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L’université de Liège testera tous ses étudiants grâce à ses propres tests salivaires : les explications du vice-recteur

À partir de la rentrée, l’université de Liège (Belgique) testera tous ses étudiants et personnels, soit 30 000 personnes, au moins une fois par semaine : l’initiative, unique dans le paysage universitaire européen, est portée par deux chercheurs de la faculté vétérinaire, dont Fabrice Bureau, vice-recteur en charge de la recherche. Dans une interview à AEF info, le 25 août 2020, il revient sur la technique utilisée, un test salivaire par PCR, sa fiabilité et son coût. S’ils le souhaitent, les établissements français pourront faire appel à l’ULiège pour tester leurs propres étudiants, dit-il.

Fabrice Bureau, vice-recteur à la Recherche à l'université de Liège ULiège

AEF info : L’université de Liège a annoncé qu’elle allait tester ses 30 000 étudiants et personnels une fois par semaine à partir de la rentrée (soit 5 000 tests par jour), grâce à un procédé mis en place par ses propres équipes. Quel est ce dispositif et comment fonctionne-t-il ?

Fabrice Bureau : D’abord, il faut savoir que l’université de Liège est responsable du testing de la population générale en Belgique pour le compte du gouvernement fédéral, par écouvillonnage. Mais depuis le mois de mars, nous voyons que ces tests posent de gros problèmes logistiques, d’une part parce qu’ils requièrent du personnel médical pour effectuer les prélèvements nasopharyngés, travail que les médecins généralistes ne veulent plus faire, d’autre part parce que la phase d’inactivation du virus doit être effectuée dans des laboratoires de haute sécurité, ce qui est un exercice dangereux et rébarbatif que peu de monde a envie de réaliser.

Mon collègue Laurent Gillet, virologue à la faculté vétérinaire, et moi-même, épidémiologiste, en sommes donc venus à la conclusion qu’il fallait développer un test salivaire, permettant un prélèvement simplifié que l’on peut faire soi-même, et que l’on devait aussi pouvoir envoyer aux laboratoires des tubes de virus inactivés. Nous avons mis au point un kit en ce sens (1) et en avons démontré sa faisabilité avec nos étudiants, en juin, lorsque la première vague s’est calmée et que nous avons eu moins de tests à réaliser.

 

"Nous avons mis au point notre kit de test salivaire en juin, lorsque la première vague s’est calmée et que nous avons eu moins de tests à réaliser."

 

Enfin, quand nous avons vu le coronavirus arriver en début d’année, nous avons vite compris que le principal problème des tests allait être la pénurie de réactifs commerciaux, et nous avons décidé de produire nous-mêmes nos réactifs pour que la Belgique devienne autonome sur ce plan. Nous avons demandé l’aide de la faculté de chimie, qui a fabriqué toutes les molécules. Aujourd’hui nous sommes complètement indépendants des réactifs commerciaux.

AEF info : Ce test salivaire est-il fiable ?

Fabrice Bureau : Il s’agit d’un test salivaire de type PCR, qui donne des résultats satisfaisants, même s’il est moins sensible que les tests nasopharyngés. On me dit souvent que 40 % de faux négatifs, c’est beaucoup : je réponds que c’est toujours beaucoup mieux que de ne rien détecter du tout, ce qui est l’option retenue par la plupart des universités.

Les faux négatifs, c’est le risque à prendre, d’autant plus que la transmission du SARS-CoV-2 se fait principalement par la projection de salive, et que c’est donc la présence de virus dans la salive qui nous intéresse. La voie de contamination par aérosol est différente, mais elle est due à des "superspreaders" qui ont donc aussi, par définition, beaucoup de virus dans la salive…

AEF info : Vous et votre collègue êtes vétérinaires. Cela explique-t-il que vous ayez adopté cette démarche très novatrice et encore peu suivie par les autorités sanitaires ?

 

"Pour nous, la sensibilité d’un test n’est pas un problème grave : il vaut mieux pouvoir tester massivement et souvent avec des tests moins sensibles, que pas beaucoup avec des tests plus sensibles."

 

Fabrice Bureau : En Belgique, le testing est entre les mains des vétérinaires, et nous avons en effet une approche différente des médecins. Nous sommes confrontés à des épidémies chaque année, bien davantage que les médecins. Nous pratiquons une "médecine de troupeau", ce qui fait que nous sommes plus enclins à développer des tests par population que par individu.

Pour nous, la sensibilité d’un test n’est pas un problème grave : il vaut mieux pouvoir tester massivement et souvent avec des tests moins sensibles, que pas beaucoup avec des tests plus sensibles. Pour vous donner une image, si le test salivaire est deux fois moins sensible que le test nasopharyngé (ce qui n’est pas le cas) mais que l’on peut en faire quatre fois plus souvent (car il ne coûte que 12 euros, soit 4 fois moins que le test classique), on détecte au final beaucoup plus de cas positifs. Mais c’est une logique difficile à faire entendre à des médecins, qui ont une approche par l’individu - ce qui, pour contrôler une épidémie, n’est pas utile.

