi à leur raison d'être par exemple.

AEF info : Avec le risque que la raison d’être ne devienne le nouvel objet de greenwashing ?

Hélène Valade : C’est évidemment l’écueil dans lequel il ne faut pas tomber ! Bien sûr il ne faut pas que cela sonne comme un slogan, pour dire "à quoi je sers". Le sujet, c’est faire le lien entre le passé et le futur, en association avec ses parties prenantes. La redéfinition de la finalité de l’entreprise doit être porteuse d’innovation pour de nouveaux modèles et traduire tout cela en termes d’engagements. C’est ça la raison d’être, ce n’est pas une phrase.

(1) Son mandat a été renouvelé en juin 2019, pour deux ans.

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Ioana Doklean, journaliste