AEF info : Venons-en à la question financière : 30 000 tests par semaine à 12 euros le test, cela représente un investissement d’1,44 million d’euros par mois pour l’université de Liège. Qui finance ce dispositif ?

 

"Mi-septembre, nous devrions être en capacité de faire 80 000 tests par jour, alors que nos besoins ne sont que de 30 000."

 

Fabrice Bureau : L’université de Liège, qui n’est pas une université très riche puisque son budget global est de 180 millions d’euros par an, a investi environ 6 millions dans l’activité de test SARS-CoV-2 depuis le mois de mars. Cette activité lui a rapporté environ 9 millions d’euros - via les tests, mais aussi la vente des réactifs, des plastiques pour les kits, etc. Une partie de l’argent gagné par le laboratoire est ainsi réinvestie dans le test de nos étudiants et personnels.

Nous avons aussi fait de gros progrès dans l’automatisation des tests : aujourd’hui, nous sommes 25 personnes mobilisées, soit quatre ou cinq fois moins qu’il y a quelques mois, alors même que nous faisions moins de tests… Mi-septembre, nous devrions être à 80 000 tests par jour, alors que nos besoins ne sont que de 30 000. Cela signifie que notre capacité de production dépassera bientôt les besoins belges.

AEF info : Cela signifie-t-il que des universités ou écoles d’autres pays peuvent s’adresser à vous s’ils souhaitent mettre en place le testing salivaire à grande échelle ?

 

"On ne reprendra pas une vie normale sans un testing massif, qui doit donc être facile et peu coûteux."

 

Fabrice Bureau : Oui tout à fait, il y a deux possibilités : soit ils achètent le matériel de prélèvement et nous renvoient les tubes pour l’analyse PCR, soit ils envoient leurs échantillons à des laboratoires de biologie clinique à proximité de chez eux. Nous pratiquons d’ailleurs des tarifs très différents quand il s’agit d’écoles ou d’universités et quand il s’agit d’entreprises. Notre but, ici, n’est pas de faire de l’argent, mais d’aider la population. On ne reprendra pas une vie normale sans un testing massif, qui doit donc être facile et peu coûteux.

AEF info : Votre test salivaire se rapproche-t-il du test EasyCov, développé par le CNRS en France, ou des expérimentations des universités Yale (SalivaDirect) et Harvard, aux États-Unis ?

Fabrice Bureau : Le test EasyCov est, je crois, basé sur la technologie Lamp et non sur la PCR, ce qui le rend moins sensible et moins robuste. Les tests américains de Yale et de Harvard se rapprochent davantage de ce que nous faisons, même s’ils sont différents dans la pratique. À plus long terme, il sera envisageable de mettre au point des autotests, très peu chers, mais pas tout de suite car la technologie n’est pas encore au point. En attendant, il faut utiliser la PCR, mais dans des procédures plus rapides.

AEF info : Vos étudiants font leur rentrée de 14 septembre prochain. Que va-t-il se passer lorsque vous détecterez des cas positifs grâce à votre politique de tests massifs ?

 

"Notre rôle d’université, c’est de mettre un coup de pied dans la fourmilière !"

 

Fabrice Bureau : C’est encore en discussion, mais l’idée est de ne pas fermer l’université et de privilégier autant que possible le présentiel. Pour cela, nous avons découpé l’université en 35 sous-groupes d’environ 900 personnes, basés sur les différentes facultés, années d’études, etc. Si une positivité se développe quelque part, nous allons regarder dans quel sous-groupe et nous le testerons une fois tous les deux jours, et non plus toutes les semaines. Nous demanderons aux cas positifs de se mettre en quatorzaine et d’aller faire un test nasopharyngé dans le circuit classique. Si le nombre de cas continue à augmenter, nous fermerons les cours pour le sous-groupe concerné.

AEF info : Comment expliquez-vous que cette démarche ne soit pas davantage imitée en Europe, même si aux États-Unis, elle commence à arriver sur les campus ?

Fabrice Bureau : En ce qui concerne les universités, c’est peut-être la question du financement qui bloque, je ne sais pas. Au niveau des autorités sanitaires, les gouvernements européens se regardent les uns les autres et attendent que quelqu’un ait démontré l’utilité de la méthode salivaire. À l’université de Liège, nous sommes un peu en dehors des clous puisque le test conseillé par les autorités reste le test nasopharyngé. Mais je crois que notre rôle d’université, c’est de mettre un coup de pied dans la fourmilière !

pour aller plus loin sur la question des tests sur les campus à l’étranger

 
  • En savoir plus sur le test de l’université de Liège et le contact des deux chercheurs à l’initiative du test : lire le site de l’ULiège.

(1) Le kit comprend un "entonnoir en plastique relié à un tube, au fond duquel se trouve un liquide d’inactivation du virus", décrit la RTBF.

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Sarah Piovezan, journaliste